La paix ou la guerre, le choix est votre.
 
AccueilAccueil  PortailPortail  CalendrierCalendrier  FAQFAQ  RechercherRechercher  MembresMembres  GroupesGroupes  S'enregistrerS'enregistrer  ConnexionConnexion  

Partagez | 
 

 Le chagrin d'une reine

Aller en bas 
AuteurMessage
Eloraell
Reine
Reine
avatar

Messages : 64
Date d'inscription : 14/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Le chagrin d'une reine   Lun 22 Oct - 21:13

Scylla partit à la recherche de la reine elfique, après avoir laissé le reste du groupe stationner devant l'arbre sacré, et prêté son pégase quelques temps. Elle s'enfonça dans les bois, jusqu'à traverser une sorte de barrière, délimitée par une sorte de muraille en pierre. Scylla se souvenait de cet endroit. Il s'agissait de la forêt noire qui était le repaire des elfes noirs. Elle avait combattu l'ennemi qui avait pollué le territoire elfique. Tout avait été réparé par les soins d'Eloraell. Scylla se souvenait encore qu'à cette époque, cette jeune femme était frêle et réservée. Aujourd'hui, elle n'avait plus rien à voir avec ce qu'elle représentait. Elle avait été témoin du talent de cette nouvelle reine et considérait donc qu'elle était la personne toute indiquée pour lui donner des conseils au tir à l'arc.

Comme Scylla était en mesure de ressentir l'énergie dans les parages et de le situer, elle suivait à la trace le chemin qu'avait pris Eloraell. Bien sûr, elle dut se débarasser de pas mal d'inconvénients sur la route, comme les fameux monstres qu'elle avait déjà croisé par le passé. Elle nota que comparé à sa dernière visite dans cette contrée hostile, elle n'avait même pas besoin de se fatiguer pour éliminer tout ce qui bouge. En un éclair, tout ce qui était sur son chemin était balayé. C'est après avoir donné un coup de main indirect à la reine des elfes que Scylla parvint à la retrouver, en train de planter entre les deux yeux d'un loup sauvage une flèche bien placée. La précision dont faisait preuve Eloraell était irréelle pour une elfe supposée pacifique, d'autant qu'elle se mouvait sur le terrain tout en visant, pour éviter de se faire mordre. Lorsqu'elle en finit avec les monstres sur le terrain, elle entendit un applaudissement à la sonorité metallique retentir derrière elle. Elle se retourna brusquement, toujours en garde, mais seulement pour constater qu'il s'agissait d'une amie et non d'une créature.


Impressionant, si j'ose dire... Je suis presque jalouse d'autant d'adresse.

Oh, bonjour Scylla. Ravie de vous voir sur mes terres. Bien que cette forêt noire n'est pas le lieu le plus adapté pour nous serrer la main.

Hum, nous avons lutté contre une armée de dragons. Ce n'est pas quelques lycans qui marchent à l'instinct qui me ralentiront.

Belle armure, Scylla. On dirait la même que lors de cette bataille, excepté cette couleur dorée qui vous donne une certaine... majesté. Avez-vous adopté quelques nouveaux pouvoirs ?

Bien sûr. Nous avons survécu à la bataille, mais nous devons encore survivre à la guerre. Je n'allais pas rester les bras croisés chez moi.

A ce sujet, il est appréciable de vous voir ici, pour la raison que je tenais à vous convier ici. Nous devons parler de la suite des événements et de ce que nous allons faire contre la menace Azelia. Demain, viendront les seigneurs restants de la Yokume, ici, en mon palais, pour un conseil de guerre. Même si vous n'êtes pas reine, je tiens à ce que vous participez.

Ah oui... Si cela peut vous faire plaisir. En retour, j'aimerais également vous demander une faveur.

Je vous écoute.

Est-ce que... vous pouvez m'apprendre à manier un arc, s'il vous plaît ?

Eloraell fut plutôt surprise de la demande et le montra avec une expression quelque peu ébahie. Ce n'est pas qu'elle trouvait cela étrange, mais elle s'était fait une opinion quelque peu glorifiante de la valkyrie, par son adresse et sa capacité à manier les armes de combats avec un talent hors du commun. Pourtant, elle n'était visiblement pas capable de manier un simple arc, qui était devenu pour l'elfe aussi facile que manier une fourchette et un couteau. Ce qui provoqua un léger rire chez l'elfe.

Vous voulez m'aider à chasser le lycan, à la sauce «elfique» ? Hihi, je ne savais pas que notre art de la chasse vous intéressait autant.

Euh... ce n'est pas vraiment ça. Disons que... j'ai mes raisons. J'ai besoin de me sentir «complète», on va dire, avant de lutter contre la personne la plus redoutable de la Yokume. Améliorer mon expérience du combat jusqu'au bout, quoi…

Scylla n'était pas très douée pour mentir. En réalité, elle ne se voyait pas trop avouer la vérité à Eloraell, qu'elle possède un arc offert par son Theos, qui permet d'invoquer «Starlight», et qui aurait la capacité de renverser la vapeur face aux êtres contaminés par une énergie sombre ou malfaisante. Elle ne souhaitait pas donner de faux espoirs à la reine elfique et lui faire croire qu'elle possédait l'arme absolue qui allait signer sa victoire. Car le moindre échec aurait de lourdes conséquences. Bien sûr, Scylla sait que pour maitriser l'arc, il faut des années de pratiques, mais Scylla avait un potentiel d'adaptation élevée. Elle devait compter sur ses capacités pour réussir, et sur l'aide de son amie elfe.

Bien, on va faire comme ça. Je vous prête mon arc pour une petite leçon rapide, car d'ici une bonne demi heure, je dois retourner au palais. En retour, prévenez moi si un monstre apparaît pour nous perturber, avec votre perception naturelle des formes de vies.

Très bien.

Pouvez vous me prêter votre épée ?

Scylla ne prêta à Eloraell ni Horus, ni Hecate. Elle se contenta d'invoquer une simple épée basique. L'elfe s'éloigna avec l'épée, et traça sur un arbre, situé à huit mètres de Scylla, une cible.

Ceci sera votre cible pour votre entraînement. Pour l'instant, je ne peux vous apprendre à chasser les bêtes de cette forêt si on ne passe pas par la pratique fondamentale. Le tir à l'arc étant un exercice difficile et exigeant, il ne faut sauter aucune étape. Tant que vous n'êtes pas en mesure de viser dans le mille à multiples reprises, nous ne passerons pas à l'étape suivante.

Très bien.

Première chose à faire avant de tenir un arc entre les mains, c'est de déterminer votre oeil directeur.

Mon oeil directeur ?

Oui, c'est ce qui permet de déterminer avec quel oeil vous allez viser, ainsi qu'avec quelle main vous avez tenir la corde et l'arc. Que vous soyez droitière ou gauchère ne change rien. Il faut faire un petit test pour le déterminer. Pour ce faire, observez la cible que j'ai dessiné. Pointez avec votre pouce droit la cible, fermez l'oeil gauche et gardez l'oeil droit ouvert. Maintenant, dites moi où se situe votre pouce par rapport à la cible.

Mon pouce est à droite de la cible.

Alors cela signifie qu'il faudra viser avec l'oeil gauche. Il faudra tenir l'arc à la main droite et la corde avec la main gauche. N'oubliez jamais cela. Prenez mon arc, Scylla. Maintenant, nous allons voir ensemble la position.

Moi qui croyais que j'allais déjà zigouiller du monstre en plein combat avec des ogr…

- Un peu de sérieux, Scylla... Mettez un peu de côté votre instinct guerrier. Bien, avant même de penser à viser votre cible ou même à bander votre arc, il faut trouver la meilleure position à adopter. Placez vous de manière alignée par rapport à la cible. Positionnez vos deux pieds de manière parallèle à la direction de tir, et écartez les d'une largueur d'épaule. Voilà, parfait. Maintenant, vous devez apprendre à rester stable, et quand je dis stable, j'entends là une stabilité parfaite ! Plus vous trouverez l'équilibre en répartissant votre poids sur l'ensemble des deux pieds, plus vous aurez de chance de faire mouche.

Ca, ca va. Ca devrait pas être trop compliqué. Je me suis déjà entraîné à garder une posture parfaitement stable en maniant mes épées.

Oui, je vois qu'à ce sujet, vous êtes plutôt sur la bonne voie. Je ne sens aucun fourmillement ou mouvement dans votre corps. Très bien ! Maintenant, voyons la position de l'arc et de la flèche. Je vous conseille, tout d’abord, de placer votre arc vers le bas. Ensuite, il ne reste plus qu’à équiper votre arc d’une flèche. Vous l’aurez remarqué, mais chaque flèche possède trois plumes de coq, dont une de couleur différente. Cette plume doit être positionnée de manière perpendiculaire par rapport à votre fenêtre de tir. Maintenant, relevez l’arc. N’ayez pas peur de le rapprocher de vous. La corde doit être le plus proche possible de votre nez et votre bouche. Une fois que vous avez bien dans l’axe votre cible, vous pouvez relâcher la flèche.

Scylla fit tout ce qu’Eloraell lui expliqua, sans exception. Avec les directives de cette experte, il n’y avait aucune raison que la valkyrie échoue. Cependant, lorsque Scylla relâcha la corde, la flèche partit à toute allure telle une fusée. La flèche étant lancé à vitesse affolante, elle perça plusieurs troncs d’arbre en ligne droite, en ayant bien sûr, loupé sa cible vers le haut. Eloraell ne parvenait même pas à observer là où la flèche avait arrêté sa course. Elle devait probablement avoir atteint l’autre bout de la forêt, à ce stade. Sauf qu’Eloraell tendit les deux oreilles, et entendit un cri assez affolant.

- Gwaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaah !

- Ca, c’était un cri de centaure. Félicitations, Scylla. Vous venez de tuer une des espèces les plus dangereuses de la forêt noire, alors qu’elle n’était même pas dans votre ligne de mire.

- Haaaaa….haaaa….haaaaa, qu’est ce que j’ai fais, putain ?

- Vous avez participé à la déforestation de cet endroit. Voilà ce que vous avez fait…

- Il y’a des fois où je me fais peur…

- Vous ne parvenez pas à contrôler votre nouvelle force ? J’ai remarqué que vous semblez être envahie par une toute nouvelle aura.

- Oui, c’est très récent. J’ai gagné en puissance, mais j’ai encore du mal à freiner le flux de mon aura. J’ai l’impression que je pourrais dévaster tout ce qui se trouve autour de moi en un clin d’œil, mais à quoi bon ? Mon but n’est pas d’emporter des innocents dans ma torpeur.

- Avec une telle aura, je ne comprends pas pourquoi vous vous cassez la tête à essayer d’apprendre l’arc, vous avez suffisamment de cartes dans votre jeu pour lutter contre l’ennemie. Quoique… le tir à l’arc, maintenant que j’y pense, peut être la meilleure façon de réguler votre force, et à apprendre à être moins bourrine. Tout ce que j’espère, c’est que vous n’allez pas faire de cette forêt une large prairie, et que mon arc ne finira pas briser. C’est un cadeau de ma mère, voyez vous.

- Je suis désolée… si vous le souhaitez, nous reprendrons l’entraînement une fois que j’aurais appris à canaliser ma force un minimum, et que vous aurez la bonté de me prêter un autre arc.

- Faisons encore quelques essais. Au moins, cette étoile filante que vous venez de tirer doit avoir eu le mérite de faire fuir les animaux hostiles. Au moins, je vais me ménager un peu, grâce à vous. Reprenons, Scylla.

***

Néanmoins, Eloraell retourna rejoindre le groupe dépitée et gavée. Scylla insista pour rester dans les profondeurs de la forêt noire pour s’exercer, mais même la plus patiente des reines restait abasourdie devant autant d’échecs.

- Quand je pense qu’on m’a conseillée de la laisser agir librement sur le champ de bataille. Elle a détruit une vingtaine d'arbres, percés le crâne de nombreux animaux pacifiques, dont un lapin rose…

Eloraell soupira avant de retrouver toutes les personnes qu’elle avait emmené sur cette vaste clairière. C’était comme si on avait violé sous ses yeux des siècles et des siècles de traditions elfiques, tellement elle a vu des flèches et des flèches finir dans l’au-delà. Mais ce n’était guère le moment de déprimer. Eloraell proposa au groupe de retourner au village, à l’exception de Law, évidemment, qui était toujours en train de suivre sa cure. En effet, Eloraell avait du pain sur la planche et n’avait plus le temps de se détendre.

De retour au palais, elle et Miz s’occupèrent de rédiger une missive pour chaque pays voisin. Puis, de nombreux elfes chevauchèrent des griffons à la même taille que le pégase de Scylla, afin d’apporter les invitations vers les seigneurs respectifs. D’ici demain, en fin de journée, les seigneurs restants pourront être présent ici, au pays de la forêt, afin de discuter de la riposte qu’il était urgent de préparer face à l’armée lunaire. Après cela, Eloraell laissa Miz à ses occupations, et descendit dans le seul endroit du palais qui n’était pas havre de beauté : les cachots. Eloraell avait une nouvelle prisonnière à interroger. C’était sa priorité sur le moment. Accompagnée, bien sûr, de deux gardes, Eloraell arriva devant une cellule, dont était enchaînée aux poings et aux pieds une jeune magicienne aux cheveux blancs. Il s’agissait de la seule lieutenante dragon blanc qui avait survécu à la bataille, ou plutôt, elle eut la chance de tomber au combat contre les elfes, et non contre Scylla ou Iris. Ainsi, elle fut emmenée ici, pour avoir quelques informations sur l’ennemi. Il restait plus qu’à espérer que la magicienne soit quelque peu loquace.


- On se réveille.

- Je ne dormais pas… Je gardais le regard vers le sol, car je n’ai pas à vous regarder, ni à vous parler.

- Il le faudra, si tu veux revoir un jour la lueur du soleil. Ce n’est pas dans mes habitudes de torturer une prisonnière pour obtenir des réponses. Mais je peux te garder prisonnière ici pour de bon si tu ne te montres pas un minimum coopérative.

- Ooooh, sa Majesté est trop bonne. Sauf que si vous comptez me libérer, cela ne me sera d’aucun bien. Une fois remise en liberté, je ferais quoi ? Errer jusqu’à ce que quelqu’un d’autre me capture ? Je ne pourrais pas vagabonder éternellement, ma reine. Un jour ou l’autre, mon secret sur mes origines se saura, et zoup ! Retour dans le cachot, au pain sec et à l’eau ! Et cette fois, de la torture, il y’en aura. Alors gardez moi ici jusqu’à la fin de mes jours si vous voulez, je m’en fiche ! Ici, c'est presque un luxe dont je me priverais pas. Oh, ramenez une motte de beurre la prochaine fois que vous apportez du pain dans ma cellule.

Eloraell décida d’ignorer que cette Angel semblait au bout du trou. Il lui fallait les informations nécessaires pour mieux comprendre le projet d’Azelia. Et elle était la seule membre de l’armée ennemie à être entre ses mains.

- Qu’est ce qu’Azelia cherche à faire en réduisant à néant la population du pays solaire ? J’imagine qu’Azelia n’a pas décidé, par pure bonté, de vous donner les moyens de réaliser votre vendetta personnelle. Il y’a forcément un intérêt pour elle de retirer la vie de chaque habitant de ce pays. Que souhaite t’elle ?

-

- Si Azelia était une reine comme une autre, elle se serait contentée de retirer la vie du roi, et de soumettre à ses pieds l’armée la plus puissante de la Yokume. Au lieu de cela, elle à réduit à néant une civilisation qui a prôné sa suprématie depuis des siècles. Que souhaite Azelia ? Provoquer de la terreur aux autres nations ? Attirer notre attention ? Nous tendre un piège ? Ou cherche t’elle vraiment à provoquer l’apocalypse ? Que sais-tu des projets insensées de cette femme ? Réponds !

- Vous gaspillez votre salive ! Utilisez la plutôt pour parler aux animaux de la forêt, cela vous fera les pieds !

- C’est-à-dire ?

- Je ne sais rien. Même Seto était dans le flou total sur le projet d’Azelia. Il est impossible de lire quoi que ce soit chez cette femme. On pourrait penser qu’elle est complètement timbrée, mais en réalité, derrière cette folie qui la caractérise, se cache davantage qu’une simple créature du diable qui ne pense qu’à brûler tout ce qui l’insupporte. Mon dragon me l’a expliqué qu’il y’a une raison derrière tout cela, et son instinct ne se trompe jamais. Maintenant, sachez que même si je savais quoi que ce soit, je ne vous dirais rien. Mon univers a pris fin avec mon roi. Sans mon clan, je n’ai plus d’objectif. Libre à vous de faire ce que bon vous chante de moi, hihihi !

- Si tu penses que tu as tout perdu en même temps que ton clan, alors, aide moi à retrouver ton maître.

- Hein ?

Eloraell pointa du doigt le joyau de jade qui était toujours collé au dessus de sa poitrine.

- Ce talisman appartient à ton maître. Et il me lie spirituellement à lui. Il m’a expliqué que si il mourrait, le talisman se fissurait. Je n’en ai parlé à personne jusqu’à présent, sauf à toi, en gage de ma nécessité d’avoir ton aide. Comme tu peux le voir, le talisman est intact, mais je ne parviens plus à l’utiliser pour rentrer en résonnance avec l’esprit de ton maître. En d’autres termes, si tu refuses de me parler davantage d’Azelia, fais en sorte que ce soit ton maître qui le fasse. Explique moi comment puis-je utiliser ce talisman pour rentrer en liaison avec lui, je t’en prie !

- Ha ! Vous pouvez toujours courir !

- Plait-il ? Je pense m’être mal exprimé ! Il en va de la survie de ton maître ! Ton clan peut encore renaître de ses cendres si on remet Seto dans le droit chemin ! Après sa défaite, j’ai bon espoir qu’il comprenne enfin que ses actes sont dérisoires ! Je dois le retrouver !

- C’est moi qui me suis mal exprimé, reine elfique ! Ce n’est pas que je ne peux pas vous aider, je ne VEUX PAS ! Vous savez ce que j’en pense de votre mari chéri, hum ? Ce n’est qu’un SALE TYPE ! Un enfoiré ! Un minable ! Un connard ! Il nous a bien baisé jusqu’à maintenant avec ses beaux discours, mais sous la défaite et en ayant perdu son sang froid, il a buté pas mal de ses camarades, sous mes yeux meurtris ! Il peut aller se faire foutre ! Il peut mourir des griffes d’Azelia, je m’en fiche ! HAHAHAHAHAHA !

Eloraell ne sourcilla pas devant cette Angel qui semblait perdre son sang froid. Elle riait de bon cœur, et souriait avec passion. Mais Eloraell avait bien compris que ce rire forcé et ce sourire ne dégageaient que de la tristesse, et rien d’autre. Il était clair que cette Angel n’avait plus de raison de continuer son chemin, voire même de poursuivre sa vie. Elle ressentait la même détresse que l’elfe lorsqu’elle vit Seto, ou ce qui semblait être Seto, réduire en cendres Ulyana. La défaite de son clan sonnait le glas pour sa vie. Bref, elle laissa cette pauvre magicienne dans son délire.

- Ainsi, je n’ai rien à attendre de toi. Qu’il en soit ainsi, tu…

Mais Eloraell entendit la respiration d’une personne non loin d’elle, et également le bruit du mouvement des lances de ses gardes. Un intrus ?

- Halte !

- Dame Feriel ? Que faites vous ici ? Retournez dans votre chambre, il est trop tôt pour…

Eloraell avait cru mal entendre, mais visiblement, c’était sa chère sœur qui venait interrompre la conversation. Et elle n’eut même pas le temps de se retourner, qu’une ombre noire, sans l’aide de la moindre arme, éviscéra les deux gardes qui tombèrent comme des mouches, le corps griffé et ensanglanté. Puis, cette même ombre plaqua Eloraell contre le sol. La reine vit bel et bien sa sœur, les yeux rouge sang qui tentait de l’étrangler. Sa mâchoire montrait de larges crocs qui déterminaient sa rage. Bref, elle était en transe.

- Feriel… Non, pas toi…

Bien qu’Eloraell trouvait cela étrange que Feriel n’en ait pas fini avec sa sœur comme elle venait de le faire avec ces deux malheureux gardes, elle se rendait à l’évidence. Sa sœur n’allait plus jamais redevenir comme avant. Elle continuait d’étrangler Eloraell, comme si en même temps, elle cherchait à comprendre qui elle était en train d’assassiner, mais elle ne relâcha pas prise. Eloraell sentit son souffle se couper, tandis qu’elle voyait l’image de sa sœur en train de la tuer de plus en plus floue.

- A l’aide…

- Hein ? Aies-je bien entendu « à l’aide » ? J’aimerais beaucoup, mais quelqu’un m’a confisqué mon sceptre ! Hihihihihihahahaha ! C’est bien, Eloraell ! Mourrez ! En fait, ce monde peut brûler que j’en ai plus rien à foutre, hihihihihahahaha !

Eloraell était prête à accepter son jugement. Après tout, c’était sa faute si Feriel était dans cet état. Sa faute si elle s’est engagée dans une bataille sans merci, qui lui valut une petite morsure d’un habitant solaire contaminé. Et maintenant, le virus s’est propagé dans ses veines sans qu’elle ait le temps de trouver un remède adéquat.

- Je vais payer mon incompétence et le mal que j’ai commis à ma sœur. Ainsi soit-il…

Alors qu’Eloraell sentait l’air lui manquer, et qu’elle entendait de moins en moins bien le rire dément d’Angel qui semblait se délecter de cette scène, l’emprise de sa sœur s’interrompit tout à coup, alors que le regard de l’elfe semblait vidé de toute lueur. Elle mit une bonne vingtaine de secondes pour se relever, et être dans la capacité de voir devant elle. La main sur le cou, un léger filet de bave qui coulait de ses lèvres, elle vit sa sœur se débattre, la tête prisonnière d’une sphère d’eau. Au fond du couloir, Miz Mishtal était apparue, la main en direction de la sœur de la reine elfique. C’est de toute évidence elle qui contrôlait le sort qui posait réellement souci à Feriel, mais qui au moins, avait eu le mérite de sauver la vie de sa collègue royale.

- Miz, arrêtez ! Elle commence à manquer d’oxygène.

Bien sûr, Miz ne cherchait pas à éliminer Feriel, mais au moins à la canaliser pour qu’elle ne cause plus de mal à qui que ce soit. Et là, elle devait avoir son compte. Elle relâcha son emprise sur elle, provoquant sa chute fracassante sur le sol. Puis, elle envoya deux gardes elfiques à ses côtés pour venir en aide aux reines. Premièrement, les deux gardes menottèrent Feriel avec une chaîne qui neutralisait l’énergie de la prisonnière, tout comme avec Angel. Puis, les gardes l’emmenèrent loin d’ici, probablement pour l’enfermer dans une autre cellule. Miz se pencha vers Eloraell qui peinait encore à tenir sur ses deux pieds. L’emprise de Feriel était bien trop violente pour une simple elfe. Il était clair que le maléfice dont Feriel était victime lui offrait un gain considérable en termes de force physique. Eloraell toussa à multiples reprises, pendant que Miz l’aida à se remettre debout.

- Respirez un bon coup, Eloraell ! C’est fini ! Vous êtes saine et sauve !

Mais Eloraell avait toujours du mal à respirer convenablement, et cela, non pas parce que sa sœur avait appuyé trop fort sur sa gorge. C’était justement parce qu’il s’agissait de sa sœur. La famille étant sacrée pour Eloraell, voir que sa sœur, après sa mère, était une triste victime du destin, remplissait Eloraell d’une horrible douleur à la poitrine. Miz semblait hors de ses moyens en voyant Eloraell détruite à l’intérieur, tandis qu’elle tourna plus tard la tête vers la droite, et vit la prisonnière sourire, toujours semblant satisfaite de voir Eloraell souffrir.

- Toi, la mage dragonne. J’ai entendu ton petit cirque de l’autre bout du couloir, avant que j’intervienne. Tu n’es pas discrète. Je déduis que si l’horrible scène que représente une tentative de fratricide de rend si euphorique, nous n’obtiendrons rien de toi. Mais crois-moi que dès que cette guérilla sera achevée, on va t’emmener dans les geôles de MON palais. Et je peux te garantir qu’une vie entière de travaux forcés devrait te dénouer la langue ! Nettoyer chaque coin et recoins de toutes nos stations thermales, à la brosse à dents, devrait faire l’affaire pour une lèche-bottes de ton gabarit !

- Huhuhu, stupide reine. Vos précieuses stations seront très bientôt nettoyées… Par la rage incontrôlable d’Azelia. Bientôt, il ne restera plus rien de votre soi-disant Etat-Providence ! Hihihi…

Miz se contenta d’ignorer les provocations stupides d’une simple laquais. La perte de son maître lui avait simplement fait oublier le sens de la raison de toute évidence. Miz avait pour priorité d’emmener Eloraell vers un endroit plus confortable et moins nauséabond pour l’aider à se remettre de ses émotions. Mais ce qui l’inquiétait davantage, c’est que la vue de sa sœur qui avait perdu les pédales pose problème pour Eloraell, à la veille du prochain sommet entre seigneurs de la Yokume.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Scylla
Capitaine
Capitaine
avatar

Messages : 301
Date d'inscription : 29/12/2013

MessageSujet: Re: Le chagrin d'une reine   Mar 30 Oct - 0:14

Nombre de jours avant la chute de l'Astre: 8

Le lendemain matin, ce fut un jour spécial qui s'annonça pour le peuple elfique. Pour la première fois depuis un bon siècle, le pays de la forêt fut celui qui se chargea de recevoir tous les seigneurs de la Yokume. Un sommet allait avoir lieu d'une minute à l'autre, et les elfes tentèrent, tant bien que mal, de prouver leurs sens de l'accueil, afin que chaque roi ou reine puisse avoir un souvenir positif du pays le plus pacifique du continent. Bien sûr, Eloraell n'allait recevoir que deux personnes supplémentaires. Miz était déjà présente depuis quelques jours, pour représenter le pays de l'eau, et il n'était nullement question d'inviter Azelia, puisqu'elle fut celle qui était le sujet principal de ce sommet. Le pays du soleil n'était plus qu'une nation sans régent, et le pays du feu n'avait, depuis quelques semaines, plus aucun représentant non plus. Néanmoins, cela n'empêcha pas Eloraell d'annoncer, dans son invitation, la présence d'une personne qui pourrait bien représenter ce pays.

Tout d'abord, le Daimyo de la montagne, un jeune garçon de 12 ans nommé Rito, fut le premier à arriver dans le village, bien entendu transporté par un palanquin, soulevé par quatre malheureux laquais. Le jeune garçon capricieux, sortit de sa litière pour observer le village, toujours en remuant un éventail devant lui. Il ne daigna même pas remercier ses subordonnées pour le voyage, et se contenta de se diriger vers le palais d'Eloraell avec quelques gardes.

Puis, une dizaine de minutes plus tard, c'est le sultan Hardin qui arriva sur place, sauf que comparé à son collègue qui n'avait même pas un tiers de son âge, cet homme à l'illustre moustache était juste transporté par son cheval, suivi de près par ses gardes, tous avec un foulard pour cacher leurs visages. Il ne traîna pas pour observer les lieux et les habitants aux longues oreilles. Il marcha tout droit vers le palais, comme si le temps était de l'argent pour lui. Arrivé au hall, il fut accueilli non pas par la reine en personne, mais par le conseiller royal, le vil Carcharoth, qui salua, les bras écartés, cette figure royale du peuple du désert.


- Soyez le bienvenu, seigneur Hardin ! Je suis Carcharoth, conseiller royal de sa Majesté Eloraell. C'est moi qui assisterais sa Majesté lors de ce sommet. Avez vous fait bonne route ?

- Hum, je ne suis pas ici pour parler "tourisme". Je suis à l'heure, ni en avance, ni en retard. Passons les formalités d'usage et emmenez moi à la salle de réunion, je vous prie.

- Entendu, veuillez me suivre, je vous prie.

L'elfe emmena Hardin vers la salle où l'attendaient Eloraell et le reste des invités. Il fut accompagné par deux gardes elfiques, et le sultan, lui, par deux soldats de son pays également. La marche fut longue avant que le sultan puisse enfin voir le visage de sa nouvelle collègue, encore familier avec Ulyana. Devant la monotonie de la promenade, tant le sultan n'éprouvait aucun intérêt pour l'illustre décoration des couloirs, il décida d'interroger le conseiller elfique.

- Dites moi, mon brave Carcharoth. Je ne connais pas cette Eloraell. Et Ulyana était bien jeune avant de nous quitter. Je crains, à bon entendeur, avoir affaire à une gamine, comme ce demeuré de Daimyo. Comment endosse t'elle son rôle ? Je ne vous cache pas que je ne me retiendrais pas de la cuisiner, si nécessaire.

- Elle est bien jeune, certes, mais elle a hérité de la sagesse d'Ulyana, cela ne fait aucun doute. En revanche, elle confond pacifisme et naïveté, si j'ose dire. Pour faire simple, elle fait confiance en tout ce qui bouge. Sachez qu'en ce moment même, elle héberge la principale responsable du carnage qu'a connu le pays solaire. Vous imaginez ?

- Aies-je bien entendu ?

Le sultan serrait les dents derrière sa moustache devant un tel aveu qu'il trouvait scandaleux. En plus du fait que cette parole, de la part de Carcharoth, signifiait pour Hardin que rien ne va entre les figures politiques du pays de la forêt. Mais il avait l'intention d'en observer davantage pendant cette réunion qui s'avérait croustillante pour lui soudainement.

***

Le sultan arriva dans une large salle qui n'était pas la salle de réunion de base, pour les mêmes raisons que la fois où Eloraell voulut s'exprimer avec Iris, mais cette fois, dans la salle à manger, qui pouvait accueillir jusqu'à une dizaine de convives. Ici, il n'était question que de cinq personnes, dont une manquante lorsque le sultan arriva. Chaque seigneur avait un ou deux gardes postés derrière eux, tandis que Carcharoth se positionna derrière Eloraell qui était placée au bord de la table, comme tout bon hôte qui se doit. Elle se leva par politesse lorsqu'elle vit le quatrième représentant de la Yokume sur cinq.

- Bonjour, sultan Hardin. Prenez place, je vous prie. Vous n'êtes pas le dernier, profitez en pour vous servir, tout ceci est pour vous.

- Hmpf, bien aimable...

Néanmoins, le sultan prit place sans toucher aux nombreux fruits qui surplombaient le long de la table. Il ignora les trois autres chefs d'Etat qui échangèrent quelques dialogues sympathiques, pour faire patienter. L'attente s'éternisa, néanmoins, car la cinquième personne semblait avoir pas mal de retard. Il fallut presque une demi-heure pour que cette personne arrive dans la salle.

- Excusez moi pour le retard, Eloraell. C'est juste que je commençais à attraper le coup avec votre arc, alors j'avais du mal à m'interrompre en si bonne lancée.

- Pas trop tôt...

La cinquième représentante était tout simplement Scylla, bien qu'elle ne gouvernait aucun pays ou nation. En réalité, tout cela faisait partie de la stratégie d'Eloraell et de Miz, de faire venir une simple combattante sans armée pour participer à une réunion exclusivement pour rois et reines. En même temps, il ne s'agissait pas de n'importe qui, si ce n'est du principal témoin de la chute solaire. Néanmoins, cette décision ne semblait pas vraiment du goût de la principale concernée. En voyant Scylla se frotter l'arrière du crâne, comme si elle venait de sortir du lit, tout en tirant une tronche assez gavée, il semblerait bien que Scylla avait d'autres chats à fouetter que parlementer avec des gouverneurs. Elle prit place, devant un Hardin étonné, ne sachant pas qui était cette femme. En revanche, Rito se pencha vers Miz, assez nerveux tout à coup, pour lui murmurer son avis.

- Encore cette valkyrie aux cheveux rouges ? Oh non, on va encore passer un sale quart d'heure...

- Observez de plus près, Daimyo. Ce n'est pas la même femme. Mais il est vrai que la ressemblance est fascinante, pas vrai ?

Lorsque Scylla prit place, Eloraell se leva de son siège et décida de prendre la parole pour inaugurer le conseil.

- Encore une fois, bienvenue à vous tous, en particulier aux représentants du pays de la montagne et du désert qui viennent tout juste de nous rejoindre. Inutile de tergiverser sur les raisons qui ont poussés, moi, tout comme Miz Mishtal ici présente, à mettre sur table cette réunion qui s'approche davantage d'un conseil de guerre. En effet, je souhaite discuter avec vous tous de l'avenir de la Yokume, après que la capitale solaire, ainsi que l'armée entière présente en cette soirée, furent rayés de la carte, sans sommation. Je demande donc à ce que nous mettions au point une nouvelle coalition pour lutter contre l'envahisseur lunaire, en tant que les cinq pays qui possédons encore un ultime moyen de lutter contre le fléau.

Scylla leva le sourcil gauche lorsqu'elle entendit les paroles d'Eloraell. L'elfe avait bel et bien l'intention de mener bataille contre Azelia, et donc, souhaitait fusionner les cinq pays restants en une seule force armée, dans le but de contrecarrer les plans d'Azelia. Pour Scylla, ce conseil de guerre dont elle était invitée sentait très mauvais, mais au pont, sa présence va pouvoir faire réfléchir toute cette assemblée, si bien sur, elle est ouverte à la réflexion. Pour l'instant, la valkyrie comptait simplement écouter, ni plus, ni moins. Sauf qu'elle allait devoir prendre la parole plus tôt que prévu, lorsque le sultan, au lieu de réagir à la proposition de l'elfe, décida de jeter un regard sur Scylla, l'air inquisiteur.

- Avant de décider de mettre en place la moindre coalition, j'aimerais savoir néanmoins à qui dois-je faire affaire. Vous, avec les cheveux rouges, qui êtes vous ? Quelle est votre place au sein du pays du feu pour le représenter au cours de cette réunion ?

- Hum, moi ? Mon nom est Scylla. Mon nom de famille ne vous concerne pas. Quand à ma raison d'être ici parmi vous, je l'ignore moi même. J'aimerais avoir des explications sur cette histoire de représenter le pays du feu, Eloraell.

- Hum, désolée Scylla de ne pas vous en avoir parlé plus tôt, mais j'appréhendais un refus de votre parti si j'allais directement aux faits, concernant la proposition que je comptais vous faire. Mais avant cela, chère amie, pouvez vous nous dire ce que vous avez retenu face à Azelia sur le champ de bataille ? Je suis au courant que vous avez aperçu cette reine lunaire au pays solaire, et j'aimerais que vous nous apporter un maximum d'informations, pour que nous mettions sur pied une stratégie pour la contrer.

- Hum, Eloraell a probablement dû interroger Iris pendant mon absence. Logique dans un sens. Nous avons toutes les deux observées le chaos à son maximum.

Scylla n'avait pas trop envie de partager ses informations à ces dirigeants de la Yokume. Cela serait presque les encourager à foncer tête baissée vers une mort certaine. Et ça, elle le refusait, autant pour Eloraell et Miz qu'elle respectait grandement, que pour ce gamin et ce sultan dont elle ignorait tout. Néanmoins, avec ces quatre regards vers sa direction, il était clair que dire qu'elle ignorait tout était un mensonge extrêmement perceptible. Ces seigneurs n'étaient pas dupes, ils découvriraient très vite si Scylla disait la vérité ou non. Elle décida donc d'obéir, même si par la suite, essayer de les dissuader de se suicider était sa priorité.

- Je vais être franche avec vous, mais le désir d'Azelia est l'extermination pure et simple de la race humaine. Ni plus, ni moins. La raison m'échappe, donc ce n'est pas la peine de chercher à comprendre l'ambition de cette femme, mais elle compte nettoyer le monde de toute trace mortelle, sans exception. Par contre, cela ne signifie pas qu'elle va attaquer une autre nation après le pays solaire. De ce que j'ai cru comprendre d'Azelia, c'est qu'elle a obtenu tout ce qu'elle désire après cette bataille, et que c'est dans un lieu nommé noyau lunaire que tout son projet sera mis en place. Je n'en sais pas plus.

- Le noyau lunaire, c'est donc là que nous devons frapper.

- Merci pour ta franchise, Scylla. Je n'en attendais pas moins de toi. Maintenant, pour aller au vif du sujet, ce n'est guère pour cette raison que nous t'avons convié ici. En réalité, tu l'auras deviné, mais sur les cinq nation qui peuvent encore lutter contre Azelia, il y'a un pays qui manque cruellement d'un dirigeant. Or, une armée sans leader et une armée sans support, sans pilier pour la soutenir face à l'adversité. Et nous aurons du mal à négocier avec les troupes du pays du feu si il lui manque un chef. Voilà pourquoi, par rapport à ta précédente relation avec le seigneur dragon qui veillait sur les terres volcaniques de la Yokume, nous souhaiterions appuyer ta candidature pour être la nouvelle reine du pays du feu, Scylla.

- Je vous demande pardon ?

Sur le coup, Scylla ne s'attendait absolument pas à une telle proposition. En effet, il est vrai que depuis qu'Ignir repose en paix, personne n'a encore été nommé dirigeant du pays du feu. Mais cela ne marche pas comme ça, et ce n'est pas à Scylla d'endosser un tel rôle. Scylla, qui avait les bras croisés depuis le début, les décroisa pour poser les deux mains à plat sur la table.

- C'est hors de question !

- Mais pour quelle raison, Scylla ? Vous étiez la dame la plus proche du seigneur Ignir avant son trépas. Evidemment, nous sommes parfaitement conscients que depuis de nombreuses et nombreuses générations, les dragons passent leurs règnes seulement entre eux. Mais Ignir n'a aucune descendance. Il est donc légitime que la passation de pouvoir s'effectue envers la personne la plus digne de confiance du pays, n'est ce pas ? De plus, vous avez effectué de nombreux actes héroïques, comme le fait d'avoir sauvé ma fille, la princesse Umi Mishtal, ou encore, votre bravoure face aux dragons blancs n'est plus à prouver ! Vous avez les tripes nécessaires pour diriger une armée, Scylla, sachez-le !

- Erreur, votre Majesté. Premièrement, je suis un chevalier ! Et un chevalier qui a juré de donner mon corps et mon âme pour les terres de mes parents. Si je dois diriger un peuple, ce sera soit le peuple valkyrie, soit le peuple Nirvit. Et quand bien même, jamais je ne rendrais hommage aux grands noms que représentent mes parents, car je suis une femme de terrain. Je n'ai aucune fibre dirigeante. Si je dois mener sur le champ de bataille une armée de soldats, ils finiront la tête dans la boue en moins de deux, et je ne dis pas ça parce que je n'ai aucune confiance en mes capacités. Je le dis car, même Ignir, qui vantait mes compétences, considérait que je n'avais pas la trempe nécessaire pour être chef d'une armée, car j'ai tendance à mieux me battre seule, qu'accompagnée. Et aussi, pour une autre raison que je vous demanderais de ne pas chercher à contredire malgré le choc que cela va vous causer: l'armée du pays du feu, comme toutes vos petites armées, vont juste rencontrer un destin des plus cruels si vous chercher à vous frotter avec Azelia. Je l'ai ressenti en l'observant, pas la moindre armée mortelle ne peut lutter contre cette femme. Si elle prédit la chute de l'Ordre mortelle, ce n'est pas parce qu'il lui manque une case en moins, non. Elle en a vraiment le pouvoir ! Prenez mon avertissement comme bon vous chante, mais il est inconcevable pour moi que je prenne la responsabilité d'hommes et femmes qui vont finir embrochés dès qu'ils auront croisés le regard d'Azelia. Et croyez moi que je soupçonne fortement Azelia de vous attendre sur ses terres pour vous piéger et vous éradiquer jusqu'au dernier. Enfin, pour finir, j'avoue que j'ai trucidé trop de dragons en une nuit, et être la reine d'un territoire régit pas les dragons me mettrait mal à l'aise...

- Tiens donc, madame l'héroïne est également capable de lire dans l'avenir. Simplement en observant cette timbrée d'Azelia, vous pariez déjà sur notre défaite à tous. Belle mentalité ! Je comprends mieux pourquoi Ignir ne vous considérait pas apte à diriger son peuple, car vous êtes une couarde et une lâche, Dame Scylla.

- On s'est mal compris, sultan ! Moi, en revanche, je compte bien aller me frotter avec Azelia. Mais sans vous. Seulement avec mes alliés qui possèdent les mêmes capacités que moi. Croyez le ou non, mais j'ai la capacité de lire dans l'esprit d'une personne, et je vous garantis, au nom de ce qui m'est le plus cher, que c'est un bain de sang qui vous attend. Si Azelia a instauré un cessez-le-feu, c'est parce qu'elle vous attend au tournant. C'est clair, non ?

Miz soupira en écoutant Scylla. C'est la seconde fois que quelqu'un clame que les mortels vont connaître un destin funeste si ils croisent Azelia sur un champ de bataille. Après Iris, voilà que Scylla mettait de l'huile sur le feu. Cette réalité inquiétait de plus en plus la reine des océans, mais qui refusait toujours autant de ne pas tenter quelque chose face à Azelia.

- Si vous refusez de prendre la responsabilité des résistants du pays du feu, dites nous au moins si Ignir avait une vision d'avenir pour une autre personne.

- Il y'a bien l'un de mes amis, qui était le protégé d'Ignir, tout comme moi. Mais sincèrement, vous allez perdre votre temps si vous cherchez à le convaincre de diriger le pays du feu, car il a déjà son propre clan shinobi à gérer, et il sera, de toute manière, du même avis que le mien.

- Peuh ! Comme si, de toute manière, c'était le rôle d'un shinobi de diriger un pays. Un ninja n'est fait que pour assassiner les pestes qui me perturbent. Je les paye avec ma bourse personnelle pour qu'ils assassinent en mon nom, hahaha !

- Alors toi, l'enfant gâté, ta gratuité ne fait rire que toi ! Au lieu de laisser tes sujets t'essuyer encore les fesses, observe un peu le monde shinobi et son évolution avant de te croire drôle ! Comme ça, tu prendras le problème un peu plus à bras le corps, et ça évitera que je me coltine des nukenin blindés au sang noir qui ont rejoint Azelia parce que t'es pas capable de traiter les horreurs du code shinobi comme ils devraient être réglés !

- Mais je… C'est une calomnie de me parler sur ce ton ! Grossier personnage !

Scylla n'était pas allé avec des pincettes encore une fois. D'habitude, elle gardait une marge de respect quand elle était en face d'un roi. Mais ici, c'était plus fort qu'elle, elle devait fermer le clapet de ce Rito, lui et ses réflexions gratuites. Autant qu'elle cherchait à se retenir face à Eloraell et Miz, car elles avaient simplement besoin de comprendre l'enjeu d'une telle bataille, autant que ce gosse, c'était inconcevable pour elle que les shinobis écoutent un enfant de 12 ans, et vivent un enfer pendant que ce garnement vit dans le luxe et la tranquillité. Le règne, ça se mérite pour Scylla. Et il était clair que ce garnement ne méritait pas d'être le dirigeant du pays de la montagne. Evidemment, son excitation soudaine était surtout en référence à Ayako, et plus récemment à Akatsuki: Deux kunoichi qui ont vécu l'enfer du monde shinobi, et qui ont idéalisées Azelia pour trouver une porte de sortie à leurs périples.

- Mais enfin, Eloraell. Je vous croyais plus raisonnable. Pourquoi tant insister pour jeter des hommes dans la cage du lion ? Ne croyez-vous pas en mes capacités, comme en mon groupe ? Vous avez participé à la précédente bataille, vous devez savoir que c'est peine perdu pour vous si vous cherchez à affronter l'envahisseur ! A moins que… vous me cachiez quelque chose, n'est ce pas ?

- Non… Je...

- Je vais prendre le relais, jeune enfant. Car je vois une légère perle de sueur couler sur votre front adolescent !

- Je ne vous permets pas, sultan Hardin ! J'ai vingt ans, et j'ai travaillé dur pour reprendre le flambeau de ma défunte mère ! Je suis parfaitement consciente de la pression exercée sur un dirigeant !

- Haha, si ce n'est pas trognon ! Que diriez vous si la prochaine réunion se passerait dans mon palais ? Je vais vous apprendre la dureté de la vie… en privé !

- Cessez ce ton calomnieux en mon domicile, Hardin, si vous souhaitez qu'une coopération soit mise en place entre nous !

- Ne répondez pas à ses provocations, Eloraell ! On parle après tout d'un sultan qui, de son temps de général, capturait des jeunes nomades vierges pour en faire tout un harem, puis, quand il s'en lassait, les revendait le prix d'un terrain. Et oui, être général ne nous protège pas des ragots politiques, SIEUR Hardin !

- Je vais suivre votre conseil et ignorer le moindre mot vénéneux de votre bouche de grand-mère ! Quand à vous, Dame Scylla ! Ne serait-ce pas plutôt vous qui aurait quelque chose à cacher, hum ? Moi, je crois surtout qu'Eloraell veut vous garder bien au chaud par cette proposition. Comme ça, elle s'assurera que vous ne commettiez aucun forfait, comme ce fut le cas sur les terres solaires.

- Qu'avez vous dit ?

- J'ai cru bien entendre ? Vous accusez Scylla d'être responsable de la tournure des événements ?

- Oh non, juste… mon petit doigt qui m'a dit que vous possédiez une caractéristique rarissime qu'Azelia aurait employé pour semer le chaos dans la capitale solaire.

- Comment êtes vous au courant ? QUI vous a dit cela ?

- C'est moi, reine Eloraell !

Eloraell se retourna, uniquement pour voir que c'est Carcharoth qui avait craché le morceau à Hardin avant la réunion. Eloraell aurait pu très bien faire preuve d'hostilité envers son conseiller pour avoir dévoilé un tel secret, mais sur le coup, elle posa le blâme sur elle-même pour n'avoir pas été suffisamment vigilante au sujet de ce vil serpent. D'autant qu'elle ne comprenait pas comment avait t'il pu savoir que Scylla possédait le fameux virus employé par Azelia.

- Vous ? Mais… Comment ?

- Vous vous souvenez de cette discussion avec cette mercenaire, il y'a deux jours de cela ? Il y'avait deux gardes postés sur le balcon de l'aile droite, à qui j'ai confié la tâche de veiller sur votre sécurité. Mais également, je leur ai demandé de prendre note de chaque information croustillante que vous pouviez dévoiler, au sujet de cette bataille solaire dont vous avez participé. Car vous avez, obstinément, refusé de faire un véritable rapport à votre peuple bien-aimé, reine Eloraell. Les murs ont des oreilles, vous auriez du l'apprendre à vos dépends au lieu d'étudier les composantes des différentes fleurs de la forêt.

- Vous me payerez cet affront, Carcharoth ! Du temps du règne de ma brave mère, jamais un acte relevant d'une telle félonie n'aurait été toléré ! Vous me croyez trop jeune et trop pure pour vous coller une sanction mémorable, pour avoir écouté une conversation privée ? Je devrais vous destituer de vos fonctions, pour n'avoir aucune foi envers moi, au point d'écouter derrière les fenêtres !

- C'est pour votre bien, reine Eloraell ! Vous êtes encore trop immature pour occuper une telle responsabilité. C'est pour votre évolution que je me permets de m'assurer que vous ne commettiez aucune maladresse, comme celle d'aider un dragon blanc à soumettre l'ancien seigneur solaire, pas vrai ?

- J'en ai assez ! Cela suffit ! Je retourne dans mon palais ! J'en ai assez d'entendre des manants régler leurs comptes devant moi ! Ne comptez pas sur moi pour signer la moindre alliance, peuh !

Le dialogue était tellement tendu entre les membres de ce sommet, que l'un d'entre eux, le Daimyo Rito, décida de se faire la malle. Sous le fiasco total des échanges, même Miz Mishtal avait les doigts sur les tempes, car une belle migraine commençait à l'assaillir. Exactement comme la précédente réunion dans son palais, l'arrangement était impossible. Azelia avait réussi à aller jusqu'à créer un climat tendu entre les rois et reines de la Yokume, rien qu'en une seule et unique nuit. Cela prouvait en tout point le génie de la reine succube. Scylla ne fut nullement troublée par la fuite de ce gamin. Si le pays de la montagne pouvait prêter une force supplémentaire à cette coalition, c'est par le biais de l'unique force que représente le chef du clan Hajinmon, et lui, Scylla n'avait besoin d'aucun traité pour le convaincre de mettre son talent au service du bien. Eloraell décida de s'occuper du cas Carcharoth plus tard. Elle visa une nouvelle fois Hardin, qui prenait un malin plaisir à torturer Scylla là où ça faisait mal.

- Quand à vous, Hardin, au lieu de vous amuser à accuser cette valkyrie qui n'est aucunement fautive au sujet de ce chaos engendré par Azelia, expliquez nous un peu pourquoi avez vous bombardé les ruines du secteur de la capitale solaire ? Cet acte est absolument irresponsable et stupide ! Au lieu de chercher à trouver le fautif de tout ça, il aurait été TELLEMENT plus réfléchi d'embarquer une ou plusieurs victimes de cet attentat pour les analyser et trouver un antidote à ce mal qui les ronge. On aurait pu évoluer si on avait une de ces victimes sous la main. Mais maintenant, il ne reste plus rien par votre faute !

- La Yokume doit être un continent souillé de toute corruption ! Il était important pour moi, comme pour ma nation, qu'aucun de ces lépreux ne se propagent en dehors des terres solaires pour foutre le boxon chez moi ! Alors, j'ai pris le problème à bras le corps, et je les ai tous exterminé avant qu'ils ne propagent leurs maladies vers d'autres citoyens innocents !

- Ah parce qu'éradiquer de simple pauvres citoyens sans défense qui n'ont rien demandé à personne, c'est une manière comme une autre de régler un conflit ! Mais oui, bien sûr ! N'importe quel abruti saurait qu'à ce stade, il faut détruire le mal dans son noyau, sans jeu de mots. Parce que plus le problème traîne, plus on aura de graves soucis irréparables sous la dent !

Hardin, furieux, se leva de son siège et fixa Scylla avec un air sombre.

- Il suffit, petite prétentieuse ! Qu'est ce que vous connaissez de la guerre ? Avez vous déjà été reconnu pour vos faits d'armes ? Avez vous déjà été décoré par vos supérieurs pour avoir apporté à votre pays paix et prospérité ? Racontez moi un peu votre parcours, valkyrie ! Si bien sûr, vous en êtes une, et non un mensonge sur pattes qui cherche à nous impressionner.

- Tout ce que je peux vous dire, c'est que cela fait des mois et des mois que je me casse le cul à lutter contre les forces d'Azelia, seule avec mon groupe de quelques personnes, juste pour protéger les minables de votre envergure, parce que faut croire que j'ai développé un côté philanthrope ! J'ai risqué ma vie pour la Yokume, sans rien demander en retour ! Alors que vous, il a fallu attendre qu'une nation entière se meurt pour que vous vous réveillez et que vous guillotinez votre roi pour prendre les choses en main ! Ah, elle est belle la nation. Avant cela, où étiez vous quand les elfes noirs ont corrompus la nature de ce pays ? Ou étiez vous quand la princesse de la famille Mishtal fut prise en otage par les forces lunaires ? Et ou étiez vous quand Azelia a pris d'assaut une forteresse blindée du pays solaire, en un seul claquements de doigts ? Nulle part ! Alors vos petites médailles accrochées sur votre tunique, qui justifient que vous êtes capable de sauver un chien de la noyade, vous vous crevez les yeux avec, et vous aller voir ailleurs si j'y suis, parce que là, Azelia, c'est du sérieux ! Vous avez la chance infâme de pouvoir parlementer avec moi, qui suis suffisamment au combat avec les troupes lunaires pour vous guider vers la bonne voie à suivre, et vous préférez gaspiller votre salive à m'accuser ??? Alors là, si Azelia était présente, elle se délecterait d'un de ces spectacles en vous entendant !

- Bon, maintenant, c'est sûr, cette Scylla est belle et bien de la famille de cette Alleria. Même tempérament enflammé que je ne peux reprocher au final. Cet Hardin a vraiment une mauvaise foi hors du commun.

- J'en ai assez ! Je n'entendrais plus aucune insulte à mon égard. Allons régler ça dehors, femme ! Je vais vous apprendre le respect !

- Hahaha ! Pas de souci ! Un clignements des yeux, et vous serez au sol à avaler les pissenlits par la racine !

Eloraell avait pris la peine d'observer et d'écouter cette conversation jusqu'au bout, mais en voyant Scylla se lever de son siège, elle qui d'habitude ne refuse jamais un défi, ou une occasion d'humilier un adversaire, il était clair que ce conseil n'allait mener qu'à une seule et unique conclusion: un conflit incontrôlable. C'est à cet instant que la reine des elfes comprit qu'il fallait intervenir, avant que la situation tourne au vinaigre. Elle se leva à son tour, posa les deux mains à plat sur la table, et leva la voix, comme elle le faisait rarement.

- Vous deux, ASSEYEZ VOUS ! Je ne tolérerais aucune incartade au sein de mon royaume ! Si jamais cela doit se produire, je suspends le conseil, et reprendrais le dialogue qu'une fois que vous vous déciderez à vous comporter en tant qu'adultes réfléchis. Cela vaut aussi bien à l'un qu'à l'autre ! Je sais que nous sommes tous et toutes extrêmement tendus par ce qui s'est produit récemment, mais je n'en reviens pas de voir que vous étiez prêts à en arriver aux mains alors que nous sommes tous liés par le même désir: empêcher Azelia de commettre un génocide général ! Nous devons mettre en place une alliance soudée le plus tôt possible, alors freinez vos ardeurs si vous ne voulez pas que cette réunion dure éternellement !

- Je… je suis navrée, reine Eloraell.

Scylla décida d'obéir et de rasseoir, ce que fit de même le sultan qui avait provoqué en duel la valkyrie. Scylla avait du mal à le reconnaître, mais elle trouvait cette intervention de la part d'Eloraell courageuse et bien placée. Elle montra un air embarrassé, pour s'être laissé aller à la provocation, mais au fond, elle était fière de la fille d'Ulyana. Même Miz, bien plus expérimentée que son amie elfe, laissa échapper un discret petit sourire en voyant qu'Eloraell savait prendre la parole quand nécessaire, au point même d'en arriver à défier et calmer Scylla. C'est une fois l'ambiance rafraîchie, qu'Eloraell s'installa à nouveau sur son siège, croisa les mains, et reprit la conversation là où elle fut interrompue.

- Bien, nous parlions donc que récolter un sujet test qui posséderait le virus en soit nous permettrait de développer un anticorps, en étudiant son métabolisme de fond en comble. Mais vu que Hardin a supprimé chaque contaminé au pays solaire, sans exception, je crains fort que Scylla soit la seule que nous ayons sous la main. Le souci, c'est que nous avons peu de temps devant nous, et Scylla est un élément clé de cette guerre si nous allons sur le front. J'ai bien peur que nous n'ayons pas assez de temps pour l'étudier. Il est donc indispensable que nous empêchons la création de nouveaux "lépreux" une fois sur le champ de bataille, n'ayant aucun moyen de les contrer à notre disposition. Et pour ce faire, il me parait opportun de nous assurer que Scylla ne tombe pas entre les doigts de l'ennemi. Vous comprenez, Scylla ? Il faut impérativement que nous veillons sur vous pour éviter une seconde catastrophe. C'est pour le bien de tous !

- Donc c'était pour ça, cette insistance pour que je dirige une armée, plutôt que je sois sur le terrain ? Pour veiller sur moi ? Pourquoi n'être pas allé directement au but, Eloraell ? Et ensuite, bien que cette attention me fasse plaisir, j'insiste aussi sur le fait que j'ai des alliés compétents qui vont m'accompagner, je n'ai guère l'intention de partir seule. Mon cas et mon combat ne valent pas le coup pour que vous sacrifiez vos courtes vies, mortels.

Eloraell réalisait que convaincre Scylla allait être beaucoup plus difficile que prévu. C'était exactement comme l'avait prévenu Iris. La valkyrie refusait catégoriquement que les mortels se sacrifient pour une bataille dont Scylla se sentait pleinement concernée. Il était clair, encore une fois, que Scylla voulait s'occuper du cas d'Azelia seule avec Iris, et éventuellement d'autres alliés probablement aussi immortels qu'eux. Mais Eloraell n'était pas totalement rassurée, et elle souhaitait faire comprendre à Scylla que ce combat concernait autant la valkyrie que les mortels. C'était une question de vie ou de mort pour chaque peuple, chaque race. L'elfe songea que cette réunion n'allait la mener vers aucun résultat positif avec Scylla. Il était donc préférable d'ajourner cette tentative de la dissuader de partir sans les mortels pour la surveiller et la soutenir, et d'essayer une approche plus privée par la suite. Le temps pressait, certes, mais il était clair pour Eloraell qu'il fallait du temps pour convaincre Scylla.

- Si je puis me permettre, Eloraell, nous avons un sujet que nous pouvons étudier pour trouver un antidote au maléfice qu'a engendré cette valkyrie. Votre sœur, chère reine. L'avez vous oublié ?

Pour la seconde fois consécutive, Eloraell se retourna pour fixer Carcharoth avec un regard sévère. Pour elle, c'était de la pure provocation à ce stade. Le cas Feriel était personnel pour elle. Elle refusait que ce cas soit mis sur le tapis lors de ce conseil de guerre. Elle était sa sœur, sa seule famille actuellement. Elle voulait étudier le corps de Feriel en privé, et refusait qu'un tyran comme Hardin ne se mêle de cette histoire. En fait, sa plus grand frayeur était d'imaginer de viles mains se poser sur elle, pour l'étudier, ou en faire un cobaye.

- Ce satané Carcharoth… Il a choisi le moment parfait pour me briser. Comment peut-on être aussi indifférent du destin du monde et prioriser autant la montée au trône ? Sa vendetta personnelle aurait pu attendre...

- Voyez vous ça ! Ca grouille de petits cachottiers autour de cette table ! Mais je vous rassure, je ne compte pas toucher à votre sœur. Je pense que la meilleure solution soit tout simplement que nous empêchons cette valkyrie d'approcher Azelia. Comme ça, aucun risque de croiser le fer avec ces satanés lépreux ! En fait, je devrais même vous enfermer, Scylla, pour être celle qui détient ce maléfice qui a pourri l'existence des citoyens solaires !

- Déjà, vous n'avez pas la moindre preuve que je suis la responsable de tout ça, et que je porte en moi ce virus. Comme vous pouvez l'observer, je me porte parfaitement bien. Il est illégitime que vous m'arrêtiez sans aucune réelle preuve de ma culpabilité !

- Soit, Scylla. Ne voyez vous aucun inconvénient si nous menons une petite expérience sur vous ? Rien de bien méchant. Nous allons simplement prélever une goutte de votre sang et celui de Feriel, et utiliser un rituel druidique pour déterminer si vous être contaminé par le même virus, toutes les deux. Cela servira donc à vous plaider innocente ou coupable. Sachez que cette affaire concernant ce virus est très sérieux, alors veuillez collaborer, je vous prie.

- Je sais très bien que cette affaire est sérieuse, mais si vous croyez que cela suffit pour plaider quoi que ce soit en mon égard, vous vous….

- Obéissez, Scylla...

Scylla reconnut la voix d'Eloraell parler comme une machine. L'elfe était démunie, vide. Cela se voyait que la reine elfique ne voyait pas d'autres solutions, face à la pression de son conseiller et l'intransigeance du sultan, que de respecter le protocole et oublier son amitié quelques instants. Elle baissa la tête, les mèches des cheveux qui camouflaient son regard attristé.

- Vous m'avez bien entendue, Scylla. C'est un ordre.

Scylla baissa la tête à son tour. Elle ne voulait pas aller à l'encontre de la décision de son amie qui était probablement en train de vivre un instant insupportable. Elle secoua la tête de haut en bas pour donner son accord.

***

La suite des événements se passa donc à l'extérieur. Toutes les personnes présentes lors du conseil se réunirent sur une large colline, où de multiples menhirs formèrent un cercle. C'était le domaine de travail des druides elfiques, qui furent conviés à participer à une nouvelle expérience concernant Scylla et Feriel. Malgré tout, cette expérience ressemblait davantage à un tribunal qu'autre chose. En effet, Scylla avait les poignées enchaînés et attachées entre deux menhirs. On lui ordonna également de retirer le haut de son armure, ce qui la mit dans une position indélicate, ne portant désormais plus rien d'autre que sa jupe noire et ses jambières couleurs or.

- M'attacher entre deux menhirs, les seins en l'air, c'était nécessaire ou vous cherchez à m'humilier ?

- Il le faut, Dame Scylla. Cela fait partie du rite. Vous devez rester sur place, et comme votre armure, à elle seule, protégeait toute la partie supérieure de votre corps, vous deviez la retirer pour que nous puissions accéder à vos bras. Précisa un druide elfique.

- Il me suffisait simplement de retirer mes brassards si ce sont mes bras que vous désirez. Votre logique ne tient pas la route.

Scylla savait très bien où menait cette expérience. Si le test s'avère positif, Carcharoth comptait tenir piégée la valkyrie, en l'enchaînant, et au cas où elle parviendrait à se détacher, elle se retrouverait sans protection si jamais les gardes armés l'assaillaient. Ce procédé de rite n'était qu'une mascarade pour rendre Scylla vulnérable face à une éventuelle arrestation. Maintenant, la suite n'était pas très drôle pour Scylla, ni pour Eloraell. Plusieurs gardes elfiques ramenèrent en haut de la colline Feriel, qui se débâtait, enchaînée également, poussant de forts hurlements de rage. Il n'y avait rien d'humain chez cette pauvre femme. L'un des elfes, qui était jadis un ami de Feriel, dut la frapper à la nuque pour l'assommer à moitié, afin qu'elle se débatte moins. Rebelote pour elle, elle fut attachée entre deux menhirs face à Scylla. Les druides arrachèrent les manches de l'elfe pour que ses bras soient également apparents. Un autre druide s'approcha de Feriel pour lui implanter une seringue sur le bras. Elle n'avait pas pour fonction d'aspirer son sang, mais son aura. En effet, une très petite partie d'énergie magique circulait dans le tuyau de la seringue qui n'était pas une seringue ordinaire. La même chose fut faite avec Scylla. Les deux druides, ensuite, se dirigèrent vers un large récipient qui contenant de l'eau, au centre du cercle. Puis, ils libérèrent les contenus des deux seringues pour que l'énergie magique des deux femmes circulent dans l'eau du récipient. Miz ne comprenait pas ce procédé et s'approcha d'Eloraell pour l'interroger.

- Dites moi, que fabriquent ces druides avec l'énergie de Feriel et de Scylla ?

- Le liquide dans ce récipient provient de la même source que vous avez observé hier lorsque nous avons commencé le traitement du pirate. Il réagit à n'importe quel type de maléfice, pour le dissoudre et l'effacer à jamais. Mais d'abord, une réaction magique va se créer au contact des deux énergies prélevés chez Feriel et Scylla. Si le maléfice est le même, le liquide va prendre une couleur rougeâtre.

Les druides récitèrent une incantation qui provoqua la fameuse réaction entre les deux fragments d'énergies. Le liquide se remua dans tous les sens, comme si on observait l'intérieur d'une machine à laver. Et au bout de quelques secondes, l'eau devint rouge. Le résultat était donc positif.

- Le jugement est déclaré. Scylla est porteuse du même virus que Feriel.

- Qu'il en soit ainsi ! Gardes ! Capturez cette sorcière ! Puisque vous semblez immunisé contre votre propre maléfice, on va passer une série d'expériences sur votre corps. Faites moi confiance qu'on va bien traiter votre cas, de la tête aux pieds !

Comme l'avait compris Scylla, cet Hardin préférait l'enfermer pour l'étudier, plutôt que lui faire confiance et la laisser affronter Azelia. Tout ça à cause de ce fichu maléfice qui circulait dans le corps de la valkyrie, et dont elle ignorait l'origine depuis toujours. Les gardes du pays du désert s'approchèrent de la future prisonnière, toujours enchaînée. Scylla refusait que sa quête finisse ainsi. Elle a déjà fini come cobaye chez les Nirvits, il était hors de question que son corps serve une seconde fois à la science, et surtout pas aux mortels. Bien que les chaînes étaient censés neutraliser la circulation de son énergie, Scylla, avec une force physique démesurée pour les mortels, se débarrassa de son entrave en deux temps trois mouvements, ce qui surprit les gardes. Puis, un éclair rouge traversa les deux gardes qui tombèrent au sol comme des mouches. Scylla venait de passer derrière eux et les avait assommé sans l'aide de la moindre épée. Elle réapparut derrière Hardin, et sans que quiconque puisse comprendre ce qui s'est tramé, Hardin avait les deux genoux au sol, avec Scylla derrière son dos, qui avait la main posée à plat sur le haut du turban du pauvre sultan. Avec une telle démonstration, Miz comprenait mieux ce qu'Iris voulait dire quand elle disait qu'elle pouvait éliminer le sultan sans poser le moindre regard sur lui. Les immortelles que représentaient ce duo ne craignaient visiblement personne sur la Yokume.

- Vous allez tous et toutes m'écouter désormais ! Cette réunion ne m'a apporté qu'une seule et fatale conclusion. Vous n'êtes pas prêts pour vous entraider face à une menace mondiale ! Votre dignité a pris un coup ! Vous êtes foutus ! En fait, je commence à mieux comprendre pourquoi Azelia cherche à vous éliminer. Parce que vous êtes déplorable ! Au lieu de profiter du fait que je contrôle le maléfice qui réside en moi pour que je puisse vous aider du mieux que je peux, vous préférez me museler et me traiter comme une sorcière ! Vous ne croyez en rien, si ce n'est vos principes révolus ! A la fin de cette bataille, peu importe le gagnant, une nouvelle ère verra le jour ! Si vous continuez à avoir peur de l'inconnu, votre système s'écroulera ! C'est cette même peur de l'inconnu qui a creusé la tombe du pays solaire face aux dragons blancs. Alors acceptez l'évolution ! Acceptez la réalité ! Embrassez la terreur plutôt que de la juger. Si vous le faites, un pas de géant vous sera attribué ! Mais continuez à avoir peur de tout ce que vous ignorez, et vos vies seront arrachées ! PERSONNE ne m'empêchera de croiser le fer avec Azelia sous prétexte que vous ayez peur de ce qui puisse vous mener vers la vérité. Et sachez une chose. Ce n'est pas pour vous protéger que je risquerais mon sang et mon âme face à quelqu'un qui peut secouer le monde par la seule force de son esprit, mais pour moi ! Pour mon ascension ! Pour mon évolution ! Car contrairement à vous, Hardin, je n'aies pas peur de l'évolution et de ses risques ! Vous qui semblez si apeurés de faire confiance en une valkyrie, ou une elfe ! Vous qui refusez de croire à autrui ! J'étais prête à vous tendre la main, mais vous m'avez prouvé que vous n'êtes qu'un barbare et un être décadent ! Quoi qu'il en soit, je ne veux personne d'autre à mes côtés dans ce noyau lunaire que mes compagnons immortels. Vous ne méritez pas de vous battre à mes côtés ! Et mettez vous seulement sur mon chemin, et je vous promets que ce n'est pas Azelia qui mettra à feu et à sang votre nation, Hardin !

Scylla se retourna brutalement après son long discours accusateur. Après avoir remis sur elle son armure dorée, elle s'en alla, sans attendre la moindre réaction. Miz semblait peiner de voir qu'une fois encore, les mortels durent entendre les sermons d'une valkyrie, car ils n'ont pas été capable de prouver leurs valeurs. Mais comparé à Alleria, il y'avait clairement du mépris et de la haine en Scylla. Pouvait-on lui en vouloir ? Cela fait un bail que Scylla se bat corps et âme face à Azelia, et elle n'eut jamais la moindre reconnaissance de la part de la Yokume. Au contraire, sous prétexte que c'est une valkyrie, et qu'elle possède un maléfice qu'elle n'a probablement jamais désiré, on préfère la chasser et la condamner. Miz et Eloraell se demandaient ce qui traversait l'esprit de Scylla. De la colère, de la peine, de la tristesse ? Savait-elle encore pourquoi elle combattait Azelia à ce stade ? Eloraell savait qu'une fois le calme revenu, c'était de son devoir d'avoir une discussion en privé avec cette valkyrie. Perdre une telle alliée signerait pour de bon la fin du peuple mortel. Maintenant, il restait un dernier détail fâcheux à régler: ce qu'Eloraell allait bien pouvoir faire de sa sœur.

- Rapatrions Feriel vers nos laboratoires pour l'étudier. Demander à Scylla de nous aider après ce qui vient de se passer serait égoïste.

- Euh, votre Majesté...

- Que se passe t'il ? Parle, druide !

- Et bien, j'ai bien peur que le cas de votre sœur ne soit classé. Ce n'est guère le maléfice qui a transformé votre sœur en une bête enragée. Nous avons étudié l'anatomie de Feriel toute la nuit. Et nous avons fait une découverte importante. Le cerveau de Dame Feriel est complètement désordonné. Le virus a touché la moelle épinière, l'enflammant majoritairement. Le système nerveux a connu tellement de dégâts, qu'on peut parler dans ce cas d'encéphalomyélite. Ce qui signifie...

- … ce qui signifie la mort.

- Navrée, ma reine, mais je ne donne pas plus de dix jours à Dame Feriel avant qu'elle décède sous d'atroces souffrances. Et à partir du moment où c'est le système nerveux qui est endommagé, nous ne pouvons rien faire, à part aller à l'encontre de la nature humaine et tuer Feriel avant la fin du compte à rebours, si nous cherchons à trafiquer son cerveau.

Miz avait les deux mains placés devant la bouche lorsqu'elle vit Eloraell complètement immobile face à cette nouvelle. Elle était silencieuse et statuait sur place sans dire le moindre mot. Le silence fut brisé, néanmoins, par Hardin qui semblait s'être remis de l'agressivité de Scylla. Ce dernier tendit sa lance argentée vers Eloraell qui montra un léger signe de surprise.

- Tout bien réfléchi, je suis prêt à vous accorder ma confiance ! Je vous croyais frêle et chétive pour faire partie de mes alliés, mais c'est l'occasion rêvée pour me prouver que vous avez du cran pour prendre la décision la plus intelligente qui soit. Comportez vous en reine et corrigez le mal par la force de votre place !

- Hardin ! Salaud !

- Réfléchissez ! Votre sœur va mourir, et si on la laisse en vie, elle pourrait bien poursuivre le cycle de contamination. Autant supprimer la dernière porteuse enragée de ce virus, et lui offrir une mort sans douleur éternelle. Prenez cette lance, Eloraell, et abattez votre sœur avant qu'elle ne souffre plus longtemps. Si vous me montrez que vous êtes une reine digne et courageuse, alors je considérerais que vous êtes prête à mener une guerre à mes côtés. Je signerais l'alliance de nos deux armées !

Eloraell s'empara de la lance telle une poupée sans émotions. Elle fixa Feriel qui, à la vue d'Eloraell qui était armée, commença à s'enrager et à remuer dans tous les sens. Il ne fallut que quelques secondes pour que Feriel fasse comme Scylla et se débarrasse de son étreinte. Ces quelques secondes qui suffirent aussi à Eloraell à prier pour que l'âme de sa sœur repose en paix. Lorsque Feriel reprit liberté, elle fonça tête baissée vers Eloraell. L'elfe ferma les yeux, hurla de tout son cœur avant de mouvoir la lance.

- RAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAAH !

La conclusion fut fatale. Eloraell venait de décapiter Feriel, sa sœur, sa seule famille. Le corps de l'ancienne elfe noire s'effondra au sol comme un chiffon. Eloraell ne bougeait plus et fixait son acte. Hardin reprit la lance des mains de l'elfe, sans réagir face aux larmes d'Eloraell.

- Parfait, Eloraell ! Considérez que notre alliance est toute signée ! Vous et moi, nous allons faire de grandes choses !

Hardin s'en alla, sans prêter attention au regard plein de haine de Miz qui venait de se moquer de la souffrance d'une sœur. La reine des océans posa ses mains sur les épaules de l'elfe qui s'effondra au sol à son tour, puis hurla son chagrin sur le corps sans vie de Feriel. Ici, il ne s'agissait plus d'une reine qui devait montrer respect et force à son peuple, mais d'un être humain qui pleurait de tout son être que le destin arracha la vie de sa sœur sans la moindre once de respect.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Eloraell
Reine
Reine
avatar

Messages : 64
Date d'inscription : 14/07/2013
Age : 28

MessageSujet: Re: Le chagrin d'une reine   Ven 9 Nov - 0:02

Il était 17h, le crépuscule sonnait à la porte du village elfique. Eloraell, après le fiasco du conseil des seigneurs, s'isola dans ses appartements et ne montra aucun signe de vie. Elle avait bel et bien signé un accord avec le sultan Hardin, pour que le peuple des elfes puissent bénéficier du support militaire de l'armée du désert, ce qui était rare en soi, les deux peuples étant opposés en tout point. Néanmoins, cela fut au prix d'une vie, celle de sa sœur. Pour la reine des elfes, il était clair que cette victoire n'en était pas une. La Yokume pouvait être fière et se sentir rassurée avec une telle alliance face aux troupes lunaires. Eloraell pouvait obtenir la gloire pour avoir conclu un marché avec le tyran au sable rouge. Mais tout ceci, elle s'en fichait. Elle venait de perdre encore une fois une membre de sa famille, une partie de sa vie. Et pire encore, elle fut celle qui mit un terme à son existence.

Du haut du balcon de sa chambre, Eloraell était assise, à observer l'éclat du soleil couchant se refléter sur les feuilles des arbres, sans prêter attention à la tasse de thé qui était posée sur la table devant elle. Son regard était vide, lui qui s'émerveillait habituellement devant chaque parcelle de son jardin royal. Hélas, cette fois, plus rien ne comptait pour elle. Elle s'empara avec hésitation de la tasse pour en boire une gorgée. Mais le liquide ne parvint pas jusqu'à ses lèvres. D'une part parce qu'Eloraell tremblait, nerveuse comme jamais. L'infusion débordait à chaque tremblement, vidant pratiquement la moitié du contenu. Le tremblement provenait de ce traumatisme qui venait de naître en elle. L'image de sa sœur qui fonçait, enragée vers elle, et le geste brutal qu'elle effectua et qui décapita ce qui restait de sa sœur. Tout ceci ne souhaitait pas sortir de son esprit. Les images défilaient dans sa tête, telle une boucle sans fin, et le traumatisme l'empêchait même de boire sa boisson. Il était clair que sur un champ de bataille, ce genre de traumatisme allait poser un sérieux problème.

Ces tremblements prirent fin lorsque quelqu'un toqua à sa porte. Le réveil brusque de son esprit lui fit lâcher la tasse contre la table, brisant la vaisselle en plusieurs petits morceaux. Eloraell n'eut même pas le temps de dire "Entrez" qu'un soldat elfe ouvrit la porte et s'inclina. Probablement le produit de la vaisselle brisée qui alarma l'elfe et le poussa à entrer dans la chambre sans l'autorisation de cette dernière.


- Excusez-moi votre altesse, mais je suis porteur de nouvelles alarmantes.

Pour Eloraell, la mort de sa sœur était ce qu'il y'avait de pire, alors peu importe ce que disait, et ce que s'apprêtait à dire cet elfe, cela ne la troublerait davantage.

- … parle.

- C'est Carcharoth. Il a profité de votre long silence après la réunion pour avertir le peuple de tout ce qui s'est tramé lors de la réunion. Pire, il semble avoir déformé la réalité… et maintenant, beaucoup d'habitants doutent cruellement de vous.

- … Que veux-tu dire par… déformer la réalité ?

- Il a annoncé la mort de Feriel, de votre propre main. Il a choisi avec précaution ses mots, pour que tout le peuple qui, jadis, vous aimait, pense que vous avez tué votre sœur sans remords, juste pour acquérir une force militaire supplémentaire. Bref, le peuple pense désormais que vous vous laissez envahir par la facilité, et que vous êtes complètement influençable. Tout comme avec Seto Yagami, que vous avez suivi sur le front, causant la mort de nombreux de nos précieux soldats. Maintenant, le peuple pense que vous n'avez appris aucune leçon, et que vous avez encore une fois écouté le premier malvenu, au point de sacrifier votre sœur.

- Ma sœur était souffrante. Je me contrefiche de cette foutue alliance avec Hardin. Je voulais simplement ne plus la voir hurler de douleur. Je… je….

- Vous devriez parler à votre peuple, et regagner la confiance des habitants. Moi, rien n'ébranlera ma fidélité envers vous, ma reine. Mais ce n'est pas le cas de tout le monde. J'ai bien peur que notre peuple pense que vous n'êtes pas digne d'être la dirigeante d'une armée dans un territoire aussi périlleux que le noyau lunaire. Ils croient que vous allez causer une seconde vague de pertes humaines en suivant la voie la plus suicidaire possible. Avec votre tendance à ne pas écouter votre peuple, et à faire ce que bon vous semble, j'ai bien peur que Carcharoth mène un coup d'état et vous renverse de vos fonctions, avec l'aide des fanatiques de l'ordre de Valerius ! Je vous en conjure, ma reine. Prenez le temps de dire le fond de vos pensées à votre royaume !

Eloraell ne prenait même pas le temps de regarder dans les yeux ce soldat qui ne voulait pas que la reine actuelle perde ses fonctions de souveraine. Un coup d'état, cela peut venir très vite. Donc Eloraell devait tout faire pour que son peuple lui offre une nouvelle fois la confiance qu'elle mérite. Mais malheureusement, Eloraell était toujours aussi absente, inexistante, comme si le monde autour d'elle avait arrêté de tourner. Le soldat l'apercevait sans le moindre souci, ce qui l'attristait au plus haut point.

- J'y penserais. Maintenant, sortez...

Non sans hésitation, le soldat prit congé, laissant Eloraell seule.

***

Il était désormais 22h. La nuit était tombée, et une bonne partie du peuple elfique avait rejoint le royaume des songes. Mais ce ne fut pas le cas d'Eloraell qui remuait dans tous les sens dans son grand lit spacieux. En plus de ses séquelles physiques qui se réveillaient et qui n'avaient pas totalement guéries, Eloraell n'avait toujours pas fait le deuil de cette horrible scène sur la colline aux menhirs. Et comme si cela ne suffisait pas, elle cauchemarda éveillée. La vision de sa mère réduite en cendres revenait également, en plus des mots de Seto face à Scylla et Iris. Notamment lorsqu'il proclama que toute personne exceptionnelle ou avec le pouvoir finit sa vie seule et que c'est sa seule destinée possible. Bien qu'Eloraell avait refoulé en boucle ses paroles face au dragon, ici, elle commença à comprendre le sens des mots du dragon. Eloraell se sentait de plus en plus seule, abandonnée face à une histoire trop périlleuse pour elle. Elle ne savait comment sortir de ce cauchemar. Ainsi, elle continua de remuer à gauche et à droite dans son lit, en s'accrochant à sa couverture. Rien n'y faisait, impossible de trouver le sommeil. Le traumatisme de la scène avait eu le mérite de troubler pour toute la nuit l'elfe à la chevelure dorée. C'est alors qu'elle sortit les deux pieds du lit pour enfiler ses chaussons, et qu'elle se dirigea vers la porte de sortie de la chambre. Ses jambes ne lui obéissaient pas. Son corps voulait simplement bouger et marcher, au lieu de combattre toute la nuit pour trouver le sommeil.

Eloraell décida de quitter le palais. Bien sûr, les gardes stoppèrent la souveraine à cause de l'heure tardive, mais d'un ton ferme, l'elfe ordonna aux gardes de s'écarter et de la laisser prendre l'air au beau milieu de son large jardin. C'est alors qu'en robe de chambre, Eloraell vagabondait sans but, prise par une migraine insupportable. Elle se retrancha au beau milieu d'une partie du terrain qui n'était pas surveillée par les gardes du palais. Encore une fois les images traumatisantes refaisaient surface et s'enchaînaient dans son esprit. La mort de sa mère, de sa sœur, et Seto qui était devenu un démon. Et encore une fois, les mêmes mots provenant de la bouche du dragon: Puissance, seul.


- Seule, je suis seule...

Eloraell s'agenouilla sur le sol, comme si elle avait abandonné toute idée de marcher.

- Tout comme Seto, je suis seule. J'ai perdu mon unique famille. J'ai prononcé la mort de ma mère en tombant amoureuse de ce dragon. Je n'ai écouté que moi, et seulement moi, ce qui a poussé mes fidèles à se sacrifier pour rien. J'ai cru que je pouvais faire évoluer les choses, mais j'ai creusé la tombe de mon peuple et de ma sœur en étant incapable de me défendre face à l'adversité. Elle s'est sacrifiée pour une bonne à rien qui n'a plus que ses yeux pour pleurer. Maintenant que je suis reine et que j'ai cherché à unifier la Yokume, mon peuple me tourne le dos. Même Scylla, qui me comprenait, doit m'en vouloir pour mon comportement. Elle va sans doute partir se battre sans mon aide. Et si je ne peux veiller sur elle, elle pourrait...

L'elfe se triturait tellement l'esprit, qu'elle posa ses doigts sur le crâne, et se tortura l'esprit davantage. Entre désespoir, paranoïa, elle était au bord de craquer pour de bon, tandis que les mêmes images continuaient d'amplifier sa frustration.

- Nous allons mourir, nous allons tous mourir… Tout ça, c'est ma faute. Si seulement j'étais resté en dehors de tout ça, je n'aurais pas continuellement observé tant d'images qui me font souffrir ! Si seulement j'étais comme ma mère, incapable de céder aux rouages de la haine. Pourquoi fallait-il que je détruise tout ce que ma mère a entrepris ? J'ai ruiné des années et des années de pacifisme. Et pour quoi ? Pour que nous disparaissions tous ? Si je pars en guerre, je vais voir mon peuple mourir. Carcharoth a raison, je n'ai pas la fibre guerrière. Je ne suis pas Scylla, je ne suis pas ma sœur… Je… Je… je ne suis pas MON PERE ! Je veux retrouver ces jours heureux qui se sont volatilisés ! Cette enfance naïve où seuls les livres étaient mes compagnons, et non ces armes qui retirent tant de vies ! Je… je ne veux plus voir la mort du moindre résident de mon peuple. Je ne veux pas voir la suite… Je ne veux plus rien observer. Plus rien… Je veux… je veux...

Eloraell était tellement sous l'impact de la panique et de la peur de voir son peuple disparaître, que tout son esprit se fissura pour de bon. Ses souvenirs heureux où elle vivait le parfait bonheur avec sa mère et Seto, encore souriant et non en étant la proie de la vengeance. Eloraell était une pure pacifique, ayant aucune notion de la guerre et du conflit. Là, en tuant sa sœur et en jouant le jeu d'un sultan sanguinaire, elle venait de tourner le dos à son passé et ses principes. Et elle savait qu'elle venait de démarrer une chaîne mortelle où elle allait voir tout son peuple tomber petit à petit.

Soudainement, Eloraell leva sa robe de nuit, ce qui mit à nu le bas des jambes. Elle avait attaché, derrière un morceau de tissu, une petite dague qu'elle s'empara. Cette arme était probablement une arme d'auto-défense. Mais sur le coup, elle commença à effectuer un geste bien inquiétant. Elle approcha la pointe de cette dague, tout en tremblotant, vers sa pupille droite. Elle fixa de très près cette dague, tout en laissant échapper un sourire bien nerveux.


- Je ne veux plus rien observer, je ne veux plus rien voir. Tout comme il disait, l'obscurité est peut-être la réponse aux peines. Tant que j'aurais peur, je continuerais de m'éloigner de la véritable paix. Si je ne suis plus en mesure de voir mes proches mourir, alors, toutes mes peurs se volatiliseront… Je dois… je dois.

Mais alors qu'Eloraell allait commettre sous le désespoir l'irréparable, quelque chose percuta à toute allure la dague, ce qui fit tomber Eloraell sous la surprise en plus d'envoyer voler au loin la lame. Vu la vitesse du projectile qui cogna la dague, ainsi que la précision du lancer, Eloraell songea qu'un elfe archer avait surpris sa reine et sa tentative de suicide. Mais vu la lueur dorée qui s'approcha de l'elfe, et qui dissipa l'obscurité de la nuit, Eloraell comprit que la personne qui venait de tirer cette flèche ne possédait pas de longues oreilles. La silhouette en armure, qui tenait un arc de la main droite, et une pomme rouge dans la main gauche, s'approcha d'Eloraell.

- Cela aurait été bien dommage que vous vous crevez les yeux alors que je commence enfin à progresser. Je peux savoir ce que vous comptiez faire à l'instant ?

- Scylla ? Comment êtes vous entré dans mon jardin ?

- Ne cherchez pas à esquiver ma question par une autre question.

Scylla ramassa la dague tandis qu'Eloraell était toujours allongé sur le sol. Le gémissement qu'Eloraell poussa après le choc entre la flèche et la fine lame de la reine elfique s'entendit au loin, et par conséquent, de nombreux gardes arrivèrent. Bien sûr, comme ils sont formés à agir et non à réfléchir, les elfes encerclèrent Scylla et pointèrent leurs arcs vers la valkyrie.

- C'est devenu une habitude, ma foi.

- Scylla ! Lâchez votre dague immédiatement ! Et éloignez vous de notre reine !

- Non, attendez ! Ce n'est pas ce que vous pensez ! Scylla n'est pas venue pour m'assassiner. Rangez vos arcs ! C'est un ordre !

Mais les elfes semblaient bien décidés à ne pas lâcher la valkyrie écarlate d'une semelle. Eloraell avait peur que cela tourne mal, surtout que les elfes doivent être au courant de l'attitude vénale dont a fait preuve Scylla pendant le conseil. Il ne serait pas étonnant que le peuple elfique qui ne connaissait pas en profondeur cette femme doute d'elle ou la considère comme dangereuse. Cependant, l'anxiété d'Eloraell s'estompa lorsqu'elle vit que Scylla restait fidèle à elle-même. La valkyrie ne sourcillait pas et n'en avait rien à carrer des archers qui l'encerclèrent. Elle grignota son fruit sans le lâcher, et sans regarder ces mêmes archers. Seuls Eloraell comptait dans son champ de vision.

- Vous avez entendu la demoiselle ? Je vous suggère d'obéir, si vous ne voulez pas que votre fierté de tireurs d'élites prennent un coup fatal, car vous risqueriez d'être décu du résultat.

Devant l'indifférence de Scylla, et l'insistance d'Eloraell, les elfes se retirèrent et laissèrent Eloraell entre les mains de Scylla. D'ailleurs, lorsque tous les elfes disparurent dans l'obscurité, Eloraell laissa les vannes couler. Les larmes refirent surface pour la seconde fois de la journée. Scylla lâcha la dague au sol et s'empressa de rejoindre Eloraell pour la prendre dans ses bras. La valkyrie avait beau être dure et sévère naturellement, elle savait reconnaître quand une âme fragilisée a besoin de réconfort.

***

Scylla et Eloraell se posèrent devant un pommier, au beau milieu du jardin royal. Scylla ne parlait pas, et laissa Eloraell redevenir stable mentalement. Une fois qu'elle constata que l'elfe stoppa son chagrin, elle prit la parole, d'une voix douce et chaleureuse, loin de ce qu'elle présentait d'habitude.

- J'ai entendu pour Feriel… Toutes mes condoléances. Et surtout, toutes mes excuses. Je suis la responsable de sa douleur. Si j'avais fais plus attention, tout cela...

- Non, tout est de ma faute.

- Hum ?

- C'est moi qui ai brisé le cycle pacifique qu'a instauré ma mère. J'ai jugé Seto, mais je ne vaux pas mieux. J'ai envoyé de nombreux hommes vers la mort, sans écouter leurs avis. Je n'ai été que l'ombre de moi-même pendant tout ce temps. Si je n'avais pas pris la décision d'écouter le chantage de Seto, nous n'aurions pas été présents au pays du soleil, et Feriel n'aurait pas été infecté par cette malédiction qui a signé son arrêt de mort. Et maintenant, je me mets à céder à nouveau au chantage d'un autre homme, ce qui m'a obligé à...

- Si vous n'aviez pas été là, comme vous le dites si bien, je serais morte, Eloraell. Je sais que je ne remplacerais jamais votre sœur au plus profond de votre cœur, mais je peux m'assurer que le sacrifice de Feriel ne soit pas vain, en vous permettant, à vous, comme à votre peuple, de voir encore la lumière du jour pour cette nouvelle année qui s'annonce. N'abandonnez pas, sous prétexte que vous avez commis une série d'erreurs.

- C'est si facile à dire, mais je ne suis pas vous, ou Iris. Je suis une mortelle ! Une faible et ridicule mortelle ! Et encore moins une guerrière ! Toute ma vie, je l'ai entrepris sans avoir le moindre désir de diriger qui que ce soit. J'ai simplement travaillé dur pour la protection de la nature. Combattre pour souiller notre terre représente l'opposée de mon ambition. Et cette réalité se répercute dans mes actions catastrophiques ! Mon peuple désire déjà ma démission...

- Vous doutez de vous, en somme. N'est ce pas ?

- Je n'ai pas votre force et votre combattivité ! C'est vous et Iris qui avez raison. On va tous mourir si on affronte Azelia ! Tous ! J'aurais tellement aimé avoir un dixième de votre combattivité, Scylla ! Si seulement vous pouviez me la transmettre.

- Je n'ai rien à vous transmettre...

- Pourquoi êtes vous si froide et distante, valkyrie ? Est-ce votre code d'honneur qui vous oblige à être si indifférente à notre détresse ?

- Vous ne comprenez pas.

Scylla se leva, avança de quelques pas, puis leva la tête vers le ciel étoilé.

- Vous m'idolâtrez, mais vous ignorez sans doute que je doute de ma valeur. Sans arrêt, je doute de moi. C'est inévitable.

- Vous ? Vous doutez de vous ?

- Oui. Et si je devais me mutiler à chaque fois que je doutais de moi, mon corps serait couverts de cicatrices. Mais avec le temps, j'ai compris une chose. Mortels, immortels, elfes, valkyries, dragons, nous vivons un jour ou l'autre des épreuves trop complexes pour nous. Ainsi va la vie, et c'est tout l'important de notre existence. Si nous ne doutons pas de nous de temps en temps, nous ne pouvons nous remettre en question, et nous ne pouvons avancer. Il n'y a pas besoin de posséder une combattivité de valkyrie pour comprendre. Je suis humaine, comme vous, et je l'ai compris. Ne laissez pas votre mission de souveraine vous mettre tellement la pression que vous en arrivez à vous étouffer. Vous croyez que vous n'avez pas le droit à l'erreur, mais sachez une chose, Eloraell. Tant qu'il y'a de la destruction, s'ensuit toujours la reconstruction.

- Je n'aurais jamais cru que quelqu'un comme vous puisse douter de soi. A vous entendre et à vous observer, on dirait vraiment que le ciel vous a envoyé pour veiller sur nous. Vous êtes si… rayonnante, Scylla.

Scylla se retourna pour fixer Eloraell avec intensité. Eloraell trouvait cette femme d'une beauté à couper le souffle. Avec son armure resplendissante et ce pégase qui lui servait de monture, Eloraell avait l'impression d'être confrontée à une véritable déesse. Et c'était justement ça le souci. L'elfe ne parvenait pas à se sentir plus en confiance avec elle-même face à une telle entité.

- Vous m'admirez et me couvrez de louanges. C'est normal, on se crée des héros sans arrêt, car c'est humain. Mais quand on admire quelqu'un, il faut en tirer un enseignement de cette personne, et non s'en servir comme outil de comparaison. Sachez une chose, Eloraell. De toute ma vie, j'a admirée trois personnes. L'une est morte, l'autre combat sans relâche contre la mort, et la dernière m'effraye au plus haut point. C'est là que j'ai réalisé que personne n'est parfait, personne n'est idéal. Nous avons tous notre force, comme nous avons tous notre faiblesse. Et nous avons chacun un combat à mener pour valider notre existence. Eloraell, il faut que vous compreniez que si je vous demande de rester à l'écart de cette ultime bataille, ce n'est pas parce que vous ne faites pas le poids. Je maintiens ce que j'ai dis, seule la désolation et le chaos vous attend si vous foulez du pied la même route que moi. Mais ce n'est pas ça le problème. Ce que j'essaye de vous faire comprendre, c'est qu'Azelia n'est pas votre combat à ce stade. Votre combat à vous, c'est de préserver une paix durable car vous êtes l'unique souveraine qui aspire à un tel idéal. Et moi, je vais protéger votre idéal dans l'ombre, puis disparaître. Réjouissez-vous, Eloraell. Car une déesse de la destruction vous offre la possibilité de reconstruire ce que je vais détruire d'ici peu: un continent qui va connaître un destin sanglant.

- Déesse de la destruction ? Vous pensez qu'on vous voit ainsi ? C'est pour ça que vous comptez disparaître ?

- Ne soyez pas naïve, Eloraell. Il n'y a qu'une chose à retenir de ce conseil me concernant. Ce Hardin, comme ce Carcharoth...

Scylla ramassa une pomme au pied du pommier, puis la jeta de toutes ses forces au dessus d'elle. En quelques secondes, elle déplaça sa mèche de cheveux pour voir des deux yeux, arma son arc puis tira vers le ciel une flèche bien placée. Par la suite, la pomme, avec la flèche retombèrent sur le sol. La pomme était intacte, et la flèche avait percé le fruit pile au centre. Eloraell ne savait pas si le conseil y'était pour quelque chose, mais les progrès de Scylla étaient fulgurants à ce stade. Elle avait eu tort de douter du talent de Scylla.

- … me voient déjà comme la prochaine menace planétaire après Azelia.

- Scylla. Après un tel événement, je peux comprendre que vous ne voulez plus protéger la race humaine.

- Je ne protège nulle race. Mon épée sert des idéaux, des principes, et des espoirs. Relevez-vous, Eloraell. Et redonnez vie à ce que mon épée cherche à protéger.

Eloraell buvait chaque parole de Scylla. Elle avait compris que la valkyrie attendait à ce que son pays garde espoir et reprenne des couleurs. Ce n'est pas une guerrière que Scylla voulait voir, mais une mère, une protectrice et la gardienne des idéaux qu'a instauré Ulyana au fil des années. Cependant, bien qu'Eloraell respectait amplement le souhait de Scylla, il y'avait une chose qu'elle refusait d'admettre. Eloraell se releva et fit face à Scylla.

- C'est la dernière fois que je vous ferais cette proposition. Vous risquerez probablement de refuser, mais j'aimerais me lancer à l'eau une dernière fois. Scylla, laissez-moi vous accompagner dans ce noyau lunaire. Non pour vous surveiller, non pour vous contraindre. Mais pour vous aider. Je refuse que vous songiez un seul instant que vous êtes quelconque déesse de la destruction. Vous êtes mon amie, Scylla. Et avant d'être en mesure de maintenir la paix dans mon royaume, je dois être capable d'aider une amie. L'un ne va pas sans l'autre. Ainsi, peu importe ce que vous me dites, mon combat est également le vôtre. Et vous ne pouvez le nier, Scylla.

Scylla voyait que ses paroles avaient relevé la tête d'Eloraell. Néanmoins, elle reprit son ambition d'accompagner la valkyrie dans l'antre de la mort, là où Azelia attendait bien sagement que son piège se referme sur la race mortelle. Scylla n'était pas plus chaude qu'avant, cependant, cela lui faisait plaisir qu'Eloraell reprenne du poil de la bête. Il faut croire qu'Eloraell tira un bon enseignement de la valkyrie quand cette dernière annonça qu'elle doutait tout autant d'elle que l'elfe blonde. Et puis, il y'avait tellement de bonne volonté chez Eloraell que Scylla ne savait plus quoi penser de l'elfe. Sa raison refusait d'accepter l'aide d'Eloraell, mais son cœur lui disait le contraire. C'est non sans un soupir que Scylla répondit à son amie elfique.

- Hum, très bien, entendu. Soit, j'accepte que vous m'accompagnez. C'est vraiment parce que votre bravoure me fait plaisir. Néanmoins, il va falloir que vous acceptez votre peur, et le moindre destin funeste. Si vous perdez votre bravoure en voyant vos amis aux longues oreilles périr, je ne serais pas forcément là pour vous empêcher de commettre une nouvelle fois un acte stupide comme vous venez d'essayer. Sur un champ de bataille, le sang-froid est de rigueur. Il faut accepter les pertes, les difficultés, les périples, et le visage de la mort qui vous observe à chaque seconde. Vous prétendez ne pas être une guerrière. Etes-vous véritablement prête, ou le faites vous uniquement pour honorer votre pacte envers moi ?

- Je suis prête ! Néanmoins, je dois juste regagner la confiance de mon peuple. Qui sait ce que donnera un royaume sylvestre sous la coupe de Carcharoth ? Les elfes redeviendraient aussi corrompus que les elfes noirs que vous avez défié, croyez moi sur parole.

- Alors préparez un discours politique qui fera sauter votre peuple au plafond, et qui fera taire cette andouille. Sur ce point, je serais ravie de vous aider !

Scylla et Eloraell se serrèrent les mains pour sceller cette alliance. Finalement, Scylla accepta donc que quelqu'un d'autre qu'Iris l'accompagne dans ce territoire qui sert de maison à Azelia. Quand à Eloraell, il serait mentir de dire que le traumatisme causée par la mort de Feriel soit passé, mais ce n'est pas en restant terrée chez soi que l'elfe royale guérira de ce mal-être. C'est uniquement sur le champ de bataille qu'Eloraell saura guérir une plaie ouverte sur un autre terrain de guerre.
Revenir en haut Aller en bas
Voir le profil de l'utilisateur
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Le chagrin d'une reine   

Revenir en haut Aller en bas
 
Le chagrin d'une reine
Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» La Reine est arrivée. Prosternez-vous. (Dante)
» «La Reine Nègre» Victor-Lévy Beaulieu s'explique
» La vie a une fin, le chagrin n'en a pas.
» Amy of Leeds : Reine de Coeur, à vous l'honneur !
» La Reine du Rock se présente !

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
Yokume Peace :: Territoires :: Pays de la forêt :: Le village de la forêt-
Sauter vers: