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 [Fiction] Rift

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Kira
Sorcière noire
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Messages : 226
Date d'inscription : 16/11/2013

MessageSujet: [Fiction] Rift   Lun 18 Mai - 23:28

ARC 1
Elympios


Épisode 0, prélude




Chapitre 1 : Commencement.

13 février 2210
06h24
Aincrad, district 4

C’est en compagnie d’une migraine atroce, que je me réveille comme chaque matin depuis deux ans, avec l'impression d'être encore et toujours fatiguée. Cela est peut-être dû au fait que je dorme sur un vieux matelas en paille, avec comme office de couverture, un drap troué ? Ou alors parce que le bruit environnant m'empêche de fermer l’œil pendant d'innombrables heures ? Je ne sais pas vraiment, mais ce qui est sur, c'est que j'aimerais dormir plus longtemps, là. Malheureusement, l'endroit où je me trouve ne me permet pas réellement de profiter d'une grasse matinée. Ici, je me situe au quatrième district de l'Aincrad. Cette cité gigantesque est le dernier vestige de notre monde, Elympios. La ville est construite comme une immense tour, s'étalant sur plusieurs centaines de kilomètres carrés. Et dans cet endroit, il y a 30 zones différentes, séparées en district. Inutile de préciser que plus on se trouve bas, plus la vie est minable. Pour faire court, du district un à neuf, ma situation est celle de monsieur tout le monde. Dans ces neuf zones, c'est vraiment la merde. Quoique selon ce qu'on m'a dit, notre monde tout entier est dans la merde. Ce qui je pense est véridique, vu que l'Aincrad a en son sein environ 250 millions d'habitants, qui constituent visiblement ce qui reste sur Elympios. Et bien sûr, plus de la moitié de cette population se trouve entre le district un et neuf... Bref, déjà que cet endroit est pourri, faut en plus qu'on se marche tous dessus... Bon après, tout ce que je sais, c'est mon amie qui me l'a dit. Car moi, je me suis réveillée amnésique dans cet enfer, il y a deux ans. Tout ce dont je me rappelais à mon réveil, c'était mon prénom : Noel.

Je ne me souviens de rien d'autre, même pas mon âge. Je m'estime cependant entre 19 et 21 ans, vu mon apparence. J'ai un visage assez fin, une taille moyenne, et une longue chevelure blonde. Ce qui me caractérise cependant, ce sont mes yeux vairons. J'en possède un bleu, et un rouge. Ce trait de caractère est d'ailleurs ce qui fait que je suis encore vivante, à l'heure qu'il est. Car oui, dans les bas quartiers où on est, quand la pauvreté et la survie sont de mise et le seul mot d'ordre, on voit réellement de quoi est capable l'humain. Il est donc tout à fait normal et courant, de croiser des corps un peu partout dans la rue. Certains mort de faim, d'autres de froid, ou encore assassiné sauvagement pour quelques malheureux biens de valeurs. Bien sûr, quand on est une femme, on rajoute encore plus de danger. C'est pour cela d'ailleurs que je dis que mes yeux me sauvent la vie. Car ici, une jeune femme comme moi se fait ou violer, ou kidnapper pour devenir une prostituée par la suite. Heureusement, il semblerait qu'une personne dans mon genre soit appelée « bâtard » ici. Bâtard signifiant le mélange de plusieurs races. De ce que m'a dit ma fameuse amie, l’œil rouge indique que j'ai une moitié venant du monde des limbes. Un monde mystérieux qui est visiblement situé entre nous et Zenithrias. Tout ce que je sais, c'est que Zenithrias est un monde qui a fait surface lorsqu'il y a eu la grande fissure, il y a des centaines d'années de cela. Ce monde serait peuplé de personnes qu'on appellerait « magiciens ». Et au milieu, les limbes. Bon, je ne connais pas vraiment tout cela moi, je viens de naître il y a deux ans indirectement, et mon amie connaît cela uniquement via les informations relayées à la radio. C'était juste pour dire que grâce à ces pupilles, je suis fui comme la peste, et je ne vais pas m'en plaindre.


06h29


Tandis que j'essayais vainement de me rendormir - ne sait-on jamais - une voix fluette venait me titiller les tympans :


- Noel ! Aller debout, on va être en retard si tu te grouilles pas !

Il s'agissait de Saya, ma meilleure amie. Enfin, en même temps c'est ma seule amie, donc c'est rapide. C'est elle, qui m'a trouvée étendue il y a deux ans sur la plage. Enfin, quand je dis plage, c'est plutôt une décharge, donnant une vue imprenable sur un fleuve sans eau. Depuis, elle est restée avec moi, et elle m'a aidée à m'y retrouver un peu, dans cet endroit, et surtout le monde qui m'entoure. Bon après, je sais très bien pourquoi de base elle reste tout le temps collée à moi. C'est parce que je suis son bouclier personnel, vu que je suis le monstre à éviter ici. Enfin, je ne me plains pas, elle est plutôt sympa, chiante, mais sympa. Cependant, comparée à moi, cette fille a vécu toute sa vie ici, a priori. Ce qui tien du miracle, vu comment une femme finie dans ces quartiers. Elle aurait selon ce qu'elle m'a dit, 18 ans. Ce qui me semble assez faux, vu son apparence juvénile prononcée. Je pense plutôt qu'elle n'a pas encore la majorité, mais qui s'en soucis franchement ? Du coup, je ne pose pas de questions, et me contente de rester avec la seule personne à qui je parle depuis deux ans, si je fais exception de moi-même, bien entendu. Bref, comme chaque matin, elle venait me réveiller, au cas où le putain de bruit environnant ne l’aurait pas déjà fait...


- Huuuum, je suis morte, encore un peu... lui dis-je d'un air fatigué.

- Tu es tout le temps morte, et tu dors tout le temps !

- Je ne vois pas en quoi dormir trois heures par nuit peut te permettre de me dire ça...

- Je t'attends dehors ! avait-elle dit de façon joyeuse, avant de sortir. Et grouille-toi !

Je ne sais même pas pourquoi je discutais chaque matin pour grappiller quelques minutes ? Je savais que de toute façon je n’avais pas le choix, sinon elle ne me lâcherait pas. Là, si je ne me lève pas, elle revient dans une minute. Bref, je me redressai finalement sur le lit, m'étira un bon coup, puis commença à m'habiller. Évidemment, la tenue basique ici, c'est comme le reste, moche et sale. Du coup, ma tenue se résume à un mini short en jean bleu, un haut blanc, laissant apparaître une bonne partie de mon abdomen, ainsi que des bottines noires. Même si je suis habituée et que je n'ai pas vraiment le choix, je déteste toujours autant ce style. Je trouve cela vulgaire et inconfortable. Enfin, après avoir enfilé mes vêtements, je rejoins finalement Saya à l'extérieur. Même si pour être tout à fait franche, entre l'intérieur et l'extérieur, il y a un rideau qui sépare, vu que les habitations du coin c'est que du bidonville...


- Ah, enfin. Aller, en route !

Même si j'étais aussi motivé que pour aller me pendre, je répondis tout de même positivement, mais d'une voix clairement démotivée.


- Ouai...


06h42

Comme d'habitude, les rues sont bondées de monde. Et comme chaque jour, on attend comme des ahuris dans une longue file d'attente de pouvoir prendre le train miteux, nous emmenant à notre destination. Miteux, car il est tellement plein à craquer, qu'il y a plus de merdes au sol que de personnes. Du coup, ce n'est pas rare d'attendre le prochain train qui relie les différents lieux de la cité, donc de ce fait, glander dans une foule de monde. Tout ça pour quoi au final ? Eh bien, une usine de traitement, qui nous permet de gagner quelques sous. Enfin, juste de quoi se payer le trajet retour et du pain. Si je fais cela, c'est pour avoir un objectif le matin, et aussi pour aider Saya. Son rêve est de quitter un jour cet endroit, pour aller dans les districts supérieurs, comme tout le monde j'ai envie de dire. Donc, elle essaye d'économiser dans l'espoir de se payer son rêve. N’ayant aucun but véritable et souvenir, j'ai décidé de l'aider, et donc de mettre en commun nos revenus. Bon, je suis réaliste, vu ce qu'on gagne, elle ne quittera jamais ce district. Mais je ne suis pas du genre à vouloir lui casser son moral, alors je continue de faire semblant, et de me lever. Peut-être que d'un côté, ça me donne l'impression de faire quelque chose aussi, qui sait...


- Bon sang, je déteste attendre ! Si tu t'étais levé plus tôt, on aurait chopé le train d'avant !

- C'est ma faute maintenant ? répondis-je d'une voix étonnée.

- Carrément même !

C'est dingue comment chaque journée se répète sans cesse. On a toujours les mêmes échangent à la même heure, vu que l'horloge est bien visible, au sommet d'un des bâtiments. Et comme à chaque fois, elle dit la même chose et se plaint. Cela me fait même plutôt rire à force. Quoi qu'il en soit, je trouve cette vie complètement ennuyeuse. D'ailleurs, comme d'habitude, l'énorme file d'attente habituelle me donne l'occasion de lever la tête et observer. Mais ce n'est pas le ciel qu'on voit ici, mais les autres districts situés plus haut. En fait, la lumière de cette zone, on la doit à ceux au-dessus de nous, car le soleil ne vient pas jusqu'ici, ou très brièvement, en fonction de l'endroit où on se trouve. Ceci dit, il y a autre chose à observer ici, il s'agit de ces sortes de soldats, qui nous surveillent constamment. On les appelles des « Gundam », ce sont des unités de l'armée de l'Aincrad. Ici, personne ne sait si ce sont des robots ou des humains à l'intérieur. Néanmoins, j'aurai tendance à dire que ce sont des robots, vu qu'ils sont totalement impassibles. Ils sont froids, vides, silencieux... C'est d'ailleurs en les observant que je me pose toujours la question du « pourquoi ils sont ici ? » Non parce qu'ils n'interviennent réellement jamais. Que ce soit pour une agression, un vol, une émeute, rien. C'est comme s'ils se contentaient d'observer des loups se manger entre eux... Cela dit, même s'ils font un peu peur, c'est le seul truc dans cet endroit que je trouve beau à regarder. C'est vrai, leurs armures métalliques chromées se reflètent à la lumière, donnant un aspect brillant et neuf à ces soldats. Cependant, aujourd'hui ils sont bien plus nombreux que d'habitude dans ce district, je me demande bien pourquoi ? Évidemment, inutile que je leurs poses une question, ils ne répondront pas. Puis quand je disais qu'ils sont passifs, c'est situationnel. Ce n'est pas rare qu'ils nous poussent ou tabasse, si on fait quelque chose de travers envers eux, même simplement les regarder de façon trop insistante, comme je le fais actuellement. Je sentis d'ailleurs Saya me bousculer légèrement dans l'espoir de me faire réagir, tout en l'entendant murmurer de façon prudente :


- Hey, arrête de les regarder. Tu sais très bien ce qui arrive après...

- Ça va, t'inquiète pas, je le sais, lui dis-je de façon agacée par sa remarque. Je trouve simplement cela étrange qu'ils soient autant aujourd'hui...

En règle générale, cela ne me concernerait pas vraiment, mais la vie est tellement monotone ici, qu'un petit changement me fait réagir. Alors que ça se trouve, c'est simplement un renforcement de la sécurité, proportionnel à l'augmentation sans cesse de la zone. En vérité, même si la mortalité est élevée ici, les naissances également. Bien sûr, la plupart des naissances sont accidentelles, inutile de préciser pourquoi... Mais du coup, il y a plus de naissances que de décès. Ce qui amène le Capitole à utiliser des solutions radicales : les purges. Comme son nom l'indique, les purges... nettoient la totalité des habitants de façon nette. Elle est effectuée selon l'augmentation de fréquentation d'une zone. Elle est toujours dirigée sur un ou deux districts inférieurs. Vu que cela ne concerne que les zones un à neuf. Heureusement, elles sont rares, mais je trouve quand même cela assez facile comme solution pour « équilibrer » la population. Ceci dit, cela ne m'étonne guère ce genre de pratiques, vu que pour le Capitole, nous, habitant des bas quartiers, sommes des déchets. Bon, comme d'habitude, je tiens cela de Saya, qui a déjà échappé à quelques purges. Par ailleurs, c'est grâce à elle que je sais ce qu'est le Capitole. Il se situe au trentième et dernier district. Dans le point le plus haut de l'Aincrad. C'est là-bas, où réside le conseil suprême qui règne sur Elympios. J'imagine que la vie doit être bien meilleure qu'ici, là-haut... Même si cela ne change pas que notre monde est au bord de l'extinction. Parfois, je me demande si ce monde de magiciens souffre aussi comme le nôtre ? Et si la vie est la même pour eux, que pour nous...


- Houou Noel, arrête de rêver ! Le train est ici !

- Ha, euh, j'arrive.

Finalement, après une attente me paraissant toujours aussi longue, même après deux ans de routine, on pouvait enfin aller s'entasser dans ce train...

21h38

La journée, comme toutes les journées depuis deux ans, a été longue. Et tout ça pour être payé à coup de lance-pierre. Je ne sais pas comment fait Saya pour être aussi joyeuse. Enfin, après être de nouveau dans cet abri merdique nous servant de toit, je m'allongeai sur le lit en paille, morte de fatigue. Sans blague, ce n'est pas une condition pour une femme ça ! Qu'est-ce que je ne donnerai pas pour une douche, ou un vrai repas... Mais bref, rêver fait plus de mal qu'autre chose ici, donc il vaut mieux que j'arrête. Puis d'ailleurs, maintenant que tout est calme, je remarque que Saya n'est toujours pas ici. Elle m'a pourtant dit tout à l'heure, tandis qu'on rentrait, qu'elle avait quelque chose à faire vite fait. C'est déjà rare qu'elle s'écarte de son bouclier vivant, mais là, ça fait quand même presque une heure. J'espère qu'il ne lui ai rien arrivé...


- Yaaaaaargh

Tandis que je commençais à enfin fermer les yeux, j'entendis un cri assez flippant, venant de l'extérieur. C'est plutôt courant ici, mais accompagné par un coup de feu, cela est déjà plus rare. Sans plus attendre, je décidai de me relever, malgré la fatigue, dans l'espoir d'observer discrètement ce qui se passe. La première chose que je pus apercevoir, c'était un groupe de gundam en train de faire le tour des baraquements. Mais qu'est-ce qu'ils pouvaient bien faire ? Ils ne vont jamais si loin d'habitude... Je suis peut-être paranoïaque, mais j'avais un mauvais pressentiment. Le genre de divination qui me fait reculer légèrement, et me saisir d'une barre de métal traînant derrière moi. Cela n'allait évidemment pas me servir à grand-chose contre des types portant une armure blindée, mais sur le coup, ça me rassurait, d'avoir quelque chose en main. Malheureusement, à peine venais-je de me saisir de cette pathétique arme, que deux gundam entrèrent violemment dans la tente. Ni une ni deux, par instinct, je fonçai sur l'un d'eux et envoyai un coup de barre, qui n'eut pas l'effet espéré. Le gundam n'avait rien senti, et j'avais juste gagné à recevoir une correction qui m'envoya valser quelques mètres plus loin. Suite à cela, il pointa son arme sur moi, tout en me disant d'un ton sec :


- Restez au sol !

- D-d'accord... balbutiais-je, sans pouvoir réellement bouger.

Une fois que j'étais hors d'état de nuire, le deuxième gundam s'approcha de moi, et me plaqua au sol, tout en m'attachant les mains dans le dos avec des espèces de bracelets magnétiques. Bon sang, vais-je mourir comme ça ? Qu'est-ce qu'ils me veulent ? Est-ce à cause de mes pupilles... ? Je n'en avais aucune idée, mais je puis cependant voir je devais cette arrestation à qui, dès que cette dernière passa la porte.


- Saya ?! m'exclamais-je, de façon surprise.

- D-désolé Noel.. m-mais on m'a proposé une sacré somme contre ta position...

Bordel, moi qui pensais pouvoir lui faire confiance, voilà qu'elle me vend pour des mensonges. Car il était clair qu'elle n'allait rien avoir, ou si, peut-être le droit de vivre... Qu'est-ce qu'elle peut être naïve. Mais pouvais-je réellement lui en vouloir ? Après tout, elle ne me connaît pas vraiment au final. Et vu qu'ici ils rêvent tous de richesse, j'imagine que ma mort ou mon arrestation ne l'empêchera pas de vivre, si en retour elle gagne de l'argent...


- M'en veux pas hein ? Je t'adore, mais voilà...

Mais voilà quoi ? C'était la plus piètre tentative d'excuse que j'ai pu voir en deux ans, et je suis sûr que même dans mon ancienne vie je n’avais jamais vu ça. Enfin bref, de toute façon, je n'eus pas le temps de répondre ou faire une remarque, car le gundam derrière moi venait visiblement de me foutre un coup de crosse dans la nuque. Je pus seulement voir Saya se prendre une balle dans la tête par le gundam à ses côtés, juste avant de fermer les yeux, et de perdre connaissance...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Ven 22 Mai - 18:47

Chapitre 2 : Décision

14 février 2210
01h23
Lieu inconnu

C'est accompagné d'un mal de crâne affreux, pour changer, que j'ouvris les yeux non sans mal, lentement et difficilement. Ma vision était toujours trouble, et mes pensées assez désordonnées. Il me fallut plusieurs secondes, avant de pouvoir finalement remettre en place certains éléments, et me rappeler pourquoi j'avais une douleur au niveau du crâne. Bordel, ce gundam n'y avait pas été de main morte. Il voulait me briser la nuque ou quoi ? Enfin, le mal de tête mis de côté, je me souvins de la vision de Saya se faisant descendre sous mes yeux, avant de les fermer. Je mentirais si je disais que je m'y attendais pas, mais de là à la tuer... C'est vrai qu'elle m'a vendu, et que j'avais envie de lui faire comprendre son erreur, si j'avais pu, mais elle ne méritait pas un tel sort. Bon sang, comment ils peuvent ôter une vie aussi facilement et gratuitement ? Mais bon, ce qui est fait est fait, et pour l'instant, je devais déjà m'occuper de moi en priorité. Et à présent que mes yeux étaient bien ouverts, la première chose que je pus observer était un plafond vide, d'un blanc immaculé. J'essayai par la suite de relever mon corps, dans l'espoir de pouvoir mieux observer les alentours, mais je me rendis compte que j'étais dans l'impossibilité de faire cela. Il semblerait que mes poignets et mes chevilles soient attachés à un lit métallique, sur lequel je suis allongée. D'ailleurs, maintenant que mon esprit était en place, et mes sens rétablis, je sentais comme des frissons me parcourir le corps. Je m'aperçus avec stupeur que cela était dû au fait que j'avais visiblement été dépourvue de mes vêtements. Heureusement, ces enfoirés m'avaient au moins laissé mes sous-vêtements...

Finalement, passé ce détail pour le moins embêtant, je décidais tout de même de continuer mon observation du mieux que je pouvais. Donc je relevai légèrement ma tête, tout en parcourant les lieux du regard. Tout ce que je vis, était une salle peu éclairée, presque vide, assez petite, et avec des murs toujours d'un blanc aussi propre. Cependant, quelque chose tranchait littéralement avec la blancheur de la salle, c'était les trois gundam qui étaient dans cette salle. Il y en avait deux à droite et à gauche de mon lit, et un autre en face. Étrangement, au lieu de m'effrayer, cela me rassurait presque dans un sens. Car je préférais être capturée par l'armée, que les timbrés des bas quartiers. Je ne cache pas cependant que je n'étais pas plus avancée sur le « pourquoi » j'étais ici, attachée, et en petite tenue, qui plus est. Bref, quoi qu'il en soit, je décidais dans l'immédiat de reposer ma tête sur le lit, et d'attendre. Je n'avais pas d'autres solutions de toute façon... Néanmoins, j'étais plutôt calme, vu ma situation. Le seul truc en vérité qui me titillait l'esprit là, tout de suite, c'était que j'étais assez gênée d'être dans cette tenue, visiblement observée par ces trois gundam. Vu que je ne sais pas si ce sont des robots ou des humains, cela me laisse quand même douter, de plus, je jurerai que celui à ma droite baisse parfois la tête pour me mater. Du coup, étant assez pudique, j'espérais vivement que c'était des robots, sinon, le gundam du fond devait avoir une vue des plus joyeuses, et ça, c'est réellement gênant !


01h31

Je ne sais pas cela faisait combien de temps que j'attendais, mais ça me paraissait une éternité. J'avais faim, soif, sommeil, mais j'étais incapable de subvenir à un seul de ces besoins. L'unique bonne nouvelle de la situation était que mon mal de crâne était parti. Mais maintenant, je commençais à avoir vraiment froid, dans cette tenue, sur ce lit glacial. Qu'est-ce que l'armée pouvait bien me vouloir, moi, une simple amnésique des bas quartiers ? Et pourquoi m'attacher et me surveiller comme une dangereuse criminelle ? Ce n'est pas comme si j'étais réellement dangereuse de base, et que j'étais qu'une gamine dépassant sûrement pas la vingtaine d'années... Bref, je commençais quand même à légèrement paniquer, là, maintenant, à force d'attendre. Cette attente interminable dans l'incertitude, force mon esprit à s'imaginer les pires scénarios. Puis cette salle ne m'aidait pas à relativiser. Elle était froide comme cette saleté de lit, et ces gundam. En fait, ça ressemblait à l'endroit idéal pour faire des expériences sur les gens. Vont-ils vraiment me faire des expériences à n'en plus finir ? Ou alors ils vont me laisser moisir ici comme punition ? Punition pour quoi, au fait ? Et ce gundam qui me mate depuis tout à l'heure en pensant passer inaperçu, qu'est-ce qu'il a en tête ? À quoi peut-il bien penser ? Enfin, si c'est un humain déjà, mais vu comme il me dévisage, j'ai presque plus de doute. J'ai l'impression qu'il se retient de me sauter dessus depuis un moment, c'est flippant, et je commence vraiment à douter de mon avenir, là... Je sais que ma vie depuis mon réveil était monotone et chiante, mais je ne veux pas mourir... J'apprécie de vivre, même dans la merde, je m'en contentais... Bon sang, je n’ai pas envie de mourir maintenant, alors que j'ignore même qui je suis...

Soudainement, après une attente qui m'a parût interminable, la porte du fond s'ouvrit, laissant pénétrer une fine lumière dans la salle. Je relevai la tête immédiatement, par réflexe, et je pus m'apercevoir qu'une personne venait de pénétrer dans la salle. À ma grande surprise, c'était enfin un être vivant masculin, et plutôt mignon en plus. Il était d'une taille assez grande, portant une tenue assez classe et sombre, avec à la taille, deux fourreaux contenant visiblement des lames. Pour ce qui est de son visage, il était sérieux, avec de beaux yeux bleus. La particularité qui me sauta aux yeux cependant était la décoloration de la partie droite de ses cheveux. Enfin, j'aperçus le symbole de l'Aincrad sur sa manche gauche, et une plaque au niveau de sa poitrine, comportant plusieurs étoiles. Pendant qu'il avançait dans ma direction, il semblait tenir dans sa main une fiche sur laquelle il avait les yeux. Une fois arrivé à ma hauteur, il se plaça juste à ma droite, et releva la tête. La première chose qu'il fit fut de me relooker des pieds à la tête d'un air neutre et tout à fait normal. Comme si ce qu'il faisait n'était pas impoli et que ça me foutait pas mal à l'aise ! Même si pour le coup, cela me dérangeait moins que ce soit ce bel homme qui me regarde, plutôt que ces types froids comme la glace. Bref, finalement, après quelques secondes, il prit enfin la parole, tout en observant de nouveau sa fiche.


- Alors, qu'avons-nous là.. Noel Vermillion, 19 ans, origine indéfinie, orpheline. Possède deux pupilles de couleurs différentes, ainsi que des compétences au combat assez avancé... Vous confirmez ?

Ce type voulait que je lui confirme quoi ? Il vient de m'en dire plus sur moi-même que ce que j'ai découvert en deux ans. Alors, mon nom serait Vermillion, et je n'ai que 19 ans ? Je suis plus jeune que je le pensais... Et visiblement, je suis réellement seule, même avant que je me réveille. Il y a des façons plus subtiles de l'apprendre j'imagine... Enfin, ce qui m'interpella dans ce qu'il venait de dire était surtout que j'avais visiblement des compétences avancées ? Je dois avoir une jumelle quelque part alors, car je ne suis pas du tout douée pour le combat, moi. J'avoue être plutôt résistante de nature, mais je ne sais pas me battre. Néanmoins, ce type semblait plutôt impatient et reprit la parole toujours avec la même intonation et le même air impassible.


- Bon, passons... Je suis le capitaine Light Kuzanagi, et je suis ici pour vous poser une seule et unique question. Le reste, je m'en fous. Contentez-vous de répondre par oui ou non, et ne me faites pas perdre mon temps. C'est clair ?

La vache, ce type était aussi froid que ces copains les robots. Sont-ils tous aussi sérieux dans l'armée de l'Aincrad ? Ou alors ils le sont qu'avec les personnes comme moi ? Car vu comment me regarde ce type, j'avais réellement l'impression qu'il avait qu'une seule envie, c'était de me tuer. Mais cela ne change pas que j'avais moi aussi des questions à poser, pourquoi cela devait aller que dans un sens ? Enfin, pour le moment, je n’avais pas envie de l'énerver davantage, alors je préférai lui répondre sans trop attendre.


- T-très clair... répondis-je, d'une voix incertaine.

- Bien, ma question est la suivante : voulez-vous rejoindre notre armée ?

Ce qu'il venait de dire me laissa sans voix. Ce capitaine avait un réel manque de tact ma parole. Comment peut-il me poser une telle question, et espérer une réponse immédiate ? Il pense que c'est une décision qu'on prend comme ça ? Sans déconner, je ne vais pas rejoindre quelque chose dont j'ignore tout, et dont les méthodes me révulsent. De plus, je n'ai pas envie d'être militaire moi. Ce serait à l'opposé de ce que je suis, d'être soldat. J'aime dormir, être tranquille et surtout loin des conflits, ce n'est pas pour me foutre dedans en acceptant cette offre loufoque. Même si avant de donner ma réponse, je me devais quand même de poser une question. Après tout, c'est mon droit, suite à une telle demande...


- Excusez-moi, mais pourquoi moi.. ? Je ne suis pas vraiment...

- Bon, laissez-moi être plus clair dans mes paroles, venait-il de dire en coupant la mienne. Votre réponse doit être composée par « oui », ou « non ». Si la réponse est oui, on peut poursuivre l'échange, si c'est non, nous vous renvoyons dans le quatrième district. Sachant qu'à l'aube, une purge aura lieu, vous serez certainement morte. Alors maintenant, votre réponse ?

Une purge ? Le quatrième district va être purgé ? Serait-ce pour cela qu'ils m'ont emmené ici, afin de m'épargner cela ? Mais pourquoi ? Ai-je réellement des capacités pouvant les intéresser.. ? Je l'ignore, mais j'imagine que la discussion n'est pas possible avec ce mec, tant que je ne lui aurais pas donné de réponses. Cependant, avais-je vraiment le choix ? Après tout, si je refusais, j'étais morte à l'aube. Mais si j'accepte, je ne sais pas ce qui m'attend... Mais je n'ai pas envie de mourir... La mort m'a toujours effrayée, c'est comme ça... Ceci dit, d'un autre côté, l'armée... était-ce une solution ? Ne ferais-je pas mieux de mourir, plutôt que de survivre, à faire quelque chose qui me répugne le reste de ma vie ? Je ne sais pas.. Je ne savais pas quoi faire... Mais ce type attendait une réponse, et je voyais bien qu'il commençait à s'impatienter... Bordel, c'était cruel de me dire ça de cette façon... Ces types sont aussi froids que la glace. Vais-je devenir comme eux si je les rejoins.. ? Je n'oublie pas non plus qu'est-ce qu'ils ont fait à Saya...


- Je prends ce silence pour un refus. Cette discussion est terminée, adieu.

Tandis que je réfléchissais, ce type avait déjà mis un terme à cette discussion. Et pendant que je le regardais partir, je voyais ma vie m'échapper de plus en plus. Dès qu'il allait passer cette porte et disparaître, j'allais mourir... Que faire.. que faire ? Dois-je l'interpeller et accepter ? Ou alors attendre sagement d'être purgée ? Bon sang... si seulement je n'étais pas aussi effrayée par la mort... Si seulement je n’étais pas amnésique...


- Attendez ! dis-je de façon appuyée, dans l'espoir de l'interpeller. Puis une fois qu'il s'était arrêté, et son attention attirée, je poursuivis d'une voix incertaine. J-j'accepte...

Une fois ma réponse donnée, il ne disait rien, il se contentait de rester fixe, la tête légèrement retournée pour lui permettre de me regarder. C'était impossible de savoir ce qu'il pensait ou pourquoi il me fixait ainsi, mais les secondes qui suivirent furent longues, trop longues. Essayait-il de lire en moi ? De me juger ? Car inutile que je me cache la réalité, si j'ai accepté, c'est parce que je suis lâche. Peut-être qu'ils n'ont pas besoin de ça dans leur armée. Peut-être qu'en fait, ce n'était qu'un test, et que je venais de prouver que je méritais juste de mourir... Heureusement, mon calvaire semblait finalement prendre fin, lorsqu'il s'exprima enfin. J'étais presque contente d'entendre de nouveau sa voix insensible et impassible.


- Très bien, suivez-moi.

- H-hein ?

Après ces mots, les bracelets magnétiques à mes chevilles et mes poignets s'ouvrirent, me laissant de nouveau libre de mes mouvements. Pour la première fois depuis de bien longues minutes je souriais enfin, jouissant de ma liberté. Très vite, je me redressais, dans l'idée de le suivre, mais j'avais oublié un détail : j'étais en petite tenue. Je ne sais pas si je pouvais réellement me permettre de jouer la pudique là, mais le suivre dans cette tenue ne me tentait pas vraiment, surtout que je commençais à avoir froid. Alors, je me risquais à prendre la parole, afin de lui faire la remarque.


- Excusez-moi, mais... Où sont mes habits... ? J-j'aimerais m'habiller avant de vous suivre.. si possible..

- Hum, souffla-t-il du nez, nous avons brûlé vos anciens vêtements miteux.

- Neeeh ? Comment je fais maintenant ? répliquais-je d'un air outré. Je sais que vous avez pris plaisir à me relooker tout à l'heure, mais ce n’est pas une raison !

- Sérieusement... soupira-t-il, avant de reprendre d'un air neutre. Vous pensez que j'en ai quelque chose à faire de votre corps ? Soyons clairs, vous êtes une bâtarde, vous me répugnez. Alors, aucun risque pour que je sois intéressé par un déchet de votre espèce. Maintenant, si vous étiez moins vulgaire et plus observatrice, vous auriez remarqué qu'il y a une tenue sur la chaise à votre gauche. Je vous invite à l'enfiler, et d'ensuite me suivre...

Bon sang, ce type avait beau être mignon, qu'est-ce qu'il pouvait être antipathique. S'il était comme ça dans sa vie de tous les jours, il n'a pas dû connaître bien souvent l'amour. Enfin, il est sûrement comme cela qu'avec moi, vu que je suis une « bâtarde », comme ils disent tous. Mais bon, j'y suis pour rien moi, je n'ai pas choisi d'être ce que je suis. Pourquoi faut-il toujours qu'on paye pour des choses dont nous ne sommes pas responsables dans ce monde ? Bref, ce n'était pas le moment de me poser des questions existentielles, mais plutôt de profiter du fait qu'il semble y avoir des vêtements pour moi, sur cette chaise. Sans me faire prier, je m'approchais de cette dernière, puis commençais à enfiler ma tenue. J'aurais bien voulu pouvoir le faire dans un endroit isolé, au lieu de devoir m'habiller devant trois gundam et un antipathique, mais bon... D'ailleurs, maintenant que j'y pense, je semblais totalement propre sur moi, et mes cheveux étaient bien lisses, loin de l'état pitoyable habituel qu'ils avaient depuis deux ans. Je compris très vite que certains ont dû se rincer l’œil pendant que je dormais moi... Franchement, aucun respect pour l'intimité ici ! Quoi qu'il en soit, une fois prête, je pus m'observer dans un miroir qui se trouvait devant moi. Ce que je pouvais dire, c'était que cette tenue était différente de celle que j'avais, totalement. Cela devait être une tenue militaire, vu qu'elle avait le même symbole que la chemise de ce type. Elle était constituée d'un haut à dos ouvert, des bas auto-fixants noirs, ainsi que des bottes mi-hautes. Pour compléter le tout, il y avait un long blouson que je n'avais pas encore enfilé, ainsi qu'une casquette. Je ne savais pas vraiment si je devais les mettre, cela gâchait un peu la tenue, mais j'imagine que si c'était ici, j'avais plutôt intérêt à enfiler ces derniers.


- Prenez tout votre temps surtout...

- Ho, pardon, j'arrive tout de suite !

J'étais tellement occupée à m'observer dans ce miroir, ainsi que de profiter de la douceur et le confort de la tenue, que j'en avais oublié que je n'étais pas ici pour faire un défilé de mode. Mais en même temps, j'étais tellement bien dans cette tenue, que c'était plus fort que moi. Ceci dit, le temps était venu que je suive ce type, je n'avais pas vraiment envie qu'il s'énerve. Alors, je me dirigeais vers la porte, puis lui emboîta le pas, non sans doute cependant...


01h52

Cela faisait plusieurs minutes à présent que nous marchions dans ce long et infini couloir encore et toujours aussi blanc. On avait déjà monté quelques escaliers, suivi d'un nouveau couloir, et ainsi de suite. Mais tout ce que je remarquais était que tout était absolument blanc. Ils se rendaient compte que cela donnait une apparence fade et déprimante à leurs installations ? Bref, de toute façon, quand je vois ce Kuzanagi marcher devant moi, les bras dans le dos, et de façon si froide, je me dis que la décoration ne doit pas les concerner. Car oui, depuis que nous avons quitté cette salle, il n'a pas décroché un seul mot. J'aurais bien voulu lui poser des questions de mon côté, mais j'allais certainement n'avoir aucune réponse, ou recevoir une nouvelle insulte. Alors, je le suivais, sans un mot également. Néanmoins, j'avais tellement de temps à tuer, que j'avais pu observer attentivement ce « Light ». Et s'il y a bien un truc qui m'interpella, c'était le fait qu'il n'avait pas d'autres armes que ses deux lames. En général, les gundam possèdent toujours des armes à feu, mais lui, il n'avait pas l'air d'en avoir, ni d'en cacher quelque part. Il devait donc se battre uniquement au corps-à-corps ? C'était étonnant, mais il devait y avoir quelque chose... Déjà, la chose étrange dans les fourreaux qu'il avait à la taille était qu'ils avaient l'air d'émettre du courant. Comme si en fait cela servait de chargeur énergétique. Saya m'avait parlé qu'une fois elle avait vu un type de l'armée, utiliser une sorte de lame d'énergie. C'était peut-être une de ses fameuses armes... L'autre détail qui m'intriguait était les semelles sous ses chaussures, il y avait quelque chose d'étrange. Je ne savais pas comment me l'expliquer, mais on aurait dit des espèces de micro propulseur intégré. Ce qui était sûr, c'est que cela ne servait sûrement pas à faire joli.

Quoi qu'il en soit, je dus stopper mon observation, lorsque nous arrivions face à une grande porte. Une fois devant, ce Kuzanagi approcha son œil d'une machine, puis une seconde plus tard, cela ouvrit la porte. Une fois ceci fait, il passa la porte sans un mot aucun, puis continua son chemin. Je poursuivis à mon tour, sauf que moi, dès que j'eus franchi le seuil de la porte, je fus stoppé net par ce que j'avais sous les yeux. Je ne sais pas comment le décrire, mais c'était absolument dingue. J'étais sur une passerelle couvrant visiblement une large distance, et donnant une vision pour le moins... incroyable. J'en profitai pour me pencher légèrement par-dessus les rambardes, d'où je pouvais observer une magnifique cité en contrebas. Il faisait nuit, mais je pouvais clairement apercevoir les lumières, les constructions, et même de l'eau et des arbres ! Comment c'était possible, je pensais que notre monde était souffrant ? Ce qu'on sait dans les districts inférieurs ne seraient que des mensonges... ? Aucune idée, mais ce que j'avais devant moi était fabuleux... En fait, ça l'était tellement, que j'en oubliai presque la présence du capitaine, qui pour le coup s'était arrêté, et qui a ma grande surprise, m'adressa la parole.


- Nous sommes au trentième district, sur la passerelle reliant le capitole à la tour de la justice. Ce que vous voyez en dessous de nous, c'est la cité qui s'étend du district 25 au 29. Vu votre émerveillement, vous n'avez probablement jamais vu cela, n'est-ce pas ?

- J-je.. c'est incroyable... dis-je d'une voix émerveillée. Je ne pensais pas qu'il y avait une si grande différence entre les bas quartiers et ici...

- Hum, fit-il en soufflant du nez, ne rêvez pas, tout ce que vous voyez là, n'est qu'illusion et artifice. Que ce soit l'eau, la végétation ou l'air, tout a été créé par nanotechnologie. Si vous levez les yeux et que vous observez l'extérieur de l'enceinte de l'Aincrad, vous pourrez réellement vous apercevoir de la réalité de notre monde.

Je dois avouer que je ne comprenais pas vraiment ce qu'il voulait dire par « créer ». Tout cela était faux ? Et qu'est-ce que c'est que cette nanotruc ? Néanmoins, même si j'attendais des réponses, je pris au mot ses paroles, puis leva les yeux, dans le but d'observer l'extérieur. La seule chose de visible à l'extérieur de l'enceinte, était un désert rocailleux. Un désert qui s'étendait à perte de vue, peu importe où je regardais. Bien qu'il faisait nuit sur Elympios, indiquant une heure tardive, j'avais une très bonne vision sur la zone. De toute façon, ce n'était pas utile de voir plus loin, j'imaginais facilement que tout ressemblait à cela, en dehors de l'Aincrad...


- C'était un océan, avant d'être un désert.

- Q-quoi.. ? m'exclamais-je de façon surprise. U-un océan ?

- Oui, il y a des centaines d'années de cela, avant la fracture, ici régnait un océan. Mais aujourd'hui, il n'y a plus que ce désert, qui n’est nul autre que les anciens fonds marins de cette étendue d'eau... La désertification a réduit Elympios à l'état de souffrance. Notre terre se meure, l'air, l'eau, les animaux, la flore, tout disparais de jour en jour. Alors, le reste de notre humanité, a décidé de construire ici même, dans les vestiges de cet océan : l'Aincrad.

Ce qu'il disait me laissait sans voix, je ne savais vraiment pas quoi répondre. Puis de toute façon, qu'est-ce qu'il y avait à dire ? C'était affreux et triste, de savoir que cette zone que mes yeux observent était un océan, avant... Cela me paraissait même carrément impossible, un océan faisant bien 250 mètres de profondeur à certains endroits, imaginer qu'il soit aujourd'hui vide était.. effrayant. Même si je ne pouvais finalement pas douter des paroles de ce type, vu qu'on trouve parfois des coquillages dans les bas quartiers. Je crois que je sais d'où ils viennent maintenant... La désertification, j'en avais vaguement entendu parler par Saya, mais je ne pensais pas que c'était ce qui causait la fin de notre monde... Toutefois, cela ne m'expliquait toujours pas cette histoire de nanotechnologie, et pourquoi cet endroit semble parfaitement stable. Alors, au risque de me prendre un vent, je repris la parole dans le but d'en savoir un peu plus de moi-même.


- Cet endroit est tout ce qu'il reste d'Elympios ? Pourquoi ce district est si magnifique, comparé au reste.. ?

- … L'Aincrad n'a pas été créé à la base pour accueillir les survivants, mais comme une forteresse nous servant de laboratoire de recherche. Bien avant que ça devienne une cité, cet endroit était un lieu de recherche à la pointe de la technologie. Tandis que notre monde mourrait, nous avons tenté de trouver des solutions pour le sauver. Malheureusement, comme vous pouvez le constater, cela a échoué. Peu importe nos avancez technologique, on ne peut simplement pas sauver Elympios. Alors, on a tenté de recréer l'illusion d'avoir une vie prospère, loin de la vérité, ici, sur l'Aincrad...

- Je vois, alors les bas quartiers n'existaient pas avant... c'est cela ?

- Oui, il n'y avait à l'époque que vingt districts. Les dix derniers ont été rajoutés pour contenir la population qui augmentait de plus en plus, à mesure que nous avons accueilli les survivants.

- Dans ce cas, pourquoi vous nous traitez comme des déchets et que vous ne nous offrez pas ce que vous avez ici.. ?

Tandis que je venais de poser cette question qui me semblait logique, lui, semblait ne pas répondre sur le coup. À la place, il reprit son chemin sur la passerelle. Très vite, je n'eus d'autres choix que de le suivre de nouveau. Ensuite, une fois que j'étais à sa hauteur, il reprit la parole, mais d'une voix plus grave.


- Je sais très bien, ce que vous pensez de nous, mais voyez cela de façon plus globale, voulez-vous ? Vous avez vu de vos propres yeux, la mentalité des bas quartiers. Vous avez pu observer qu'ils n'ont aucune ambition, convictions, rien. Ce ne sont que des animaux enragés qui cherchent constamment à se manger entre eux... Ils sont l'exemple même de ceux qui ont abandonné l'espoir. Maintenant, imaginez qu'on offre ce que nous possédons ici, à ces gens, pensez-vous que cela est une bonne idée ?

- Je ne comprends pas ce que vous voulez dire... Mais s'ils sont devenus comme cela, c'est parce que vous les avez laisser tomber de base !

- Vous n'êtes pas une habitante de ces districts, vous n'avez pas leurs esprits. Vous, vous avez de l'ambition, de l'espoir, et surtout, vous arrivez encore à faire confiance. Ne vous cachez pas la vérité, je le vois dans vos yeux, que vous détestez ces gens. Ce sont les mêmes yeux que nous autres, dans l'armée, ou habitant des districts supérieurs. Vous savez qu'on ne peut pas les aider, et cela, depuis le commencement. Dès leur arrivée, certains avaient déjà tout perdu, et avaient déjà sombré dans la folie. Alors, ne croyez pas que les purges ou notre façon de les traiter sont de la gratuité. Non, au contraire, il faut voir cela comme une solution pour préserver ceux qui veulent survivre, ceux qui ont l'envie d'avancer.

- J'ai vécu assez longtemps là-bas... pour avoir une idée de leurs esprits ! dis-je de façon agressive, sans vraiment me contrôler. Mon ami Saya que vous avez lâchement abattu, avait de l'espoir elle, elle ava...

- Vous n'avez pas leurs esprits, répliqua-t-il en me coupant la parole. Le simple fait que vous défendez cette Saya, fait de vous quelqu'un qui n'a rien à voir avec ces gens. Pendant qu'on y est, vous voulez la vérité sur votre amie ?

- La vérité... ?

- Oui, votre amie n'était pas une habitante des bas quartiers d'origine. Elle vivait avec ses parents dans le quinzième district, à l'époque. Malheureusement pour elle, ses parents décédèrent, et étant incapable de payer son droit de rester ici, elle fut envoyée dans les districts inférieurs. Cela s’est produit peu de temps avant votre venue, le hasard a voulu qu'elle tombe sur vous, et vous prenne ensuite comme bouclier. Vous n'avez jamais trouvé cela étrange qu'elle ne vous fuit pas ? Bref, cette Saya avait l'espoir de quitter cet endroit, ainsi que toute sa tête... Et la vérité donc, est qu'elle ne vous a pas vendu pour de l'argent, mais pour qu'on la tue.

- Q-qu..quoi ?

- Réfléchissez... Cette fille n'avait que vous, là-bas. Vous lui garantissiez une protection totale. Alors, quand elle a su qu'elle allait vous perdre, vu qu'on allait vous recruter, elle savait la suite de son destin. C'est donc tout simplement qu'elle nous a demandé de la tuer, si elle nous aidait. Car, elle a préféré mourir de façon rapide, que de souffrir ou se faire kidnapper. Elle avait cerné l'esprit de ces lieux, tout simplement. Maintenant que vous savez cela, pensez-vous que nous sommes toujours aussi cruels ? Nous lui avons offert simplement ce qu'elle nous a demandé, car personne dans les bas quartiers n'a le courage de se loger une balle dans la tête. Ils préfèrent à la place, survivre en se comportant de façon animale...

Maintenant qu'il m'avait dit tout cela, aussi incroyable que ça puisse paraître, je n'étais pas si étonnée. Après tout, il est vrai que Saya n'avait jamais réellement eu l'idée de voler quelque chose, ou encore de tuer pour obtenir, comme le font les habitants de cet endroit. Et du coup, savoir qu'elle m'avait vendu pour mourir, me laissait un sentiment de culpabilité. La culpabilité de l'avoir regardé de façon si haineuse, juste avant qu'elle meure... Au final, en me rappelant ses derniers mots, cette fois je percevais réellement ce qu'elle a voulu me faire comprendre. Bien sûr, je comprenais également un peu mieux ce que voulait dire le capitaine Kuzanagi, et je mentirais si je disais que je n'ai jamais regardé de haut ces gens, quand j'étais là-bas. J'ai toujours eu cette sensation de supériorité en observant leurs actes. Finalement, je ne suis peut-être pas si différente que ce type, que je trouve antipathique et sans cœur. Peut-être que tout compte fait, ma place est véritablement dans l'armée, vu que ma façon de penser, n'est pas si différente de la leur...


- Mais ne me faites pas dire ce que je n'ai pas dit, Vermillion, lança-t-il de façon soudaine. Si notre monde est dans cet état, et que nous sommes obligés de supporter de voir notre humanité se déchirer, ce n'est pas faute d'avoir essayé d'y remédier. En fait, nous avions trouvé une solution, il y a des centaines d'années de cela. Cette solution était les « magiciens ». Ce monde, Zenithrias, qui nous a apparu du jour au lendemain, lors de la fracture, possède l'énergie nécessaire, pour revitaliser notre monde...

- Les magiciens.. ? rétorquais-je intriguée d'entendre parler de ce monde. Ils peuvent.. nous sauver ?

- Ils le peuvent, oui. Mais ils ont préféré nous ignorer, prétextant qu'ils ne peuvent pas sauver notre monde. Nous avons donc décidé par la suite d'engager une guerre et de directement aller nous servir par la force. Malheureusement, ces magiciens étaient d'une puissance que nous avions négligée. La « magie » était quelque chose d'incroyable et nos ancêtres ont subi une défaite cuisante, avant d'être renvoyés sur Elympios. Suite à cela, les magiciens érigèrent une sorte d'ultime barrière magique, qui sépara totalement nos deux mondes. Cette barrière impénétrable nous empêche de pénétrer dans leur monde pour en tirer des ressources. Mais cette barrière a aussi eu l'effet d'accélérer la désertification, vu que ça nous privait totalement de l'énergie de leur monde... Alors, c'est pour cela qu'aujourd'hui, grâce aux recherches sur la nanotechnologie, nous avons améliorés nos technologies, nos armes, nos soldats... Pour être fin prêt le moment venu, de reprendre ce qui nous revient de droit.

- V-vous voulez dire que...

- Ces lâches de magiciens nous ont condamnés, alors nous allons les détruire pour leur impudence. Nous avons maintenant les armes contre eux, il nous manque simplement un moyen de pénétrer dans leur monde... Une fois éliminés, nous pourrons sauver notre monde... N'oubliez pas cela, pendant votre formation, Vermillion : les magiciens sont nos pires ennemis, les seuls responsables de ce qui se passe ici... C'est pour cela qu'on est entraîné, pour lutter..

Les paroles du capitaine résonnèrent dans ma tête, suite à ce qu'il venait de dévoiler. Toute cette technologie, les gundam, tout ça, c'était pour détruire un monde ? Je ne savais pas vraiment quoi penser de tout cela, pour être franche. D'un côté, je trouvais ça cruel, mais d'un autre sens, cela était notre ultime solution pour nous sauver. En gros, nous n'avions d'autres choix que de détruire pour vivre... Ce n'était pas une guerre, mais un combat pour la survie, notre survie. Quoi qu'il en soit, au bout d'une longue marche, sans même m'en rendre compte, nous étions arrivés au bout de la passerelle. Devant moi se trouvait une énorme porte, identique à celle de tout à l'heure, mais bien plus imposante. Le capitaine Kuzanagi effectua la même action que tout à l'heure avec son œil, puis une fois ceci fait, il se retourna pour s'adresser à moi, mais il me fixait de façon hautaine, comme s'il me jugeait.


- Bien, c'est ici que nos chemins se séparent. Derrière cette porte se trouve le Capitole. Vous allez y passer vos classes, et des tests, pour savoir si vous êtes apte à rejoindre notre armée... Cependant, ne croyez pas que nous allons être cléments avec vous. Il n'y a pas de place pour les lâches, ici. Et je sais que vous avez accepté ma proposition par peur de mourir... Franchement, quel abruti accepterait de rejoindre quelque chose qu'il déteste et ne connaît pas, si ce n'est que pour sauver son petit cul ? Bref, vous l'aurez compris, ce n'est pas moi qui tiens à vous recruter... Si ça tenait qu'à moi, je vous aurais laissé crever dans cet endroit. Mais mes supérieurs ne pensent pas pareils..

- … J-je n'échouerai pas.. lui rétorquais-je de manière hésitante. Je veux en savoir plus sur moi et ce monde.. De plus, Saya est morte parce que vous m'avez séparé d'elle.. Alors, je n'échouerai pas, et vous prouverai que je ne suis pas une lâche..

- Hum, soupira-t-il, je n'attends rien de vous. Mais surprenez-moi...

Sans un mot de plus, il détourna son regard de moi, puis s'en alla silencieusement, sans se retourner. C'est une fois face à cette porte, seule, que je me rendis compte qu'il m'avait bien observé. J'étais une lâche oui... Une lâche qui ne devait certainement pas mériter ce traitement de faveur. Mais il était hors de question de reculer maintenant. Et si j'ai réellement des capacités, il faut prier pour qu'elle se réveille... Car, j'ai encore moins envie de mourir, maintenant que la curiosité sur ce monde, ainsi que les magiciens me titillent l'esprit. Peut-être était-ce le but de ce capitaine, en me racontant tout cela ? Qui sait, quoi qu'il en soit, il était temps que j'avance, et que je prenne mon destin en main. C'est donc après avoir pris une grande inspiration, que je m'avançai de façon déterminée dans cette porte...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mar 26 Mai - 21:30

Épisode 1, la menace

Chapitre 3 : Destin


27 avril 2212
09h19
Aincrad, district 28

Deux ans, c'est le temps qui a passé, depuis que j'ai rejoint l'armée de l'Aincrad. Malgré cela, je ne sais toujours pas qui je suis réellement, ni ma réelle mission. J'ai beau avoir réussi les tests, passé mes classes, ainsi que d'avoir des responsabilités, je suis toujours aussi pensive et perdue. Au final, j'avais peur de devenir aussi sérieuse que mes recruteurs à l'époque, mais il semblerait qu'on ne change pas ce que nous sommes. D'ailleurs, j'aime rester ici, la matinée, à flâner et observer l'horizon. Cet endroit si calme, donnant un sentiment de liberté, permet de s'évader, pour se perdre dans les nuages. Il permet d'oublier le monde qui se trouve en dessous, ainsi que celui à l'extérieur... Cela me permet dans le même temps de penser à quelque chose qui me cause sans cesse des questionnements, c'est le destin. Souvent, je me demande si nous sommes libres de le choisir, ainsi que le modifier, ou alors nous faisons que suivre une ligne prédéfinit d'où on ne peut s'écarter ? Peut-être que nous ne changeons rien au final, et que ces changements n'étaient que des prévisions dans notre destinée... Cela voudrait donc dire que celui qui façonne notre destin nous incite à souffrir, à nous opposer, à nous haïr. Pourquoi certains ont un destin cruel et d'autres joyeux ? Pourquoi ne sommes-nous pas tous égaux à ce niveau-là ? Le destin est donc indirectement responsable de la discrimination, l'envie, la haine... Serait-ce donc ce dernier qu'il nous faut maudire, quand nous perdons quelque chose de précieux ? Je ne sais pas, mais j'imagine que je n'aurai jamais de réponses... Ceci dit, s'il y a une chose dont je suis sûre, c'est que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même, pour l'appel que je viens de recevoir dans mon oreillette...


- Lieutenant Vermillion ?

- O-oui ?

- Ah, vous daignez enfin répondre... Qu'est-ce que vous faites encore... ? Au cas où, je vous rappelle que je vous attends... depuis 20 minutes...

- Ah ! D-désolé ! J-je me suis perdue, haha. J'arrive tout de suite Capitaine !

- Trouvez une autre excuse depuis le temps lieutenant... Un jour, je vais vous montrer de plus près ce qu'il y a sous les nuages que vous aimez tant observer !

- J-je ne vois pas de quoi vous parlez !

- … Bon, ramenez-vous, tout de suite.

- À vos ordres !

Mon dieu, à force de rêvasser, j'avais complètement oublié que le capitaine Kuzanagi m'attendait aujourd'hui ! Je vais encore me faire blâmer et engueuler, et je l'aurai mérité. Bon sang, j'ai beau être de grade lieutenant à présent, je suis toujours aussi tête en l'air, au grand dam de mon capitaine. Même si j'avoue l'avoir mal jugé il y a deux ans. Bon ok, il est toujours aussi sombre et antipathique, doublé d'un taré qui m'a fait passer des entraînements titanesques pendant deux ans dans lesquels je jurerai qu'il essayait de me tuer. Mais à force, j'ai fini par me rapprocher et mieux le connaître. Maintenant que nous sommes partenaires, j'ai gagné le droit de m'appeler « lieutenant », ce qui est mieux que « bâtarde », personnellement. Même si au final, on ne se parle pas tellement, et comme précisé un peu avant, il est toujours aussi sombre. Mais le fait d'être lieutenant m'a surtout permis d'habiter ici, au vingt-huitième district de l'Aincrad. Cet étage est exclusivement réservé aux hauts gradés. Je ne cache pas que parfois je me sens un peu mal, pour ceux qui n'ont pas cette chance. Mais je me dis aussi que j'ai mérité ma place en même temps... L'entraînement et la formation n'ont pas été de tout repos ! Enfin, bref, le capitaine a beau être antipathique, je le trouve vraiment patient avec moi, vu mon sérieux et mes retards constants ! … Je ferai mieux de me bouger en parlant de ça, sinon je vais passer un sale quart d'heure moi.


09h37
Aincrad, district 26

Finalement, après avoir couru comme une dératée à travers la cité, j'aperçus enfin le capitaine, qui semblait déjà être ici depuis un sacré bout de temps... Bon sang, il y a même tout un groupe de gundam avec lui ! Maintenant que je m'en souviens, j'ai reçu un appel ce matin très tôt pendant que je dormais, venant du capitaine. Évidemment, je n'ai pas eu le temps de répondre.. enfin plutôt eu la flemme, mais je ne pensais pas que c'était urgent. Après tout, d'habitude il me sonne à cette heure juste pour que je ne me lève pas en retard, vu qu'il me faut bien une heure pour hiberner. Et vu que je me réveille toujours en retard, je me prépare en retard, et donc, j'oublie la moitié de mon équipement. Par exemple là, si j'ai dû courir comme une conne, c'est qu'hier soir j'ai oublié de recharger les micros-propulseurs de mes bottes...

D'ailleurs, à présent que je suis lieutenant, j'ai accès à l'équipement d'élite de la haute armée. Ce dernier est plutôt impressionnant et a le mérite d'être à la pointe de la technologie. Chaque lieutenant, capitaine et supérieur, est donc équipé d'une paire de bottes aéroglisseur. C'est un dispositif technologique installé sous la botte, qui dès qu'on l'active, nous permet de patiner grâce à des micros-fusées nous soulevant légèrement du sol. Cette légère surélévation nous permet d'atteindre des hauteurs et une vitesse conséquente, bien supérieure à celle d'un mortel. Ensuite, nous avons une sacoche dans le bas du dos, où se trouve une crème nanotech, pour nous soigner, ainsi que des grenades à impulsions magnétiques. Ah oui, et une pilule nous permettant de nous suicider. Mais le plus génial dans cet équipement, c'est la montre ! Cette montre est super cool, car elle permet grâce à un dispositif de reconnaissance géographique de nous téléporter de partout dans l'Aincrad ! Il suffit de rentrer les coordonnés d'une zone, et d'appuyer sur un bouton, et hop, téléportation ! C'est vraiment géant ! … Mais c'est interdit de l'utiliser, autre que pour des missions urgentes ou certaines conditions... Mais ce n'est pas grave, car cette montre a un autre truc cool, c'est le bouclier nanotechnologique ! En l'activant, cela forme une barrière nous protégeant des impacts. Bon, elle a des limites et peut être brisée, mais c'est quand même mortel ! Bref, et enfin, chaque lieutenant, ou supérieurs, possède une arme bien à eux, qui généralement est choisie en fonction de leur spécialité. Moi, j'ai deux pistolets, car je ne sais pas comment je fais, même si j'ai une petite idée du pourquoi, mais je suis considérée comme la meilleure tireuse de tout l'Aincrad. Je n'aime pas me vanter, mais il est vrai que ma précision m'impressionne moi-même parfois. Évidemment, ça ne serait pas drôle si ces pistolets n'étaient pas eux aussi dopés à la nanotechnologie. Du coup, grâce à l'étui où je les range, ils sont constamment chargés d'énergie, qui me permet de tirer par la suite des projectiles perforants et extrêmement puissants. Bien sûr, tout cet équipement a été créé pour une seule et unique raison, qui n'est autre que pouvoir lutter et tuer un magicien. Enfin là, je m'égare, et de toute façon je viens d'arriver, tout essoufflée, devant le capitaine Kuzanagi qui semble me regarder d'un air vraiment pas content...


- Ho, vous nous faites enfin l'honneur de votre présence lieutenant Vermillion ?

- Héhéhé... D-désolé, dis-je de façon gênée, tout en me grattant la tête. Mais cette ville est plutôt grande quand on doit la parcourir en courant.

- Huuum, soupira-t-il, je ne vais pas demander « pourquoi » vous avez dû courir, n'est-ce pas.. ?

- J-je.. j'avais juste envie de faire un peu de sport, histoire de garder la forme ! Vous en faites parfois ? Vous savez, c'est vachement...

- Taisez-vous lieutenant... me lança-t-il exaspéré.

- T-très bien !

Suite à cet interlude, je ne pus garder mon sourire. Je ne saurai l'expliquer, mais je sentais que quelque chose n'allait pas chez le capitaine. D'habitude il est plus froid, plus poussif, bien plus sévère. Puis, tous ces gundam qui se trouvent sur la place, qu'est-ce qu'ils font ici ? Cela ne m'annonce rien de bon... Mais pour l'instant, il semblerait que le capitaine était déjà en haut de l'estrade à m'attendre, d'un air sérieux, trop sérieux. C'est donc une fois l'avoir rejoint, et me retrouvant à sa hauteur, face aux gundam en contrebas, que je les vis tous me saluer. Bon, c'était logique, vu que j'étais lieutenant, mais malgré tout ce temps, je n'ai franchement pas l'habitude. Même si je suis leur supérieure, je ne cache pas qu'ils me font toujours un peu froid dans le dos. Bien sûr, je sais que ce sont des humains depuis le temps, mais sans déconner, leurs armures froides, le casque cachant tout émotion, sensation... Enfin bref, je n'eus pas le temps de faire ma surprise, que le capitaine Kuzanagi prenait déjà la parole.


- Bien, ce matin, à 06h38 et 48 secondes, nous avons reçu un rapport stipulant qu'on a été infiltré par un groupe de magiciens. L'état d'urgence n'a pas encore été déclenché dans l'Aincrad, pour éviter d'affoler inutilement la population. Notre but est le même que d'habitude, qui n'est ni plus ni moins que de trouver les individus, et de les éliminer. Le rapport indique qu'ils seraient entre le secteur cinq et huit. Je vais donc dès à présent vous déployer dans ces trois secteurs pour des recherches actives. Je veux donc l'unité Delta au secteur cinq, l'unité Alpha au secteur six, où je serais présent, et enfin, l'unité Vista au sept, qui sera sous les ordres du lieutenant Vermillion. Ce sera tout, déploiement immédiat.

- À vos ordres, chef ! récitèrent tous les gundam en même temps, avant de tous se déployer.

Mais tandis que les gundam se déployaient, moi je restais là, comme collé au sol, mon corps refusant de bouger. Cela était évidemment dû au fait que j'étais encore sous le coup de l'annonce. Je n'ai été formée que contre l'éventualité d'un affrontement, jamais en situation réelle. Pour dire vrai, je redoutais ce fameux jour, où je devrais affronter un magicien... Il semblerait malheureusement que ce jour soit arrivé. Je n'ai pas honte de dire que je viens de me rendre compte que mes jambes sont presque en train de trembler, là. Les magiciens... à l'académie, j'ai appris qu'ils sont dangereux, puissants, rapides, et le pire dans tout ça, est qu'ils utilisent la magie... C'est impensable... la magie, ce n'est que de l'illusion.. des petits tours de passe-passe interprété par de vieux charlatans... Du moins ça, c'était avant qu'on découvre qu'il existe un monde qui pratique a priori une « vraie » magie...


- N'ayez pas peur, lieutenant.

- J-j-je n'ai pas peur ! répondis-je d'une voix hésitante, surprise par la remarque du capitaine.

- Hum, il n'y a pas de honte à avoir des doutes, lorsque vous ne connaissez pas. Mais rassurez-vous, il n'y a pas de quoi avoir peur, croyez-moi.

- J-je... s-suis juste surprise, c'est tout..

- Normal, mais sachez que vous ne risquez rien, du moins, dans l'immédiat. Si ça peut vous rassurer, pour je ne sais quelle raison, les magiciens n'engagent absolument jamais les combats. C'est pour cela que depuis ce matin il n'y a toujours pas eu de victimes ou attaques, et que nous ne sommes pas en alerte. Cependant, ils ripostent aux assauts, donc lors de votre recherche, je vous invite vivement à ne pas engager le combat sans m'en avertir avant. Il va de soi que les gundam n'ont aucune chance de vous couvrir contre un magicien, et qu'il n'y a que vous et moi, qui allons pouvoir intervenir si nous les trouvons, c'est clair ? Mais vu comme vous tremblez, je ne m'inquiète pas sur le fait que vous ne les attaquerez pas toute seule...

- B-bien...

- Bon, sur ce, prenez ça, c'est une recharge pour vos bottes... Installé-là et grouillez-vous d'aller à votre poste, venait-il de me dire avec la main tendue, tout en paraissant déconcerté.

- O-oui capitaine !

Le capitaine Kuzanagi semblait vraiment calme, malgré qu'il y avait des magiciens dans l'enceinte de l'Aincrad. Il devait sans doute déjà avoir lutté contre ces êtres, je ne sais pas, il n'en parle jamais, en fait, personne ne parle des magiciens, en dehors de la formation. Du coup, même si je suis entraînée pour les affronter, je ne sais presque rien d'eux... Néanmoins, il y a quelque chose qui m'a surprise dans les paroles du capitaine, c'est le fait qu'ils ne font que riposter. Dans ce cas, pourquoi on les attaque ? On n'a qu'à les laisser faire ce qu'ils veulent et comme cela on évite les affrontements inutiles... Enfin, évidemment c'est impossible. Impossible, car comme tout ennemi, ils sont là pour quelque chose de précis... Quelque chose qu'il faut sûrement protéger... Il faut que j'arrête de rêver, et que je me mette en tête qu'ils sont dangereux ! Ce n'est pas comme si ça allait se régler de soi-même... D'ailleurs, je ferai mieux de me mettre en route pour le secteur sept, je viens de remarquer que je suis toute seule, là, et que le capitaine est déjà plus là... Le septième district... cela fait plus de deux ans maintenant que je ne suis pas retournée dans les secteurs inférieurs à dix. J'ai comme une boule au ventre, en plus de ces magiciens... Bordel, il y a des jours comme ça...


10h14
Aincrad, district 7.

C'est vraiment étrange. C'est la première fois que je vois la population des bas quartiers en étant de l'autre côté. Je dois dire que c'est une autre vision que j'ai sur eux, je ne sais pas comment dire, mais si je devais désigner un sentiment ce serait... la tristesse. Ha ! Quand je pense qu'il y a deux ans, je regardais les gens d'ici avec haine et dégoût, alors que maintenant j'ai de la peine du spectacle qui se trouve autour de moi. L'odeur nauséeuse de l'endroit, les structures à moitié fissurées, le sol dégoûtant, sans parler de cette constante épaisse lourdeur qui règne ici. Cela donne l'effet d'observer une image avec du grain, c'est franchement désagréable... Mais il y a un sentiment qui ne change pas ici, c'est la sensation de malaise. Je suis bien contente d'avoir quelques gundam avec moi, pour les recherches, car toute seule ici, je ne me sentirai pas vraiment à l'aise... Mais merde, qu'est-ce que je raconte moi.. ? Je suis lieutenant ! Les gens d'ici n'osent pas approcher des gundam, alors des officiers encore moins. D'ailleurs, notre simple présence dans les rues d'ici a suffi à faire le vide. C'est franchement étonnant, de voir un district inférieur aussi calme. L'effet « armée » fonctionne plutôt bien... Ou plutôt l'effet de peur, pour être honnête. Je suis bien placée pour savoir que l'armée pratique la politique de la peur sur les gens des bas quartiers... C'est tout de suite plus facile à... maîtriser. Même si pour le coup, c'est plutôt moi, qui suis animé par la crainte. À chaque pas, je ne peux m'empêcher de regarder à gauche et à droite, à l'affût du moindre mouvement. Ce qui n'est pas vraiment discret si je veux découvrir un magicien sans l'alerter. Mais c'est plus fort que moi, je ne peux m'empêcher d'être sur les nerfs... Puis merde, c'est normal après tout, je suis sûr que le capitaine aussi se pissait dessus la première fois ! … Enfin, je pense.. ou pas...


- Lieutenant, nous avons maîtrisé ces civils qui ont tenté de nous attaquer, quels sont vos ordres les concernant ?

- Hum.. ?

Sans m'en rendre compte, je venais de faire un tour, vu que j'étais de nouveau sur la place, où quelques gundam m'attendaient, avec à leurs pieds, à genoux, quelques civils qui attendaient leur châtiment. Évidemment, la politique de la peur ne fonctionne pas sur tout le monde, et certains nous détestent... Enfin, tout le monde nous hait, il y en a juste qui dépassent les limites et d'autres qui prennent sur eux-mêmes, en vérité. Quoi qu'il en soit, je n'ai pas la tête à gérer cette situation, ce n'est pas comme si des magiciens étaient dans l'Aincrad ! De plus, j'imagine très bien que dans une telle situation, je devrais donner l'ordre d'exécuter ces rebelles, mais...


- Ho, laissez-les partir, on a d'autres choses à régler.

- … Lieutenant, selon le code en vigueur, chaque citoyen rebelle doit être..

- je m'en fous du code, je vous ai donné un ordre, non ? Relâchez-les et concentrez-vous sur l'objectif.

- B-bien, à vos ordres, lieutenant.

Le code... cette chose mise en place par ce qu'on appelle le conseil. Ce « conseil » est un groupe de personnes qui trône au sommet de la hiérarchie. Ils ont le droit de vie et de mort sur chaque être vivant dans l'Aincrad. Ils sont la loi, la justice, et décident d'absolument tout. C'est très rare d'en apercevoir un membre, d'ailleurs, moi-même j'ignore l'identité de ces derniers. Le jour où j'ai été convoquée, il y a deux ans, j'ai fait face à plusieurs hommes masqués, impossibles à observer et reconnaître. Ce sont de vrais fantômes ces types du conseil. Cependant, même s'ils sont mystérieux, ils sont tous extrêmement respectés, vu que chaque membre a apporté quelque chose à l'Aincrad, et sont donc devenus des piliers essentiels pour la survie... Parfois, je me demande à quoi peuvent bien ressembler de telles personnes ? Oui, bon, ils sont humains, mais je ne sais pas, ils doivent bien dégager quelque chose rien qu'en les regardant. Genre, quand je regarde le capitaine, j'ai clairement une drôle d'impression ! J'imagine que ce doit être pareil pour un membre de ce conseil. La seule fois où j'ai demandé au capitaine, il m'a répondu qu'il arrive que les membres du conseil se mélangent à la masse, pour s'occuper eux-mêmes des problèmes. Du coup, ça se trouve que j'ai déjà croisé un ou deux de ces types... Bref, cela ne change pas que pour l'instant, c'est moi qui commande, et même si je vois très bien que ça les emmerdes, ils les ont finalement relâchés... C'est dingue cette haine qu'ils ont pour les habitants des bas quartiers quand même. Ce qui est sûr, c'est qu'ils pourront allumer un cierge en mon honneur ceux-là en tout cas... Enfin, tout bien réfléchi, il ne vaut mieux pas en fait, vu qu'on allume un cierge pour les morts en général... Et moi, je n'ai clairement pas envie de crever. J'ai trop de choses à accomplir, dont retrouver ma mémoire, et pleins d'autres choses ! … Fait chier, pourquoi a-t-il fallu que les magiciens décident d'attaquer aujourd'hui... ? Qu'est-ce qu'ils peuvent bien vouloir dans ce monde pourri ? D'ailleurs, je me demande à quoi ils ressemblent ? Le capitaine Kuzanagi m'a répondu une fois quand je lui avais demandé, qu'ils étaient semblables à des espèces de mutants avec plusieurs bras ! … Bon, il a rigolé après m'avoir dit ça, donc je pense qu'il s'est simplement foutu de ma gueule, mais du coup, j'ai cette image dans la tête les concernant, et j'espère franchement que c'est faux !


- Lieutenant ! Le signal du capitaine Kuzanagi est en train d'émettre ! La trace thermique de sa position indique clairement qu'il s'agit d'un magicien avec lequel il a engagé le combat !

- Q-qu-quoi ? répondis-je de façon surprise.

Il semblerait que j'étais tellement perdue dans mes pensées, que je n'avais même pas remarqué que ma montre était en train d'émettre une sonnerie agaçante, indiquant que le capitaine était en train de se battre... J'imagine que c'est le moment où je devrais me mettre en route en direction de sa position, là... Mais d'un autre côté... il n'a pas demandé d'aide... C'est juste le signal automatique, qui se déclenche lorsque le rythme cardiaque s'accélère, indiquant une activité importante. Il n'a peut-être pas besoin de moi...


- Si je puis me permettre lieutenant, pourquoi n'utilisez-vous pas le système de téléportation de votre montre pour nous devancer ? Je vous ai déjà transmis les coordonnés de sa position, vous n'avez plus qu'à les valider.

- Ho.. J-j-je comptais le faire, évidemment ! Je réfléchis juste à un plan d'action... !

- Bien, cette fois j'y vais, lieutenant, vous y serez bien avant nous, alors bonne chance !

- M-merci... (Bon sang, de quoi il se mêle celui-là ? Le capitaine n'a pas besoin d'aide, j'en suis certaine, c'est évident...) pensais-je.

Mais maintenant que j'étais seule, ici, sur cette place vide et morne, un sentiment étrange m'envahit. Ce sentiment était étrange, mais si je devais encore une fois décrire ce dernier, ce serait la honte. Oui, c'est cela, la honte, la honte de ma réaction ! Bordel, mais qu'est-ce que je raconte moi ? Le capitaine a besoin d'aide c'est évident ! Ce n'est plus l'heure d'avoir peur ! Je suis lieutenant à présent, membre de l'armée d'élite de l'Aincrad, et je mérite cette place ! … Enfin ça, c'est ce que je m'efforce de me faire croire, mais ça n'a pas l'air de faire effet. Vu que ma main, qui est actuellement proche du cadran de ma montre, tremble comme une feuille... Comme le reste de mon corps d'ailleurs... C'est comme si ce dernier refusait catégoriquement d'obéir. Je décidai donc de me calmer, et de fermer les yeux un instant, là, faisant le vide, tout en me répétant que j'étais forte, et un lieutenant, et que je n'avais pas le droit d'avoir ce genre de réaction. Cela pris quelques secondes, mais j'étais finalement bien plus confiante, ne serait-ce qu'en me disant que le capitaine sera avec moi de toute façon. À nous deux, on est forcément en supériorité, vu qu'il a engagé le combat, cela veut dire qu'il ne doit pas affronter plusieurs magiciens en même temps, mais un seul je pense. Du coup, ce sera vite réglé si on se met à deux sur lui, avec moi à distance, et le capitaine au corps-à-corps, comme à son habitude. Vu qu'il ne se sépare jamais de ses lames et n'utilise jamais d'arme à feu... Cependant, je l'ai déjà vu en action, et il n'a clairement pas besoin d'autre chose que ses lames. Il a une maîtrise hallucinante de ces dernières, et une habilité hors du commun ! Pour le coup, c'est même vraiment louche, mais bon, il est doué, et c'est ce que je retiens !

- Bon, quand faut y aller, faut y aller ! Lieutenant Vermillion à l'action ! dis-je de façon motivée, tout en validant la destination, me téléportant dans le même temps.

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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Ven 29 Mai - 14:35

Chapitre 4 : Hésitation
27 avril 2212
10h39
Aincrad, district 6

Finalement, ça y est, j'étais proche de la position du capitaine Kuzanagi. Le système de téléportation m'avait amené légèrement en retrait, à l'écart du combat visiblement. Mais je ne mis pas longtemps, à entendre déjà un bruit comme si du métal s'entrechoquait non loin d'ici. Évidemment, des coups de feu venant probablement des gundam sur place étaient également audibles, mais ils étaient irréguliers et dispersés, comme si... ils n'avaient pas le temps de finir de tirer. Comme l'a dit le capitaine tout à l'heure, il m'a clairement fait comprendre que les gundam sont de vraies victimes gratuites pour les magiciens... J'espère qu'il n'y aura pas trop de victimes dans leurs rangs... Pour ça, il faut qu'on en finisse le plus vite possible, et réfléchir ne sert plus à rien. Bon, bien sûr, j'avais dans l'idée de faire une approche surprise, et ne pas débouler comme une dératée dans le champ de bataille pour mieux crever. Non, je remarquai très vite que le combat se passait sur un balcon supérieur, au-dessus de moi donc. J'eus dans l'idée de faire le tour et d'arriver par en dessous, cela devrait être plus adéquate. C'est donc une fois placé et arrivé à ma position, c'est-à-dire juste dans l'immeuble d'en face, que j'avais finalement une vue globale sur le combat. J'étais prête à sauter n'importe quand pour arriver sur mon ennemi, mais le problème était le suivant : où est mon ennemi ? Ce qui se trouve en face de moi me laisse pantois... car je ne comprends pas... contre qui se bat le capitaine... Je le vois distinctement, ses lames sorties, luttant férocement avec une jeune femme aux cheveux écarlates, équipée d'une sorte d'armure médiévale, et une épée... Qu'est-ce que c'est que ce délire.. ? C'est ça, un magicien ? Cette belle femme serait un de ces monstres ? Comment c'est possible... ? Je n’ai ni plus ni moins l'impression... d'observer un Elympien, là. Cependant, cela ne pouvait être qu'un magicien, vu que la fameuse jeune femme faisait arme égale avec la dextérité du capitaine... Les échanges étaient d'une telle rapidité entre les deux que j'arrivais à peine à suivre le rythme... Comment mon capitaine faisait-il pour se battre contre un adversaire possédant une telle vitesse ?

Cependant, je n'étais pas au bout de mes surprises, car si je détournais mon regard du combat, je pouvais apercevoir la raison pour laquelle les gundam semblaient absents... Il y avait une jeune femme légèrement reculée, entourée de plusieurs gundam à terre. Cette fois, cette dernière avait des cheveux mauves, plutôt courts, comparés à l'autre. Et tout comme l'autre également, sa tenue n'avait rien de normal ici. C'était un style... explorateur ? Enfin, c'est la chose qui me passait par la tête, en voyant le style de sa tenue et cette espèce de cape servant de veste, a priori. Je ne cache pas que je trouvais cela plutôt stylé en vrai, tout comme la femme en armure d'ailleurs. Je ne pouvais m'empêcher de les trouver attirantes, d'un point de vue féminin évidemment. Mais passé ce détail, il y avait quelque chose à présent qui m'empêchait d'intervenir, et me laissa de nouveau comme paralysé... C'est le fait que... c'est ça un magicien... ? Il n'y avait aucun doute possible, cela faisait bien une minute que j'observais la scène, et je n'ai plus aucun doute sur leurs identités. Surtout qu'en même temps que je dis cela, je viens de voir... la femme aux cheveux mauves envoyés valser trois gundam comme des moucherons, d'un simple mouvement de main ! Comment c'est possible ? Elle semble si fragile... Bon sang, je n'ai plus le temps de réfléchir, c'était les derniers gundam... Elle va certainement aider son amie, maintenant qu'elle est libre ! Je n'ai pas le choix, advienne que pourra !

C'est donc d'un élan non hésitant que je mis à exécution mon plan d'effet de surprise. Je n'avais plus le temps de réfléchir, là, il fallait passer à l'action ! Néanmoins, je ne pouvais me résoudre à tirer sur elle comme ça, sans même lui parler ou la voir de plus près... Du coup, au lieu d'arriver en tirant, je me réceptionnai d'une roulade tactique une fois au sol, tout en pointant mes deux pistolets sur cette dernière, une fois relevé, puis je lui adressai la parole d'un air déterminé.


- Stop, plus un geste ! Inuti...

À peine avais-je fini ma phrase que cette jeune femme se retourna, visiblement surprise de ma présence. Mais malheureusement, elle n'eut pas la réaction que j'imaginais. Car au lieu de mettre les mains en l'air, c'est devant elle, qu'elle plaça ses mains de façon rapide. Et là, en moins d'une seconde, il se passa quelque chose que je mettrais certainement ma vie entière à comprendre... Devant ses mains, et après qu'elle récita quelque chose dans une langue totalement inconnue, une espèce de rocher enflammé venait de sortir d'un cercle lumineux... Je ne sais pas comment, ni pourquoi, mais j'eus par réflexe d'activer instinctivement mon bouclier. L'instinct de survie sûrement, et je ne regrette pas. Vu que cette boule de feu explosa intégralement ma barrière à l'impact. L'effet de l'explosion me repoussa en arrière d'ailleurs, et j'avais totalement oublié que j'étais près du bord... C'est donc tout naturellement que je fus expédié une bonne dizaine de mètres en contrebas, dû au souffle. Heureusement, pour une raison que j'ignore, je suis plutôt solide, pour une humaine, et j'ai aussi eu la chance de faire connaissance avec quelques rebords, pendant ma chute, avant de finir comme une crêpe sur le dos, légèrement sonné... C'est donc maintenant que j'étais là, hors combat, et au calme, que je pus remettre mes idées en place. Enfin, ce que j'arrivais à mettre en place, évidemment. Car, qu'est-ce que je pouvais réellement expliquer ? Je suis encore en train de me demander c'était quoi ce projectile enflammé qui a littéralement fait passer ma barrière pour un clafoutis ? Était-ce de la « magie » ? C'est donc ça, la magie... ? Putain... aucun entraînement ne nous prépare à cela, à l'académie militaire... Si je n'avais pas activé ma barrière, ce truc m'aurait brûlée vive, ma parole... Néanmoins, je m'attendais à une explosion bien plus grosse... c'était comme si cette femme n'avait aucune intention de me tuer. Par ailleurs, je pus m'apercevoir, le « peu » de temps que j'étais restée sur le pont, que les gundam au sol semblaient bien vivants. Je ne comprends pas c'est quoi leur but, du coup... ? Peut-être que nous tuer ne fait pas partit de leur « mission » ? C'est fort possible, s'ils doivent juste voler des informations !

Quoi qu'il en soit, mon attention fut attirée par une explosion, provenant d'une grenade à impulsion, à l'endroit où se tenaient les deux femmes. Je ne sais pas comment, mais après cela, je pus apercevoir, grâce à ma position confortable et reposante, me donnant une vue géniale sur ce qui se passe plus haut, que la magicienne aux cheveux mauve était au sol. Cela venait sans doute du capitaine Kuzanagi. Je suppose que je devrais le remercier de m'avoir vengé... Au moins, il reste plus qu’un magicien maintenant... Enfin.. je crois ? Car l'adversaire qu'il affronte ne semble plus vraiment le même... Je suis éloignée, mais je vois clairement que son ennemi actuel possède une sorte d'hakama et des cheveux coiffés en queue de cheval, toujours de couleur écarlate ceci dit. Mais le plus surprenant, était que cette fois, son opposant avait un katana dans chaque main ! Et par malheur, cette personne avait à présent l'ascendant sur le capitaine... Il était acculé par la vitesse et les enchaînements de cette femme. Bon sang... combien sont-ils ? Même si à bien y regarder de plus près, malgré ma distance, cela doit être certainement la sœur de la fille aux cheveux longs. Une sœur jumelle... j'imagine ? Je n’en sais rien... mais en tout cas, elle est toute seule maintenant, et le capitaine a besoin de moi. Je peux de nouveau profiter d'un effet de surprise, je pense, en sortant d'un coup et en la surprenant, je peux venir mettre un terme à tout cela... Je sais que je peux le faire. Il me suffit de profiter de sa concentration, et le travail est joué. Sauf que cette fois, je n'hésiterai pas !


- (Tenez bon, capitaine Kuzanagi...) pensais-je, tout en observant le combat à sens unique.

C'est donc après avoir rassemblé mes forces et mes esprits que je me relevai, non sans mal, vu la chute que je venais de faire, mais cela n'était pas critique. Je me mis donc en route, et commençai à longer le balcon par le bas, pour surgir derrière elle, pour une prise en tenaille. Mon plan était parfait, à un détail près... c'était assez long de faire le tour. J'espère que le capitaine s'en sort... J'y suis presque. Je ne pense cependant pas que je pourrais faire d'autres actes héroïques après celui-ci, vu comment j'ai mal. Je dois avoir au moins quelques côtes cassées, là... Maintenant que j'y pense, l'unité gundam du secteur où j'étais stationné ne semble toujours pas arrivée... Bordel, grouillez-vous... Bon, ces unités sont en fait totalement bas de gamme, en vrai. Vu qu'à part leur armure intégrale pour faire peur, cette dernière n'a aucun gadget. Ce sont juste des soldats, dans une armure métallique, avec des armes à feu, point. Je sais même que la plupart ne sont même pas entraînés au combat, ni même au tir... Disons que sur l'Aincrad, le besoin de faire respecter la « loi », requiers un nombre de volontaires assez conséquents, pour qui on n’a pas le temps de fournir un entraînement intensif. Du coup, la vérité est que ce n'est que du bluff... La politique de la « peur », comme je disais tout à l'heure, ou faire semblant d'avoir une grosse armée quoi, au choix... Bref, enfin, je suis arrivée ! Me voilà placé juste en contrebas, et heureusement, le capitaine semble toujours lutter farouchement. Même si au final, je n'ai mis à peine une minute pour faire le tour. Ce n'est pas que je sous-estime mon capitaine, non, c'est simplement que... son adversaire semble le mettre à mal.


- (Vas-y Noël, tu peux le faire... tu peux le faire... Il me suffit de surgir, viser, et tirer... C'est tout, comme à l'entraînement!) me répétais-je dans ma tête.

Cette fois j'étais prête, j'attendais juste le bon moment pour surgir. C'est peut-être cruel, mais j'ai dans l'idée d'attendre que le capitaine Kuzanagi soit en difficulté pour intervenir, comme cela, l'attention de son ennemi sera totalement fixée sur le coup décisif, et là j'interviens. Héhé, tout va rouler comme sur des roulettes, je vais même peut-être avoir droit à un « beau travail » du capitaine, pour une fois ! … Mais bon, maintenant que j'observe cette femme de plus près... il s'agit de la même magicienne que tout à l'heure... C'est quoi ce délire ? Comment est-elle passée d'une armure, à un hakama ? Et d'où sort-elle ses armes putain ? Ça aussi, c'est de la magie ? La vache... notre technologie me semble plus si cool que ça, au final...


- (Ha ! Le capitaine et la magicienne ont leurs lames engagées dans un duel, c'est le moment!)

Sans tarder et hésiter, je m'élançai comme convenu, dans le but d'arriver par en dessous. La première étape fut un succès, et me voilà en plein air, mon arme chargée et mon viseur pointés sur sa tête. Je n'ai plus qu'à tirer ! … Du moins, c'était ce que j'aurai dû faire, mais tout comme sa copine un peu avant, elle était clairement surprise de mon apparition. Du coup, son regard croisa le mien, comme cela, une fraction de seconde, qui me parut une éternité. Je ne saurais le dire, mais son regard... ce putain de regard.. Je ne vois aucune haine, juste une personne surprise... Mais ce qui me fit hésiter, encore une fois, ce n'était pas que ça.. mais le fait que je ne pouvais pas décemment tuer un être vivant comme cela... Si froid, si rapide.. Je ne peux simplement pas. Et finalement, après cet échange éclair entre nous, je ne pointais plus mon arme sur sa tête, mais dans un endroit où j'allais tout de même la foutre hors d'état de nuire. Le meilleur endroit pour cela, était de viser le côté gauche du bassin, ce qui devrait lui perforer une petite partie de l'estomac, pas suffisant pour tuer, mais assez pour paralyser par la douleur... Au moins, elle survivra. J'armais donc mon tir, et je fis feu, et évidemment, je venais de faire mouche. Ce qui n'était pas un exploit en soi, vu que mon œil spécial me permet pour je ne sais quelle raison d'avoir un zoom et une capacité de concentration incroyable, me permettant de viser quasiment toujours juste. Donc, en plus d'être la meilleure tireuse de l'Aincrad, je profitais en plus de l'effet de surprise. Elle n'avait simplement aucune chance d'éviter mon tire. La gerbe de sang qu'elle cracha, puis le fait qu'elle posa un genou à terre me confirma que la zone ciblée était atteinte...

… Mais tout ne se passe pas toujours comme prévu, et là, quelque chose de simplement inhumain venait de se produire devant moi. Cette femme avait à peine posé un genou au sol, et fait une grimace, qu'elle se releva instantanément. Même le capitaine venait d'être surpris par ça, et cela lui fut fatal, vu que la magicienne profita de ce court instant d'inattention, pour se retourner et envoyer une sorte de puissante onde de choc avec ses lames, qui touchèrent de plein fouet le capitaine. Cela le désarma sur le coup, tout en l'éjectant sur une bonne vingtaine de mètres plus loin, comme une feuille. Je le vis s'écraser sur un des bâtiments, avant de chuter en contrebas... Vu la chute et l'impact, je crois que je peux faire le deuil de mon capitaine... Quoique, je n'aie pas vraiment le temps de me préoccuper de lui, vu que la jeune femme se retourna vers moi avec un regard noir, comme si elle attendait une réaction de ma part... Comme si elle m'invitait.. à fuir. Mais cette fois, il était hors de questions que je fuis. Par honneur pour mon capitaine, je devais faire face ! Je pointai mes armes dans sa direction donc, et commençai à faire feu. Malheureusement, aucune de mes balles ne l'atteignait, elle esquivait cela comme on esquive un ballon... Je la voyais à gauche, à droite, tout en me fonçant dessus. En fait, je ne pus tirer que trois salves, avant de sentir une douleur derrière la nuque, en même temps d'avoir l'impression que tout devenait sombre autour de moi. Je pus cependant savoir que cette dernière se trouvait déjà derrière moi, vu qu'elle prononça un mot, visiblement insultant envers moi, que je compris très bien, étonnamment.


- Baka...

En fait, elle me disait certainement cela parce qu'elle m'a donné une chance de fuir, et que j'ai préféré faire feu... Au final, au lieu de jouer les héros, j'aurai dû fuir et aller rejoindre mon capitaine... Oui, c'est ça, c'est ce que j'aurai dû faire... Là, tout ce que j'ai gagné, c'est un aller simple pour la mort... Et moi qui parlais de cierge tout à l'heure.. j'espère du coup qu'ils vont en brûler un pour moi... D'ailleurs, tandis que tout devient sombre et que je viens de toucher le sol, j'ai le temps de réaliser que l'ironie du sort m'a rattrapé... Je suis sortie d'ici il y a deux ans, pour au final mourir dans les bas quartiers... Mais le plus dur, c'est que je vais mourir, en sachant que mon hésitation a causé ma mort, et celle de mon capitaine... Cette putain de seconde d'hésitation a été fatale... Je n'ai au final été qu'un boulet, du début à la fin de cette matinée... Pardon Saya... pardon, capitaine Kuzanagi...

- (Tout devient noir... calme... c'est donc ça, mourir.. ? C'est pathétique... comme fin... mourir seule... amnésique... Était-ce... donc ça... mon.. destin.. ?)

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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Lun 1 Juin - 19:33

Épisode 2, les magiciens

Chapitre 5 : Les sœurs néphilim


An 1237
06h21
Village Myokara, Forêt d'Elwin, territoire d'Élios.

Une douce lumière filtre à travers les rideaux de la fenêtre et réchauffe mon mollet qui dépasse des draps. L'aube était levée, c'était l'heure de se réveiller. Même si je n'avais qu'une seule envie, c'était dormir. Par habitude, je parcourus avec ma main le lit, et me rendis compte que j'étais seule. Ma sœur, Sayoko, devait déjà être debout. Enfin, on ne dort pas ensemble par choix, évidemment. C'est surtout parce que notre habitation n'est pas très grande. Moi et ma petite sœur nous vivons seules depuis la mort de notre mère, il y a cinq ans. Du coup, on ne roule pas sur l'or. Mais je ne me plains pas, la vie est plutôt paisible ici, et la maisonnette plutôt agréable, si on fait fi de la petite taille. Cette dernière est composée d'une chambre à l'étage, un petit salon, une cuisine et une salle de bain. Ce qui est très correct au vu du prix que je paye. Bref, une fois les yeux ouverts, je tourne la tête vers le réveil, il est 06h21, ce qui me laisse pas mal de temps pour me préparer, pour une fois. Je me redresse donc, et sors de la fraîcheur de mes draps, avec autant de motivation qu'un animal se dirigeant vers un abattoir. Je me frotte péniblement les yeux, puis file doucement vers la salle de bain. Je ne pourrais jamais me passer de ma douche brûlante du matin, cela a le don de me mettre d'aplomb ! Une fois finie, je me saisis de la serviette de bain, puis me dirige vers le lavabo pour finaliser le reste du rituel d'hygiène. J'en profite d'ailleurs pour m'observer rapidement dans le miroir, et fixe mes yeux vairons, dont la faible ouverture indiquait clairement que j'étais explosé. Amusée, je commençais à sourire ou faire deux ou trois grimaces, telle une gamine. J'ai toujours été optimiste et joyeuse, trouvant que la déprime ou les lamentations ne servaient à rien. Bon après, ça dépend de ce qui me tombe sur la tête, c'est clair.

Finalement, après tout cela, je regagnais la chambre, où je me vêtis de ma tenue, à savoir un haut court, accompagné par une jupette. Une fois que je serais sur le départ, je rajouterai des bottes hautes, ainsi qu'une cape de voyageur. Le tout offrant un style plutôt joli je trouve. Je porte beaucoup d'importance à mon apparence et l'image que je dégage. J'aime être bien présenté et agréable à l’œil. Après avoir enfilé tout ça, je descendis enfin les escaliers, pénétrant par la suite dans la cuisine. Vu l'agréable odeur qui se dégageait de cet endroit, je savais que Sayoko avait certainement préparé le petit déjeuner, comme chaque matin. D'ailleurs, je la vis en même temps que je pénétrais dans cette pièce. Ce qui était également son cas, vu qu'elle se retourna, puis me salua comme à son habitude, toute souriante. Je crois que c'est ce qui me met le plus de bonne humeur, tout compte fait, de voir ma sœur et son sourire.


- Bonjouuuuuuur grande sœur, bien dormi ?

- Pas vraiment... Devoir me lever alors que je n'ai normalement pas cours aujourd'hui, ça me démotive encore plus...

- Haha, fait pas cette tête. Après un bon petit déj, tu seras prête !

- Hum, surtout préparé par ma petite sœur. dis-je d'une voix amusée, en tapotant le crâne de cette dernière, avant de m'asseoir. Ça n'empêche que je suis curieuse de savoir pourquoi une telle réunion...

En fait, quand je parle de cours, c'est parce que je suis étudiante à l'académie des mages. C'est une école studieuse, qui forme ceux qui veulent dans le futur, devenir des « mages de bataille ». Sur Zénithrias, les habitants sont répartis en deux catégories distinctes. Les citoyens et les mages de combat. Mais il ne faut pas croire qu'on puisse décider de cela nous-mêmes, car notre avenir peut être déjà prédit à notre naissance, grâce à une chose : le lobe de mana. Ce lobe, situé dans notre cerveau, est la chose la plus importante de notre organisme. Car, c'est par ce dernier, qu'on peut utiliser la magie. Il est relié à ce qu'on nomme des : terminaisons arcaniques. Chaque magicien possède sept terminaisons, reliées à ce lobe de mana. La magie est quelque chose d'assez complexe à utiliser, et à comprendre. Mais en gros, le monde est parcouru par de l'énergie spirituelle, et pour canaliser un sort, notre lobe de mana absorbe donc l'énergie environnante, pour ensuite la transférer dans les terminaisons. Et c'est ce procédé qui permet ensuite de matérialiser l'énergie spirituelle, en magie. Pour utiliser la magie donc, il faut apprendre avant tout à se servir de sa tête, ainsi que de travailler notre concentration. Car, si la distribution de l'énergie est constamment renouvelée d'elle-même dans nos corps, ce n'est pas le cas de la transformation en magie, de cette énergie. C'est donc à cela que sert l'académie. Cependant, devenir un mage ou rester un simple citoyen, incapable de convertir cette énergie, est décidé par le développement de ce lobe de mana. Pour faire clair, plus ce dernier est gros - d'un point de vue métaphorique – plus un mage sera puissant dans le futur. Dès la naissance donc, on peut voir si ce lobe possède une grosse énergie, ou s'il est quasiment vide. Dans le premier cas, on est libre de choisir de devenir un jour un mage de bataille. Dans le deuxième, tu n'as aucune chance d'être autre chose qu'un citoyen. C'est comme ça, c'est ainsi que fonctionne notre corps et qu'est fait la nature. Évidemment, ce qui définit si on va naître avec un fort, ou faible lobe, c'est l'hérédité. Il est très rare de voir une famille « citoyenne », avoir des gosses qui deviennent des mages de batailles.


- Au fait Sayoko, tu as réfléchi à ce que tu veux ?

- Hein ? Quoi donc ?

- Bien c'est ton anniversaire demain, tête en l'air ! 18 ans, ça se fête. Demande-moi ce que tu veux, tu l'auras.

- Ho, bien, te fatigue pas, je n'ai besoin de rien. Tu as déjà du mal à payer la maison et les études. s'exprima-t-elle en souriant timidement. Puis tu es là, c'est suffisant, héhé.

- Huum.. Je sais ! Si je t'amenais au musée de l'archéologie ? Je sais que tu es fasciné par l'histoire, et il vient d'ouvrir il y a peu à Fennmont. Puis ça nous fera une occasion de sortir ensemble, vu que je suis toujours occupée habituellement.

- Génial ! C'est parfait comme idée, grande sœur. Mais l'entrée n'est pas trop chère ? Et tu n'as pas cours demain ?

- Pour ton anniversaire, je peux bien faire sauter une journée ! C'est pas tous les jours qu'on a 18 ans. dis-je en souriant. Puis pour l'argent, t'en occupe pas, pense qu'à la journée qu'on va passer !

- D'accord... Merci dans ce cas. Je suis impatiente d'être demain du coup !

Ma sœur et moi avons toujours été très proches, voir presque fusionnelles. Et ce, depuis notre plus tendre enfance. On a toujours pris soin l'une de l'autre. Quand on était plus jeune, on nous prenait même pour des jumelles, tellement on était toujours ensemble. Et pour ne rien arranger, Sayoko était comme mon reflet en étant petite, même si nous avons deux ans d'écart. Bien que depuis quelques années, elle a laissé pousser ses cheveux, et aborde généralement une délicate queue-de-cheval. Tandis que moi, je continue à garder un style mi-long. Bref, elle compte énormément pour moi. En fait, je ne sais pas ce que je ferais sans elle, maintenant qu'on est plus que toutes les deux. D'ailleurs, le destin a failli me l'enlever il y a cinq ans, en même temps que notre mère. Il s'agissait d'une attaque sur le village où l'on habitait. J'ignore pourquoi et d'où cela venait, mais c'est ce jour-là, que notre mère a perdu la vie. Mais dans l'assaut, Sayoko a été grièvement blessée, et était entre la vie et la mort. Par chance, une troupe de mages de batailles est intervenue, et ma sœur a heureusement, survécu jusqu'à leur arrivée, pour ensuite être soignée d'urgence. Quand je repense à cela, j'ai toujours des frissons, mais surtout, cela m'a motivée à prendre encore plus soin d'elle. Car, la raison pour laquelle elle ne m'aide pas ici, niveau argent, c'est parce qu'elle ne peut tout simplement pas. Suite à une lourde opération, elle a été sauvée in extremis, mais dans tout cela, elle a gardé quand même des séquelles. Pour faire court, il ne lui reste que deux terminaisons arcaniques encore fonctionnelles. Les cinq autres ont été sévèrement touchées, lors de l'incident. Ce qui veut dire, pour être clair, qu'elle ne peut absolument plus utiliser de magie. Car, pour pouvoir lancer un sort, ou se servir de l'énergie environnante, il faut minimum quatre liaisons sur sept de disponibles. Du coup, avec deux terminaisons, c'est peine perdu... Elle pourrait évidemment aller travailler comme le font les citoyens lambda, mais ne plus avoir de terminaisons actives, pose un autre problème bien plus grave. En fait, elle est très faible depuis ce jour. La raison est simple : qu'on possède un gros ou petit lobe de mana, les terminaisons sont les mêmes pour tous. Et grâce à cela, et l'accumulation constante d'énergie en nous, cela nous donne – en fonction du niveau du lobe – différentes défenses auto-immunes. Par exemple, déjà, un mage possède une immunité aux maladies. Ensuite, notre épiderme est renforcé par une fine couche constante de magie recouvrant notre peau. Pour finir, on possède également une régénération cellulaire partielle, en fonction, encore une fois, de la puissance du lobe de mana. Ce qui est très pratique, lors de petites blessures, de pouvoir se soigner automatiquement, tout en bénéficiant d'une résistance à la douleur accrue.

Le problème pour ma sœur, c'est qu'en étant privée de l'énergie environnante, bien elle peut dire adieu à tous ces bonus. Du coup, elle attrape souvent des maladies saisonnières en hiver, ou d'autres joyeusetés, dont elle se passerait bien. De plus, cela là rend très faible physiquement. D'ailleurs, une terminaison de plus en moins, et elle ne marchait plus... Bref, c'est pour cela qu'elle sort très peu, et que je dois ramener l'argent toute seule. C'est aussi en partie pour cette raison que j'ai rejoint l'académie. Ceci dans le but de rendre à ma sœur ce qu'elle a perdu. Car oui, cela n'est pas incurable. Il existe une opération qui pourrait lui permettre de reconnecter toutes ses terminaisons... Mais le problème est que cela est extrêmement cher... En fait, il y a plusieurs sortes de soins sur Zénithrias : les soins vitaux, et ceux qui ne sont pas mortels. En gros, l'urgence vitale est gratuite, mais pour une opération magique sans urgence, cela coûte assez cher. Déjà, car il y a très peu de magiciens curateurs. C'est une magie très rare et complexe, ce qui du coup, avec le besoin de cette dernière, augmente inexorablement le coût des soins. Et la perte de terminaisons ne met donc pas en danger direct la personne. Et c'est donc pour ça que je dois trouver cette somme moi-même. Cela va être long, mais j'y arriverai. Et pour cela, il faut que je termine mes études, pour finalement devenir une magicienne de bataille, afin d'être rémunérée plus généreusement.


- Bon sinon c'est quand, que tu ramènes un garçon à la maison ? lança-t-elle d'une voix amusée.

- Jamais ? Non, mais je t'ai déjà dit que je ne suis pas intéressée par les relations amoureuses actuellement. Ça ne servirait à rien d'autre que de me freiner dans mes études !

- Hihi, arrête, tu es déjà classée première de la sélection argentée de l'académie, et ce, depuis deux années consécutives. Je me demande même pourquoi tu continues à tant étudier, vu que tu connais déjà tout ? Il doit bien y avoir un garçon qui te plaît dans une aussi grande académie, non ?

- Ouai, mon livre d'étude ! dis-je d'un air approbateur. C'est le meilleur petit copain qui soit : silencieux, fidèle et pas gênant. Puis tu as vu les finitions ? Non mais tu les as vues ? Et cette couverture, finement recouverte d'un cuir délicat, venant parfaire ce compagnon, faisant de ce dernier, la perfection tant convoitée.

- Pfffhahaha, excellent ! s'exclama-t-elle, tout en manquant de s'étouffer avec la nourriture. Tu es grave, tu le sais ? Sérieusement, je te trouve cruelle ! Tu te mets à leur place un peu ? C'est un supplice que tu leur fais subir en les ignorant ! Une fille aussi intelligente, drôle et d'une telle beauté. Quelle horreur se doit être ! Je suis sûr que tu pourrais avoir tous les hommes à tes pieds si tu le voulais !

- Tu exagères un peu là, riais-je, non ? Puis premièrement, je n'ai pas envie d'avoir de garçon à mes pieds. Deuxièmement, je ne suis pas aussi parfaite que ça, vu tous mes défauts. Et de trois, si j'avais un copain, on aurait moins de temps ensemble, tu le sais ? Ta compagnie me suffit amplement !

- Halala, soupira-t-elle, tu es vraiment trop modeste grande sœur. Et moi, je suis ta sœur, ce n'est pas pareil ! Héhéhé.

- Mouai... enfin même, ils sont tous nazes ! Tu ne voudrais pas que ta studieuse sœur comme tu dis, finisse avec un con, hein ?

- Si tu cherches un type de ton niveau, cela risque en effet d'être compliqué !

Finalement, cet échange permet de pointer mon plus grand défaut : mon manque de confiance. Depuis longtemps, j'ai ce souci de valorisation. Je sais pertinemment, par exemple, que ma sœur a raison au fond. Vu qu'en effet, je suis déjà l'étudiante la plus haut classée à l'académie, et quant au fait que je sois belle, je pense que la pléiade d'hommes qui louchent à longueur de journée devrait suffire à le reconnaître. Mais c'est plus fort que moi, je ne vois toujours que mes défauts, et n'arrive jamais à voir mes qualités. Je suis constamment sévère envers moi-même, jusqu'à être perfectionniste sur un rien, me rendant parfois la vie plus difficile qu'elle ne l'est déjà. Ce sentiment d'être inintéressante et chiante me pousse donc très souvent à rester toute seule, et étudier dans mon coin. C'est d'ailleurs un point qui exaspère toujours Sayoko, qui passe justement son temps à essayer de me valoriser, comme elle vient de le faire. J'ai bien fait des efforts ces dernières années, améliorant nettement ma situation, mais cela reste toujours quelque chose qui me bouffe la vie, et me freine sur pas mal de points... En fait, j'arrive même à être contradictoire et paradoxale avec moi-même. Car, le fait que je prenne soin de mon image et l'air studieuse que je cherche à avoir, prouve qu'au fond, j'ai conscience de mes qualités. Mais bon, même si mon subconscient doit me détester, ce n'est malheureusement pas lui qui dirige mon esprit, et pour l'instant, cela continue de me pourrir la vie.


- Bref ! Merci pour le petit déjeuner Sayoko. Mais il faut que je me dépêche, si je ne veux pas être en retard. Puis il faut que je passe à l'académie poser quelques documents aussi, avant de me rendre au château. Quant à toi, n'oublie pas de passer au marché faire les courses, je t'ai laissé l'argent sur la table hier.

- Ouaip, je m'en occupe cette après-midi. Tu me raconteras ce soir ce qu'était cette réunion, hein ? Tu vas quand même entrer dans le château du roi, la classe !

- J'aimerais être aussi enthousiaste que toi, mais j'ai un mauvais pressentiment, dis-je d'un air inquiet, je ne pourrais l'expliquer...

- Tu te fais trop de soucis Kanae. Tu vas choper des cheveux blancs si tu continues toujours à te soucier de tout et bosser autant. Hier tu t'es encore couchée super tard, la tête dans tes livres... Tu fais trop d'efforts grande sœur, je m'inquiète pour toi parfois...

- Huuum, soupirais-je, je le sais bien... Mais je vais bien, t'inquiète pas. Je refuse que tu te fasses du souci pour moi, d'accord ?

- D'accord...

Évidemment, le fait que je fasse tout ici, et que je fasse autant d'effort ne laisse pas indifférente Sayoko. Je le sais qu'elle se sent coupable de ma fatigue, et qu'elle s'en veut d'être aussi inutile, comme elle me l'a dit une fois. Ce que je refuse catégoriquement d'entendre, et encore moins qu'elle pense cela. Ce n'est pas comme si elle n'était pas motivée... Mais bon, j'imagine que dans sa situation, me connaissant, j'aurai certainement les mêmes impressions. C'est pour ça par ailleurs, qu'elle se rend utile comme elle le peut, et qu'elle se lève tous les matins avant moi, pour me préparer le petit déjeuner et pouvoir me souhaiter bonne journée. Ou encore d'autres tâches ménagères ou occupations que je n'aurai pas le temps d'effectuer. Au fond, elle souffre vraiment de cette situation, même si elle ne le montre pas, et ne se plaint jamais. Mais bon, je ressens très bien son mal-être, et c'est la raison qui me pousse à faire tant d'efforts. Je ne sais pas combien d'années cela va me prendre encore pour réunir une somme aussi colossale, mais je ne lâcherai pas tant qu'elle n'aura pas retrouvé toutes ses facultés. De toute façon, je n'ai pas d'ambitions disproportionnées, ou qui demandent beaucoup de revenus. Donc cela ne me dérange pas de me priver de certaines choses, si c'est pour le bien de ma sœur.
Bref, après avoir avalé la dernière gorgée de mon café, je me lève, puis me dirige vers l'entrée. Je jette un rapide coup d’œil à la pendule, situé au-dessus de la porte, pour me rendre compte que l'avance que j'avais venait de s'envoler. Ça m'apprendra à flâner dans la douche ou faire la gamine devant un miroir ! Je me saisis donc rapidement de mes bottes, enfile ma cape servant de veste légère, et me voilà prête à partir. Avant de passer la porte, je n'oublie pas d'emporter avec moi les documents que je dois rendre à l'académie, vu que je passe à côté, pour me rendre au château. Finalement, une fois sur le pas de la porte, je me retourne - comme chaque matin – pour saluer ma sœur, et me souhaiter bonne journée.


- À ce soir frangine, n'en fait pas trop.

- Héhé, c'est juste une réunion, je ne devrais pas faire grand-chose. Passe une bonne journée Sayoko.

Une fois ce rituel effectué, je m'éloigne de la porte, et m'engage sur le sentier, traversant la forêt. Pendant une trentaine de mètres, je peux généralement toujours observer Sayoko faire un signe de la main, avant de finalement perdre de vue notre petite maison, cachée par les arbres environnants peuplant la forêt.

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mer 3 Juin - 18:41

Chapitre 6 : Fennmont

An 1237
07h49
Forêt d'Elwin, territoire d'Élios.

Le son mélodieux des oiseaux chantants, accompagné par la fine brise de l'aube effleurant mon visage, rend la traversée de la forêt d'Elwin toujours aussi agréable. Chaque matin, je dois traverser cette forêt pour me rendre à l'académie, qui se situe à la capitale du royaume : Fennmont. Je dois bien avouer que la route est longue depuis le village Myokara, jusqu'à la ville, mais je n'ai pas eu le choix de m'installer ici avec ma soeur. Les prix à la ville sont vraiment trop chers pour mes faibles revenus, alors, on a fini dans ce charmant village. Franchement, je préfère vivre dans un endroit assez tranquille comme celui-ci, qu'à la ville. Ne serait-ce que pour le plaisir d'observer à chaque aube, le réveil de la forêt. Mais cela a un prix, et malgré le plaisir de traverser cette forêt à l'aube et au crépuscule, je ne cache pas que c'est fatigant à force. Il me faut bien une cinquantaine de minutes de marche, pour relier Myokara à Fennmont, et cela, matin et soir. En cette saison printanière du mois d'avril, la traversée est agréable, mais quand je dois faire cela en période hivernale, je serais bien contente d'habiter directement à Fennmont, ou d'avoir un moyen de transport. Par moyen de transport, je parle de cristaux de téléportations. Zenithrias possède nombre de manières de se déplacer différentes, dont les bateaux, les zeppelins – sortent de grosses machines volantes, fonctionnant à la magie – ainsi que les trains, et enfin les montures. La monture la plus populaire est le "Kosika du vent". C'est un genre de piaf jaune ou noir, selon la race, ornée d'une selle et d'une armure, s'ils sont utilisés par la garde royale. Ce qui est toujours le cas, vu le prix et la rareté de la bête. Cependant, le moyen de transport le plus répandu est donc le "cristal de téléportation". C'est un petit cristal azur qui permet de se téléporter instantanément, en prononçant le nom de l'endroit où l'on désire aller. Évidemment, cela a ses limites. On ne peut pas aller n'importe où déjà, seulement aux villes et villages qui ont accepté d'être lié à ce moyen de transport. Donc, impossible de s'en servir pour changer de continent, ou faire le tour du monde. Cela reste donc très limité. Ce cristal existe en deux versions : le petit cristal, qui téléporte l'utilisateur, et le gros cristal, qui peut téléporter jusqu'à quatre personnes en même temps. En fait, ce moyen existe depuis moins de deux siècles, alors que finalement, c'est un procédé très simple. Il suffit d'imaginer un grand fil d'énergie spirituelle qui est relié via des points de contrôles – donc ici, les villes – et le tour est joué. C'est pour quoi, on ne peut pas aller n'importe où avec ce moyen de transport.

Néanmoins, le souci principal de cet objet, c'est que c'est à usage unique. Ce qui veut dire qu'il en faut une sacrée réserve, si on veut s'en servir constamment. Et du coup, bien vu que je n'ai que ma bourse d'étudiante, je ne peux pas me permettre d'en acheter un sachet. Il y a autre chose également, qui permet justement de pouvoir transporter de l'équipement ou des objets, c'est le "cristal du néant". Il s'agit ni plus ni moins que d'un genre de sac. Il suffit d'ouvrir le cristal, et d'y ranger ensuite ce qu'on souhaite y mettre à l'intérieur. C'est ensuite conservé dans une sorte de dimension magique, propre au cristal. Tout comme la téléportation, cet objet a ses limites également, en commençant par la capacité de stockage, qui dépend grandement du prix qu'on met dedans. Mais même le plus gros est assez restreint au final. Son utilité est donc très souvent minime, et sert surtout à ranger des babioles du quotidien. Moi-même j'en possède un – version riquiqui évidemment – qui me sert à ranger mes livres et quelques affaires personnelles. Une fois encore, cet objet n'existe pas depuis très longtemps. La magie reste à ce jour encore mystérieuse, et nous ne connaissons toujours pas les limites de cette dernière... C'est fascinant !


08h32

Fennmont, territoire d'Élios.

Finalement, après une longue marche, je pouvais enfin apercevoir Fennmont, du haut de la colline surplombant la cité. Chaque fois que je passe ici, je ne peux m'empêcher d'observer avec émerveillement la beauté que dégage cette ville. Cela, même après autant de temps à l'académie, et avoir refait cette route des milliers de fois. Cet endroit est aussi appelé : la cité des rois. La raison est que c'est ici, à Fennmont, en Élios, que vivait le seigneur de la magie. Ce qui fait de cette ville, ainsi que d'Élios, le royaume le plus populaire et influent de Zenithrias. Car oui, ce territoire n'est pas le seul sur ce monde. Au sud, se trouve le royaume de Loxianna. À l'est, Élyséa. Et enfin au nord, Ylisse. Chaque royaume possède ses traditions, lois, et modes de vie bien à eux. Néanmoins, nous parlons tous la même langue. Enfin, entre les différents royaumes, il y a de l'eau, et encore de l'eau. Le seul moyen d'aller d'un territoire à un autre est donc de prendre le zeppelin, ou le bateau. Mais ce n'est pas donné le prix du ticket, sans compter le fait que tous les royaumes ne sont pas dans les coeurs les uns les autres. Du coup, vu le contrôle et la surveillance qu'il y a, lorsqu'on veut se rendre sur un autre continent, bien tout le monde reste bien chez lui. Même si c'est surtout Ylisse, qui reste le seul royaume à être en froid avec Élios. Cela depuis que c'est ce nouveau roi qui a pris le contrôle, Gaius, je crois qu'il se nomme. Quant à Loxianna, c'est le plus grand royaume en termes de superficie et d'habitants. Son placement géographique sur la carte – en plus de sa population - fait de ce dernier le continent qui possède le plus de marchands, et donc l'endroit où transissent la plupart des marchandises. Pour ce qui est d'Élyséa, bien c'est un endroit très mystérieux, surtout rempli de forêts dites "enchantées". Mais c'est surtout là-bas que vivent des magiciens aux grandes oreilles, ou plus communément appelés : elfes. Bien sûr, les détails de leur existence restent un mystère, au même point que pour nous autres les "Néphilims". Hybride étant reconnaissable par nos pupilles de différentes couleurs. Dans mon cas, c'est rouge et vert. On est assez rare sur Zénithrias, au même titre que les elfes. Ce qui génère depuis toujours des questionnements, ainsi que de la méfiance. Heureusement, les temps changent et aujourd'hui, les Néphilims comme moi sont acceptés sans trop de soucis dans la société.

Après une rapide observation, et avoir descendu la colline, j'arrivais enfin à Fennmont. L'académie se trouve dans le quartier est, et ma route me fait pénétrer par l'entrée sud de la ville. Le château où se situe la réunion étant situé proche du quartier est, cela ne devrait pas poser problème. Enfin, en théorie, car dans Fennmont, il y a un train de cité, qui relie les différents quartiers de la ville. Transport que je prends, afin de me rendre dans le quartier est. Malheureusement, il semblerait qu'il vienne de me passer sous le nez... Malgré ma rapide course derrière ce dernier - espérant qu'il s'arrête - je l'ai quand même manqué. C'est embêtant, je vais devoir relier les deux quartiers à pied du coup, vu que ce petit train ne passe que toutes les heures environ...

Tandis que j'avance dans la cité d'un pas pressé, je pus apercevoir un gros rassemblement au loin, sur la place de l'horloge. Avant même d'arriver sur les lieux, je devine aisément ce qui provoque un tel rassemblement : un duel. Après tout, cette place n'est pas nommée "place du règlement de comptes" pour rien. Sur Zénithrias, les duels dans l'enceinte des villes ou entre magiciens sont autorisés par la loi. Il y a certaines conditions, comme le fait de ne pas détruire l'environnement, ou encore ne pas tuer son adversaire. Mais aucune interdiction de se mettre sur la gueule. Ce qui arrive assez souvent généralement. La rivalité est omniprésente entre mages de bataille, du coup, ce n'est pas rare de croiser un duel en pleine ville. De mon point de vue, je trouve cela stupide et enfantin, ces duels. C'est surtout une manière de montrer qui a la plus grosse. Et c'est sans surprise une fois sur place que ma prédiction se révéla correcte. Par curiosité, je m'arrêtais rapidement, réussissant à me glisser à travers la foule pour observer. J'ai beau trouver ça stupide, un combat de magiciens est toujours intéressant à regarder. Surtout que là, ça oppose un "élémentaliste", à un "mage-lame".

Les magiciens sur Zénithrias sont classés par classes. Il y a quatre sections, chacune désignant une classe. On a donc "l'élémentaliste", magicien spécialisé dans la magie élémentaire et les sorts à longue portée. Arrive ensuite le "mage-lame", cette classe est une spécialiste du corps-à-corps et du maniement de lames. La troisième classe, qui n'a été que récemment ajoutée au registre, c'est "l'invocateur", être utilisant la magie de l'invocation pour les combats. Cette magie permet d'invoquer toutes sortent de créatures magiques, allant de la petite bête arcanique, à un énorme colosse. Et enfin, la dernière classe... c'est les magies inclassables. Ce sont des magies tellement rares et souvent incomprises, qu'on ne peut les classifier dans une section. Évidemment, chaque classe possède ses différences et ses bonus, liés à cette dernière.

L'élémentaliste possède une puissance magique bien supérieure aux autres magiciens. Il est le seul, à avoir accès à des sorts plus féroces et puissants que la base. Il est souvent reconnu comme le magicien utilisant la magie dans sa forme la plus pure et concentrée. Par contre, il est déconseillé d'être au corps-à-corps avec l'adversaire, vu que la plus grande faiblesse de l'élémentaliste est sa résistance physique. Cela est dû au fait que la pellicule naturelle de magie, recouvrant continuellement l'épiderme d'un mage, est moins solide qu'un mage-lame, par exemple. C'est la raison pour laquelle on reconnaît facilement un élémentaliste en dehors des combats, en observant sa tenue, généralement légère. En fait, comme le style que je porte actuellement, car je suis une élémentaliste. Enfin, en combat, on n'utilise pas d'armes, mais des artefacts enchantés. Cela peut être n'importe quoi, allant de la baguette magique, en passant par un livre, ou encore une arme légère, comme une dague. Ce qui est mon cas. Cette dague m'a été offerte par ma mère, c'était une élémentaliste incroyable, et elle se servait de cette dague, comme artefact de canalisation. Ce n'est peut-être qu'un objet pour certains, mais j'y tiens énormément, vu que c'est tout ce qui me reste de ma mère. Même si elle coupe très mal. Si on utilise ce genre d'objet qu'on enchante, c'est pour faciliter la stabilité de l'énergie. En gros, on transfère une partie de notre magie lors de la concentration, ce qui fait office de catalyseur, et donc, de pouvoir mieux contrôler le flux d'énergie. L'efficacité de l'artefact dépend grandement de sa qualité. Et je dois bien avouer que la dague de ma mère vaut certainement plus cher que tout ce que j'ai à la maison, tellement elle est rare et puissante, comme catalyseur. Une telle lame enchantée chez un forgeron coûterait facilement un bras. Bien sûr, cela est inutile de voler un tel artefact ou de la revendre – pour aider ma soeur – par exemple. Car une fois l'artefact lié au magicien, il n'a plus de valeur que pour son utilisateur, vu qu'il est relié à "son" énergie. C'est transmissible par voie familiale par contre, du moment qu'on a la même signature arcanique.

Le mage-lame quant à lui, sa spécialité supérieure aux autres magiciens, c'est sa vitesse, sa force, ainsi que sa résistance. C'est la classe de mage possédant la pellicule de magie épidermique la plus solide. C'est d'ailleurs ce qui leur permet d'utiliser des armures lourdes, tout en gardant leur vitesse d'exécution. A contrario, il possède une faible puissance magique pure, et préféra donc toujours utiliser des armes. Ce qui ne le rend pas inutile pour autant, car s'ils n'utilisent pas la magie dans son sens naturel, ils l'utilisent de façon à renforcer leurs techniques aux lames. C'est pour cela qu'un mage-lame est lié à son arme. On dit que chaque magicien des lames doit se lier et "apprendre" à faire qu'un avec son arme. Bien qu'ils soient incapables de lancer un sort via une incantation, ils peuvent tout de même lancer de violents projectiles à distance, grâce à leur lame. Pour le coup, l'arme d'un mage-lame peut être considérée comme un partenaire à part entier, ou une extension de lui-même. Tout comme l'élémentaliste, on reconnaît un mage de cette classe à leur tenue, principalement axée sur le port d'armures. Même si ce qui ne laisse pas planer le doute, c'est généralement l'arme qu'ils portent à la taille ou dans le dos.

Enfin, l'invocateur lui, n'a pas vraiment de spécialité propre à lui. En fait, il a une résistance encore plus faible qu'un élémentaliste, une puissance magique inférieure à ces derniers, ainsi qu'une force et vitesse médiocre. Pourtant, cela en fait une des classes de mages les plus puissantes de Zénithrias. Naturellement, il y a un assez bon équilibre et de complémentarité entre les différentes classes. Mais d'un point de vue personnel, je trouve l'invocateur au-dessus du lot... Cela s'explique par le fait qu'ils sont toujours deux, dans un combat. Ce qui les rend si dangereux, c'est qu'ils peuvent invoquer une créature en fonction de l'adversaire. S'ils affrontent un élémentaliste, ils invoqueront généralement une créature de corps-à-corps, pour nous acculer, tout en nous envoyant des sorts à distance en même temps. Tandis que contre un mage-lame, ils préféreront invoquer une créature volante intouchable, et qui sera bien embêtante pour ce dernier. Mais ce n'est pas tout, car une créature invoquée est liée par ce qu'on appelle "la liaison spirituelle". Ce qui signifie que grâce à cette liaison, ils partagent des caractéristiques avec leur créature actuellement invoquée. C'est donc très difficile d'affronter un invocateur, car on ne sait pas qui attaquer. La logique voudrait qu'on frappe le maître, mais comme si ça ne suffisait pas, grâce au lien avec sa créature, il peut se donner diverses protections ou autres bonus, pour une poignée de secondes, en puisant dans la vitalité de son invocation. Sans compter sur le fait que la bête en question vient se positionner très souvent comme bouclier, si l'on tente un assaut frontal sur le mage. Heureusement, ils ont quand même des limites. À commencer par le fait qu'ils ne peuvent avoir qu'une seule créature invoquée à la fois. Pour la simple et bonne raison que de bases, l'invocation coûte extrêmement cher en énergie. Et une fois invoquée, elle continue de puiser dans la réserve du mage, chaque seconde qu'elle passe dans cette dimension. Du coup, une fois la créature abattue, l'invocateur peut déjà faire sa prière. Car il sera incapable d'invoquer une deuxième incarnation magique. C'est pour quoi ils sont si faibles, niveau caractéristique. La raison est qu'un invocateur ne travaille et ne s'entraîne qu'à augmenter sa réserve de magie. Pour être un puissant mage de cette classe, il faut avoir une réserve titanesque et savoir bien gérer cette dernière. En définitive, d'un point de vue objectif cette fois, tout est assez équilibré, et de toute façon, la classe n'est qu'une indication, car la victoire ou l'avantage se joue surtout sur le magicien en lui-même. Un génie restera un génie, peu importe sa section et son adversaire. D'ailleurs, le mage-lame n'est pas le plus démuni, comme on peut le penser, car 80% des plus grands mages de Zénithrias actuellement, sont des mages-lames.


08h49

Le combat était assez serré entre les deux mages. Ils devaient être de niveau or, c'est même sûr, vu qu'un étudiant à l'académie n'a pas le droit d'utiliser la magie en dehors de cette dernière. Pour cela, il faut obtenir l'étoile d'or. Écusson remis aux mages de batailles ayant atteint le rang tant espéré du niveau or. Indépendamment de la classe, un mage voulant devenir un combattant au service de son royaume, doit passer par l'académie. Une fois ceci fait, les mages sont classés par "grades". Le premier est le rang "bronze". Il indique que le magicien est en apprentissage à l'académie, et il n'apprend rien d'autre que la base. Vient ensuite le rang "argent", celui que je possède actuellement. Ce rang est attribué à ceux qui ont réussi les différents tests et épreuves de bronze. Ces deux rangs sont propres à l'académie. Quand un mage quitte cette dernière, il a une chance de devenir rang "or". Ce rang est l'apogée de la formation. Une fois obtenu, le badge indique qu'on est un mage de bataille. Donc, accès à un entraînement plus poussif, diverses missions, ainsi que le droit de se servir de sa magie en dehors de l'académie. Il existe aussi le rang "or pur", extrêmement rare, et donné aux mages d'or étant considéré comme les plus puissants de cette section. Ils sont très souvent désignés comme chefs de mission ou chargés de missions périlleuses. Même si aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe encore deux rangs, au-dessus de l'or pur. Mais ils ne comptent pas réellement dans les registres, étant donné que ces rangs ne sont attribués qu'aux magiciens faisant partie de l'élite du conseil. Pour la plupart, ce sont des mages ayant atteint un niveau presque parfait, ou tout simplement faisant partie de ces "génies" de naissance. Ces rangs sont : le platine, et ensuite le diamant. Cependant, les rangs ne servent pas qu'à faire beau ou se la jouer. Non, en fait, leur utilité sert au royaume, à imposer des lois. Car sur Zénithrias, il existe des magies classées "interdites". Leurs utilisations ou apprentissages peuvent être condamnés d'emprisonnement ou allant jusqu'à la peine de mort. Du coup, il y a des restrictions sur l'utilisation et l'entraînement, pour les mages de batailles.

Chaque magicien de bataille possède des sorts, ainsi que des compétences qui lui sont propres. Par exemple, moi, je suis une élémentaliste spécialisée dans l'art du feu. C'est donc cet élément pour moi qui possède le plus de techniques dans mon répertoire. Mais dans ce répertoire, je n'ai pas le droit d'apprendre certaines magies avant un certain rang. Du rang bronze à argent, on ne doit travailler que nos sorts de bases. Une fois le rang or atteint, on a enfin le droit d'apprendre les arts "supérieurs" de notre magie. Mais même à ce niveau, il y a aussi des limites à ce qu'on peut apprendre. Et c'est pour cela que le rang platine et diamant existe. Ça sert à définir les limites de nos droits vis-à-vis de l'utilisation de la magie. Outrepasser ces règles n'est quand même pas puni de mort, mais le risque d'être radié des mages de bataille, est bien réel. Il y a peu de désobéissances de toute façon, étant donné qu'à partir du moment où on rentre à l'académie, et donc, qu'on obtient notre premier grade, on nous appose un sceau, nous limitant à notre niveau de rang. Il n'existe aucun moyen de modifier le sceau ou de l'enlever – de façon légale – mis à par la famille royale d'Élios, vu que c'est le roi, et sa famille avant lui qui attribuaient les sceaux.


- Fire art : eruption strike

-
Art of blade : Sonic slash

Cet affrontement a beau opposer deux rangs or, ils n'ont pas l'air très doués. J'ai beau manquer de confiance en moi, mais là, je peux dire sans risque que je les prends tous les deux en même temps, même en ayant le niveau d'un rang argent. D'ailleurs, l'élémentaliste, ainsi que le mage-lame ont utilisé ce qu'on appelle un "art". C'est l'incantation obligatoire et nécessaire pour toutes techniques qui requièrent l'utilisation de la magie. Pour lancer un sort, ou une technique donc, il faut toujours prononcer "l'art" qu'on va utiliser, suivi du nom du sort ou de la technique. Une fois ceci fait, pour l'élémentaliste, un cercle arcanique apparaît, et envoie le sort en question. Pour le mage-lame, vu que ce n'est pas de la magie "directe", il n'y a pas de cercle arcanique qui se forme. Cela n'est cependant ni un avantage, ni un inconvénient, vu qu'entre la prononciation et la formation du cercle, suivi du lancement, il ne se passe même pas une seconde. C'est simplement comment se matérialise la magie de l'élémentaliste, ou l'invocateur. Il existe des milliers d'arts différents, et nous n'en connaissons encore qu'un dixième de ceux-là. Sauf - selon la légende – le seigneur de la magie. Ce dernier n'existe plus à l'heure qu'il est, mais on raconte que c'était le mage le plus puissant ayant existé. Tellement, qu'il est encore aujourd'hui vu comme un dieu, pour la plupart de Zénithrias. Il inspire nombre de mages de batailles. Mais personne n'ose prétendre, ou toucher le rêve de devenir aussi grand que l'était ce magicien. La légende la plus populaire à son sujet, était qu'il avait connaissance de toutes les magies existantes de ce monde. Ainsi que de pouvoir les utiliser, sans tenir compte de la classe à laquelle il appartenait de naissance. C'est pour quoi, il est souvent vu comme une divinité venue apporter sa sagesse sur Zénithrias. Je n'irai quand même pas jusque là pour ma part, mais je dois reconnaître qu'il est quand même à l'origine de l'alchimie. Cette technique permettant de mélanger plusieurs arts, afin d'en créer de nouveau. Pour l'art du feu, par exemple, nous ignorions avant qu'il existait la version "supérieure" de cet art, qui n'est autre que l'art de l'enfer. Art strictement interdit d'apprentissage, avant le rang or pur, c'est pour dire la puissance des arts "supérieurs".

Mais ce qu'il a apporté surtout, c'est la découverte de "l'arcane". L'arcane est l'apothéose du répertoire d'un magicien. C'est quelque chose que tous mages possèdent, mais faut-il encore qu'ils "éveillent" ce dernier. L'arcane est quelque chose de tellement puissant, qu'il est interdit d'essayer de s'éveiller à ce dernier avant le rang platine. De toute façon, l'éveil en lui-même est ce qu'il y a de plus long et dur à maîtriser. L'arcane possède sept niveaux d'éveil, pour chaque terminaison arcanique. En fait, nos terminaisons, en plus de servir de conducteur, servent aussi à déclencher l'arcane. Le seigneur de la magie avait donc découvert que chaque terminaison indiquait un niveau d'arcane. Mais comme je viens de le stipuler, la maîtrise de ce dernier est extrêmement complexe. À vrai dire, il paraît que même les rangs platine n'arrivent généralement qu'à éveiller le premier verrou. Au diamant, ils vont jusqu'aux troisièmes - grand maximum - tellement la suite des verrous tient de la pure folie à maitriser. Ce qui n'est d'ailleurs pas plus mal, étant donné que rien que le deuxième niveau d'arcane est selon les dires, déjà assez dangereux et puissant pour terrasser une armée tout entière. Encore selon la légende donc, les diverses recherches stipulent qu'à partir du cinquième arcane, cela deviendrait dangereux pour l'écosystème, et risque même de tuer l'utilisateur. Enfin, le septième arcane est souvent imaginé comme un sort dépassant absolument tout ce qu'on peut penser, certains allant jusqu'à imaginer la possibilité de ressusciter une âme. Cependant, personne n'a jamais atteint un tel niveau d'arcane - sauf peut-être le seigneur de la magie – du coup, tout cela n'est basé que sur des légendes et des rumeurs. Bref, au final, même si je trouve qu'on en fait un peu trop autour de ce seigneur de la magie, je reconnais sans problème qu'il devait en imposer... Ce n'est pas comme si d'un simple ordre, une simple envie, pour prouver sa suprématie, il a fait en sorte que les années soient réinitialisées pour le peuple de Zénithrias, et que ce dernier commence à compter les années, à partir de son règne. Comme pour simuler un nouvel éveil. Du coup, l'an 1237 correspond à la date depuis laquelle il a pris le pouvoir. En vérité, on devrait être en 2212 si je ne dis pas de bêtises. Le seigneur de la magie a disparu il y a environ trois siècles, après plus de neuf siècles d'existence... C'est tout simplement incroyable.

En fait, le lobe de mana sert également à autre chose, "définir" notre durée de vie – en faisant fi des accidents ou morts prématurés – bien sûr. Pour faire clair, un citoyen ayant un faible lobe de mana, a une espérance de vie d'environ un siècle, en plus de vieillir très vite. Alors qu'un mage de bataille vit minimum deux siècles, cela pouvant aller jusqu'à quatre ou cinq siècles pour les lobes de mana ahurissants. Mais la différence avec les citoyens, c'est que nous autres - magiciens de bataille – on vieillit extrêmement doucement. Sur ce monde, citoyen ou guerrier, arrête sa croissance et donc de vieillir à 18 ans. Par la suite, ce qui fait que nous ne vieillissons pas comme les citoyens, c'est tout simplement l'énergie spirituelle qui coule en nous de manière abondante. L'énergie nous garantissant une restructuration cellulaire continuelle, nous empêchent donc d'être frappés par des maladies ou le vieillissement des os. Moi, par exemple, je devrais vivre dans les trois siècles, si je ne meurs pas avant, étant donné que j'ai un lobe de mana assez conséquent, tout comme ma mère. Sauf que lorsque j'aurai plus d'un siècle, je n'aurais toujours pas une ride. Et c'est pour cette raison que les citoyens ne pourront jamais devenir des mages de batailles. Mais, vivre pendant plus de neuf siècles... c'est de la folie. Le lobe de mana de ce seigneur de la magie devait tout simplement être incalculable.


- Gyaaaaaaaaah

Finalement, le combat vient de se terminer par la victoire du mage-lame. Je mentirais si je disais que je ne m'y attendais pas. L'élémentaliste a fait que des conneries niveau tactique. Déjà, je n'aurais pas lancé une frappe éruptive, alors que le mage-lame était proche de moi. À la place, il fallait plutôt utiliser un art de glace, vu que l'adversaire fonçait sans réfléchir. Du coup, il aurait frappé dans un mur de glace, tout en étant ralenti par cette dernière, ce qui par la suite, m'aurait permis de lancer la frappe éruptive, qui aurait frappé de plein fouet le magicien. Là, à la place, l'élémentaliste a paniqué après l'esquive de son sort, et a préféré utiliser un sort de bouclier arcananique pour se protéger de la contre-attaque. Cela a fonctionné, mais le mage-lame avait par la suite juste à profiter de la perte d'équilibre de son ennemi, pour relancer un assaut. Tout compte fait, j'ai perdu mon temps à observer ce combat. Ils ne font vraiment pas honneur au rang or. D'ailleurs, j'eus enfin la bonne idée de lever la tête, afin de pouvoir observer l'heure sur l'horloge de la grande place. Et qu'elle fût ma surprise, lorsque je me rendis compte qu'il était presque 9h, et que ma réunion commence à 9h30. Bon sang, je suis encore loin de la zone est en plus... Cette fois, il fallait que je mette à contribution ma capacité à faire un sprint.. de 20 minutes... si je veux espérer arriver à l'heure...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Sam 6 Juin - 14:47

Chapitre 7 : Rencontre royale

An 1237
09h04
Fennmont, quartier est, territoire d'Élios.


- Pardon ! Désolé ! Attention...

C'était les seuls mots qui sortaient de ma bouche, chaque fois que j'évitais de justesse une personne, tandis que je fonçais à travers la cité. J'ignore depuis combien de temps je cavale comme ça, mais je ne pouvais m'arrêter tant que je n'avais pas atteint mon objectif. Heureusement que nous les magiciens – de bataille seulement – possédons une endurance, ainsi qu'une condition physique exceptionnellement supérieure à la moyenne. Encore une fois, on doit cela à cette énergie s'écoulant constamment dans notre organisme, nous renforçant naturellement. Mais malgré cela, je commence à ressentir quand même de l'essoufflement, là. Après tout, je suis une élémentaliste, l'endurance n'est pas notre spécialité ! C'est le point fort des mages-lames, ça. Il m'arrive parfois de me demander si je n'aurais pas dû naître mage-lame, vu mon train de vie assez mouvementée, ainsi que les longues marches – ou courses effrénées – que je me tape sans cesse. D'ailleurs, si moi je fais partie des élémentalistes, ma sœur elle, fait partie des inclassables. Elle aurait normalement été dans la classe des mages-lames de type archer, mais sa principale magie était assez rare. En fait, elle est généralement nommée tout simplement : la magie bestiale. Le principe est que le magicien en question prend les caractéristiques, ainsi que quelques attributs physiques appartenant à un animal existant. Cela s'utilise de la même manière qu'une invocation, sauf que là, c'est une fusion partielle. L'autre différence, est que chaque magicien possédant cette dite magie, ait de naissance une transformation propre et inchangeable. Pour Sayoko, c'était l'aspect du félin. Donc en plus d'avoir une maîtrise de l'arc parfaite, elle était agile et aussi vive qu'un félin, malgré son jeune âge à l'époque. Mais même si elle n'avait pas été frappée par ce malheur, elle ne comptait de toute façon pas devenir mage de bataille. Ce qu'elle voulait – et que je vais m'assurer qu'elle obtienne en la soignant – c'était être archéologue. Elle a toujours été passionnée par l'histoire de notre monde et la compréhension de ce dernier. Et il existe nombre de reliques et secrets, à découvrir sur Zénithrias.

Je n'avais pas pour ambition de devenir mage de bataille non plus, à la base. En fait, je voulais être une alchimiste. J'ai toujours été fascinée par la magie et ses secrets. L'alchimie permet justement l'approfondissement de cette dernière, en découvrant de nouveaux sorts, compétences, limites... Je suis – sans me vanter – assez calé en alchimie, en étudiant dans mon coin quand j'ai le temps. Je ne suis pas encore au niveau d'un vrai pratiquant, mais je sais déjà mélanger quelques sorts de mon cru, pour en faire de nouveau. Je peux même me vanter de posséder un sort de soin, certes assez faible, mais un élémentaliste avec une capacité de soin est trop rare, pour ne pas le faire remarquer. Mais ce n'est plus possible à présent, que je devienne une alchimiste reconnue, étant donné qu'un mage de bataille est lié par un serment, au service de son royaume. Je suis donc condamnée à combattre et sûrement mourir dans une mission un jour, à partir du moment où je deviendrais un mage de bataille. Mais je suis prête à faire ce sacrifice, si cela peut permettre à ma sœur d'être de nouveau heureuse. Puis je me console en me disant qu'une fois rang or, j'aurai accès à de nouveaux sorts, et donc, pouvoir améliorer mes formules alchimiques dans mon coin. C'est toujours ça de gagner.


09h12

Ma course contre la montre continuait toujours, tandis que j'avais enfin une idée de l'heure qu'il était, suite au croisement de mon regard avec l'horloge proche de la gare. Le fait de savoir cela était une bonne et une mauvaise nouvelle. La mauvaise, était qu'il me restait à peine 20 minutes pour arriver au château. La bonne, c'est que je viens de passer devant la gare est, ce qui veut dire que je suis dans le quartier du même nom. Ce quartier est facilement reconnaissable, entre autres grâce à ses constructions et rues bien plus chics. C'est aussi dans cette partie de la ville que se trouve l'académie, ainsi que le château, et d'autres monuments importants. La splendeur de cet endroit contraste toujours avec les autres quartiers. Il s'agit ni plus ni moins que de la partie noble de Fennmont. C'est ici que vivent les membres du conseil, ainsi que quelques familles de grandes noblesses. Mais aussi et surtout, c'est le quartier royal. L'avantage c'est qu'il y a beaucoup moins de monde dans les rues, mais toujours trop pour que je ne sois pas ralenti en devant esquiver des rencontres qui me seraient fatales. Par chance, je connais plutôt bien ce quartier depuis le temps que je le traverse pour rejoindre l'académie. Même si habituellement, le train ne me dépose pas très loin de cette dernière. Il m'arrive quand même de temps à autre de devoir finir à pied comme aujourd'hui. Sauf que d'habitude c'est bien plus tôt, vu que les cours commencent à 8 heures. Du coup, traverser à 9 heures, bien je me tape l'heure de pointe. Heureusement, comme stipulé un peu avant, je connais quelques raccourcis qui peuvent potentiellement me faire gagner du temps, et dépourvus de monde.

Sans transition, je m'engage rapidement dans une ruelle située sur ma gauche. Avec un peu de chance, cela va m'avancer de quelques précieuses minutes. Ces petites rues sont assez étroites, mais le calme y est bien présent. Cela me permet d'enchaîner ces dernières bien plus facilement que si j'avais continué sur l'avenue principale. Même si indirectement j'ai dû ralentir, vu que je dois négocier bien plus de virages. Mais l'absence de vie, ainsi que d'obstacles me donne une avance confortable. À présent, je peux même voir la pointe du château au loin, se rapprocher de plus en plus. Ce dernier est visible partout dans le quartier est, et c'est de ça que je me sers pour m'y retrouver dans ces petites rues. Il fait office de point à suivre, comme l'étoile du nord dans la nuit noire. C'est d'ailleurs le bon moment pour retourner sur l'avenue principale à présent, j'ai gagné assez de temps, et continuer dans ces petites rues ne m'avancera plus à rien, sauf me perdre. Je décide donc de changer mon itinéraire et de négocier un magnifique virage à droite, donnant directement sur la rue principale. Malheureusement, sortir d'une ruelle à cette vitesse, droit sur une avenue bondée de monde, sans avoir de vision de ce qui se trouve à la sortie du virage, c'est dangereux, très dangereux. Et ce qui devait arriver arriva fatalement. Tout juste sorti du virage, je fis la fameuse rencontre fatale que je redoutais...


- Kyaaaaaa !

- Humpf !

L'impact était suffisamment fort, pour que moi et ma victime finissions au sol, après avoir roulé sur quelques mètres. Je crois que si l'on n'était pas des mages – plus résistant de nature – on serait dans un état bien plus grave. Cela ne m'empêchait pas d'avoir la tête légèrement dans les nuages. J'allais cependant plutôt bien, sans doute grâce à la personne située en dessous de moi ? J'imagine qu'il a dû amortir ma chute sans faire exprès, ou par manque de chance. Une fois mes esprits retrouvés, je relevai légèrement mon corps, restant à quatre pattes au-dessus de cette personne, tout en me confondant en excuses.


- Désolé ! Vraiment ! Vous allez bien ? Désolé !

- Awn...

Maintenant que j'avais ma victime sous ma position, je pouvais enfin observer cette dernière. Je puis donc me rendre compte qu'il s'agissait d'un jeune homme, habillé d'un haut blanc, couvert par une veste à manches courtes noire. Il arborait également des cheveux d'une teinte azur, allant de pair avec ses yeux de la même couleur. Mais le plus étonnant était ce tatouage en forme de lance, qu'il avait sous son œil droit. Je devais bien avouer qu'il était vraiment mignon, largement plus que ce que je croise à l'académie. Quelle poisse, cette cité possède plus d'un million d'habitants, et il fallait que je me vautre sur un aussi classe et beau magicien... Bien que je jurerai qu'il me dit vaguement quelque chose, mais impossible de mettre le doigt dessus pour l'instant. La seule chose que je peux déduire, c'est qu'il s'agit sûrement d'un mage de bataille, vu qu'il a un autre tatouage sur la main droite – signe typique d'un mage de l'état - que je n'avais jamais vue avant ce jour, cela dit. Quel rang cela pouvait-il bien indiquer ? Encore une fois, je n'en savais rien, et je n'eus pas le temps de réfléchir davantage, que j'entendis une voix féminine, venant de derrière ma position.


- Je me disais bien que je t'avais reconnue, Kanae. me lança la voix . Où vas-tu comme ça ?

Cette voix, je la reconnus immédiatement, malgré que je ne l'avais pas entendu depuis quelque temps. Il s'agissait du mage de bataille : Erza. Qui est une magicienne de rang or pur ! Mais surtout, elle fait partie d'une des cinq grandes familles nobles d'Élios : la famille Archaelis. Évidemment, je n'aurais normalement aucune chance de connaître une telle personne, venant d'une aussi illustre famille du quartier royal. Mais pour le cas de la famille Archaelis, c'est différent. Je l'ai connu le jour ou ma vie a basculé, lors de cette fameuse attaque qui a emporté ma mère et la validité de ma sœur. Dans l'équipe d'intervention qui a repoussé les assaillants, il y avait cette femme, Erza. Il y a cinq ans, elle n'était âgée que de 17 ans, mais était déjà de rang or ! Je me souviens aussi qu'il y avait sa grande sœur, Tsubaki, qui actuellement trône au rang platine. Même si c'est Erza, que je connais le mieux. En fait, lorsque ma sœur était entre la vie et la mort, et que je venais de perdre ma mère, elle est restée avec moi, tout du long, tout en m'aidant psychologiquement. Rien ne l'obligeait à faire cela, mais elle était bien présente, et a pris soin de moi, alors âgée que de deux ans de plus. Après l'incident, elle m'a même invitée avec ma sœur, à vivre temporairement dans la maison – ou plutôt le palace pour le coup – dans lequel elle vit avec ses sœurs et sa mère. Je suis donc restée chez elle, le temps de la convalescence de Sayoko et que j'aille mieux mentalement. Même si je ne connais au final rien d'elle, vu qu'elle parle très peu d'elle-même. Elle semble à l'écoute des autres, mais ne parle jamais de sa personne. Elle aide, mais ne cherche pas d'aide en retour. C'est peut-être pour cela qu'elle semble toujours si sérieuse et froide quand on ne la connaît pas. Cependant, on est restée bonnes amies, même après mon départ. C'est d'ailleurs la seule à être au courant de l'état de ma sœur. Erza est par ailleurs un mage-lame. Elle porte généralement une armure couvrant le haut de son torse, accompagné de bottes mi-hautes et d'une jupette, d'où on peut observer une lame dans son fourreau. Niveau apparence, elle aborde une longue chevelure écarlate, qu'elle coiffe de différentes façons selon ses humeurs j'imagine, pour finir sur des yeux châtains clair. Bien que je sois une fille, je dois avouer que je la trouve vraiment d'une grande beauté.


- Ho.. Erza ? m'exclamais-je, juste après avoir tourné légèrement la tête et levé les yeux. Aaaah ! La réunion ! dis-je avec stupeur, après qu'Erza me pose la question de ma destination.

Sans tarder, je me redressais habilement, tout en m'excusant de nouveau auprès du beau garçon, qui ne semblait pas pressé de se relever d'ailleurs. Puis, je me précipitai sur les documents éparpillés sur le sol que je devais rendre à l'académie. Cette fois c'était sûr, j'allais être en retard. Rassemblant tout ce bazar et étant fin prête à repartir, Erza me regarda d'un air étonné, tout en m'adressant la parole du même ton.


- La réunion de ce matin ? Hahaha, pouffa-t-elle, avant de poursuivre toujours d'une voix amusée, tu n'as pas bien lu le mémo hein ? La réunion à 9h30, ne concerne que le conseil Kanae, moi ainsi que toi et les autres c'est à 11h.

- Ha.. heu... balbutiais-je, sentant la honte m'envahir.

Maintenant qu'elle le dit, je me souviens du courrier de convocation, mais je me rappelle aussi très bien avoir lu ça de travers, retenant juste la date, la réunion, et la première heure indiquée... J'imagine que je ne peux m'en prendre qu'à moi-même. Ça m'apprendra à lire mon courrier de façon si désintéressée à chaque fois. Le simple fait d'imaginer que j'aurais pu dormir deux heures de plus, ainsi que d'éviter une course à travers Fennmont me déprime carrément.


- Sinon, je vais bien, au cas où ça vous intéresserait.

- Ho, excusez-moi encore, monsieur ! venais-je de répéter encore une fois, m'apercevant que l'homme en question était de nouveau debout, tout en frottant la poussière de ses vêtements. Je suis confuse, désolée...

- Pfeuh, ne t'excuse pas Kanae, ce pervers a surtout profité de ta poitrine, vu où il avait la tête. N'est-ce pas ?

- Hey, ce n'est pas non plus ma faute ! Elle m'est tombée dessus ! se défendait-il comme s'il était en cour martiale.

- Tu n'étais pas pressé de te relever surtout...

- Il faut savoir profiter des bonnes occasions...

Je ne savais pas vraiment comment réagir devant cette scène. D'un côté, j'étais gênée, car cela tournait autour de ma poitrine. De l'autre côté, je voyais Erza devenir assez menaçante envers ce garçon, qui visiblement ne se cachait pas d'avoir bien profité de la situation. Mais j'imagine qu'étant donné qu'il m'a retenu dans ma chute, je peux pardonner.


- Sinon, vous vous connaissez ?

- Oui, elle s'appelle Kanae Terumi, c'est une étudiante de l'académie.

- Hm hm... Ho ! Mais où sont mes bonnes manières ?! Je me nomme Inigo Aegwynn, enchanté.

- Inigo... Aegw..

Je fus comme mortifié sur le coup, à l'entente de ce nom. Quand je disais que je n'avais pas de chance de m'être vautré sur un beau jeune homme, je ne pensais pas que j'allais en plus de ça, me vautrer sur le prince d'Élios ! Je savais que j'avais déjà vu quelque part cet homme, et tu parles, c'est le fils du roi. Maintenant que je m'en souviens, je l'ai déjà vu dans un de ces stupides magazines, qui regroupaient un classement des plus beaux mecs d'Élios. Je n'ai aucune idée de comment ce magazine a fini chez moi, bien entendu. Mais là, c'était le cadet de mes soucis. Combien il y avait-il de chance, pour que je percute le prince du royaume ? Jouer autant de malchance était réellement possible ?


- J-je suis désolée votre altesse ! dis-je, tout en m'inclinant respectueusement. C'est un honneur d-de vous rencontrer !

- Ha non ! Pas de « votre altesse » avec moi, s'indignait-il, Inigo suffira !

D'abord surprise, je ne savais pas trop quoi penser. Mais finalement, au vu de sa réaction et façon de parler, il semblait loin de l'image du prince que je me faisais. Sa tenue décontractée en elle-même était déjà bien loin d'un classique royal. Peut-être essayait-il de passer inaperçu ? C'est possible après tout, il doit difficilement pouvoir se promener en général. Quoi qu'il en soit, cela me rassura au final. Il ne semblait pas rancunier, ni le genre de pseudo royauté outrée si on les touche.


- D'ailleurs, son « altesse » ne devrait pas être à cette réunion ?

- Une réunion ? Quelle réunion ? demanda-t-il en haussant les épaules. Je n'ai entendu parler d'aucune réunion.

- Je ne sais pas, peut-être celle qu'il y a dans le château de TON père ?

- Ouai, c'est ce que je dis, rien qui ne m'intéresse... Non sans déconner, ils peuvent se passer de moi. La politique et toutes ses conneries, tu sais très bien que j'en ai rien à foutre. Je préfère nettement passer du temps à profiter du soleil et de cette magnifique cité.

- Dis plutôt « flâner, roupiller et observer les filles qui passent ». Je ne comprendrai jamais cette aversion que tu as pour la vie royale Inigo. Tu es un vrai gamin ! concluait-elle en laissant échapper un long soupir.

Je ne savais pas comment le dire, mais ces deux-là semblaient plutôt proches. Enfin, cela n'est pas étonnant, vu que la famille d'Erza est noble. Ils doivent certainement avoir des échanges entre eux.


- Au fait Kanae, comment se porte ta sœur ?

- Ça va, elle prend la vie un jour après l'autre.

- Hm, d'accord, tant mieux alors. Si tu as besoin de quoi que ce soit, n'hésite pas hein ?

- Hm hm, répondis-je de façon gênée, tout en rougissant. Merci...

Je ne vois pas souvent Erza, à cause de nos occupations différentes surtout. Mais chaque fois que je la vois, elle prend toujours des nouvelles de Sayoko. Là, ça faisait bien trois mois que je ne l'avais pas vu. La dernière fois c'était à l'académie. Quelquefois pendant nos études, ce sont des mages de batailles qui nous font cours. Il n'est donc pas rare de croiser des rangs platine, diamants, ou encore or pur. Du coup, il m'arrive de croiser Erza, lorsqu'elle vient donner des cours. Cependant, c'est une tout autre personne dans ces moments-là. Elle impose le respect, tout en faisant régner l'ordre parmi les aspirants. Tandis qu'au naturel, elle esquisse toujours un sourire réconfortant, et semble toujours prête à aider son prochain. J'ai un profond respect pour Erza, en plus de lui devoir des remerciements éternels, pour ce qu'elle a fait pour moi et Sayoko à l'époque. Mais il m'est difficile de lui parler généralement, ou encore de lui « demander » quelque chose. Mon manque de confiance est la cause de tout cela, évidemment. J'estime que je ne devrais pas déranger une telle personne, surtout que je me trouve inintéressante. Je lui ferai perdre plus de temps qu'autre chose...


- Oï, on y va Erza ?

- Ouai, deux secondes, venait-elle de répondre à ce prince tout en se retournant vers moi. Vu que tu as le temps, ça te dit de venir déjeuner avec moi et Inigo ?

- Ho, euh... j-je.. Je dois passer à l'académie... Une a-autre fois pourquoi pas !

Il était hors de question que j'accepte sa demande, même si j'en mourais d'envie. Déjà que j'ai du mal à la regarder dans les yeux, alors aller déjeuner avec Erza ET le prince d'Élios, c'était trop, là.


- Bien, comme tu veux, une prochaine fois alors... me rétorqua-t-elle visiblement déçue. On se voit à la réunion dans ce cas. À plus tard, Kanae.

- Bonne journée, me lança l'homme, tout en effectuant un signe de la main.

- Merci, à vous aussi... À plus tard Erza..

Franchement, parfois je me hais et mériterait des claques. Si seulement je n'étais pas aussi incertaine, je ne serais pas en train de les regarder s'éloigner, tout en restant comme une conne sur place. Au fond de moi je sais pourtant que je ne suis pas naze, et que j'ai plein de qualités à faire valoir, mais c'est plus fort que moi... Cela a commencé le jour de cet incident, il y a cinq ans. Depuis cet événement, je n'ai que de l'abnégation envers moi-même. La faute au fait que je n'ai rien pu faire, ni pour ma mère, ni pour ma sœur. Quand je vois Erza à l'époque, à peine plus âgée que moi, et faire ce que j'aurai dû faire... Je ne peux pas me faire-valoir, alors que je ne suis même pas capable de protéger ma petite sœur... Même à l'heure actuelle, je ne fais que brasser du vent, espérant la guérir, alors que je ne suis même pas sûr de pouvoir un jour réunir la somme... Pathétique, voilà ce que je suis, et cette image que je me donne n'est que du vent pour cacher cela... Finalement, une fois leur silhouette disparue, et moi restant comme une conne, je me mis en route pour l'académie. Mais cette fois, j'y vais en marchant !

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Jeu 11 Juin - 18:26

Chapitre 8 : Jardin fascinant

An 1237
09h32
Fennmont, académie, quartier est.


Il ne me fallut que quelques minutes, sans me presser, pour finalement apercevoir l'académie. Cette dernière est unique en Élios, et est le seul moyen pour devenir mage de bataille. Heureusement, entrer dans cette académie n'est pas payant. La seule restriction, c'est d'avoir un lobe de mana évolué de naissance, ainsi que de la volonté. En même temps, on va là-dedans pour aller crever en mission, encore heureux que ce ne soit pas payant ! Bon, après personne ne nous met le couteau sous la gorge, on a tous nos raisons j'imagine... L'académie en elle-même est étendue sur une grande largeur du quartier est, comptant huit bâtiments destinés chacun, à des activités bien précises. Sa superficie et ses nombreuses cours extérieures font de cet endroit un vrai labyrinthe quand on ne connaît pas. Je me souviens encore que la première année ici, je passais mon temps à me perdre. Ce qu'on peut dire, c'est qu'ils y foutent les moyens dans la formation des mages de batailles. Cependant, ce n'est pas étonnant, vu que sur Zénithrias tout entier – donc sept milliards d'habitants environ – il n'y a finalement qu'un petit pourcentage qui peut se battre. La vérité est que ce monde possède bien plus de citoyens que de guerriers. Sur une courbe de pourcentage, je n'exagère en rien en disant que les « gros » lobes de mana ne représentent que 20% de la population globale. Du coup, le peu de mages qui naissent avec les capacités pour devenir un combattant, sont généralement encouragés à rejoindre les rangs de l'armée. Mais rien n'y oblige évidemment, donc si de ces 20 % on ôte ceux qui refusent, on doit vite tomber à une dizaine de pourcentages de guerriers formés au combat. Pourtant, il en faut des mages de batailles, comme il faut des agriculteurs ou autres activités. Le problème, c'est qu'il n'y a rien de bien joyeux à rejoindre l'académie, car tout ce qu'on peut avoir à la sortie, c'est la certitude de se battre toute sa vie pour la « sécurité » de Zénithrias. Le seul avantage est qu'on est plutôt bien payé, une fois de haut niveau. Mais cela ne suffit pas à motiver les foules. Moi-même je n'avais pas pour idée de rejoindre les mages de bataille, comme stipulé un peu avant. Mais peut-on réellement nous juger ? Après tout, même s'ils sont utiles et qu'on est en admiration devant ces fameux mages, on est bien content que ce soit « eux » qui ont fait ce sacrifice. C'est le fameux principe du « ton sacrifice est louable, ton courage restera dans les mœurs. » Alors que le type en question t'aura oublié le soir même, bien content de pouvoir se satisfaire de sa petite vie tranquille. C'est pourquoi de plus en plus, je me dis que cela n'est peut-être pas une si mauvaise chose que j'intègre les mages de bataille. Cela me redonnera peut-être un peu confiance en moi, en sachant que je fais enfin quelque chose d'utile...

Tandis que j'avance le long des couloirs tortueux de cette académie, je ne peux m'empêcher d'être dubitative. La faute au fait que je vois des étudiants en cours, ou en train de rejoindre une salle. Certains sont même en train de s'entraîner dehors, comme ils le feraient habituellement. Peut-être que cette réunion ne concerne que les membres à partir du rang argent, ou certains magiciens en particulier, ce qui commence légèrement à m'inquiéter. En même temps, qu'est-ce qui ne m'inquiète pas ? Je crois que si on me donnait une pièce d'or chaque fois que je me méfie de quelque chose, je serais plus riche que la famille royale. Il faut vraiment que j'arrête d'être paranoïaque pour un rien... Bref, j'arrive enfin devant les bureaux administratifs, qui comme pour embêter les étudiants, se situent au fond de l'aile est du quatrième bâtiment.


09h48

Voilà une bonne chose de faite. Je devais rendre ces documents depuis un bout de temps maintenant, mais chaque fois j'oubliais avant de partir. Merci Sayoko de me l'avoir rappelé hier soir. Sur le chemin du retour, ma balade dans ces couloirs me permet de me rendre compte à quel point je déteste la popularité. Je ne peux pas faire un pas sans me faire interpeller par un magicien que j'hésite à classer dans la catégorie « admiration » ou « pervers ». Bon, j'imagine que c'est le prix à payer d'avoir son nom en gros, dans la partie réservée aux meilleurs étudiants. D'autant que ça fait deux années de suite que le mien trône en haut de la liste. Je mentirais si je disais que je ne suis pas fière de mes résultats. Je ne suis pas non plus incertaine au point de ne pas reconnaître l'évidence. Enfin, même si au fond j'ai l'impression que le fait que je sois une fille accentue encore plus cette popularité que je ne trouve pas spécialement nécessaire. Après tout, on ne fait rien de bien impressionnant à l'académie, à part étudier et appliquer des choses qu'on apprend dans les livres. C'est très loin de ce que pratiquent les mages de batailles. Mais bon, il semblerait que pour certains, la pratique soit plus compliquée que la lecture, au vu de certaines performances ici... Finalement, je me contente généralement de sourire, ou de retourner la salutation. Je suis de toute façon très solitaire en général, et préfère m'exclure volontairement pour étudier et avoir la paix. Cela est contradictoire avec ma façon d'être, mais je ne peux m'empêcher depuis toujours, de me sentir mal à l'aise avec la plèbe populaire. Je ne suis bien qu'avec de très rares personnes – comme Erza – pour ne citer qu'elle. Au moins, si j'organise une fête, je fais vite le tour des invités. Je n'ai jamais trouvé l'utilité d'avoir des amis à foison de toute manière...


- Youhou, Kanae !

En parlant d'amitié, je reconnaîtrais cette voix qui vient de m'appeler - tandis que je traverse la cour – entre mille. Il s'agit d'une magicienne d'argent, qui se nomme Lana. Elle fait partie des rares à qui je parle ou passe du temps ici, pour ne pas dire « la seule ». J'ai plutôt un bon feeling avec elle, je ne saurais l'expliquer, c'est comme ça. C'est une étudiante assez classique, avec une moyenne dans la globalité. Mais elle est marrante et plutôt du genre optimiste. C'est peut-être parce qu'elle est similaire à ma sœur que je lui parle finalement. Elle est originaire du royaume d'Élyséa, réputé pour ses forêts denses, ainsi que de sa magie orientée vers la nature. C'est l'endroit de Zénithrias qui possède le plus d'élémentaliste. Mais surtout le territoire où habite la fameuse race des elfes, aussi peu soient-ils. Lana arbore un style vestimentaire peu conventionnel, venant directement de son royaume natal selon ce qu'elle m'a raconté. Je suis cependant incapable de décrire ce dernier, sauf qu'elle ne passe pas inaperçue. Niveau physique, elle a les cheveux assez longs, azur, qu'elle coiffe tout le temps en queue-de-cheval haute. Enfin, elle a un visage assez jeune, ponctué par des yeux d'un mauve sombre.


- Ha, salut Lana, dis-je en me retournant et stoppant ma route. Tu vas bien ?

- Oui, très bien. Et toi ? C'est rare que tu sois si en retard, tu as des problèmes ? Tu peux m'en parler, tu sais...

- Hein ? lançais-je d'un air surpris. De quoi tu parles, tu n'as pas reçu la convocation à la réunion... ?

- La réunion au château ? Non, mais dis-moi pas que tu as été invité à cette dernière ?!

Au vu de son air ahuri et ses yeux étoilés, il était clair que cela confirmait que j'étais certainement la seule de la promotion argent à avoir été convoquée. Sinon, elle ne serait de toute façon pas à l'académie aujourd'hui, et ne m'aurait pas demandé pourquoi j'étais en retard. Cela commence réellement à m'inquiéter...


- Je pensais que cela concernait tous les rangs argent...

- Je t'assure que non, tu es la seule absente ce matin... C'est dingue ! Tu vas carrément aller au château quoi, tu gères à fond, Kanae. Cela ne m'étonne pas finalement, tu es la meilleure ici, tu dois certainement être la déléguée censée représenter l'académie à cette réunion !

- Peut-être... mais je le saurais, si j'avais cette responsabilité, tu ne crois pas ? rétorquais-je assez inquiète. Je suis étrangement moins optimiste que toi, pour le coup...

- Baaaaaaah, pourquoi t'inquiéter ? Tu n'as rien à te reprocher nan ?

Lana a raison, je m'inquiète trop encore une fois. Après tout, je n'ai effectivement rien à me reprocher. Enfin, je crois... Il est vrai que la pratique de l'alchimie est normalement interdite, sans un diplôme permettant de passer outre cette restriction. On peut étudier cette dernière, mais créer des fusions comme je le fais peut être condamnable. Bon sang, je n'ai vraiment pas besoin d'une condamnation maintenant ! J'ai déjà du mal à joindre les deux bouts avec Sayoko, il ne va pas falloir que je me tape une amende par-dessus le marché... Néanmoins, plus je réfléchis, plus je trouve qu'on n'a vraiment rien le droit de faire ici. Je me demande si les règles sont aussi strictes, sur les autres territoires. En tout cas sur celui-ci, j'ai vraiment l'impression qu'on peut être condamné même en respirant de l'air...


- Tu as raison, je m'inquiète sûrement pour rien. dis-je d'un air qui contredisait mes paroles. Sur ce, je vais y aller, je préfère être en avance. De plus, je ne suis pas là demain, c'est l'anniversaire de Sayoko, j'ai promis de l'emmener au musée d'archéologie. Du coup on se voit après-demain.

- Ça marche, tu lui souhaiteras bon anniversaire de ma part. Et tu as intérêt à me raconter cette réunion quand tu reviens ! Je veux tout savoir !

- Haha, compte sur moi, inutile d'être menaçante ! rétorquais-je en riant. Bon, j'y vais, à plus Lana.

- Bonne journée Kanae.

J'avais le temps avant le début de la réunion, mais il ne valait mieux pas que je joue avec le feu. Il vaut mieux que je sois en avance qu'en retard, j'imagine que ça fait meilleure figure. Puis j'avoue que je n'ai pas tellement envie de rester plus longtemps à l'académie, alors que je ne devrais pas être là aujourd'hui. Cela me suffit amplement de voir cet endroit chaque jour qui passe, inutile que je doive également me l'infliger lorsque je n'ai pas cours ! On ressent vraiment une aversion à force de passer sa vie là-dedans, mine de rien. C'est quand même ma quatrième année à l'académie, et à force, on a de sacrés doutes sur notre futur. Je ne comprends pas leur système de toute façon. Il y a constamment une impression de stagnation, au fur et à mesure que les années passent. Comme si peu importe notre niveau ou classement, on doit quand même rester ici à étudier toujours les mêmes conneries, puis prier pour passer rang or avec un coup de chance ! Au bout de deux ans en haut du tableau, je pense avoir largement les compétences nécessaires pour être mage de bataille, à plus forte raison lorsque j'observe certains d'entre eux – comme tout à l'heure – avec un niveau puéril... Mais bon, j'imagine que c'est comme cela et pas autrement, et que ce n'est certainement pas moi qui vais changer quoi que ce soit.


10h27
Fennmont, château, quartier est.

Le château de Fennmont. Si je devais le décrire en un mot, ce serait celui-ci : imposant. D'extérieur, on est constamment subjugué par d'imposants remparts paraissant infranchissables, tout en ayant une vue sur les pointes du château se trouvant au-delà, laissant déjà imaginer la grandeur de cet endroit. C'est la première fois que je pénètre à l'intérieur de ces murs, et je dois dire que je n'imaginais pas cela comme ceci. L'architecture, ainsi que les sculptures habillant ce dernier sont dans un style purement gothique. La cour – où je me trouve actuellement – semble être l'épicentre de cet imposant château. Celle-ci tranche légèrement avec le reste de la décoration, arborant des couleurs bien plus vives, grâce entre autres à la verdure, ainsi que les plantes environnantes. Mais ce doit certainement être la fontaine en plein milieu qui m'impressionne le plus, représentant un magicien pointant fièrement une lame vers le ciel, synonyme de puissance et de victoire. Si je me fie au visage, je dirais qu'il s'agit du roi actuel, le seigneur Elwin Aegwynn. Il dirige Élios depuis maintenant 67 années, et possède une forêt portant même son nom. Qui n'est nulle autre que celle où j'ai élu domicile. Je n'ai jamais vu réellement cet homme, seulement sur les différents journaux sortant sur le territoire. Mais rien que par image, je l'ai toujours trouvé impressionnant, et d'autant plus quand on connaît ses faits d'armes. J'imagine qu'en vrai, il doit encore plus impressionner, peut-être que je le verrais d'ailleurs, à cette réunion. Même si je ne sais pas si c'est une bonne nouvelle finalement d'être confronté à ce roi, je serais incapable de placer un seul mot, si on me donnait la parole !

Il semblerait que je ne sois pas la seule à être en avance, vu le monde présent dans la cour. Cependant, aucun signe d'étudiants de l'académie. Il n'y a ici que des mages à partir de rang or a priori. Néanmoins, parmi tous ces magiciens attendant dans cette cour, certains discutant, tandis que d'autres restent bras croisés, on peut distinguer certaines têtes connues, et pas n'importe lesquelles pour la plupart. Sur ma droite, assise sur le rebord de la fontaine, je jurerai qu'il s'agit de la sœur d'Erza : Tsubaki, mage de rang platine. En parlant d'Erza, je pouvais l'apercevoir discutant avec une femme lui ressemblant fortement. J'aurais pu aller la saluer, si la personne avec qui elle échangeait n'était autre que Cordelia Archaelis, sa mère, mais surtout une magicienne faisant partie d'un ordre bien spécial connu sous la sobre appellation de « gardiens ». Cet ordre existe depuis trois siècles, et se compose des plus puissants mages existant sur Zénithrias. Ils sont selon les dires, bien au-delà d'un rang diamant, et seraient de véritables génies. Ce qui ne me paraît pas si étonnant finalement, quand on voit les membres actuels qui composent l'ordre. Ils ne sont jamais bien nombreux, actuellement, il y a quatre gardiens présents dans cet ordre. La première, Cordelia, en fait donc partie. Même si ses prouesses et capacités sont totalement inconnues. La deuxième, c'est Celica Archaelis – cousine de Cordelia – qui elle n'est autre que la magicienne possédant la magie curatrice la plus puissante de notre monde. C'est cette femme, qui s'occupe des soins les plus importants, et qui par ailleurs enseigne assez régulièrement ses connaissances à d'autres guérisseurs. Il n'y a pas à dire, mais j'ai parfois clairement l'impression que cette famille est bénie des dieux. Ce n'est pas de la jalousie, je ne serais jamais jalouse d'une personne comme Erza ou Cordelia, que je respecte au plus haut point, mais plutôt un fait réaliste. Ce n'est pas comme si c'était tous des génies là-dedans ! Deux gardiennes, une rang platine, et une autre or pur. Et je n'ai pas connaissance de toute la famille, mais il doit certainement y avoir d'autres perles. D'ailleurs, Erza m'a dit que sa famille n'est pas issue d'Élios, mais d'Élyséa. C'est simplement sa mère, qui une fois être passé gardienne, dû venir habiter sur ce territoire, car c'est ici que se situe le quartier général de l'ordre.

La troisième gardienne – ou plutôt la première – n'est pas n'importe qui, vu que c'est celle qui est à l'origine de la création de l'ordre. Mais surtout, elle est connue pour être la fille unique du seigneur de la magie, rien que ça ! Elle s'appelle Milla Astéria. Tout comme Cordelia, absolument personne ne connaît ses capacités et ne l'a vu un jour les utiliser. Du coup, il y a très peu d'informations sur elle, à part qu'elle semble solitaire et mystérieuse... Comment le sais-je ? Car je peux l'observer là, au fond de la cour, bras croisé et adossé à un mur. Non loin d'elle, se trouve d'ailleurs la quatrième gardienne, Kagura Mikazuchi. Qui tout comme Milla, semble tirer la gueule et préfère la solitude. Ce qui contraste totalement avec Celica et Cordelia, qui sont pour leur part, assez proches des autres, et généralement souriantes. Mais je ne jugerai pas ce détail, chacun son histoire après tout... Kagura est d'ailleurs gardienne depuis moins de 15 ans. C'est la dernière à avoir rejoint l'ordre actuellement. Précédemment, je disais que l'arcane à partir du niveau trois était quasiment atteint que par les grands mages. Bien les gardiens eux, sont réputés – et ce depuis leur création – pour avoir connaissance de leurs sept arcanes. Mais ça n'a jamais été prouvé, j'imagine qu'ils doivent garder cela secret. Mais pour rejoindre cet ordre, ce qui est sûr, c'est qu'il faut vraiment être un mage d'une puissance hors norme. Après tout, leur but est de veiller à la sauvegarde de Zénithrias. Les gardiens sont donc neutres, et rarement mêlés à la politique. Même s'ils doivent quand même faire actes de présence lors des conseils et réunions. Après tout, ils opèrent à partir de ce territoire, logique que le roi exige une redevance de leur part. Quoi qu'il en soit, il n'y a pas plus respecté et craint que cet ordre, et ce, peu importe le territoire.


10h51

L'attente semble vraiment interminable. J'ai l'impression que le temps passe au ralenti ici. Même si c'est sûrement dû au fait que je me sente un peu comme l'intruse dans cette assemblée... Finalement, j'ai préféré m'isoler dans un coin de la cour, et attendre, tout en posant mon regard sur ce qui m'entoure. Je suis vraiment fascinée par la beauté de cet endroit. Il faut absolument que Sayoko visite ce lieu un jour. En vérité, je ne fais pas qu'observer l'architecture, mais également les magiciens présents, ou plus précisément, les gardiennes. Étant donné que j'ai pu retrouver du regard Celica, qui était au nord de cette immense cour. C'est dingue, mais depuis quelques minutes, j'ai comme une démente envie d'aller parler à cette Kagura ou Milla. En fait, c'est sûrement l'effet de répulsion qui se dégage de leur attitude, qui fait qu'on a envie de les faire chier, rien que pour voir la réaction. Mais pour une fois, je remercie mon incertitude, pour me retenir de faire cet acte digne d'une gamine. Même si au fond, mon âge mental frôle parfois le ridicule, comme ce matin devant le miroir. Je ne m'en plains cependant pas, je suis même plutôt contente d'avoir gardé mon esprit bon enfant. Par contre, je ne sais pas si c'est mon imagination ou ma paranoïa qui frappe encore, mais j'ai l'impression que cette Kagura me fixe à intervalles réguliers. En même temps, j'ai eu la bonne idée de me foutre sur le mur en face d'elle, donc à moins qu'elle regarde le sol, elle a de fortes chances de croiser mon regard, si elle fixe devant elle. Du coup, je dois certainement passer pour la timide de service, vu que par subconscient je tourne bêtement les yeux, évitant à tout prix de la regarder. Il y a quelque chose qui me met mal à l'aise quand je croise son regard, je ne pourrais dire quoi cependant. Ce qui est sûr, c'est qu'elle en impose, tout comme ses copines.


- Salutation magiciens, venait de dire un type sortant de la gigantesque porte située au fond du jardin. La réunion va débuter sous peu, vous êtes convié à prendre place dans la salle prévue à cet effet.

Cette fois c'est l'heure, je ne peux m'empêcher d'avoir le cœur qui bat la chamade. Je suis partagée entre doute et questionnement. Vivement que ça se termine pour que je puisse souffler un peu, j'arrête pas de stresser depuis ce matin.

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Dim 14 Juin - 20:43

Chapitre 9 : Réunion inquiétante
An 1237
11h07
Fennmont, château, salle du conseil.

Une fois quitté la clarté de la cour et traversé un long couloir, nous finîmes par arriver devant les portes de la salle précédemment indiquée par l'homme. L'entrée était assez large pour permettre à plusieurs magiciens en même temps de pénétrer à l'intérieur. La pièce était immense, décorée de plusieurs tableaux et armures imposantes. Au milieu se trouvait une magnifique table entourée de chaises assorties. Enfin, d'autres sièges étaient présents, installés en dessinant un cercle autour de cette même table, et allant jusqu'aux extrémités de la salle. Ce qu'on pouvait dire, c'est que cette pièce peut contenir à première vue facilement une centaine de personnes. Après mon observation, j'imitais les magiciens avant moi, et me dépêchais de me trouver une place assise. Finalement, je n'eus pas vraiment le choix de la place, étant donné que je fus interpellée par le mage qui nous a conviés à entrer dans cette salle. Il venait de m'indiquer un siège qui se trouvait tout près de la table, non loin derrière les chaises sûrement réservées au conseil. J'imagine facilement que plus on est près de la table, plus on est un mage important, vu que je jurerai qu'au même rang que moi, en face, se trouve Erza. Alors que sa sœur – mage de platine – se trouve autour de la table, faisant partie du conseil. Néanmoins, cela m'amène à me poser une question soudainement, comme si mon cerveau venait de réagir au phénomène : qu'est-ce que je fiche à cette place ? J'ai soudainement comme un mauvais pressentiment, le genre de pressentiment qui fou mal à l'aise et qui provoque une respiration décousue. Je n'ai qu'une seule envie, c'est de me lever, et partir en courant aussi loin que me le permet mon endurance !



11h12


Cela faisait quelques minutes qu'on était finalement tous installés dans la salle. Chacun ayant pris place de façon instinctive en fonction de leurs rangs. Sur ma droite se trouvait d'ailleurs un mage qui n'était pas du tout discret dans sa façon de m'observer. Quel malotru... Tu m'étonnes que je ne cherche personne, la plupart des hommes ne veulent que mon cul, dans leur façon de me regarder. Quelles bandes de chiens. Je me rassure en me disant que ça ne concerne que les étudiants de l'académie et les mages de bataille avec un grain à la place du cerveau. Bref, le temps était long, très long. Je sais très bien grâce à l'horloge murale que cela ne faisait que cinq minutes qu'on attendait le début de la réunion, mais c'était clairement les plus longues minutes de ma vie. Je crois pouvoir dire sans me tromper qu'on attend le roi, étant donné qu'il ne reste qu'une chaise ressemblant plus à un trône, de libre. En tout cas, il prend son temps...


- Salut, tu es nouvelle toi, non ? me chuchota le magicien à ma gauche, me faisant limite sursauter. Je ne t'ai jamais vu auparavant.

- Euh... lançais-je, sans savoir quoi répondre. Non...

- Ah ? Étrange, je pense qu'une aussi jolie femme, j'aurai du mal à l'oublier. s'exclama-t-il en esquissant un sourire charmeur cliché. Pour me faire pardonner, je me dois de t'offrir un verre après la réunion.

- Non ! dis-je de façon soudaine, surprenant le mage dans le même temps. Je n'ai pas le temps pour boire un verre ! Je suis très occupée !

- Ho... ok, pas de soucis... une prochaine fois alors !

- Je n'habite pas à Fennmont, donc je doute qu'on se revoie avant plusieurs LONGUES années ! Concluais-je, venant visiblement d'anéantir les espoirs de ce magicien.

- Haha, je comprends, pas de problème...

Les mœurs ont vraiment changé envers les Néphilims, cela ne fait aucun doute. À une certaine époque, même un top modèle était fui comme la peste, s'il avait les yeux vairons – signe typique de notre race – je regretterais presque de ne pas être fui, pour le coup... Enfin, c'est cool, maintenant j'ai deux mages qui me regardent le cerveau éteint et le sexe allumé... L'attente va être longue...


11h17

Finalement, après une attente interminable - que j'ai passé les yeux fixés sur l'horloge – le roi daigna faire acte de présence. La salle entière se leva en guise de respect, avant de se rasseoir suite à un ordre du roi. Enfin, pas toute la salle, vu que pendant ce rituel logique j'imagine, moi je suis restée assise, étant trop occupée à observer l'homme qui venait d'entrer. Tu parles d'une première impression, si je voulais passer inaperçue, c'est raté. Heureusement, le roi n'a pas l'air d'avoir relevé ce détail, ce qui n'est a priori pas le cas d'une membre du conseil à la table, qui me dévisageait de façon outrée. Comme je le pensais, le roi était encore plus imposant en vrai. Sa tenue était d'une classe irréprochable, parcourue de diverses plaques d'armures rouge vif, accompagnée par une longue cape d'un blanc immaculé. Cela lui donnait un physique impressionnant, avec tout cet attirail sur le dos. Côté visage, il arborait un air déterminé, digne d'une personne sûre d'elle, ainsi que des yeux d'un bleu éclatant, allant de pair avec ses cheveux. Je crois que même s'il était mélangé dans la foule de mages peuplant la salle, je devinerais sans problème qu'il est le roi. Maintenant que j'y pense, je ne vois pas ce beau prince que j'ai croisé tout à l'heure qui accompagnait Erza. Il disait qu'il n'était pas intéressé si je me souviens bien, ce qui explique sûrement son absence.

Quelques secondes après son arrivée, le roi s'assit finalement sur son siège – ou plutôt ce trône – et commença à scruter la salle, tout en prenant la parole :


- Bienvenue, mages et magiciennes, merci d'avoir répondu présent malgré le court laps de temps entre la convocation et cette réunion. Sans plus attendre, je vais aborder directement la raison pour laquelle une missive urgente a été envoyée à chaque mage de bataille.

Entre deux mots, les membres du conseil feuilletaient quelques documents que venait d'apporter le même magicien que tout à l'heure. Ce type doit être le majordome, ou un truc dans le genre. Quoi qu'il en soit, le roi attendit que son conseil feuillette rapidement les notes, avant de reprendre la parole de nouveau :


- Il y a trois jours de cela, Elympios a lancé une attaque sur le bouclier sidéral. Cela n'est pas nouveau qu'ils essayent de le briser, mais ce qui est inquiétant, c'est qu'ils ont réussi à briser la deuxième couche du bouclier.

Suite aux paroles du roi, la stupeur frappait la salle entière. Moi-même j'étais abasourdi par ce que je venais d'entendre. La raison de cette réaction générale est compréhensible et explicable. Le bouclier sidéral est une barrière magique créée peu après la fissure du néant. Il a pour but de nous protéger de l'énergie noire, qui émane de la fissure. En fait, cela remonte à plus de 1 000 ans. De ce que raconte l'histoire, un jour comme un autre, une énorme explosion eut lieu dans le ciel de Zénithrias, sans aucune forme d'explications. Après l'explosion, une énorme fissure s'était formée, dégageant une sorte d'énergie noire. Au contact de cette dernière, les êtres vivants devenaient comme incontrôlables et fous, tandis que la végétation mourrait sous la pression de cette chose. Heureusement, notre monde étant très résistant de nature, grâce à l'énergie spirituelle abondante, la matière noire fut très vite contrôlée, et scellée par magie. Cependant, après cet incident, quelque chose d'autre avait apparu. Cette chose, c'était un autre monde. Tandis qu'on a toujours pensé être seul, un monde peuplé d'être vivant venait d'apparaître comme par magie. Ce monde n'est autre que ce qu'on appelle « Elympios ». La différence avec le nôtre, c'est qu'ils sont dépourvus de lobes de mana, et donc, incapable de pratiquer quelques formes de magie que ce soit. Peu de temps après son apparition, nous comprîmes très vite que cela était dû à une distorsion dimensionnelle. Pour faire court, il faut imaginer qu'Elympios et notre monde ne faisaient qu'un, mais séparé par un « voile ». Lors de l'explosion, le voile a donc été brisé et nous a donc permis de voir le monde caché derrière. Le bouclier sidéral donc, n'est autre qu'une réplique de ce voile, séparant de nouveau Zénithrias d'Elympios.

Néanmoins, cela n'avait pas pour but à la base de nous séparer de ce nouveau monde, mais de le protéger en même temps que nous. Car la fissure dégageait son énergie noire dans les deux mondes. Du coup, on a dû chercher un moyen de nous protéger de cette fissure qui s'étendait d'année en année. Le problème, c'est qu'Elympios est un monde très faible en énergie, tout comme ses habitants. Alors, le temps qu'on invente le bouclier, il se passa plusieurs années, des années qui furent fatales pour ce nouveau monde. L'énergie noire qui était pratiquement inoffensive ici était une véritable peste sur Elympios. Il ne fallut que quelques années donc, à la matière noire pour terrasser la population à grande échelle. Mais ce n'était pas tout, la nature et le monde en lui-même se mouraient. Les océans disparurent, les forêts laissaient place aux déserts arides, et le ciel bleuté avait laissé place à un gris morne constant. Rien qu'en lecture, cela me fait mal au cœur d'imaginer l'horreur qu'ils ont dû vivre à l'époque. On a eu beau envoyer des mages sur leur monde pour contenir le nuage, c'était trop tard, ça se répandait bien trop vite dans ce faible monde. Environ 80% de la population venait d'être exterminé, une fois qu'on installa enfin le bouclier sidéral, enfermant la fissure du néant derrière. D'où le nom « bouclier ». Mais ce bouclier – ou voile – n'est pas visible ou physique. Il est simplement tout autour de nous, constamment, et grâce à cela, on a la possibilité de créer des portails reliant Zénithrias à Elympios. Les portails sont une invention assez facile en vérité, ce n'est ni plus ni moins qu'un trou de ver. On ouvre donc un trou dimensionnel – ou trou de ver – sur le monde où on se trouve, et ensuite on pénètre à l'intérieur, et grâce à l'effet de la distorsion temporelle, on est amené directement de l'autre côté de la barrière, tout en évitant la fissure située entre nos deux mondes.

Le problème de ce moyen de transport, c'est qu'on ne peut pas envoyer d'énergie de l'autre côté, sans qu'elle se désagrège en passant par le portail. L'unique moyen pour qu'elle puisse passer, c'est uniquement lorsqu'elle est constante, donc à l'intérieur d'un mage. C'est la raison pour laquelle même avec toute la bonne volonté du monde, on était incapable d'aider à la reconstruction d'Elympios, grâce à l'énergie de notre monde. Et c'est là que cela a commencé à s'envenimer entre nous. Ce monde au bord de la destruction, nous accusait clairement d'être la cause de cette « fissure », et qu'on se devait de les aider, par n'importe quel moyen. D'un côté, ils n'ont pas tort, car cette distorsion est de nature magique, donc cela vient de chez nous... Mais cela, on ne l'a jamais nié . Le problème, c'est que peu importe nos excuses prouvées sur le fait qu'on ne puisse pas transporter la magie dans le trou de ver, l'entêtement des elympiens à nous accuser de menteurs et nous détester commençait à devenir dangereux. Et ce qui devait arriver arriva. Elympios nous déclara la guerre, et commença à envoyer par les trous de vers d'énormes machines volantes armées jusqu'aux dents. C'est ce qui nous servira de modèle d'ailleurs à la création des zeppelins. Leur technologie était bien avancée, mais leur puissance de feu était médiocre contre nos boucliers et notre magie. Cette guerre fut connue comme la plus expéditive que Zénithrias a livrée, en ne durant que sept heures. Nous n'avions subi aucune perte, et nous avions fait en sorte d'en provoquer le moins possible du côté des elympiens. Ils étaient déjà amoindris de nature, il ne fallait pas les achever les pauvres. Bien entendu, nous n'avons lancé aucune riposte par la suite, ni de punitions. A priori, de ce que j'ai lu, ils ont simplement été renvoyés dans leur monde, avec une demande de paix, de la part de Zénithrias. Traité qui fut accepté par les humains, et qui nous permit de nouveau de nous rendre sur leur monde, pour détruire pour de bon les restes de l'énergie noire. Car si cette dernière se détruisait d'elle-même ici, sur Elympios, ce n'était pas le cas. Alors, on envoyait constamment de nouveaux mages pour détruire les particules noires.

La suite de l'histoire cependant, ne nous permet pas de pardonner à Elympios, ce qu'il a osé nous faire. Il se passa plusieurs années depuis cette guerre, et les échanges entre nous – bien qu'assez froid – étaient quand même bien présents. Mais plus le temps passait, plus les mages qu'on envoyait disparaissaient. Au départ, il était clair que c'était la faute du nuage, après tout, notre mission sur Elympios nous envoyait directement combattre l'énergie noire. Alors, il y avait des risques de contaminations, même pour nous. Néanmoins, cela devenait trop fréquent, du coup, après une enquête approfondie, ce que nous avions découvert glaça le sang de tout Zénithrias. La vérité sur ces disparitions, était que les humains capturaient les mages envoyés, pour en extraire notre énergie... Et pour extraire l'énergie d'un mage et s'en servir, ils ont trouvé un moyen simple, c'était de nous disséquer, et prendre notre lobe de mana. J'avoue que j'ai du mal à penser qu'on puisse en arriver à pratiquer une telle horreur... même si on souffre, il y a des limites à ce qu'on peut faire... Quoi qu'il soit, cela enragea littéralement Zénithrias, qui avait perdu d'innombrables mages dans l'histoire, sans compter le fait qu'on se cassait les couilles pour eux, quand même. Résultat, la punition fut immédiate. On retira sur-le-champ toutes nos unités d'Elympios, puis fermait définitivement le trou de ver reliant nos deux mondes. Ne laissant que les mages, ayant la possibilité de l'emprunter à l'avenir. En gros, nous avions décidé qu'au vu de l'immoralité dont a fait preuve ce monde, on le laisse à présent se débrouiller avec le reste de l'énergie noire. Surtout qu'ils n'utilisaient pas l'énergie pour reconstruire leur monde, mais pour créer des armes... Ce qui n'a pas arrangé les choses. Depuis, il n'y a plus jamais eu d'échanges entre nos deux mondes. Cependant, eux continuent toujours à vouloir notre « monde ». Ils essayent donc depuis ce temps de passer cette barrière qu'on a installée. Et ce qui subjugue la salle est que détruire cette barrière est pratiquement impossible. Je m'y connais pas mal en alchimie et sciences, donc je sais néanmoins que pour détruire de la magie, il faut soit : la faire disparaître, soit la désintégrer particule par particule. Du coup, je ne sais pas ce qu'a utilisé Elympios pour cet acte, mais cela devait certainement être quelque chose dans ce genre. Ce qui n'est quand même pas affolant pour autant. Car le bouclier n'a pas qu'une couche, et il est bien plus résistant de notre côté. Alors, ils ont foutu presque 1 000 ans pour percer deux couches de leur côté, ils ne sont pas prêts de percer nos couches à nous. Néanmoins, ce qu'ils font est dangereux pour eux. Si par malheur ils détruisent la dernière couche du bouclier côté elympien, ce n'est pas notre monde qu'ils vont découvrir, mais la fissure qui va engloutir leur monde. Et vu qu'en quelques années la fissure avait quadruplé de volume, je n'imagine pas la taille qu'elle doit faire maintenant que ça fait plus de 1 000 ans... Effrayant.

D'ailleurs, que ce soit sur Elympios ou Zénithrias, certains êtres étaient immunisés contre l'énergie noire. Cela touchait de rares personnes sur nos deux mondes, mais ce fut cette immunité, qui créa ma race, les Néphilims. On nous appelle comme cela, car le « Nephilim » dans les chroniques des légendes, est un être mi-ange, mi-démon. Du coup, le fait qu'on est un œil rouge et un autre d'une couleur basique, a suffi à faire de nous des Néphilims. Le rouge, faisant référence à l'énergie noire, donc le mal, et l’œil naturel faisant référence à la pureté. Je ne sais pas si cela est vrai, qu'on est tous lié aux ténèbres via cet œil, ma mère ne m'a jamais rien dit à ce sujet. Mais ce dont je suis sûr, c'est qu'on a longtemps été chassé et massacré sur Zénithrias. Certains pensants que nous étions des incarnations de l'énergie noire, ou encore plus drôle, que nous avions créés nous-mêmes la fissure. Ce qui est impossible, étant donné que c'est la fusion de l'énergie naturelle et l'énergie noire, qui nous a donné naissance... J'imagine que tout est bon pour justifier des massacres, que ce soit dans ce monde ou un autre... Bref, aujourd'hui tout cela est fini depuis longtemps. Mais bon, de mon point de vue, c'est un peu tard, vu qu'il ne doit même pas rester 1% de Néphilim sur ce monde... On ignore par contre si sur Elympios ils ont aussi des personnes comme cela. On pense que oui, vu qu'ils ont des immunisés, mais nous ne sommes pas certains qu'ils peuvent transmettre le germe qui donne naissance à l'enfant Néphilim.

Le brouhaha présent dans la salle se calma légèrement, lorsque le roi leva la main, pour demander le silence. J'imagine qu'il avait laissé un peu de temps parce qu'il savait que le fait qu'Elympios a trouvé un tel moyen inquiète légitimement les mages. Et j'imagine qu'il ne faut surtout pas le dire à un citoyen qui va certainement créer une panique générale. Une fois le silence revenu totalement, le roi reprit la parole :


- Évidemment, nous n'avons pas de suite pensé à une attaque. Nous avons donc envoyé naturellement un groupe de quatre mages s'occuper de refermer le bouclier à l'endroit de la cassure. Le premier rapport de la situation indiquait que la barrière a été partiellement dégradée. Ce qui signifie que c'était une tentative volontaire de destruction. De plus, la partie détruite de la barrière était fragmentée, cela indique qu'ils ont certainement utilisé une source de magie. Nous pensons à notre propre énergie accumulée qu'ils nous ont volé à l'époque. Ayant probablement trouvé un moyen de la convertir en armes de destruction... La mauvaise nouvelle, c'est que nous avons perdu le contact avec l'équipe de mages sur place il y a deux jours. Le dernier message indiquait qu'ils étaient tombés dans un piège. Depuis, plus aucune nouvelle...

Un silence glacial frappa la salle, après le discours du roi. La perte de compagnons n'est jamais bonne à entendre, surtout quand on sait comment finit un mage sur Elympios. J'avoue que même sans connaître les victimes, cela me fait quelque chose de savoir que plusieurs familles ne reverront jamais leurs proches... Je ne comprends vraiment pas pourquoi Elympios va si loin. On les protège encore, malgré leurs actes haineux envers nous, et comme remerciement, ils nous dissèquent le cerveau, sympa. Les elympiens me font un peu peur personnellement. Pourtant, j'ai toujours eu envie d'aller sur ce monde un jour, par curiosité, comme pas mal de monde. Mais plus ça va, moins j'en ai envie...


- … Dans l'équipe se trouvaient quatre mages d'or, dont le leader, Kaneki. La perte de ce magicien, ainsi que son équipe est tragique. Les mots ne suffisent pas pour montrer à quel point nous sommes meurtris par cet acte barbare de la part d'Elympios. C'est pour cela que nous avons décidé avec le conseil, d'envoyer une nouvelle équipe de mages sur Elympios, dont l'objectif sera d'infiltrer directement leur base : l'Aincrad. Les détails de la mission seront fournis au leader de l'équipe, un peu plus tard. Pour l'heure, je vais indiquer les noms des magiciens qui seront envoyés pour cette mission, qui débutera dès demain.

J'imagine que le roi ne nous dit pas tout, vu qu'infiltrer le quartier général d'Elympios n'a encore jamais été envisagé, de ce que je sais. Sûrement que le chef de l'équipe sur place sera mis au courant de cela. Après tout, il est normal de ne rien dévoiler à ceux qui ne seront pas directement concernés.


- La mission étant assez périlleuse, nous avons décidé d'envoyer deux magiciens or pur et un mage d'or. Le chef d'équipe sera le mage de bataille : Erza Archaelis. Accompagné par le mage de bataille : Saber Menethil. Enfin, le dernier membre sera l'élémentaliste : Kanae Terumi.

Je ne sais pas si c'est mon ouï qui me joue des tours, mais je pense avoir entendu mon nom, dans cette fameuse liste. Cela doit être mon imagination, sûrement, étant donné que je ne SUIS pas rang or. C'est donc impossible, absolument impossible...


- La magicienne Kanae peut-elle se lever, je vous prie ? dit le roi d'un ton plus appuyé tout en me fixant. Vous nous faites attendre, là.

Cette fois, j'avais tous les regards pointés sur moi. Il n'y avait plus aucun doute, c'était vraiment moi qu'il avait cité. Bordel, quand je dis que je sentais mal cette journée, je ne pouvais pas imaginer à ce point. Néanmoins, il fallait que je me lève, vu que les deux autres mages cités étaient déjà debout. C'est donc non sans hésitation que je me levais, pour faire face à la foule et au roi. Moi qui n'aimais pas être observé c'est vraiment ma veine. J'ai absolument toute la salle focalisée sur moi, et surtout le regard du roi.


- Bien, avez-vous des questions ou objections, avant que je conclus cette réunion ?

- Non, votre majesté, s'exclama Erza.

- … Oui, moi j'en ai une, venait de lancer la fameuse Saber. Pourquoi je suis avec elle ? Pourquoi c'est elle la chef d'équipe ? On est au même grade, alors pourquoi me foutre avec cette...

- Je le répète, interrompit le roi. S'il n'y a aucune objection ou questions qui concernent la mission, je clos la réunion. Alors, une objection, magicienne Saber ?

- … Non, votre majesté.. grommela la magicienne, tout en lançant un regard noir en direction d'Erza.

Saber, je ne la connais pas directement, mais je sais que c'est une magicienne de rang or pur. Elle est donc assez populaire, et souvent vue comme la rivale directe d'Erza. D'ailleurs, même en n'étant pas de Fennmont, tout le monde qui s'intéresse aux mages de bataille sait que Saber ne peut absolument pas piffer Erza. Déjà à l'époque où j'étais chez elle, elle s'attrapait souvent avec cette dernière. Évidemment, Erza ne répond généralement pas aux provocations, ce qui a tendance à l'énerver encore plus. Cependant, elle ne m'a jamais dit la raison de ce conflit entre elles. Mais ce qui est sûr, c'est que le conseil et le roi doivent certainement être au courant de cette guerre entre les deux. Du coup, les foutre ensemble tient plus de la mauvaise blague qu'autre chose, pour le coup. Saber faisait partie d'une famille de nobles d'Élios, mais suite à une sinistre affaire, sa famille perdit sa noblesse et sa mère visiblement tuée. Aujourd'hui, elle est la dernière des Ménéthil. Du moins, à ce que je sais, je ne fais que relater ce que j'ai entendu d'Erza. Niveau apparence, Saber porte une tenue azur, ainsi que diverses plaques d'armures en argent. Elle possède des cheveux assez longs, blonds, qu'elle attache généralement en tresse à l'arrière. Je dois dire qu'elle est plutôt jolie, si elle tirait moins la gueule à longueur de journée et n'était pas aussi détestable ! Chaque fois que je l'ai croisé – donc à l'académie à donner des cours – on voyait très bien que cela la gonflait et qu'elle nous prenait tous de haut. Bref, j'imagine qu'elle a ses raisons, et de toute façon, j'ai d'autres soucis là. En commençant par le fait du « pourquoi je suis dans cette équipe » ? Je pense qu'il serait de bon augure, que je pose directement la question au roi, mais je suis tellement impressionnée par ce dernier que je suis incapable d'émettre une objection... Heureusement, ma curiosité était plus forte que ma stupide incertitude, ce qui me poussa finalement à prendre la parole, mais d'une voix basse, trop basse même :


- J'ai u-une qu-question... dis-je en chuchotant et bafouillant mes mots.

- Pardon ? Vous avez dit quelque chose magicienne Kanae ? me demanda le roi qui n'avait visiblement rien compris à mes paroles, et c'était compréhensible.

Après une grande inspiration intérieure, je pris mon courage à deux mains et recommençai, mais d'un ton plus sûr.


- Je me demandais pourquoi je suis sélectionnée, alors que vous avez dit que ça concerne les mages de batailles ? Je ne suis encore qu'étudiante, si je puis me permettre... venais-je de dire, tout en baissant les yeux timidement.

- En effet, c'est le cas. Cependant, vous êtes dorénavant – et à compter de maintenant - un mage de bataille de rang or, félicitations. Je pensais néanmoins qu'on vous avait tenue au courant avant votre venue à cette réunion... Je constate que cela n'a pas été fait...

Je ne sais vraiment plus quoi dire, je suis comme paralysé par l'étonnement. Tellement, que je mis bien quelques secondes à remarquer que je recevais des applaudissements, ainsi que les félicitations du roi. Cela aurait dû me rendre folle de joie, d'enfin passer rang or, pourtant, j'avais surtout peur. Peur, car ma première mission, qui commence demain si j'ai bien entendu, m'amène directement sur Elympios... Cela n'est pas censé être une mission périlleuse, où quatre mages expérimentés de rang or ont perdu la vie ? Et que c'est pour cette même raison qu'on envoie deux rangs or pur ? Je ne comprends pas qu'est-ce que je fous dans ce bordel. De plus, ma nomination s'est décidé quand ? Cela ne se passe pas comme ça habituellement. Heureusement, comme si le roi avait lu dans mes pensées, il m'adressa de nouveau la parole, en m'expliquant le pourquoi j'étais sélectionnée.


- J'imagine que cela doit vous surprendre, mais sachez que moi-même et le conseil avons été unanimes quant à votre sélection. Nous avons besoin pour cette mission de mages compétents, et vos capacités et résultats à l'académie sont plus que parfaits. On a donc décidé de vous nommer mage de bataille, pensant qu'un tel talent nous sera plus utile qu'à l'académie. Sans oublier de prendre en compte le fait que nous avions besoin de remplacer le poste vacant laissé par Kaneki. Avons-nous eu tort, magicienne Kanae ?

- N-non.. Je vous remercie.. d-de cette confiance, votre majesté. répondais-je assez désorientée.

Il semblerait que je n'étais pas la seule à être étonnée, vu que je jurerai qu'Erza le soit autant que moi, au vu de son air intrigué. Quant à Saber, elle semble plutôt me prendre de haut, sûrement en train de se dire qu'elle va se taper une bleue. Ce qui n'est pas faux dans un sens... Ce n'est pas le fait d'être rang or qui m'étonne, moi-même je sais que j'ai les capacités de l'être. Le vrai problème, c'est que je suis directement envoyée sur le terrain. J'imagine que c'est ce qui provoque cet air pensif chez Erza. Le seul point rassurant, c'est que je sois justement « avec » Erza, pour cette mission. Et vu comme elle est forte, je suis sûr que je n'ai aucune raison d'avoir peur, mais pourtant... Peut-être que c'est le fait d'être un boulet qui m'effraie ? Car, je ne connais aucun sort de niveau supérieur, et encore moins Elympios. Bon sang, si ce n'était pas le roi, je penserais que ce type est tombé sur la tête...


- Bon, maintenant que vous avez vos assignations, je vais clore cette réunion. Mage de bataille Erza, vous êtes prié de vous présenter à 17h dans cette même salle, pour le briefing de la mission. Quant à vous élémentaliste Kanae, dirigez-vous dans la salle sur votre gauche en sortant d'ici. Il vous sera donné le badge du rang or, ainsi que le sceau gravé. Sur ce, mages et magiciennes, passez une bonne journée en Élios.

Cette fois la réunion était belle et bien terminée. Petit à petit, la salle se vidait, tandis que je venais tout juste de m'asseoir pour remettre mes idées en place. Malheureusement, je devais déjà me relever et partir. C'est donc d'un pas lourd que je me traînais hors de la salle, en direction de cette fameuse pièce où j'allais recevoir ce badge, mais surtout un nouveau sceau. Bon sang, je vais encore avoir mal à la main pendant une journée moi...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mer 17 Juin - 20:51

Chapitre 10 : Joie au goût amer

An 1237
11h42
Fennmont, château, cour extérieure.

Comme prévu, le sceau que l'on m'a posé fait un mal de chien. Ils gravent sur notre peau via un sort, le fameux sceau en question. Mais le problème c'est que ce sort appartient à la famille de la magie céleste. Et cette magie – qui est une des plus rares de Zénithrias – à la particularité d'être plutôt brûlante... Même si ce sont des brûlures différentes que celles de la magie du feu ou de l'enfer. Il paraît que la magie de l'enfer calcine jusqu'à l'âme, cette évolution n'a donc pas volé le fait d'être la plus puissante magie liée aux flammes... Le symbole sur ma main représente une lame ailée à présent, tandis que l'ancien était une simple lame. Cela est sûrement une façon symbolique d'imager la montée en niveau, les ailes représentant l'évolution, et la lame – symbole des mages de batailles – la force. Cela devrait me rendre heureuse, d'avoir finalement obtenu ce fameux rang, mais je ne peux m'empêcher d'être troublée.

Tandis que je traverse la cour extérieure d'un pas lourd, je fixe intensément ce tatouage d'un air pensif. Je suis partagée entre joie et doute, à l'heure qu'il est. J'aimerais m'enthousiasmer d'être à ce rang, mais d'un autre côté, j'ai l'impression de n'avoir obtenu ce titre que grâce à la mort du magicien Kaneki... Le roi aurait pu se passer de me balancer cela comme ça quand même. Pendant quelques secondes, j'ai eu l'impression que sa mort était déjà à oublier, et que seul son remplacement importait... Évidemment, je ne suis pas naïve, je suis consciente que c'est le nerf de la politique et de l'armée, de penser global et de vite remplacer les postes vacants. Mais en tant que simple mage, je trouve qu'être la fameuse « remplaçante » laisse un goût amer. Kaneki était un mage de rang or assez populaire. Il était bientôt destiné à passer or pur, aux vues de ses compétences et de sa réputation sur le terrain. Je l'ai croisé quelques fois à l'académie, il était en charge d'enseigner la nature et le principe de la magie de glace. C'était un élémentaliste donc, et son élément principal était ce qu'il enseignait. Il était un peu plus âgé qu'Erza je crois me souvenir, mais de très peu. J'ai presque du mal à croire qu'un mage qui me paraissait si fort - au même titre qu'Erza - soit mort... Elympios devient vraiment si menaçant ? Ça fait froid dans le dos... Finalement, je me rends compte que j'arrive presque au bout de la cour. J'ai l'impression d'avoir passé une heure à longer cette dernière. Je suis bien contente que cette réunion soit terminée, même si cela ne va pas arranger les choses. Je crois que j'aperçois Erza, assise sur le rebord d'une grande statue, la tête plongée dans des documents. Elle doit certainement lire les rapports de la mission qui nous attend demain. J'aurais voulu éviter de la déranger, mais le sentier étant linéaire, mon chemin passe forcément devant la statue. Du coup, je préfère m'arrêter et lui dire au revoir, au lieu de passer pour une malpolie.



- À demain Erza.

- Hum ? venait-elle de lancer visiblement surprise. Ho, Kanae, ça tombe bien je devais te parler.

- Me parler ? Dis-je de façon surprise.

- Oui, c'est juste pour te dire que demain le rendez-vous se situe à la lisière des brumes, à 6h. C'est là-bas que j'ouvrirai le portail. Tu sais où ça se trouve ? Ce n'est pas loin de la forêt d'Elwin, il me semble que tu habites dans le coin, non ?

- Oui c'est ça, à Elwin. Je connais la lisière des brumes, j'y serais...

- ...Hey, ça va Kanae ? me demanda Erza tout en me fixant. Tu n'as pas l'air dans ton assiette...

J'imagine qu'elle venait de dire cela, car la façon dont j'ai fini ma dernière phrase était plus que déprimante. En même temps, je n'arrive pas à être enthousiaste, comment le pourrais-je ? On m'envoie dès mon premier jour sur un monde hostile que je ne connais même pas. Normalement, les mages d'or qui vont sur Elympios apprennent d'abord la langue, les subtilités et tout ce qu'il faut savoir. Mais moi, je n'ai encore rien appris que j'ai déjà droit à un aller simple pour cet endroit. J'ai beau être compétente, comme m'a dit le roi, mais quand même... Bien sûr, Erza n'en sait sûrement pas plus que moi sur la raison de ma sélection, donc inutile que je lui demande. Mais il faut quand même que je lui réponde, vu qu'elle semble inquiète, là, en me fixant. Mais je ne peux décemment pas lui dire que j'ai peur... Pourtant, c'est bel et bien ce que je ressens là, la peur, le doute...


- Je... hésitais-je. Ce n'est rien, j'ai simplement quelques doutes sur la mission de demain. Puis aussi que j'ai l'impression de ne pas mériter cette promotion... Après tout, j'ai le sentiment d'être la remplaçante de ce pauvre Kaneki...

Ce n'est pas mon genre habituellement de dire ce qui ne va pas, mais là, s'est sorti tout seul. C'était comme si mon subconscient avait besoin d'en parler. J'avais déballé ce qui n'allait pas comme je l'aurai fait en parlant à ma sœur. Peut-être était-ce parce que j'ai une confiance aveugle en Erza, et que je m'étais souvent confié à elle pendant qu'elle m'avait hébergée. Quoi qu'il en soit, après mes mots, elle se leva, puis me tapota amicalement l'épaule, tout en souriant. Ce même sourire que j'ai toujours trouvé compatissant et rassurant.


- Allons, ne dit pas de bêtises Kanae, tu mérites amplement ta promotion. La mort de Kaneki n'a rien à voir avec ça, d'accord ? Le roi s'est certainement mal exprimé, hum ?

- Oui, sûrement...

- Quant à la mission, je mentirais si je disais que je ne suis pas dubitative sur ta sélection... Mais je compte bien en parler au briefing, plus tard dans la journée. J'avoue être curieuse de connaître la raison d'un tel choix. Enfin, non pas que je doute de toi hein, c'est juste que ça ne c'est jamais vu, d'envoyer un mage sur Elympios du jour au lendemain...

Au moins, je n'étais visiblement pas la seule à avoir des doutes à ce sujet. Savoir qu'Erza semblait tout aussi pensive que moi sur ce détail me rassurait légèrement. Elle obtiendra peut-être des réponses, elle.


- Dis-moi, Erza, demandais-je d'un air gêné. C'est comment.. Elympios... ? Je connais que de lectures... Tu y as déjà été non ? C-c'est si dangereux ? concluais-je inquiète.

- He bien, c'est plutôt morne pour tout te dire. Le ciel est constamment couvert par un voile grisâtre et terne. Je n'y ai pas été souvent, mais le peu que j'étais là-bas, je n'en garde pas un souvenir intarissable. Le plus désagréable étant surtout le fait qu'étant dépourvue d'énergie spirituelle, j'ai l'impression d'être lourde sur ce monde. Notre magie est aussi bien moins puissante, et n'est rechargée que par notre réserve personnelle, au lieu d'être renouvelée par l'environnement, comme ici.

Erza sembla faire une courte pause, tout en me fixant de nouveau, puis m'adressa la parole d'une voix inquiète à son tour.


- Si tu veux, je peux demander au conseil de te retirer de la mission, Kanae. Je comprendrais si tu as peur, moi-même j'étais assez effrayée la première fois qu'on m'a envoyée sur ce monde tu sais. Tu n'as pas à avoir honte.

Je ne sais pas si elle avait lu dans mes pensées, mais c'était exactement ce que je n'osais pas lui demander. En tant que chef d'équipe, elle doit sûrement avoir le pouvoir de demander mon retrait de la mission. Cela m'éviterait de stresser et de finir ma journée en me demandant si je vais mourir demain ou non. C'était ma chance de pouvoir en fin de compte tenir ma promesse, et amener ma sœur au musée. Vu qu'à cause de cette mission, je ne vais même pas pouvoir être présente pour l'anniversaire de Sayoko...


- Non ! m'exclamais-je soudainement. Ne te dérange pas pour cela, Erza. J'ai quelques doutes oui, mais il faut une première à tout, non ? Maintenant ou plus tard, c'est pareil, il faudra que j'y aille un jour ! Je suis un mage de bataille maintenant, alors je ne vais pas refuser une mission dès mon premier jour, ne serait-ce que pour Kaneki...

Sous ce flot de paroles que je venais de lancer de façon expéditive, cela cachait en vérité une envie de pleurer pour la connerie monumentale dont je venais de faire preuve. En fait, je jurerai qu'Erza voyait qu'au fond de moi j'étais complètement à l'opposé de ce que je venais de dire. Elle ne semblait pas étonnée, ni même souriante. Mais pensive, elle l'était. J'avais l'impression qu'elle essayait vraiment de lire en moi, pour trouver des réponses j'imagine, ou alors d'où venait mon soudain courage... La vérité, c'est que penser à ma sœur m'a rappelé pourquoi j'étais ici aujourd'hui. Bien sûr, j'ai peur, je doute, et j'ai qu'une envie, c'est de fuir. Mais je n'ai pas le droit. Je sais que les missions sur Elympios sont les plus généreuses en termes d'argent. Cela est une aubaine inestimable qui s'offre à moi, de pouvoir commencer à vraiment mettre de côté pour l'opération de Sayoko. Depuis l'académie, j'ai toujours eu l'impression de stagner, de ne pas avancer, mais aujourd'hui, c'est une chance de décoller. Alors, il est hors de question que je me débine maintenant et que je me mette à l'abri, tandis que Sayoko souffre de sa situation.


- … Tu es sûr, Kanae ?

- Certaine, ne t'inquiète pas, dis-je avec enthousiasme. Je serai à la lisière des brumes à 6h !

- Très bien, lança-t-elle en souriant, c'est très courageux de ta part. Dans ce cas, essaye de profiter de cette journée pour te reposer, et être en forme demain, d'accord ?

- Oui, compte sur moi, Erza.

Sous son sourire, je jurerais encore une fois qu'elle cache quelque chose. Je me doute évidemment que ce n'est rien d'autre que du doute. Ce qui est compréhensible, étant donné que j'étais limite déprimée il y a quelques minutes. J'aurais pu lui dire mes raisons, mais je préfère garder cela pour moi. Je n'ai parlé à personne de mon objectif à ce jour, pour la simple et bonne raison que je veux y arriver moi-même. Je sais qu'Erza serait prête à m'aider, voire aller jusqu'à payer l'opération vue l'aisance de sa famille, mais je veux vraiment y arriver par mes propres moyens... Je ne veux pas toujours compter sur les autres pour avancer.


15h29

Village Myokara, forêt d'Elwin.

L'après-midi semble déjà bien avancée, en observant la position du soleil. Je ne pensais pas avoir traîné autant sur le retour. Mais j'avais besoin de réfléchir, penser, et surtout, respirer l'air qui m'entoure. Après tout, demain je pars pour un monde visiblement morne et à l'agonie. Je ne sais toujours pas comment annoncer cela à Sayoko, mais il va bien falloir que je trouve les mots, mon chemin jusqu'à la maison ne se compte plus qu'en centaine de mètres à présent. Le village Myokara n'est pas très grand, comparé au reste de la forêt, on en fait vite le tour à pied. Il est surtout populaire pour le festival du solstice d'été. Il a lieu un peu partout tous les ans, mais c'est ici qu'il est le plus beau à fêter. Le village s'anime soudainement pendant trois jours, jusqu'à ce que les derniers feux d'artifice soient tirés. Sayoko adore cette fête, et je dois avouer que je l'apprécie aussi. Le solstice d'été désigne le Nouvel An sur Zénithrias. La tradition veut que le soir de la nouvelle année, on offre un cadeau à ceux qu'on aime. Sayoko m'offre toujours une cape – comme celle que je porte aujourd'hui – elle sait que j'aime bien cela. Moi, je lui offre des trucs vraiment merdiques, allant de la boule de neige en verre, jusqu'au pauvre bouquin d'histoire. J'aimerais lui offrir plus, mais je n'en ai pas les moyens pour l'instant. Même si chaque fois elle semble aux anges en disant que c'est « magnifique ». Mais bon, j'imagine que ce n'est pas pour me vexer...


- Bienvenuuuuuuuuuuuue ! me lança joyeusement Sayoko, dès que j'eus passé la porte.

- Héhé, salut Sayoko, répondis-je en forçant mon sourire. Tu as passé une bonne matinée ?

- Hein ? On s'en fiche de ça ! Je veux savoir la réunion ! Raconte, raconte ! Je veux tout savoir jusqu'à la moindre chose ! On t'a récompensé pour tes notes incroyables ? Ton intelligence ? Le roi, il est comment ? Impressionnant ? Il est beau ? Il t'intéresse ? Et le château, il est grand ?

- Haha, doucement Sayoko, tu vas t'étouffer avec ce flot de paroles. Mais pour te répondre sur le principal, la réunion était pour m'annoncer que je suis admis chez les mages de batailles, lui dis-je, tout en lui montrant mon tatouage.

- Whouuuuuaaaaaaaa trop classe ! Tu as réussi grande sœur, tu es mage de bataille !

- Ouais, c'est génial.

- He bien, tu caches bien ta joie pour une telle nouvelle !? s'exclama-t-elle, dubitative quant à ma réaction. Ce n'est pas ce que tu voulais ?

- Si, si bien sûr, mais...

- Mais ?

Je ne sais vraiment pas comment lui dire, sans gâcher sa joie. Elle semble tellement heureuse pour moi, que ça me fait mal au cœur d'être si morne. Si seulement j'avais obtenu cette promotion dans d'autres circonstances, j'aurais pu partager cette joie avec elle, mais la vérité est ce qu'elle est, et je ne peux plus reculer maintenant. C'est drôle, mais je me suis toujours imaginé depuis mon entrée à l'académie, comment je réagirais ce fameux jour. Bien j'étais loin de penser à cela, vraiment très loin. Je ne peux toujours pas m'empêcher de penser que je dois ma nomination qu'à la mort du pauvre Kaneki. Sans parler de ce sentiment de peur et de doute qui m’envahit constamment depuis la fin de cette réunion...


- Bien... dis-je d'un air morne. Le problème c'est que j'ai été désignée pour effectuer une mission dans le même temps. La mission est sur Elympios, et je dois être au point de rendez-vous à 6h... Du coup... je ne pourrais pas tenir ma promesse de t'emmener au musée.. Désolé...

- C'est pour ça que tu sembles si triste ? Ce n'est pas grave ça, grande sœur. On fêtera mon anniversaire quand tu rentreras ! Puis, je trouve ça énorme que tu ailles déjà sur Elympios. Je suis fier d'avoir une sœur aussi géniale que toi, Kanae.

- Oui mais... je risque de m'absenter quelques jours... Ça m'embête de te laisser toute seule.. Puis, je ne cache pas que j'ai un peu peur...

Sayoko se rapprocha soudainement de moi, puis me fit son plus joli sourire, tout en reprenant la parole d'une voix rassurante.


- Ça va aller grande sœur. J'ai 18 ans, je suis capable de me débrouiller toute seule, tu sais ? Puis ce n'est pas comme si c'était moi qui m'occupais de toi ici, tellement tu es tête en l'air ! Allez, part l'esprit tranquille demain, et concentre-toi sur ta mission ! Ok ? Puis j'aurais un peu la paix comme ça, tellement t'es collante. Haha.

- Hey ! Ça, c'est méchant ! lui répondis-je en riant, avant de reprendre d'un ton plus sérieux. D'accord, je vais essayer de ne pas me faire de soucis pour toi... Mais je ne te promets rien ! Tu me connais hein...

- Baaah, si tu ne te faisais pas de soucis, c'est que tu ne serais pas ma grande sœur adorée !

- J'imagine oui...

- Bon ! Vu que tu pars demain, il faut que tu m'aides à tout ranger aujourd'hui ! venait-elle de lancer d'un air déterminé et menaçant. Et pas d'excuses !

- Hoooooooo sérieux ? Maintenant là ? Galère...

Ma sœur a toujours eu le don de me donner le sourire et me faire oublier mes soucis. J'imagine que je peux me focaliser sur le présent, au moins pour le reste de la journée. J'ai rarement des moments avec Sayoko depuis l'académie, je ne vais pas gâcher cela avec de néfastes pensées. J'aurai bien le temps de me faire du souci, à partir de demain...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Dim 21 Juin - 9:07

Épisode 3, Erza

Chapitre 11 : Matinée difficile

An 1237
05h20
Forêt d'Elwin, lisière des brumes, Élios.

Une brise légère enveloppait la lisière des brumes en cette matinée, me faisant presque oublier que je n'avais une fois de plus pas fermé l’œil de la nuit. Encore une de ces nombreuses lunes, où je n'ai pas trouvé le sommeil. Quand ce n'est pas à cause de ce foutu cauchemar venant sans cesse me hanter, c'est autre chose, tout est bon pour m'empêcher de dormir. Cette fois, c'est la mission que je dois accomplir aujourd'hui qui est responsable de cela. J'ai passé la nuit à réfléchir à la situation, ainsi qu'aux ordres reçus au briefing. Il y a trop de zones d'ombre, pour que je puisse l'exécuter de manière tranquille, en commençant par l'équipe assemblée pour cette dernière. Leur choix n'a aucun sens. Déjà, on rassemble très rarement deux mages de rang or pur dans la même équipe, à plus forte raison pour une simple mission d'infiltration. Mais le point le plus étrange reste la présence de Kanae. C'est presque ceci qui a le plus cogité dans ma tête cette nuit. Sa présence va à l'encontre même des règles mises en place par ce même conseil. Bien que je n'aie aucun doute sur les compétences de Kanae, elle n'a rien à faire dans une telle mission. Normalement, un mage qui se dirige sur Elympios connaît déjà la langue, la culture, ainsi que les mœurs de ce monde. Dans le cas de Kanae, elle ne répond à aucun critère de sélection. Même si elle m'a affirmé le contraire, j'ai bien vu hier après-midi qu'elle n'était pas prête. C'est donc tout naturellement que j'ai tenté – malgré ses dires – de l'évincer de la mission, mais le conseil m'a fait comprendre que la décision était déjà prise et qu'ils ne pouvaient plus changer la sélection. Autrement dit, c'était une façon de me dire gentiment d'aller me faire voir et de me mêler de mes affaires.

Cela est contradictoire avec la politique de l'état concernant les Néphilims. Car, sur Élios, ces personnes font l’œuvre d'une surveillance et protection constante. Cela explique pourquoi il y a cinq ans, lors d'une attaque sur le village où vivaient Kanae et sa famille, notre intervention a été si rapide. Même si nous sommes quand même arrivés trop tard au final... Quoi qu'il en soit, Kanae et sa sœur sont les dernières de cette race sur ce royaume, et Inigo – lors de notre petit déjeuner – m'a dit qu'il la connaissait déjà, vu qu'elle est sous surveillance impériale. Évidemment, ce n'est pas une surveillance physique à proprement parler, mais plutôt distante, plus centrée sur ses activités et actions. D'ailleurs, c'est pour cette raison que Kanae était depuis si longtemps à l'académie malgré ses compétences. Le conseil n'a rien à y gagner de faire passer un Néphilim mage de bataille. Du coup, ils manipulaient indirectement Kanae pour qu'elle n'avance jamais dans ses études. Ce que je trouve pour ma part dégueulasse, mais je n'ai pas mon mot à dire. Inigo m'a hautement conseillé de ne pas me mêler des affaires de la politique. Il me raconte souvent des choses que je n'ai normalement pas le droit de savoir, alors il vaut mieux que je la boucle. Bref, du jour au lendemain passé Kanae rang or, et directement l'envoyé en mission sur Elympios, tien de la pure folie. S'ils veulent la protéger, ce n'est vraiment pas le moyen le plus efficace, de l'envoyer sur ce monde. Bien sûr, j'ai quelques théories à ce sujet, à force de cogiter cette nuit. J'en suis arrivée à une conclusion assez évasive, mais qui me semble plausible. En gros, ils veulent sûrement tester les capacités d'un Néphilim sur le terrain. Après tout, on connaît très peu cette race. J'imagine que c'est ce qu'ils appellent « la recherche ». Moi, j'appelle ça du manque de respect et du foutage de gueule. Je ne tolère déjà pas la façon dont on appelle les « autres » races, comme s'ils étaient des objets. Kanae est une personne comme moi, qui a une âme et un cœur, et l'envoyer dans une telle mission sans se soucier de son esprit ou de son avis est inadmissible. Et c'est généralement comme ça que sont traitées les choses différentes. Encore une fois, Inigo m'a conseillé de garder mon avis pour moi, si je veux éviter les ennuis. Cependant, je n'ai pas l'impression qu'ils l'envoient pour mourir non plus. Vu qu'après avoir fait le tour de la question, la seule raison pour assembler deux mages rang or pur, avec une néophyte au milieu, c'est sûrement pour « protéger » cette personne. Je ne suis pas spécialement adepte de la vantardise, mais plutôt réaliste. Et la réalité, c'est que Saber et moi sommes actuellement les mages de batailles les plus gradés et compétents. Ce qui appuie d'autant plus le fait que je pense qu'on est là surtout pour veiller à ce que Kanae survive. Même si au final, ce n'est qu'une supposition, et que ça se trouve, je suis complètement à côté de la plaque. Ce qui d'un point de vue personnel m'arrangerait, histoire que je puisse avoir une meilleure image de notre politique. Mais je ne me fais pas trop d'illusions, surtout quand j'entends les dires d'Inigo, ou encore simplement la connaissance de notre histoire...


- Tseuh, t'as passé la nuit ici ou quoi ?

Je n'eus pas besoin de me retourner, pour savoir que c'était Saber qui venait d'arriver. Son ton condescendant et narquois ne laisse guère place au doute. J'aurais nettement préféré que ce soit Kanae qui arrive en avance, mais malheureusement, c'est Saber, et je sens que l'attente va être longue...


- Salut, Saber, dis-je passivement, sans me retourner. Non, je n'ai pas passé la nuit ici, je suis simplement en avance, car je n'arrivais pas à dormir.

- Pfff, souffla-t-elle. T'es inquiète pour la mission au point d'en perdre le sommeil ? Ha, tu peux aussi très bien rentrer chez toi tu sais, et retourner dans les bras de « maman » la gardienne.

- Huum... soupirais-je, moi aussi je suis contente de te voir, Saber.

- Tss ! Je préfère être clair avec toi, Erza. Ne prends pas goût au fait de me donner des ordres, ok ? Sans ta « môman » et ta grande sœur, tu ne serais pas à cette place aujourd'hui, garde ça en tête !

- D'accord, j'ai compris.

Comme d'habitude, Saber est toujours aussi agréable. J'ignore réellement ce qu'elle a contre moi, mais elle pense que tout ce que j'ai, je le dois à mon nom de famille. Je pourrais répondre bien plus vénalement, mais cela est inutile, je préfère la laisser penser ce qu'elle veut, je n'ai rien à lui prouver. Ce que j'ai et ce que je suis, je le dois à mon entraînement constant et ma volonté, rien d'autre. Cependant, Saber n'a pas toujours été comme cela, on était même très bonnes amies en étant plus jeunes. Aussi loin que je m'en souvienne, elle était toujours souriante et pleine de vie. Mais tout a changé depuis qu'elle a perdu sa mère. Elle qui était si extravertie, commença à s'isoler et rester seule. Puis, au fil des ans, elle est devenue ce qu'elle est aujourd'hui : une personne infecte et distante. Je ne suis pas la seule qui a droit à sa haine, même si je pense en recevoir plus que les autres ceci dit. Elle s'est mis en tête de m'être supérieure, et de tout faire pour m'écraser dans tous les domaines. Et pour ne rien arranger, les mœurs s'amusent à nous considérer comme « rivales ». Alors que moi, je n'ai aucune rivalité avec Saber, j'ai d'autres problèmes en tête à régler, pour me faire chier avec une rivalité futile. Alors, je préfère le plus souvent l'ignorer, ou lui répondre de façon passive afin qu'elle me lâche. Répondre de façon agressive ne servirait qu'à rajouter de l'huile sur le feu.

La mère de Saber a été assassinée il y a sept années de cela, peu après la chute de la guilde noire. Cette guilde – ou ce groupe – était ce que Zénithrias a connu de pire depuis son existence. La guilde touchait à peu près à tout, allant de la corruption, aux rituels de magie de l'ombre. On ignore à ce jour qu'elle était le but de ces personnes, mais ce que je sais, c'est qu'ils avaient des partisans absolument partout. C'est pour cette raison qu'elle a œuvré pendant presque 200 ans. Son réseau était bien trop vaste, pour pouvoir faire quoi que ce soit. Évidemment, ce n'est pas une surprise de savoir que même les familles nobles ou royales avaient des membres dans cette guilde. Du coup, en plus d'être indestructible, elle était protégée par des rois et un état corrompu. Les gardiens de l'époque, dont ma mère faisait partie, ne pouvaient donc pas vraiment compter sur l'armée. Mais pourtant, cette guilde a été abattue, et par un seul magicien. Je me souviendrais toujours de ce jour, car j'avais été capturé par la guilde, en même temps que bon nombre d'enfants. Généralement, ils faisaient cela pour nous torturer, pour qu'ensuite on rejoigne l'ordre. Ils parlaient d'évolutions et d'allégeance à notre nouveau dieu, en la personne du leader de cette guilde. Ce dernier se faisait appeler le seigneur noir. Et donc, il était considéré comme une divinité venue délivrer le monde de ses péchés par la purge de l'âme. Pour moi, cette guilde n'était qu'une bande de fanatiques, qui suivaient les ambitions d'un magicien à la matière grise amoindrie et à l'ego surdimensionné. Bref, c'est ce fameux jour, où j'ai rencontré Inigo d'ailleurs, qui avait aussi été capturé, que la guilde a été dissoute. Tandis qu'on savait pertinemment que tout allait finir pour nous, un homme est apparu au milieu des fanatiques. Peu après, il a affronté la totalité de la zone, jusqu'à finalement transpercer le seigneur noir. Au final, tout ce que j'ai pu voir de mon sauveur, c'est son long manteau noir, ainsi que ses cheveux de la même couleur. Je n'ai jamais su son identité, ni même d'où il pouvait bien venir, mais ce dont je suis sûr, c'est que c'était un mage-lame, vu qu'il utilisait deux lames au combat. Enfin, je ne connais pas son identité, mais je sais qu'il est connu sous le sobre titre : le traqueur noir. C'est un des magiciens possédant la plus haute prime de recherche sur sa tête. Bien que l'avis de recherche ne montre qu'un homme encapuchonné. Il est appelé comme cela, car c'était le « cauchemar de la guilde noire ». Les histoires à son sujet racontent qu'il a abattu de sang-froid des villages entiers jurant allégeance à cette guilde, des enfants jusqu'aux femmes, il massacrait toutes personnes appartenant à cet ordre. Ce qui n'a évidemment pas plu à l'état, à plus forte raison quand le traqueur nocturne a été jusqu'à assassiner les dirigeants corrompus de ce même état. Mais peu importe ce qu'il a fait, ce que je retiens de lui, c'est qu'il a sauvé la vie à énormément d'enfants ce jour-là, ainsi que de permettre à Zénithrias de respirer.

Après la chute de leur messie, il ne fallut que quelques semaines, pour qu'on retrouve des groupes entiers de fanatiques s'étant donné la mort. Mais comme je l'ai dit un peu plus tôt, ce groupe avait des partisans partout. C'est donc logique que par la suite, quelques cultes ici et là aient continué à être pratiqués. Sauf que cette fois - étrangement - l'état aidait les gardiens à traquer ces derniers fanatiques. Quelques années plus tard donc, il a été découvert que la famille de Saber – noble à l'époque – pratiquait de sombres rituels. La pratique de la magie sombre est punie de la peine capitale sur Zénithrias, et si en plus on cumule le fait d'appartenir à la guilde noire, c'est terminé pour ladite personne. J'imagine que Saber en veut à ma famille, car c'est ma mère qui a assassiné la sienne, ainsi que le reste de sa famille. Cela dit, ça n'explique pas pourquoi c'est moi qui prends sa haine... Bref, après l'ordre d'exécution de sa famille, elle se retrouva seule, en plus d'avoir perdu sa noblesse. Même si Saber était la seule de sa famille à ne pas être liée à cette guilde, cela lui a valu énormément de moqueries et discriminations de la part du peuple d'Élios. Il ne fait évidemment pas bon d'être la fille d'une personne faisant partie de la pire chose qu'avait connue Zénithrias... C'est pour cette raison également que je ne lui en veux pas au final, et que je ne réponds pas.


- Oï, m'interpella Saber. C'est quoi le plan de la mission et l'objectif sinon ?

- J'expliquerais tout cela lorsque Kanae sera présente.

- Ouai, bien elle pourrait se grouiller, ce n'est pas comme si on attendait qu'elle, là, soupira Saber. Franchement, nous foutre une naze de son rang dans l'équipe, quelle plaie... Le conseil est complètement con.

- Ce n'est pas Kanae qui est en retard, c'est nous qui sommes trop en avance. Et fait preuve d'un peu plus de respect envers elle, elle n'a pas demandé à faire partie de cette mission. D'ailleurs, pourquoi de ton côté tu es arrivé si tôt ? Je te manquais tant que ça ? venais-je de lancer de façon provocante.

- Très drôle, tu me cherches ? On peut régler ça en duel si tu veux, on a le temps a priori. Hein, qu'est-ce que t'en dis ? J'ai la lame qui me démange là, tu ne peux pas savoir à quel point...

- Laisse donc ta lame où elle se trouve, je n'ai pas envie de combattre à cinq heures du matin. Si tu profitais du lever de soleil, non ?

- Hum, souffla-t-elle du nez, c'est ça ouais. Tu as surtout peur de te faire éclater et que la vérité soit exposée au grand jour, non ? Tu refuses constamment les demandes de duel. Si ce n'est pas un aveu ça...

- Cela n'a rien à voir. Si je refuse les duels, c'est que je ne trouve aucune utilité au fait d'affronter mes alliés. Savoir qui a la plus grosse lame ne m'intéresse guère, en plus d'être enfantin. Il ne devrait pas y avoir de rivalité entre magiciens d'un même royaume, c'est tout. Cependant, je n'ai rien contre un combat d'entraînement, mais avec toi qui ne rêves que de m'humilier, je n'ai pas envie que ça se transforme en combat à mort.

- Tss, toutes les excuses sont bonnes po...

- Chut ! dis-je de façon soudaine. Tu n'as rien entendu ?

- Quoi ? me répondit Saber, tout en observant les alentours. Qu'est-ce qu'il y a ?

- … Non, rien, m'exclamais-je après avoir laissé passer quelques secondes. En fait, c'était juste pour que je puisse profiter du silence.

- Qu...

Le fait d'avoir tourné légèrement ma tête dans sa direction me permit de voir une rage intense traverser son regard. Sans compter sur ses poings qu'elle commençait à serrer très fort, et ses dents que j'entendrais presque grincer, malgré la distance. Le simple fait d'imaginer de la fumée sortir de ses oreilles me fit esquisser un sourire non contrôlé.


- Pfff... connasse... me lança-t-elle, avant de se retourner, pour finalement s'asseoir dans l'herbe. Tu as raison, je vais profiter du silence, ça vaut mieux...

Finalement, j'ai enfin la paix. Même si je ne doute pas qu'elle va certainement revenir à la charge dans quelques minutes. Bien que Saber n'avait sûrement qu'une seule envie, c'était de me tuer sur le moment, je savais qu'elle ne m'attaquerait pas et ne lèverait pas son arme sur moi. La raison est simple, et s'explique simplement du fait que sur Élios, les combats sont interdits entre mages de bataille. Le seul moyen de se combattre légalement, est de lancer un « duel », comme l'a fait Saber précédemment. Mais il faut que les deux mages soient consentants. Ce n'est pas la seule restriction non plus, la deuxième étant qu'il y a que dans certains endroits, que les duels sont autorisés. Et la lisière des brumes ne fait pas partie de ces endroits. Donc si j'avais accepté, le point de duel le plus proche serait... Fennmont. Et je n'ai pas que ça a faire qu'user un cristal de téléportation aller et retour, pour un duel inutile. Si deux mages de batailles combattent illégalement dans une zone interdite, c'est punissable de bannissement ou allant jusqu'à l'emprisonnement. Du coup, Saber tient trop à son rang et sa tête, pour prendre le risque de m'attaquer. Surtout qu'elle est sous mes ordres pour cette mission, donc elle prendrait aussi un blâme pour offense à un officier supérieur. C'est pour cela que j'ai lancé cette vanne. Je savais qu'elle allait me lâcher pour aller se calmer, une fois bien enragée... Enfin, en théorie.


05h53

Le soleil était au-dessus de la colline à présent, ce qui laissait deviner qu'il était pratiquement six heures. Saber elle, passait son temps à sortir sa montre gousset, et fixer cette dernière en soupirant, tout en me lançant de temps à autre un regard aussi sombre que les ténèbres. Enfin au moins, elle avait fermé sa gueule depuis notre dernière conversation, et je n'allais pas m'en plaindre. Mais passer le temps dans une ambiance moins tendue ne m'aurait pas déplu... Heureusement, la silhouette de Kanae apparut au loin, signifiant que l'attente était bientôt terminée. Je décidais donc de me redresser, étant donné que j'avais imité Saber en m'asseyant à mon tour, puis de saluer ma libératrice.


- Salut, j'espère que vous m'attendez pas depuis longtemps...

- Ah bah enfin, tu as pris ton temps la Néphilim... Tu as oublié ton réveil ?

- Désolé...

- Ne t'excuse pas Kanae, tu n'es pas en retard, la rassurais-je. Tu vas bien ?

- Oui.. Ça va, Erza.

Ma question était stupide, étant donné que je pouvais le voir à ses yeux fatigués, qu'elle avait sans doute comme moi, passé une nuit blanche. Je peux même ressentir ses doutes et sa désorientation rien qu'en échangeant nos regards. Il semblerait qu'il y ait que Saber tout compte fait, qui soit en pleine forme dans le groupe.


- Bon, bien alors vu qu'on est tous là, je vais commencer le briefing. Mais avant, je vais t'expliquer deux ou trois choses sur Elympios, Kanae, d'accord ? C'est histoire que tu ne sois pas désori...

- Tu déconnes là ? On a une mission à faire il me semble non ? Au lieu d'expliquer des trucs inutiles et perdre notre temps, va directement au but...

- Non ! Kanae a besoin de connaître l'essentiel avant de poser le pied sur Elympios.

- Putain quelle plaie ! s'indigna-t-elle. Bon, je vais faire un tour en attendant que la Néphilim apprenne la vie.

- Elle s'appelle Kanae, et non, tu ne vas pas faire un tour. Tu te tais, tu t'assois et tu écoutes. Et c'est un ordre...

- … Tss, à vos ordres, « chef », lança-t-elle d'une façon irritante.

Je peux accepter le fait que Saber s'en prenne à moi et me dénigre, mais il est hors de question que je la laisse parler comme cela à Kanae. Elle n'a pas vraiment besoin de ça, vu la mission qui l'attend.
Quoi qu'il en soit, maintenant que j'avais le silence, je pouvais commencer mes explications. J'ouvris donc mon cristal du néant, et en sortit une carte, ainsi que divers parchemins que j'avais emportés. Une fois ceci fait, je m'accroupis et déplia la carte sur l'herbe encore légèrement humidifiée par la rosée du matin.


- Ceci est une carte de l'Aincrad dans son ensemble, elle n'est pas précise, mais elle détaille l'essentiel. Que sais-tu de cet endroit Kanae ?

- C'est le quartier général d'Elympios... ?

- Exact, comme tu peux le voir sur cette carte, cette zone est construite comme une immense tour. De ce qu'on a pu dessiner suite à diverses missions d'espionnage au fil des années, on remarque plusieurs étages. Il y en a en tout 30, réparti sur 115 mètres de haut, et 380 kilomètres carrés. L'architecture et les différents étages se divisent en plusieurs parties. Ici, pointais-je du doigt une surface de la carte, se trouve ce qu'ils appellent les « premiers » districts. On remarque que du premier au neuvième, ils ne sont pas superposés, mais construits en dessinant un cercle. Au-dessus des premiers districts se trouvent les numéros dix à quinze, toujours dans la même configuration. Et cela continue jusqu'au trentième étage qui lui est isolé. Ce qu'il faut retenir, c'est que l'Aincrad est construit de façon à fortifier ses fondations, en se servant d'un agencement condensé des différents districts.

- Ils sont plutôt doués en architecture... Mais cela doit poser un réel problème pour les habitants des premiers districts, non ? Ils doivent être privés d'air, sans parler des retombées des étages supérieurs...

- On a en effet constaté que du premier au neuvième district, la vie semble morne et difficile. De là à penser ensuite qu'ils sont au courant de ce détail, il n'y a qu'un pas...

- On s'en fout un peu non ? intervenait Saber, que j'avais presque oubliée. Passe à la suite, qu'on avance...

D'un côté, elle n'a pas tort, je me suis éloignée du sujet. Mais d'un autre, il y a d'autres façons de le dire, sans forcément casser l'ambiance et foutre Kanae mal à l'aise, comme depuis son arrivée. Bref, je décidais de ne pas relever cette remarque, et enchaînai sur la suite. Cette fois, je déroulais un autre parchemin que je posai par-dessus la carte. Sur ce dernier étaient dessinées les différentes armes qu'utilise Elympios.


- Ok, je vais donc t'expliquer ce qu'est un elympien maintenant, ainsi que leurs armements et subtilités à connaître. D'accord ? Pour commencer donc, que sais-tu de ton côté déjà ?

- Hum... hésita-t-elle. Je sais qu'ils sont dépourvus de lobe de mana, et que par conséquent, ils ne peuvent pas utiliser une quelconque forme de magie. Ce qui fait qu'ils possèdent un épiderme plutôt fragile, ainsi qu'une résistance générale faiblarde.

Je devais reconnaître que ça faisait plaisir de voir que Kanae ouvrait des livres d'histoire. Même si je ne suis pas tant étonnée que cela. J'ai toujours connu cette fille constamment la tête dans un livre. Lorsque je l'avais hébergée chez moi à l'époque, elle passait beaucoup de temps dans notre bibliothèque familiale. J'ai l'impression que c'est comme un refuge pour elle, la lecture, tout comme moi, qui me réfugie dans l'entraînement constant. Kanae semble aussi très solitaire et assez timide, sûrement liée à la mort de sa mère, ainsi que d'être une Néphilim. Ce qui fait qu'on a très peu échangé, même pendant qu'elle était chez moi. Cependant, à l'instar de Saber, elle n'est pas devenue détestable, elle. Mais le masque qu'elle porte, moi je le vois, étant donné que moi-même, je suis toujours affublé d'un masque. D'où la raison qui fait que je me sens proche, j'imagine. Bref, j'apprécie vraiment beaucoup cette fille, et j'ai bon espoir que maintenant qu'elle est dans nos rangs, je puisse échanger plus souvent avec cette dernière. Même si pour commencer, il va falloir qu'elle arrête de baisser les yeux en me parlant, et qu'elle me descende de ce piédestal sur lequel elle a l'air de m'avoir installée.


- Bien, tu connais l'essentiel, c'est déjà ça. Je vais donc pouvoir directement passer à la suite. Regarde cette carte, dessus sont dessinés les différentes armes et équipements qu'utilise Elympios. Cette chose -à, ils appellent cela un fusil. Ça tire des projectiles d'une puissance variable en fonction de l'arme utilisée. De base, leurs munitions ne nous causaient pas vraiment de soucis, mais depuis qu'ils ont avancé dans la compréhension de notre magie, en découpant le cerveau de nos magiciens... Ils ont réussi à façonner des outils bien plus performants, pouvant nous causer énormément de damages. Les armes à feu sont donc bien plus dangereuses à présent, et je ne peux que te conseiller d'éviter au maximum de te faire toucher par un projectile. De plus, grâce à notre énergie, ils ont développé certains gadgets leur permettant de nous égaler en matière de vitesse et magie.

- Ils sont vraiment si dangereux... ? me demandait Kanae d'un regard inquiet.

- Pffeuh, ça dépend pour qui, s'exclama Saber. Mais c'est clair que toi tu vas en chier, ne compte pas sur moi pour faire le bouclier... Quelle foutue idée de nous foutre une bleue sans déconner...

- Saber tu la fermes ! dis-je en frappant violemment ma main sur le sol, la voix haute et le regard noir. Si tu continues à ouvrir ta gueule pour faire chier et lancer de telles inepties, je te promets un joli rapport te concernant en fin de mission ! Que ça te plaise ou non, je suis ta supérieure pour cette mission, alors crois-moi que je ne me priverai pas, tu as compris ? Alors, maintenant tu la boucles et tu présentes des excuses à Kanae !

- Ho.. ce n'est pas nécessaire... lança Kanae tout en se grattant la tête et esquissant un sourire gêné. Ce n'est pas grave, vraiment, héhé...

- Ce n'est pas la question, elle n'a pas à te parler comme ça, c'est tout.

- Ça va, ça va, je m'excuse, voilà. Contente ? On peut continuer maintenant ?

- Mouais...

Ma réaction peut paraître abusive et dénuée d'intérêt, mais je trouve cela nécessaire. Je m'emporte rarement en règle générale, mais là, ça m'a foutu hors de moi d'un seul coup. Je ne supporte pas ce genre de commentaires et provocations. Ce n'est pas nouveau que Saber ai de la difficulté avec l'autorité – d'autant plus si c'est moi, l'autorité – mais il y a des limites. Il est vrai qu'expliquer tout cela peut être lourd, quand on l'a entendu vingt fois, mais ce n'est pas le cas de Kanae, qui a besoin de connaître les bases. Le conseil ne faisant pas son travail en envoyant cette pauvre fille directe en mission, bien moi je le fais. Hors de question que je saute cette étape, avant de laisser Kanae pénétrer dans l'inconnu. Saber devrait pourtant le comprendre, ce n'est pas compliqué... Putain de chieuse de mauvaise foi... J'avais qu'une seule envie sur le moment, c'était de lui sauter à la gorge, et lui en décoller une sévère. Mais bon, déjà que j'ai limite effrayée Kanae avec ma réaction, il manquerait plus que je me rabaisse au niveau de Saber tiens...


- Bon, désolé pour cet interlude, Kanae, où en étais-je déjà... ?

- Tu en éta...

- Les elympiens et leurs stupides gadgets, intervint Saber d'une voix pressée. Allez, abrège...

- Merci... Donc, pour continuer au sujet d'Elympios, le vrai souci qui les rend dangereux, c'est surtout le fait qu'ils n'ont pas de lobes de mana. Du coup, combattre un elympien est très difficile, pour la simple et bonne raison qu'on ne peut compter que sur nos réflexes. Alors que dans un combat classique entre magiciens, on se repère à son énergie spirituelle. Ce que ne possèdent pas les ennemis qui nous attendent là-bas... Finalement, cette faiblesse est aussi leur point fort contre nous. Car, avant eux aussi se battaient à l'aveugle, mais depuis quelques années, leur technologie permet de détecter des sources d'énergie proches. Donc en plus d'être amoindri sur Elympios, nous sommes aussi de base en difficulté contre un elympien entraîné.

- C'est bien différent de ce qu'on peut lire dans les livres... fis remarquer Kanae plutôt inquiète. Heureusement qu'ils sont peu résistants alors...

- Désolé d'enchaîner les mauvaises nouvelles, mais quand je parle d'elympiens entraînés, je fais référence aux immunisés. Car, tout comme nous, ils ont aussi des Néphilims qu'ils appellent « sang-mêlé ». N'ayant pas de lobes de mana et de défense magiques, on ignore encore actuellement comment l'existence d'une immunité est possible sur Elympios, mais c'est pourtant bien le cas. Et comparés à nous, eux n'ont pas exterminé leurs Néphilims, ils les ont formés au combat. De ce qu'on a pu remarquer, c'est qu'en général ils sont haut gradés et interviennent rarement. Mais il est clair que l'ordre principal est d'éviter tout affrontement direct avec un de ces types. La différence avec nous, c'est que l'énergie noire a visiblement modifié leur structure génétique, donnant diverses capacités à ces derniers. Selon nos renseignements, cela peut aller d'une augmentation de vitesse, réflexe, résistance, jusqu'à la régénération cellulaire accélérée.

Évidemment, expliquer tout cela à Kanae n'allait pas la rassurer. Et au vu de son visage, il était clair qu'elle n'avait qu'une seule envie, c'était de fuir. Mais je préfère lui dire la vérité et directement la mettre dans le bain. Sur Elympios, on est en réellement en danger, nous les mages. On a beau s'entraîner à justement taper sur des cibles ne dégageant pas d'énergie, mais cela n'a rien à voir avec un réel combat, contre un être doté d'une intelligence... Je n'ai encore jamais combattu un immunisé, et si je peux éviter que cela ne change, je ne m'en priverai pas, car j'ignore si je suis de taille face à ce genre de type. Ceci dit, je préfère me garder de partager mes craintes avec Kanae, je ne veux pas l'inquiéter plus que davantage.


- Bon, maintenant que tu connais l'essentiel, je vais passer au briefing de la mission. Tu as des questions avant que l'on commence ?

- Non, ça va, tu as très bien expliqué, merci d'avoir pris le temps Erza.

- Pas de soucis, Kanae, c'est norm...

- Ouai bon, tu enchaînes ou vous comptez vous marier avant ?

Encore une fois, Saber avait perdu une occasion de se taire. Je me demande comment c'est possible d'être si antipathique ? Même Kanae qui semble d'habitude passive vient de lancer un regard lassé à Saber. Elle en a déjà ras-le-bol, alors que la mission n'a même pas commencé... Le conseil a complètement perdu la tête de me mettre avec cette femme, vraiment.


- Merci de ton intervention Saber... lançais-je en soupirant. Bref, passons à la mission.

Sur le dernier parchemin que je venais de dérouler, il y avait cette fois le dessin d'une sorte de machine, ainsi que diverses explications que j'allais m'empresser d'expliquer.


- C'est quoi ça ? Une arme ?

- On le pense, oui. Comme stipulé hier pendant la réunion, le conseil sait qu'Elympios a utilisé notre propre magie, pour entamer le bouclier. Mais ce qu'ils n'ont pas dévoilé, c'est le « comment » ils ont fait cela. Bien ce que vous voyez sur ce parchemin est ce qu'on pense être un prototype d'arme imitant à la perfection ce qui se passe dans nos lobes de mana. C'est-à-dire une arme capable de transformer l'énergie naturelle, en magie. On a obtenu ce plan grâce à nos divers espions infiltrés au fil des ans, mais impossible de réellement en savoir plus. Notre mission consiste donc à trouver cette machine et la détruire, s'il s'agit vraiment d'une arme. Le conseil nous envoie directement dans le QG d'Elympios, car c'est selon eux, l'endroit le plus approprié pour cacher une telle arme. La brèche se trouve également assez proche de l'Aincrad, donc ça ne laisse que peu de doute quant à la proximité de la machine.

- Hum, je me demande, s'exclama Kanae, tout en se grattant le menton. Si l'on se réfère à la taille de la machine et de la brèche, il leur a sûrement fallu une quantité astronomique d'énergie, pour faire ne serait-ce qu'un seul tir...

- Bien vu, le conseil aussi pense que ce n'était qu'un tir d'entraînement, pour tester l'arme. Mais où tu veux en venir, Kanae ?

- Bah, je me pose la question du « pourquoi » ils préfèrent créer des armes, plutôt que d'utiliser une telle énergie pour les aider eux-mêmes... ?

- J'imagine qu'ils ont leurs raisons... Même si je me pose les mêmes questions, je ne pense pas qu'on puisse réellement juger leurs actes de façon objective, sans un peu plus de connaissances...

- Sinon, on s'en fout encore, non ? Si vous commencez à vous poser des questions sur la stupidité humaine, vous n'avez pas fini. Et personnellement, je n'en ai rien à foutre de leurs raisons. Tout ce que je retiens, c'est qu'ils dissèquent nos mages. C'est tout ce qui devrait importer, point barre. Bref, on peut continuer ?

Cela m'embête de le reconnaître, mais Saber a raison pour une fois. Même si j'avais bien envie d'échanger nos points de vue avec Kanae, ce n'est ni le lieu, ni le moment pour cela. Néanmoins, les paroles de Saber m'inquiètent quelque peu, et confirment les rapports à son sujet. Toutes les missions sur Elympios ont un point commun : ne tuer personne. Ce principe a été instauré lors de la première mission sur ce monde. Il n'y a pas vraiment de raison à cela, hormis le fait que nous ne sommes pas des barbares, et que tuer ne ferait que nous rabaisser à leur niveau. Puis de toute façon, ôter une vie en soi me répugne. Je ne l'ai encore jamais fait, et j'espère ne jamais devoir en arriver là. Mais pour Saber, selon les rapports, elle a déjà tué sur Elympios. Évidemment, nous sommes en droit de le faire si notre vie est directement en danger. Et j'imagine que c'est ce qu'elle a dû répondre au conseil, pour ne pas subir un blâme. J'espère simplement que c'était un acte isolé, et qu'elle ne tuera pas de nouveau. Du moins, tant qu'elle sera sous mes ordres...


- Bon, on parlera de cela une autre fois Kanae, dis-je légèrement déçue. Saber a raison, on aura le temps après la mission de se poser ce genre de questions.

- D'accord, désolé...

- Ne t'excuse pas, ce n'était pas un reproche...

Kanae n'a vraiment pas changé depuis que je la connais. Elle est toujours en train de s'excuser, ou d'éviter de blesser quelqu'un par la parole. J'ai aussi remarqué depuis longtemps qu'elle souffre d'un manque de confiance. Je n'ai pas besoin d'être proche d'elle pour le remarquer, cela se voit simplement dans sa façon de se comporter avec moi. D'ailleurs, je fus la première étonnée lorsque j'appris, à l'époque, qu'elle entrait à l'académie. Elle semblait tellement loin de ce « monde », que je n'arrive toujours pas à savoir, même après tout ce temps, ce qui a bien pu la diriger dans cette voie... Et vu comme elle est réservée et fuyante, je doute le découvrir de sitôt.


- Pour conclure, la mission stipule bien qu'on doit éviter de causer des pertes dans les rangs des elympiens. Alors, on n'utilise pas de frappes létales ou des magies trop puissantes. De toute façon, j'ai pour ambition que cette mission reste de l'infiltration, donc ça devrait régler le problème.

- Pourquoi tu me regardes comme ça ? me questionna Saber, en remarquant que j'avais fait ce discours en la fixant.

- Pour rien, il faut bien que je regarde quelque part, non ? Bref, sais-tu à quoi sert cet objet Kanae ? dis-je en tenant dans ma main un bracelet argenté.

- Oui, c'est un bracelet anti-magie principalement conçu pour les prisonniers. Cela empêche l'énergie dans le corps d'un magicien de s'écouler, et donc indirectement le privé de l'utilisation de la magie.

- Tout à fait, mais il est aussi utilisé pour les missions sur Elympios. Comme je l'ai stipulé plus tôt, ils sont capables de détecter notre source d'énergie à présent, du coup, on utilise ces bracelets. Car, en supprimant le flux de magie dans nos corps, cela supprime dans le même temps l'énergie qu'on dégage. L'inconvénient, c'est qu'en bloquant nos terminaisons, on perd nos résistances naturelles ainsi que d'autres caractéristiques. On est donc à vif et très exposé au danger. Heureusement, on peut l'activer et le désactiver assez rapidement et facilement, simplement comme ceci...

Tout en expliquant à quoi allait servir ce bracelet, je m'exécutais à enfiler ce dernier. Dès que je l'eus mis, une lueur or émanait du petit objet.


- … Cette brillance or indique que votre magie est active. Tandis que la brillance rouge, montrais-je tout en tournant un mécanisme sur ce dernier, indique que le bracelet est activé. Il suffit comme je l'ai montré, de simplement faire basculer le mécanisme de gauche à droite.

J'avoue que je n'aime pas trop porter ce bracelet. Cela nous rend extrêmement vulnérables, et je n'aime pas être vulnérable. J'ai toujours besoin de me sentir protéger, d'où la raison qui fait que je porte souvent cette armure, et que je me barricade sous cet air impassible. Parfois, je me dis que le destin fait bien les choses en m'ayant donné la magie des armures élémentaires. Au moins, je peux très souvent me cacher derrière ces dernières. Je ne sais pas derrière quoi je me planquerais si j'étais née élémentaliste, une capuche peut-être ? Cette simple idée me fit légèrement sourire.


- Si j'ai bien compris, on doit le garder constamment activé alors ? me demanda Kanae, tout en scrutant le bracelet à son poignet.

- Le plus possible oui. On le désactive que si l'on est en situation de danger. Aussi, je le répète, mais notre mission est une simple infiltration ! Alors, encore une fois, on se défend juste, on évite le plus possible les affrontements. Compris ?

- Ouais ouais...

- Oui Erza !

- Bien ! Dans ce cas, tout est prêt. Je vais maintenant aller ouvrir le portail. Dès qu'il sera actif, on pourra y aller. N'oubliez pas d'activer vos bracelets avant de le passer, car le portail nous amène près de l'Aincrad, étant donné que c'est notre objectif.

En fait, je disais surtout ça pour Kanae, car je n'en avais un peu rien à faire de Saber. J'espérais simplement qu'elle n'allait pas en faire qu'à sa tête, et qu'elle allait m'obéir bien sagement... Une fois relevée, je me dirigeais à quelques mètres de mon ancienne position. Puis, je me mis à produire plusieurs mouvements avec mes bras, pour finalement placer celui de droite bien tendue devant moi, et la paume de ma main bien ouverte. Très vite, je sentis quelque chose d'étrange toucher ma peau. Puis soudain, une distorsion se créa devant mes yeux. Le portail était créé. Cela me fascine toujours autant, l'ouverture d'un de ces portails. Évidemment, normalement je suis incapable de le faire, le seul moyen, est si l'on possède le sceau royal. Ce dernier est détenu que par le roi et sa famille, mais peut être également confié provisoirement - via un sceau - à un magicien tiers. La première fois que j'ai ouvert un portail, j'étais moins fascinée et bien plus craintive. Déjà, si on se rate, il se peut que le portail nous emmène... dans le néant. Ce qui pour ma part, ne me tente pas vraiment. Sans aller dans l'extrême, c'est également la création de ce dernier qui est étonnante quand on ne connaît pas. Voir ce « voile » normalement invisible, se tordre soudainement comme une feuille, pour laisser apparaître ensuite un trou vide sans vision de ce qui se trouve au-delà. C'est quand même assez effrayant.


- Voilà, c'est fait. On y va dès que...

- Ouai bon bref, à tout de suite, me coupa Saber, tout en pénétrant sans hésitation dans le portail.

- … Bon, bien à toi, Kanae.

- O-ok... répondit Kanae en observant avec crainte le portail. J-je.. je n'ai jamais pris de portail... Ç-ça ne risque rien, hein ? J-je ne vais pas finir dans la fissure... hein ?

- Héhé, riais-je. Bien sûr que non, je serais juste derrière toi, d'accord ?

- D-d'accord...

Bien qu'elle me répondait, elle n'était pas décidée à avancer, je jurerai même qu'elle venait légèrement de reculer. Je ne pouvais bien sûr pas blâmer cette réaction. Connaître le fonctionnement des portails via des livres ou autres sources c'est une chose, la pratique en est une autre. Mais au-delà de cette hésitation, je sentais que ce n'était pas la seule raison. Sa peur était surtout de ce qui se trouve derrière ce fameux trou. Moi-même j'ai mes craintes, et on ne peut jamais être sûre de la réussite, dans une mission comme celle-ci. Le conseil est vraiment tombé sur la tête de l'envoyer si tôt dans ce monde... Ils la prennent vraiment pour un sujet de test... ? J'espère vivement que mes conclusions sont fausses... Mais peu importe, quoi qu'il arrive, je la ramènerai sur Zénithrias.


- Ne t'inquiète pas Kanae, lui dis-je, tout en posant ma main sur son épaule et souriant amicalement. Je te promets qu'il ne t'arrivera rien. Je serai là, moi. Peu importe ce qui se passe, je veillerai sur toi. Et ça, c'est une promesse... Tu as confiance en moi ?

- … Oui, j'ai confiance... me répondit-elle en esquissant enfin un sourire. D-désolé d'être un fardeau...

- Ne dis pas de bêtises... Puis de mon point de vue, c'est Saber le fardeau, riais-je dans le but de détendre la jeune magicienne face à moi. Aller, vas-y, je passe après toi. Panique pas pour le portail, s'il n'y avait que Saber, j'aurais pu malencontreusement le rater, mais vu que tu es là, je ne me permettrais pas !

- Hihi, ria-t-elle, d'accord. Je te fais confiance !

Finalement, Kanae passa le portail, non sans hésitation, mais au moins, elle était passée. Il était temps que j'y aille moi aussi. Je jetais donc un dernier regard à la plaine environnante, où le soleil éclairait bien cette dernière à présent, puis je m'élançais dans le trou, direction cet autre monde...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Jeu 25 Juin - 13:18

Chapitre 12 : L'Aincrad

27 avril 2212
06h17
Extérieur de l'Aincrad, désert ouest.

Désolation. C'est la seule impression qui me traverse l'esprit, chaque fois que je pénètre en Elympios. L'air lourd, le ciel couvert d'un voile grisâtre, la désertification à perte de vue. Tout cela laisse une impression morne et angoissante. Je n'aime vraiment pas effectuer de missions sur ce monde. C'est typiquement l'endroit où notre magie est amoindrie, et nos défenses à vif. En plus de nos bracelets anti-magie, qui ne nous aident pas à supporter l'atmosphère infecte de ce monde. Cependant, je préfère garder cette gêne pour moi et ne pas partager mes doutes avec ceux qui m'entourent. Surtout pas à Kanae, qui doit certainement être bien plus inquiète que moi, à l'heure actuelle.


- Alors, c'est ça Elympios ? s'exclama Kanae en effectuant un tour d'horizon. Je n'imaginais pas que c'était morne à ce point...

- Et tu t'attendais à quoi ? Tu devrais savoir ce que cause l'énergie noire non ? Toi qui es une Néphilim.

- Je..

- Saber tu vas tout de suite calmer tes ardeurs, c'est clair ? intervenais-je une nouvelle fois pour calmer l'irrespect de cette femme. Et évite ce genre de commentaires discriminatoires à l'avenir, merci.

- Pffheu...

Je n'ai jamais supporté la discrimination, ou le fait de désigner quelqu'un. J'estime que peu importe qu'on ait de grandes oreilles ou autres différences, nous devons tous êtres traités de la même manière. C'est une des choses qui m'a attirée chez Inigo, son esprit modeste et ouvert, loin du comportement de la noblesse en général. Le simple fait qu'il préfère traîner en ville qu'au château en dit déjà long sur sa façon de penser. Pour ce qui est de Saber, je n'ai pas souvenir qu'elle se soit un jour comportée en noble, même à l'époque. Mais cette remarque gratuite devait simplement venir de son manque de respect pour ceux qu'elle estime « faibles ». Il est clair qu'elle prend Kanae pour un boulet, et lui fait comprendre depuis tout à l'heure. Malheureusement, je ne peux pas faire grand-chose, sauf si je la bâillonne, mais bon...


- Au fait, c'est où l'Aincrad ?

- L'Aincrad, dis-je en pointant du doigt l'horizon. C'est ça.

Ce qu'on pouvait voir en suivant la direction de mon doigt, c'était un impressionnant édifice semblant toucher les nuages. Même à quelques lieux, et la vision amoindrie par le constant brouillard environnant, ne pouvait faire douter de la taille de l'Aincrad. C'est la première fois que je vois cet endroit, et même d'aussi loin je suis assez impressionnée. Évidemment, sur Zénithrias on a aussi nos lieux étranges et magiques, mais c'est « magique », justement. Là, ce n'est que l’œuvre d'êtres normaux. Je trouve cela incroyable de leur part, de faire de telles constructions sans une aide surnaturelle. Je ne peux m'empêcher de regretter quelques fois que nous ne soyons pas en bons termes, ne serait-ce que pour partager nos connaissances et histoires respectives.


- Waaaaah, même d'aussi loin c'est immense ! C'est incroyable d'avoir construit un truc pareil sans l'aide de la magie ! Ces elympiens sont vraiment doués !

- Tu trouves ? C'est juste un amas de métal empilé, pas de quoi s'extasier...

- Oui, peut-être, mais ça n'enlève rien à la performance, insista Kanae. Je suis presque impatiente de pénétrer à l'intérieur du coup, pour mieux observer.

- La curiosité est un vilain défaut tu es au courant ?

- Pas plus que l'antipathie...

Je dois dire que je n'aurai pas imaginé Kanae répondre à Saber, mais il semblerait qu'elle ne soit finalement pas si passive. D'ailleurs, même si je dois bien avouer que la réplique est excellente, je me dois de calmer ces deux-là, avant que cela aille trop loin. Kanae et Saber se fixent de façon assez agressive depuis quelques secondes...


- Ok, il faut qu'on se mette en route maintenant, lançais-je, dans l'espoir de calmer la situation. On est à quelques longues minutes de marche de l'Aincrad, alors go.


06h31

La route jusqu'à l'imposante cité se fit dans le silence le plus morne, collant parfaitement à l'ambiance de la zone. Je ne sais pas vraiment comment fait Saber, mais elle maîtrise parfaitement la manière d'imposer le malaise dans un groupe. Heureusement, l'atmosphère se détendit de lui-même, maintenant qu'on était tout proche de l'Aincrad. Déjà, parce que ce qui se dressait devant nous était tout simplement énorme. À présent que nous étions si proches, j'avais beau lever les yeux, c'était impossible de voir le sommet. Du coup, même cette antipathique de Saber ne pouvait feindre l'étonnement dont elle faisait preuve actuellement. Mais nous ne sommes pas ici pour nous émerveiller, mais pour une mission. Et je n'oublie pas non plus que les elympiens ont lâchement assassiné Kaneki. Je le sais bien que ce n'est pas le premier d'entre nous qu'ils tuent, mais c'est le premier d'un tel niveau. De plus, Kaneki était un camarade loyal et proche de moi et Inigo. Il avait lui aussi par le passé, été retenu par la guilde noire ce fameux jour. Il avait un si brillant avenir... Je n'arrive toujours pas à croire qu'il soit mort... Enfin, ce n'était ni l'endroit, ni le moment pour ce genre de penser néfastes.


- Bon, vous êtes prêtes ? Une fois à l'intérieur on n'aura pas le droit à l'erreur...

- Tu as entendu la bleue ? lança Saber de façon provocante. Pas d'erreurs !

- Je suis prête, Erza. me répondit Kanae, en ignorant complètement la remarque et l'existence même de Saber.

- Bien... dis-je assez dubitative. En route alors...

Ce n'était pas que je n'avais pas confiance en mon équipe, mais plutôt un genre de doute qui s'était installé depuis la veille. Bien que j'adore Kanae, je dois admettre qu'elle n'a aucune expérience du terrain. Quant à Saber, elle a l'expérience, mais me déteste, et a du mal avec l'autorité. J'ai donc d'un côté besoin de surveiller Kanae, et de l'autre, surveiller Saber par peur qu'elle fasse n'importe quoi. Même si finalement, je suis bien plus inquiète à propos de l'antipathique, que de la « bleue ». Quoi qu'il en soit, j'espère vraiment que tout va se dérouler de la façon prévue. Si j'ai une bonne étoile au-dessus de la tête, ce serait le bon moment qu'elle fasse acte de présence...


06h42
Aincrad, district 3

Comme prévu, l'entrée des bas quartiers de l'Aincrad n'est pas gardée. Et maintenant que nous sommes à l'intérieur, il va sans dire que cet endroit est complètement abandonné des dirigeants. Les rues sont sales, les habitations tombent en ruines, ça pue et enfin, il fait encore plus sombre qu'à l'extérieur. En levant les yeux au ciel, je me rends compte que notre carte est bien représentative de « comment » est construit cet endroit. La seule lumière vient des districts supérieurs, et absolument aucun rayon de soleil ne peut venir chatouiller cette zone. La deuxième chose qui me choque, ce sont les habitants. Déjà, je n'ai jamais vu autant de monde les uns sur les autres. Mais le plus choquant reste sans aucun doute l'état dans lequel ils vivent. On est ici depuis à peine quelques minutes, et l'on a déjà croisé quelques corps inertes. En même temps, nous passons par les petites ruelles, histoire de passer inaperçus, c'est donc le meilleur endroit pour ce genre de spectacle j'imagine. Cependant, je suis étonnée par Kanae qui semble plutôt solide. Pour Saber, je savais que voir des cadavres ne lui faisait ni chaud ni froid, mais jamais je n'aurais imaginé que Kanae ne réagisse presque pas. Comme si la vision de la mort était déjà une habitude... Enfin, finalement je ne connais pas l'histoire de cette fille. Même pendant qu'elle habitait dans ma famille, elle était très réservée. Donc, mes jugements la concernant ne sont que subjectifs.

Plus on avançait dans cet endroit, plus j'avais l'impression que mon existence même était absorbée par l'atmosphère dépravée de ce lieu. C'est vraiment une sensation désagréable. Et couplé à celle du manque d'énergie, cela devient presque un cauchemar d'avancer.


- Humpf, toujours aussi curieuse, la Nephilim ?

- J'avoue que je préférais la vue extérieure...

- je dois reconnaître que c'était plus agréable ouais...

Je ne sais pas ce qu'était le plus étonnant entre cet endroit, ou alors voir Saber et Kanae discuter depuis quelques secondes ? Je préférais du coup ne pas l'ouvrir et donner mon opinion, et laisser ces deux-là échanger, histoire que je n'énerve pas Saber. Vu que le son de ma voix a l'air de titiller méchamment son humeur. Puis de toute façon, c'est moi qui ai la carte de la zone, donc c'est à moi que revient l'objectif de ne pas nous perdre dans ces foutues ruelles dégueulasses. Heureusement encore une fois que la carte que nous possédons est assez précise. Si je regarde la date au dos, elle date de quelques années déjà. Du coup, j'espérais qu'ils n'aient pas fait d'aménagements depuis le vol de cette carte par nos espions. Et la magie soit louée, rien n'a l'air d'avoir changé. En même temps, vu la décadence de l'endroit, j'imagine que cette zone n'existe même pas pour ceux qui sont tout en haut de l'Aincrad. Mais même avec cette carte, c'est un vrai calvaire de parcourir cette zone. Le plus gros problème n'est pas les ruelles tortueuses et sales, mais plutôt la faible luminosité et cette constante impression d'avoir la vue brouillée. Je déteste les missions sur Elympios de base, mais là ça dépasse le stade de l'acceptable. Quel enfer pour un mage... J'ai l'impression que chaque seconde passée ici contamine le peu d'énergie qu'il nous reste. Et ces putains de bracelets nous rendent très vulnérables, pour ne rien arranger. Je sens que la traversée des districts va être longue...


07h53
Aincrad, district 4

On a beau avoir changé de district depuis plusieurs minutes maintenant, je n'ai pas l'impression d'avoir bougé, moi. Cependant, cette zone est bien plus libre que celle d'avant. Il n'y a presque personne. Mais il y a une désagréable odeur qui y règne. Je ne saurais la décrire, mais ça ne sent vraiment pas bon. J'imagine que ça doit venir de l'espèce de gaz faiblement présent, qui semble s'évaporer doucement vers des conduits d'aération. Par contre, l'endroit semble propre, comme s'il avait été nettoyé. Je me demande bien pourquoi du coup, au lieu de s'entasser les uns sur les autres, ils ne viennent pas dans ce district quasiment vide ? C'est vrai que l'odeur est désagréable, mais de mon point de vue, entre cette odeur et celle des cadavres et autres joyeusetés de l'ancien district, il n'y a pas de différences. Quoi qu'il en soit, quand je regarde la carte, au-dessus de nous se trouve normalement le district 10. Et quand je lève les yeux, cela doit être ce dernier que je peux observer. Évidemment, il est séparé d'environ 50 mètres de haut je dirais à vue. Sûrement pour dissuader les optimistes qui tenteraient de faire la grimpette. Toujours en regardant le plan, il semblerait y avoir aussi d'énormes portes qui séparent le district neuf à dix. Cela va être plutôt embêtant, une fois qu'on arrivera à ce niveau. J'imagine facilement que les portes sont extrêmement bien gardées ou alors inviolables. Bien sûr, si l'on n'avait pas cette restriction de magie et que j'étais toute seule, j'enfilerais mon armure flamboyante et j'irai directement au sommet en volant. Mais ce n'est pas le cas, et ce serait de toute façon trop risqué d'effectuer une telle action.


- Beurk, c'est dégueulasse, je viens de marcher dans un truc gluant, se plaignit Saber. Mes bottes vont en pâtir... Cet endroit est vraiment de la merde.

- Moins fort Saber, lui lançais-je immédiatement. Tu vas nous faire repérer !

- Repérer par qui ? Ça fait une heure qu'on croise que des déchets qui, je parie ne nous remarqueraient même pas ! Non mais tu as vu ces gens ? On aurait plus vite fait de passer par les avenues principales, au lieu de faire des détours. Humpf...

Pour une fois, je devais reconnaître que Saber n'avait pas totalement tort. On prenait un sacré détour en passant par les ruelles, alors que cela est peut-être inutile. Il y a effectivement de fortes chances que les habitants nous ignorent, mais d'un autre côté, ce n'est pas une source sûre. Et dans une mission comme celle-ci, je ne peux pas me contenter de probabilités inférieures à 100 %.


- Je suis d'accord que nous faisons peut-être un détour pour rien, mais je préfère jouer la sécurité. Car, ils peuvent nous ignorer, comme nous sauter dessus. On fait quoi s'ils nous attaquent ? Comme tu dis, les gens d'ici sont sales et pauvres. Il y a donc de fortes chances que voire trois femmes dans notre accoutrement leur donnent des étoiles dans les yeux...

- Ha ! Tu as peur de quelques déchets ? me rétorqua Saber de façon hautaine. La plupart ne savent même pas courir je parie. Et pour ceux qui ont encore leurs deux jambes hein...

- Tu as vu leur nombre ? Tu crois vraiment réussir à repousser des milliers de « déchets » en même temps ? Et même si on y arrive, et qu'on défonce tout le monde, il va sans dire que là, l'infiltration, tu l'oublies. Et je pense que l'armée d'ici sera d'un tout autre niveau que les déchets, comme tu dis...

- Mais arrête, les types qu'on évite s'en foutent complètement de cette zone ! Je suis sûr que même un génocide passerait inaperçu ici !

- Peut-être, mais je ne veux pas prendre de risques. Et de plus, il est hors de question qu'on attaque des civils !

- Le risque zéro n'existe pas, alors il faut parfois oser, pffeuh, souffla Saber. Et si on demandait à la Nephilim, hein ? Alors, tu en penses quoi toi ?

- Moi ? Euh... répondit Kanae, visiblement prise au dépourvu. Je ne sais pas trop...

- Non mais je n'ai rien à demander à Kanae, car c'est moi qui commande, point barre ! intervenais-je d'une voix appuyée. Si je décide qu'on joue la sécurité, on joue la sécurité, et tu n'as rien à dire !

Je n'aime pas jouer sur ce genre de détails en règle générale, mais là Saber commençait sérieusement à m'énerver. Je le savais très bien qu'elle et l'autorité, ça fait deux. Mais merde, là c'est une question de prudence. Il me paraît tout à fait logique de jouer la sécurité dans une telle situation. Déjà, on ne doit tuer personne, et même sans cette règle, il est hors de question que je tue qui que ce soit. Ensuite, Kanae n'a pas notre expérience, du coup, je préfère lui éviter les ennuis. Bref, autant de raisons qui me poussent à prendre la décision de la prudence. Mais il semblerait que Saber ne prenne en compte que le minimum ! Au lieu d'ouvrir sa gueule à longueur de temps, elle devrait réfléchir un peu plus celle-là...


- Pffeuh, soupira Saber. Ça va, j'ai compris « chef ». Néanmoins, le rôle d'un chef n'est pas d'écouter son équipe ?

- Je t'ai écoutée, mais j'ai décidé de suivre le plan de base.

- Surtout parce que tu ne peux pas me piffer.

- Quoi ? m'exclamais-je abasourdie. Parce que c'est moi qui ne peux pas te piffer ? Non mais n'inverse pas les rôles Saber. C'est toi qui te fais des ennemis, pas les autres...

- Si vous étiez moins con tous autant que vous êtes, peut-être que je ferais des efforts ! Mais ce n'est pas le cas il semblerait.

- Et toi si tu étais moins antipathique et bornée, tu te rendrais compte que la conne ici, c'est toi.

- Chuuuut ! Arrêtez !

- Pardon ? Répète un peu pour voir ?

- Répéter quoi ? Que tu es conne ? Bien voilà, je le répète, tu es conne !

- Espèce de...

- Mais fermez là ! s'écria Kanae. Il y a des types qui approchent !

À cause de Saber, je n'ai même pas fait attention qu'un groupe de personnes approchaient. Je n'arrive pas à croire que je me sois réellement fait distraire de cette façon. J'en étais sure de toute façon, dès que j'ai su que j'allais être avec Saber. Je savais que ça n'allait pas être de tout repos. Mais à l'avenir, il ne faut plus que je me laisse emporter, ce n'est pas digne d'un chef, et surtout ça ne me ressemble pas. Quoi qu'il en soit, maintenant que mon attention était de nouveau concentrée sur la mission, je pouvais observer plus en détail le groupe qui approchait. Après une rapide observation, ces types portaient des armures intégrales, typiques de l'armée d'Elympios. Il s'agit donc d'une patrouille. Ce qui m'amène à me poser une question : pourquoi ? Il n'y a pratiquement personne dans les rues de ce district, et vu l'état déplorable de l'endroit, je doute qu'ils fassent souvent des rondes. Mais alors serait-ce pour nous ? Je n'ai pourtant pas l'impression qu'on s'est fait repérer. Nos brassards sont actifs, nous prenons des rues étroites... Il n'y a aucun moyen de savoir que nous sommes ici. Maintenant, si c'est réellement pour nous, je vois que deux raisons qui font qu'on a été signalé : soit ils ont une nouvelle technologie capable de nous repérer même sans magie, soit... ils savaient qu'on arrivait, donc ils auraient été prévenus... J'espère que la première solution est la bonne, car si c'est la seconde, ça signifie ni plus ni moins qu'il y a un traître dans nos rangs.

Tandis qu'ils s'approchaient de notre position, d'un geste rapide j'ordonnais à Saber et Kanae de me suivre dans un coin, histoire de nous cacher. Ils étaient six, marchant en rang et silencieusement, avec pour seul son, le bruit métallique de leurs pas. Cependant, nos rapports ne nous ont jamais permis de déterminer s'il s'agissait d'humain ou de création mécanique, ou plus couramment appelés « robots ». J'avoue ignorer comment on peut faire marcher un truc sans âme, mais j'imagine que pour eux, la magie aussi doit être stupéfiante et étrange. Après tout, ce n'est pas comme si nous pouvions invoquer des créatures venues des différents plans élémentaires. Enfin, par précaution, j'ordonnais cette fois de s'éloigner discrètement de l'endroit, histoire de ne pas avoir de mauvaises surprises. J'ai lu quelque part qu'ils ont des détecteurs permettant de voir les sources de chaleur à proximité. Je dois admettre que la technologie des elympiens est très embêtante. En quelques centaines d'années, ils ont évolué de manière drastique en termes d'armement et de techniques. Je pense que si une nouvelle guerre devait avoir lieu entre nous, le résultat ne serait pas aussi tranché... Heureusement, le bouclier sidéral est infranchissable, donc cette option n'est pas à l'ordre du jour.


09h57
Aincrad, district 6.

Cela faisait bien deux heures maintenant qu'on avait croisé cette patrouille, et par chance, on a pu par la suite traverser deux districts sans trop de soucis. Cependant, depuis quelques minutes à présent, l'endroit était infesté de soldats. Cette fois j'étais certaine que c'était pour nous, étant donné qu'il n'y avait absolument plus personne dans les rues. Du coup, nous étions dans l'embarras, là. Le district semblait quadrillé de façon plutôt efficace, et je doute que nous allions pouvoir infiltrer les niveaux supérieurs aussi facilement que jusqu'à maintenant. Mais déjà, ce que je remarque est qu'ils ont déployé cette formation il y a peu. Je pense donc qu'ils ne nous ont repérés qu'à partir de notre entrée dans le secteur cinq. Mais je ne vois pas ce qui nous aurait trahis entre le quatre et le cinq... De toute façon, il vaut mieux que j'évite de me poser trop de questions, avec tous les gadgets qu'ils ont, je ne serais pas étonnée qu'ils aient quelque chose de discret que je n'aurais pas vu.


- Tsss, finalement, on a fait tous ces détours pour rien... s'exclama Saber tout en gardant une voix basse. Comme quoi, à trop vouloir jouer la sécurité, bien on a juste perdu du temps, là. Alors que si on avait foncé tout droit, on serait déjà dans les districts supérieurs...

- Humpf, si j'ai besoin de tes commentaires, je te le ferai savoir Saber ! répondis-je de façon agacée. Ce qui est fait et fait, alors maintenant il faut improviser une solution. Et au lieu de me chercher, aide-moi donc à trouver un plan.

Je n'avais vraiment pas besoin des réflexions de Saber, là. Ça fait bien cinq minutes que je planche sur une solution de secours, mais l'illumination ne semble pas encore arrivée. Je dois dire que la situation est assez tendue, avec tous ces soldats partout. D'ailleurs, mon regard se posa sur quelqu'un en particulier, à présent. Nous étions proches d'une place, dans laquelle je pouvais observer un groupe de soldats, avec comme intrus, un homme au milieu. Il ne me fallut que peu de temps pour me rendre compte qu'il donnait des directives, et que donc, ce devait certainement être le chef du secteur. Il semblait assez jeune, et avait une sorte de dépigmentation capillaire au niveau des cheveux. En observant plus en détail, il porte également deux lames à la ceinture. Ce qui m'étonna au plus haut point. Les elympiens ne sont pas réputés pour utiliser des lames, mais plutôt des armes à distance. Cela ne fait qu'augmenter mon inquiétude. Non pas que j'ai peur, mais j'ai comme un mauvais pressentiment sur ce type, le genre de sentiment qui me pousse à éviter de rencontrer cette personne. Maintenant que je l'observe depuis plusieurs secondes, je me demande si ce ne serait pas ce qu'on appelle un « elympien entraîné », ou plus simplement un Nephilim d'Elympios. Plus ça va, plus je me dis que ça ne fait aucun doute. Rien que son calme et sa prestance prouvent qu'il n'a rien à voir avec le soldat ordinaire. Je suis bien placée pour le savoir, moi qui suis habituée à côtoyer régulièrement différents rangs de bataille. Entre ma mère gardienne, ma grande sœur au conseil, et les mages de batailles normaux. Je remarque facilement la différence donc, entre un mage expérimenté, et un mage encore proie aux doutes. Et le type que j'observe n'a absolument aucun doute, et ça, c'est une certitude.


- Bon, qu'est-ce qu'on fait ? demanda Saber qui commençait visiblement à s'impatienter. Ce n'est pas en restant ici qu'on va avancer.

- Je ne sais pas, tu proposes quoi ?

- Ils ne sont pas nombreux. On sort et on les met hors d'état de nuire. Ils savent qu'on est ici de toute façon, autant oublier la discrétion et foncer.

- Ok, et tu n'as pas un plan qui éviterait de nous mettre en danger de mort ? Parce que tu vois, moi je suis ici pour justement éviter ce genre de plan foireux. On n'a pas le même sens du mot tactique toi et moi...

- Je confirme, toi le mot tactique rime avec lâcheté. Ce qui n'est pas étonnant, vu comme t'es une lâche à toujours fuir les combats.

- Pense ce que tu veux, mais moi je ne fonce pas tête baissée comme un bourrin, pour ensuite me faire tuer, dis-je en soupirant. Tu devrais te demander pourquoi c'est moi qu'on a désigné chef ici, et pas toi...

Vu le regard de braise que me lance Saber, il est clair que je n'aurais peut-être pas dû balancer ma dernière phrase. J'aimerais éviter qu'on commence à s'embrouiller à quelques mètres de ces types. J'espère qu'elle est assez mûre pour éviter de s'exciter dans un moment pareil. Heureusement, à part un regard meurtrier, elle semble se contenir. Mais quand même, je pense réellement qu'elle n'a aucun sens tactique. Dans ce genre de situation, il faut prendre tous les détails en considération. Et son plan est tout, sauf réfléchi. Déjà, je ne peux me permettre de foncer dans le tas en ignorant la force de nos adversaires. De plus, moi je n'oublie pas Kanae, qui n'a pas notre entraînement. Donc à part la mettre en danger, ça ne fera rien d'autre. Bref, la seule chose qui lui vaut son rang finalement, c'est son talent pour le combat. Car, si sa tactique laisse à désirer, ce n'est pas le cas de son niveau. On est que cinq mages d'or pur dans l'armée d'Élios. Et Saber fait certainement partie des meilleurs de ce rang. Mais bon, la force ne fait pas tout...


- Hey, m'interpella discrètement Kanae. Si on montait là-haut en contournant la place ? Il y a l'air de n'avoir aucune patrouille sur la voie au-dessus. Sûrement parce qu'ils pensent que prendre de la hauteur serait stupide de notre part. Mais autant profiter de cette occasion, non ? De plus, j'ai pu observer qu'ils ont l'air de concentrer leurs efforts dans un périmètre d'environ deux kilomètres autour de la place centrale.

Je dois bien avouer que j'étais un peu surprise devant l'explication de Kanae, là. Mais en levant la tête et en l'écoutant, je ne peux que confirmer que son plan semble tenir la route. Mais le plus surprenant est qu'elle a aussi fait attention aux mouvements de l'ennemi. Je me demandais pourquoi elle était silencieuse depuis de longues minutes, je crois avoir ma réponse. Sa capacité d'observation et de réflexion est impressionnante. Surtout qu'elle a tout juste, ayant moi-même pu observer le placement de ces soldats.


- Excellente idée Kanae, m'empressais-je de lui répondre d'un ton félicitant. Si on arrive à atteindre l'étage, on sera hors de leur périmètre de déploiement. J'avais vu cette portion de terrain tout à l'heure via la carte, mais l'éviter me semblait logique, comme tu dis. Mais en retournant sur nos pas, il y a une intersection à trois kilomètres qui mène à cette hauteur. Si l'on en croit leur déploiement, il n'y a déjà plus de patrouilles dans ce coin maintenant.

- Oui, je pense pareil. Mais on devrait se dépêcher, ils risquent d'élargir leurs recherches tôt ou tard, s'ils ne trouvent rien dans ce périmètre.

Je ne pouvais qu'être en accord avec Kanae. L'opportunité qui s'offre à nous n'est que brève et risque vite de se refermer sur nous, si l'on traîne. Il fallait profiter immédiatement de leur erreur de jugement, si on veut avoir une chance de passer ce secteur sans devoir sortir les armes. C'est donc sans plus attendre que je donnai l'ordre de nous mettre en route.

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mer 1 Juil - 14:45

Un adversaire redoutable

27 avril 2212
10h17
Aincrad, district 6

Comme prévu, nous avons finalement atteint la partie supérieure du district. Malheureusement, nos prévisions avec Kanae n'ont pas été très pertinentes. Il n'y avait en effet personne à l'intersection, mais ce n'est pas le cas d'où nous sommes maintenant. Bon, il est évident que notre déduction n'était pas infaillible, et qu'il fallait de toute façon tenter quelque chose. Mais quand même, il y a un sacré paquet d'unités, là. Si je compte le groupe d'en bas, celui sur la place, ainsi que celui-ci, ça fait trois unités déployées. Il va sans dire que je n'ai plus aucun doute sur le fait qu'ils nous cherchent. C'est tout de même étrange, j'ai comme l'impression qu'ils se déploient en fonction de nos mouvements. Depuis quelques minutes maintenant, je penche de plus en plus sur un gadget leur permettant sûrement de nous repérer de façon non précise. Ce qui expliquerait pourquoi ils ne nous trouvent pas, mais qu'ils semblent suivre quelque chose... Mais pour l'instant, on est bloqué, là. On a réussi à atteindre un genre de balcon, dans l'idée de passer par les toits, mais on a vite oublié l'idée. Non pas que c'est une mauvaise solution, mais bien trop dangereuse au vu du placement des unités à notre recherche. Bref, j'ai beau me creuser les méninges, il n'y a rien à faire, je n'arrive pas à trouver de solutions autres, qu'attendre. Le souci cependant, c'est que plus les secondes passent, plus ils referment notre zone de mouvements.


- Je ne comprends pas, chuchota Kanae. J'ai vraiment l'impression qu'ils nous suivent... C'est vrai, chaque fois qu'on avance, ils avancent, et chaque fois qu'on s'arrête, l'étau se resserre...

- Oui, j'ai malheureusement la même impression, Kanae...

- Huuum... soupira Kanae, visiblement déçue. Qu'est-ce qu'on peut bien faire maintenant ? J'ai beau chercher, je n'arrive pas à trouver de solutions...

J'avoue que l'avis de Kanae depuis tout à l'heure m'intéresse beaucoup, et j'espérais sûrement qu'elle trouve une idée, elle. Mais il semblerait que tout comme moi, elle soit bloquée. Du coup, j'imagine que c'est le moment où je peux décréter qu'on est dans la merde. Car, en plus d'être visiblement repéré quoi qu'on fasse, on ne peut pas dire que notre position soit des plus confortables. La zone étant bien moins grande que celle d'en bas, nos possibilités d'échappatoires s'en voient donc réduites... Je ne comprends toujours pas comment on a pu finir dans cette situation, alors que j'ai respecté les précautions du conseil à la lettre. Finalement, j'ai bien peur que nous soyons obligés d'affronter l'armée, ou pas. Je me demande si je ne devrais pas annuler la mission ? Il est clair que c'est un échec, et que grimper encore 24 districts avec l'armée aux fesses, c'est impossible. Même si l'on vainc les groupes d'ici, on devra faire de même jusqu'au Capitole. Sans parler qu'avec l'état d'alerte, la sécurité va être renforcée autour de ce complexe. Néanmoins, annuler c'est bien, mais il faudra quand même que je trouve un moyen de nous sortir de cet endroit...


- Bon, au vu de la situation, je pense que le mieux est d'annuler la mission et de chercher un moyen de quitter cet endroit. Je prends évidemment la responsabilité de cet échec, et insisterai sur mon rapport. Il est clair que c'est inutile de chercher à continuer, vu qu'ils semblent être en état d'alerte. Cela implique forcément un renforcement de la sécurité, et donc l'impossibilité d'atteindre le Capitole...

- Annuler ? Teuh, t'es vraiment une sous-merde, Erza.

- Arrête Saber, s'indigna Kanae. Je suis d'accord avec Erza. Et tu remarques bien aussi que continuer dans ces conditions est impossible...

- Ce n'est pas le repli que je critique, mais l'incapacité d'Erza à remplir sa mission. répondit Saber, pour ensuite s'adresser à moi. Je le savais depuis le début que ton plan était de la merde, mais tu ne m'as pas écoutée.

- Ce n'est pas mon plan le problème... Si tu étais moins de mauvaise foi, tu remarquerais très bien qu'on a été repéré de façon étrange... C'est évident qu'on n'a pas les connaissances requises pour infiltrer l'Aincrad. Nos informations sur leurs technologies sont datées...

Je me doutais que Saber allait trouver à redire, et au fond je peux la comprendre. Après tout, moi-même je m'en veux d'échouer si bêtement. Je me dis que si j'avais été plus prudente ou attentive, on aurait sûrement évité cette situation, qui sait... Mais d'un autre côté, je relativise en constatant que j'ai démarré cette mission avec clairement des informations datées sur ce qu'on pouvait trouver ici.


- Tu crois vraiment que le conseil nous a envoyés ici pour reculer ? Naïve ! C'est clairement une mission de la plus haute importance, et je doute que l'échec soit toléré !

- Je le sais très bien que c'est une mission importante... Mais tu vois d'autres solutions, là ? Si on continue, on fonce droit vers une mort certaine.

- He bien ça tombe bien, j'ai une idée, moi.

- Une idée ?

- Ouais, une diversion, tout simplement.

Une diversion ? J'avoue que je ne comprenais pas très bien l'utilité d'une diversion, là. Cela ne nous permettra pas pour autant d'atteindre les étages supérieurs. Mais part contre, pour fuir d'ici, cela peut être une très bonne idée, je l'admets. Cependant, il y a un truc qui me gêne...


- Et comment, tu comptes faire diversion ? Le principe d'une diversion est de détourner l'attention, donc cela implique qu'une de nous se sacrifie. Et je ne pars pas d'ici sans vous, alors oublie.

- Ha, mais qui a dit que c'est une diversion pour fuir ? s'exclama-t-elle, tout en s'approchant de moi. Mon but est de permettre au reste de l'équipe d'avancer, pendant qu'une de nous détourne l'attention. .. Et qui de mieux que le chef d'équipe, pour un tel acte héroïque ?

- Qu..

Je n'eus pas le temps de réagir ou de faire quoi que ce soit, que Saber venait de me pousser sans scrupules en arrière. Le problème, c'est que derrière moi il y avait juste du vide, donc le temps que je réagisse, j'étais déjà en train de chuter. C'était comme si tout était au ralenti, là. Tandis que je sentais mes pieds ne plus toucher le sol, je pouvais apercevoir le district supérieur, indiquant clairement que je chutais sans échappatoire. Cela a sûrement dû durer une seconde, mais la chute qui me paraissait infinie se conclut lorsque je m'écrasai violemment sur le sol en contrebas. Une chute pareille ne peut pas me faire de dégâts, mais le problème, c'est le bruit fracassant de mon armure qui venait de retentir, lorsque mon dos heurta le sol. Le son était suffisamment fort pour alerter les environs, et j'imagine facilement que c'était ça, le but de Saber.


- J'apprécie ton dévouement Erza, me cria Saber, visiblement morte de rire, vu le son de sa voix. Ne lâche pas surtout ! On compte sur toi !

- Argh... salope, murmurais-je à moi-même, tout en essayant de remettre mes esprits en place. Elle ne perd rien pour attendre celle-là...

Tandis que j'étais encore allongée sur le sol, encore légèrement sous le choc de l'action de Saber, je pouvais légèrement entendre la conversation qu'elle entretenait avec Kanae.


- Mais qu'est-ce qui t'a pris Saber ?! Pourquoi tu as poussé Erza ?!

- Ça va chiale pas, elle va s'en tirer. C'est la « chef » non ? Allez, vient, on profite qu'elle vient d'ameuter toute la troupe en bas, pour filer au prochain district !

J'aurais pu continuer de rester avachi sur le sol, là, mais le fait que Saber cite que j'ai visiblement « ameuté » une troupe me fit réagir. Je me redressais donc, et j'eus à peine le temps de me lever entièrement, que devant moi se trouvait une bonne dizaine de soldats, leurs armes pointées dans ma direction. Je préférais sur le moment reporter ma relève, laissant pour l'instant un genou au sol, évitant les gestes brusques. Je pus d'ailleurs entendre par ailleurs la fin de la discussion entre Kanae et Saber, sans y prêter grande attention pour autant, vu ma situation.


- Putain grouille-toi, allez ! Ta mission c'est de trouver cette arme, pas de te préoccuper d'Erza, pauvre conne !

- Vas y toute seule, je n'abandonnerai pas Erza !

- Tsss, comme tu veux ! T'as qu'à rester, moi je vais remplir notre mission !

Quelques secondes après la fin de la discussion entre ces deux-là, Kanae venait de me rejoindre en sautant sans hésitation. De ce que j'ai compris, Saber voulait profiter de ma situation pour filer avec Kanae. J'avoue que si j'avais pu, j'aurais dit à cette dernière de suivre Saber, vu qu'après tout, maintenant qu'on est dans cette situation, autant en profité. Mais bon, je dois avouer que son geste envers moi me réchauffe le cœur, dans une situation qui sent vraiment la merde...


- Ça va devenir dangereux ici, Kanae, tu aurais dû rester avec Saber.

- Je le sais bien... Mais je n'abandonne pas une partenaire, moi.. Et je me sens plus en sécurité avec toi, qu'avec elle..

- Kanae... dis-je, tout en esquissant un sourire. Tu es prête ? Il va fal...

À peine eus-je le temps de terminer ma phrase que je dégainai ma lame de son fourreau. Un son de deux lames qui s'entrechoquent retentit avec fracas immédiatement après que j'eus placé cette dernière d'un geste vif, juste derrière Kanae. Après cette action, la lame que je venais de contrer était visiblement tenue par un humain, qui après une manœuvre agile en l'air, atterrit à quelques mètres devant nous. Il s'agissait de l'homme que j'avais aperçu tout à l'heure. Il était à présent face à nous, les deux lames dégainées, et le regard pointé sur moi. J'étais sans voix. C'était donc ça un elympien entraîné ? Kanae n'a absolument rien senti, et moi non plus. Je dois ma réaction qu'à mon sixième sens qui a visiblement fait son travail, sur le coup. Car, la vitesse de ce type, ainsi que sa précision est complètement folle. Si j'avais eu ne serait-ce qu'une demi-seconde de retard, la tête de Kanae roulerait sur le sol, à l'heure qu'il est. Son attaque était décisive, et clairement destinée à Kanae. Serait-ce possible qu'il ait – sans même nous connaître – déjà analysé qu'elle est plus faible que moi ? Si ce n'était qu'une attaque au hasard, bien maintenant ce ne sera plus le cas, vu que s'il est aussi doué que je le pense, il a dû remarquer que Kanae n'a aucune réactivité due à son manque d'entraînement. D'ailleurs, elle semble assez choquée de ce qu'il vient de se passer, et sans même s'en rendre compte, je jurerai qu'elle tremble légèrement. Je ne peux pas la blâmer, après tout, elle a failli mourir sur le coup. Je remarque cependant que son bracelet n'est plus actif, ce qui veut dire qu'elle l'a désactivé en venant me rejoindre. Cela explique du coup sûrement le fait qu'il l'ait attaqué elle, et pas moi. Donc, dans un certain sens, c'est Kanae qui m'a sauvé la vie, car moi, mon bracelet n'est toujours pas désactivé. Dans toute cette agitation, je l'ai complètement oublié... Pourtant, il serait temps que je le désactive. Car, face à nous, en plus de ce type, se trouve une bonne vingtaine de soldats.


- Unité 6, déployez-vous en direction du secteur nord. Unité 4, fermé entièrement le district, ordonna l'homme, tout en mettant son doigt à l'oreille, parlant sûrement grâce à un système de communication à distance. Quant à vous, unité alpha, partez à la poursuite de la blonde, elle se dirige vers la sortie nord. Vous six, vous restez avec moi pour ces deux-là.

- À vos ordres, capitaine !

Immédiatement après ces paroles, les soldats face à nous se déployèrent, comme si on n'existe pas. Au bout de quelques secondes, il ne restait plus que ce type, ainsi que six soldats. J'aurais pu être contente, de voir le nombre de nos ennemis diminuer, mais quelque chose me mettait mal à l'aise. Ce type instaurait un climat qui me glaçait totalement le sang. Il venait de se débarrasser de toute sa garde, en stipulant visiblement que lui et six soldats suffiront à nous terrasser. Ou alors il était prétentieux comme pas possible, ou alors il était clairement sûr de savoir ce qu'il faisait. Malheureusement, quand je vois son regard déterminé, son assurance, ainsi que son calme, je ne peux m'empêcher de craindre pour la suite. C'est d'ailleurs sans plus attendre que je désactivais finalement mon bracelet, pour ensuite me mettre en garde, mon regard fixé dans le sien. À la vue de mon action, Kanae également, se tint prête, ayant visiblement repris ses esprits et son courage. De même pour ce type, qui nous imita sans plus attendre. Cette fois c'est l'heure, je vais vraiment devoir affronter cet elympien. Mais tandis que je me tenais prête, aucun de nous n'osait attaquer. Il devait tout comme moi, sûrement observer la situation. Je remarquerais cependant qu'il fixait de façon de plus en plus soutenue Kanae. Cela confirme sûrement qu'il a compris qu'ici je suis l'adversaire coriace. Du coup, il a sûrement dans l'intention d'éliminer ma partenaire en premier, pour ne pas avoir de surprises. Au vu de sa vitesse d'exécution, je ne préfère pas prendre de nouveau le risque de mettre Kanae en danger. Je n'aime pas cela, mais je devais attaquer en première, pour le forcer à se concentrer sur moi.


- Kanae couvre-moi !

Sans hésitation, je m'élançais à toute vitesse sur ce type. Comme je le pensais, il n'eut pas le temps d'esquiver le coup, et nos lames s'entrechoquèrent violemment, déclarant le début de notre affrontement. Très vite, il dégagea ses lames, puis riposta en envoyant une série de coups, que je contrais non sans mal, tout en ripostant par la suite. Nos échanges étaient rapides et précis. Cependant, sans que j'eusse le temps de réagir, il passa immédiatement dans mon dos, prêt à abattre un coup meurtrier. Mes réflexes n'étant pas rouillés, j'eus tout juste le temps de contrer en ramenant rapidement ma lame dans mon dos. Suite à cela, je me retournais et envoyai à mon tour une attaque à l'horizontale qu'il esquiva d'un flip arrière, avant de nouveau me foncer dessus avec une vitesse vertigineuse. Une fois proches, nos lames se rencontrèrent de nouveau plusieurs fois, sans temps mort. Le combat était plutôt serré entre nous, et j'avoue que je comprenais enfin ce que ça fait d'affronter un elympien. Sur Zénithrias, on s'entraîne bien à affronter des types de ce monde, grâce à des pantins en bois, ainsi que les yeux bandés. C'est le seul moyen qu'on ait trouvé pour reproduire la sensation de combattre une personne d'Elympios. Mais ce n'est vraiment pas utile, quand je vois ce type. Les pantins, ça ne riposte pas, alors que ce type attaque pour tuer à chacun de ses coups. Si je relâche mon attention ne serait-ce qu'une seconde, je peux prédire sans mal que je suis morte. La seule chose qui fait que j'arrive à le suivre depuis tout à l'heure, c'est mes réflexes. Néanmoins, plus notre combat fait rage, plus j'arrive à percevoir ses mouvements, et m'habituer à lui. Mais cela semble le cas de son côté aussi, malheureusement... Je pense avoir compris comment il fait pour se déplacer si vite cependant. Chacun de ses mouvements est suivi de quelques étincelles sous ses bottes. Cela doit être ces espèces de gadgets dont j'ai entendu parler dans les rapports. Mais s'il utilise de la technologie pour se déplacer, ce n'est pas le cas de ses coups qui sont d'une extrême vitesse. De ce fait, il a donc naturellement des réflexes et une rapidité d'un tel niveau ? Ce n'est tout simplement pas humain ! Mais ce ne semble pas être un Nephilim non plus, vu qu'il n'a pas les yeux vairons...

Tandis que notre combat se poursuit, je remarque que Kanae semble plutôt bien s'en sortir contre les soldats. Cependant, les six de tout à l'heure se sont transformés en une dizaine. J'ai l'impression qu'une nouvelle unité est arrivée, depuis le début de notre échange. Mais absolument aucun d'eux ne s'occupe de moi. C'était comme s'ils n'avaient aucune envie de déranger mon affrontement avec leur chef. Ce qui pour le coup m'arrangeait assez, vu le niveau de ce gars. Je pense néanmoins que je pourrais prendre l'avantage, si j'ôte mon armure. Car, le manque d'énergie sur ce monde réduit inévitablement notre niveau original. Du coup, le poids de mon armure qui habituellement ne gêne pas sur Zénithrias, est ici un vrai calvaire qui me ralentit. Mon armure flamboyante serait plus légère à porter que ma tenue classique, mais elle me consommerait beaucoup trop de magie ici, pour la rentabiliser. Il ne me reste que ma tenue d'entraînement... Mais elle me prive de toute défense. Si je l'enfile, il faut absolument que je l'accule sans qu'il ne puisse riposter, sinon je suis dans la merde.

Au bout d'un moment, j'entendis une explosion derrière moi, immédiatement après que Kanae est canalisée un art magique. J'étais trop concentrée sur le combat pour m'en occuper, mais il semblerait qu'une femme était arrivée dans la zone. Kanae a visiblement réglé le souci assez rapidement, mais à peine la jeune femme était hors d'état, que mon adversaire m'ignora soudainement, en fonçant comme une flèche sur Kanae. Malgré ma concentration, je n'avais même pas eu le temps de le bloquer. Je ne sais pas qui est cette femme pour lui, mais il a pris instantanément Kanae pour cible, dès qu'elle a battu cette dernière. Cette fois, je n'avais plus le choix, il fallait que je passe à la vitesse supérieure, car ce type venait de me laisser sur place. C'est donc en toute hâte que je m'équipais de ma tenue d'entraînement, qui n'est autre qu'un confortable hakama. En plus de cela, je décidais d'invoquer une deuxième lame. Contre un adversaire rapide, il faut simplement être plus rapide... Grâce à cette tenue, ma vitesse venait de doubler, ce qui me permit une fois de plus de me dresser entre Kanae et ce type, pour le contrer une nouvelle fois. Avec ma deuxième lame, j'envoyais un autre coup, dans le but de l'éloigner de ma partenaire. Il esquiva d'un salto arrière, tout en lâchant deux petites boules qui venaient rebondir sur le sol. Le voyant s'éloigner à bonne distance, je compris très vite que cela ne sentait pas bon de rester à côté. Et j'ai vu juste, j'eus tout juste le temps de faire une esquive sur la droite, me permettant de m'éloigner de quelques précieux mètres, qu'une explosion semblable à une onde de choc électrique eut lieu. Bien sûr, sous le coup de l'action, j'avais oublié de prévenir Kanae. Mais heureusement, il semblerait qu'elle ait compris aussi, vu qu'elle a lancé un art de bouclier. Cependant, le souffle de l'explosion l'expulsa violemment contre la rambarde derrière elle, se cognant la tête la première dessus, elle ne se releva pas. Je ne m'inquiétais pas plus que cela néanmoins, vu que je pouvais sentir sa magie. Ce qui voulait dire qu'elle venait juste de perdre connaissance. Et en toute franchise, cela m'arrange, comme ça, elle ne risque plus rien à présent, et je vais pouvoir me concentrer entièrement sur mes attaques.

Maintenant que j'avais l'esprit libre, et que j'avais esquivé son piège, je fonçais de nouveau sur lui. Sauf que cette fois – comme prévu – sa réaction fut plus tardive, et c'est lui qui venait de placer ses lames de justesse entre les miennes. Sauf que moi, je ne vise pas pour tuer. Mais ça, il n'est pas censé le savoir, et j'attaque donc avec toute la hargne nécessaire pour le faire paniquer. Après un enchaînement de quelques coups de ma part, j'avais clairement l'avantage. Les échanges devenaient à sens uniques. Mais il tenait bon, et bien que je l'acculais encore et encore, il tenait et continuait de parer tous mes assauts. Tandis que je l'acculais, tout en le faisant reculer, j'aperçus qu'on s'approchait d'une rambarde. Une fois dos à cette dernière, il n'aura plus d'échappatoires, c'est à ce moment-là que je devrais en profiter ! Finalement, après quelques secondes qui devaient lui paraître des heures, je le coinçai sur la barrière. Immédiatement, il perdit de la liberté de mouvement, et mes assauts frénétiques devenaient bien trop rapides pour qu'il puisse réagir convenablement. Il ne semblait néanmoins toujours pas inquiet, et gardait toujours cet air sûr de lui... Mais je décidais d'ignorer ce détail, et d'accélérer une dernière fois la cadence, pour lui asséner une taillade décisive, histoire de le calmer sans le tuer. Mais avant mon attaque, je vis son regard fixer une demi-seconde mon épaule. Par réflexe, je me retournais instantanément, et j'eus raison. Car, la jeune femme de tout à l'heure était de retour, et je n'allais pas pouvoir esquiver son tir, vu qu'elle semble déjà m'avoir en joue... J'ai commis l'erreur d'oublier de surveiller mes arrières, sûrement à cause du fait que d'habitude on repaire notre ennemi par son énergie... Quoi qu'il en soit, j'avais à peine eu le temps de l'observer d'un air surpris, que je reçus un projectile qui venait sûrement de me perforer la partie inférieure gauche de l'estomac.


- Humpf..

Cela eut pour effet de me faire perdre l'équilibre, ainsi que de me forcer à poser un genou au sol. Mais cela n'était pas suffisant pour me mettre hors combat. Et je devais en profiter immédiatement pour retourner la vapeur. Je me relevais donc de façon rapide, et en tournoyant sur moi-même, j'envoyais sur le type surpris par ma relève, une vague d'énergie pure expédier de mes doubles lames. Cela n'était pas tranchant, mais suffisant pour mettre un terme à un combat. Cependant, j'avais envoyé cela par réflexe, et avais oublié que derrière lui, il n'y avait qu'une rambarde. Et vu la force que j'avais foutue dans ce coup, il fut éjecté sur une bonne vingtaine de mètres, avant de s'écraser sur la façade d'un bâtiment, pour ensuite chuter de bien dix mètres. Mais au lieu d'être contente de m'en être sortie, j'étais plutôt inquiète sur son état de santé... J'espérai qu'il était aussi résistant que rapide... Mais je n'avais pas le temps de m'occuper de son sort pour l'instant. La jeune femme était toujours là, visiblement en état de choc. Je tournais donc légèrement la tête, sans me retourner, en lui lançant un regard déterminé, dans l'espoir qu'elle fuit. Mais elle arma quand même ses armes et commençait à faire feu. Cette fois, j'évitais ses tirs sans problème, et à peine trois rafales plus tard, j'étais déjà dans son dos, venant de lui asséner un coup décisif qui lui fera faire de beaux rêves. Je ne pus m'empêcher de la traiter d'idiote, avant qu'elle ne perde connaissance... Il était évident qu'elle n'avait aucune chance.


- Baka...

Une fois au sol, je pouvais enfin souffler, le combat était terminé. Je n'avais tout de même pas l'intention de me reposer, et me dirigeai directement vers Kanae. Une fois à côté d'elle, je m'abaissai dans le but de voir son état. Et comme prévu, elle était simplement évanouie. J'aperçus cependant une blessure sur son épaule gauche qui saignait légèrement, mais rien de grave. J'étais vraiment rassurée qu'elle aille bien. Mais nous ne pouvions pas rester ici, et le temps qu'elle fasse un somme, on devait se cacher. Je décidais donc de rééquiper ma tenue classique, et d'ensuite activer mon bracelet, ainsi que celui de Kanae. Soudainement, je sentais une douleur atroce, dès le moment où j'ai activé le bracelet. Je n'avais encore jamais ressenti quelque chose d'aussi violent. C'était comme si je venais de me faire transpercer le bas du ventre par une lame. Cela me fit tomber à genoux immédiatement, d'où je pouvais observer mon sang commencer à s'écouler sur le sol de façon abondante. J'aurai dû y penser, mais ce bracelet nous prive de notre magie, donc de nos défenses. Du coup, la blessure infligée par cette femme, devient une véritable plaie à supporter. Sans le bracelet d'activé, cette blessure se serait soignée d'elle-même dans quelques heures, mais là, elle va rester... Mais je n'ai pas le choix. Je ne peux pas prendre le risque de nous faire repérer... Je vais devoir supporter la douleur. En attendant, il faut en priorité que je stoppe l'hémorragie. Je déchirais donc rapidement un bout de tissu prélevé à partir de ma jupette, et l'utilisa comme bandage. La douleur était toujours aussi forte, mais au moins mon sang ne s'écoulait plus à flot. Je tentais de me redresser par la suite, mais je me rendis compte que mon plastron allait être finalement gênant, et faire un poids non négligeable sur la blessure... Il fallait donc que je l'abandonne ici. Dommage, j'aimais bien ce plastron... Mais en le déséquipant naturellement, je ne pourrais plus l'invoquer par la suite. Vu que ce n'est pas une tenue magique, comme mon armure flamboyante. Mais simplement une tenue que je garde dans mon cristal du néant. Tant pis, je n'avais pas le choix de toute façon. Et je dois admettre que maintenant que je l'avais retiré, je me sentais bien plus légère, et la douleur légèrement moins violente. Mais malgré ma blessure, il faut que je transporte Kanae dans un endroit sûr, dans lequel on pourra se reposer. Après une petite hésitation donc, je la soulevais, et la prenais sur mon dos. La douleur revînt instantanément, mais je ne devais pas flancher. Il fallait qu'on s'éloigne de cette zone le plus vite possible... Je relativise cependant, en me disant qu'elle n'est pas lourde du tout cette fille, et que je remercie le ciel que ce ne soit pas un mage-lame en armure. C'est donc d'un pas lourd et douloureux, que je me mis en route à la recherche d'un endroit sûr...

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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mer 8 Juil - 20:43

Une blessure ennuyante

27 avril 2212

11h04
Aincrad, district 6

C'est d'un pas lourd et douloureux que j'avance dans ce district, avec ma partenaire sur le dos. Je ne saurais dire combien de temps cela fait que je marche, mais mon corps devient de plus en plus lourd. Chaque pas devient un calvaire à présent, un calvaire de plus en plus insoutenable. Cependant, il était hors de question que je reste près de la zone où a eu lieu la bataille. Néanmoins, je ne pensais pas que cela serait si douloureux. Depuis quelques minutes, je ressens divers tremblements dans tout le corps, en plus de commencer à sentir de la sueur perler le long de mon visage. L'effort que je fournis semble titanesque, alors que c'est une chose toute simple habituellement. En tant que mage de bataille, notre corps est naturellement renforcé, du coup, je n'aurais jamais imaginé qu'une si petite blessure puisse me faire si mal. Je sais évidemment que c'est le fait d'être privé de défense magique via le bracelet qui cause cet effet, mais quand même, une telle douleur... Quoi qu'il en soit, plus j'avance, plus je me sens lourde. Je me surprends même depuis quelques secondes à tituber de gauche à droite, déviant indirectement de ma trajectoire. De plus, j'ai les yeux qui piquent, et les paupières lourdes. Il est clair que j'arrive à ma limite, je ne pourrais pas continuer à forcer bien longtemps. De toute façon, le tissu censé calmer la coulée du sang est tellement trempé, qu'il n'éponge plus rien et laisse perler des gouttes depuis quelques mètres. Ce qui est une aubaine inespérée pour me pister. Heureusement, j'ai rejoint il y a quelques minutes une petite zone en contrebas, possédant un petit cours d'eau, mais qui me permet quand même d'effacer mon sang. Même si je dois avouer que l'odeur de cette eau est affreuse, en plus d'être d'une teinte verdâtre.

Finalement, je pense qu'ici sera un bon endroit. Je viens d'arriver dans ce qui ressemble à un abri souterrain, avec toujours cette eau verdâtre à côté. Après un léger tour d'horizon, je me décidais à poser délicatement Kanae sur le sol, en position assise, dos à un mur. Je ne cache pas que j'étais soulagée d'avoir perdu ce surplus de poids, là. Même si je n'eus guère le temps de me réjouir, vu qu'à peine avais-je tenté de me redresser, que je retombais instantanément à genoux, les deux mains posées sur le sol. Très vite, je fus prise d'une toux soudaine, qui me fit dégobiller ce qui semblait être du sang. Après cela, je m'écroulais comme une pierre sur le sol, allongé sur le ventre comme si j'avais reçu une blessure mortelle. C'est comme si mon corps refusait de bouger, comme si je n'avais plus aucune motivation. Je remarquais d'ailleurs que mon sang recommençait à s'écouler sur le sol de manière abondante. Je pris donc mon courage à deux mains, et glissa mon corps, près de celui de Kanae, pour ensuite me mettre dans la même position. C'est une fois dos à ce mur, que j'enlevais le bout de tissu qui cachait ma blessure, dans l'espoir de le changer. Dès que je l'eus retiré, je devais avouer que ce que je voyais était vraiment moche. C'était presque écœurant de voir tout ce sang. Du coup, je déchirais vite une autre partie de ma tenue, pour calmer de nouveau la coulée. Cette solution ne pourra cependant pas durer éternellement, car à force de déchirer des bouts de ma jupette, je vais finir la culotte à l'air. Une fois l'hémorragie de nouveau contenue, je posais ma main sur le tissu, comme pour renforcer la pression sur ce dernier, puis laissa ma tête se reposer contre le mur où j'étais adossée. Je profitais de cet instant pour souffler un bon coup, ainsi que de fermer mes paupières à présent lourdes.

Cela me donnait une occasion de repenser que tout cela était à cause de Saber. Cependant, je ne peux m'empêcher de m'inquiéter quand même pour elle, et me demander si elle s'en sort mieux que nous pour le coup. Aux dernières nouvelles, ce type avait envoyé une sacrée troupe à ses trousses. Mais connaissant cette fille, elle doit certainement aller très bien. J'espère simplement qu'elle va respecter le fait de ne pas attaquer pour tuer... Même si malgré son caractère, elle est très fière de sa place dans l'armée, alors ce n'est pas dans son intérêt de désobéir à un ordre du conseil. D'ailleurs, en parlant de tuer, je ne peux m'empêcher depuis tout à l'heure de me demander pourquoi cette jeune femme ne l'a pas fait ? Elle avait l'avantage de la surprise, et j'étais incapable d'esquiver son tir. Pourtant, elle a tiré dans un endroit non létal. Bien sûr, cela aurait pu être un tir raté, mais je sais que ce n'était pas la raison. Ce qui m'empêche de penser cela, c'est son regard. Je ne l'ai croisé qu'un court instant, mais ce regard exprimait tout, sauf l'envie de tuer. Il était loin de celui du type que j'ai combattu. Cette femme n'avait simplement aucune intention de me tuer... Il en va de même pour Kanae. Lorsqu'elle est arrivée, elle a en premier lieu annoncé sa présence à Kanae, avec pour intention de lui laisser une chance de se rendre. Évidemment, Kanae n'a jamais appris la langue elympienne, alors elle a naturellement fait feu, mais c'est l'action qui m'intéresse. Ce type, lors de son arrivée, n'a pas fait dans l'hésitation et a directement attaqué pour tuer. Alors qu'elle, n'a pas eu un seul moment l'intention de tuer. Enfin, j'imagine que je ne le saurais jamais, puis à vrai dire, c'est surtout le fait qu'elle ait les yeux vairons, qui m'avait le plus intriguée, maintenant que j'y repense. Puis bon, pour l'instant, j'ai d'autres choses à penser, par exemple les pics de douleurs atroces qui me frappent à intervalles réguliers. Elle ne m'a peut-être pas tuée, mais elle ne m'a pas raté. Je pense que son projectile a dû perforer une partie de mon estomac, vu la douleur.


11h18

Je ne sais pas combien de temps s'est écoulé depuis que je me repose ici, mais la douleur ne diminue pas. Bon sang, quel pathétique état. Ça m'apprendra à ne compter que sur ma perception d'énergie...


- Hum, héhé... me mis-je à rire nerveusement.

En fait, je pense à ce que mes proches diraient, de cette situation. Pour Tsubaki, elle en profiterait pour me faire la morale sur le fait que je néglige mon entraînement, et que c'est bien fait pour ma gueule. Ma mère comme d'habitude viendrait me réconforter et s'occuper de mes blessures. Je crois que pour elle, je suis toujours la petite Erza qui pleurait tout le temps pour un rien. J'imagine que c'est le cas de tous les jeunes enfants, mais selon ses dires, j'étais une vraie pleureuse ! Elle a beau être une gardienne, elle a toujours été très proche de nous. Peut-être que le fait qu'on ait grandi sans père l'a poussée à essayer de combler ce vide. Je crois qu'il n'y a pas une personne que j'admire plus que ma mère. Si je deviens la moitié de ce qu'elle est un jour, j'aurai déjà atteint un objectif inespéré. Pour ce qui est de ma petite sœur Elesis, elle commencerait à paniquer et ne pas y croire. Depuis qu'elle est petite, on a toujours été bien plus proche que la relation que j'entretiens avec Tsubaki. Cela s'explique par le fait qu'elle est frappée par un problème qui demande beaucoup d'attention. Elesis a ce qu'on appelle une magie instable. C'est très rare, mais en gros, elle est incapable de contrôler l'afflux d'énergie qui parcourt notre organisme. Du coup, on doit surveiller à ce qu'elle ne se blesse pas toute seule, par exemple. Ce genre de soucis n'est malheureusement pas curable, alors elle fait avec et nous aussi. Cependant, Tsubaki est une perfectionniste abusive, et l'échec dans la famille, elle ne le supporte pas. Alors, notre petite sœur, au lieu de s'en occuper, elle préfère l'ignorer, tout comme moi d'ailleurs, sur qui elle trouve toujours quelque chose à redire. J'ai l'impression qu'il n'y a que le nom de notre famille qui compte, pour elle... Enfin, tout ça pour dire qu'Elesis me voit un peu comme je vois notre mère. Donc, c'est quelque chose qu'on n'arrive pas à s'imaginer, que notre modèle ne soit pas invincible. Moi-même, j'ai gardé ce petit côté naïf en pensant que maman est la plus grande magicienne de tous les temps. Même si je sais très bien que ce n'est pas le cas, j'aime à penser cela, c'est comme ça. Quant à Inigo, bien lui trouverait le moyen de plaisanter de la situation, dans le but de me détendre. Depuis qu'on s'est rencontrés, il a toujours été à l'écoute et là pour moi. J'aime sa familiarité, bien qu'il soit de sang royal. D'ailleurs, j'ai bien dû mettre quelques mois, pour découvrir qu'il était prince. Non, vraiment, je ne sais pas si j'en serais où j'en suis, si je ne l'avais pas connu... Même si parfois il se comporte vraiment comme un enfant !


- Humpf.. m'exclamais-je soudainement, tout en serrant les dents.

La douleur était légèrement moins agressive, mais à présent, c'était des pics de douleurs irréguliers que je subissais. Chaque pointe me faisait souffrir comme je n'ai jamais souffert. Et la dernière venait de me plier littéralement. Si je n'étais pas en position assise, je me serais certainement une nouvelle fois écroulée comme une pierre. Je ne peux clairement pas rester comme cela à attendre que ça passe, il faut que je trouve une solution au plus vite. Il est définitivement hors de question que je crève ici, d'une blessure aussi minable. Malheureusement, je ne vois pas ce que je pourrais faire, là. Cela dit, en tournant légèrement ma tête vers Kanae, j'aperçois un genre de sacoche derrière elle, à sa taille. Je peux deviner sans mal qu'il y a certainement de quoi me servir là-dedans, connaissant cette fille. Le problème, c'est que je ne suis plus capable de bouger le moindre petit doigt. C'est comme si toutes mes forces m'avaient quittée, et que mon corps refusait de répondre. J'ai la tête qui commence à tourner, et les yeux qui me piquent de plus en plus... Bon sang, si seulement on pouvait utiliser nos cristaux du néant sur Elympios... Car, l'autre problème dans ce monde, c'est que les cristaux ne fonctionnent pas, étant donné qu'ils ne fonctionnent que grâce au courant spirituel qui parcourt Zénithrias. Du coup, lors des missions ici, on part à poil niveau équipement. C'est d'ailleurs pour ça que déchirer de plus en plus ma tenue ne m'arrange pas tellement. Si elle est foutue, je n'en ai plus de rechange. Sauf si j'équipe mon armure flamboyante ou l'hakama, mais bon, ça me consommerait de l'énergie, donc ça voudrait dire que je devrais désactiver mon bracelet. Finalement, je ne peux que regarder avec dépit, cette petite sacoche qui doit contenir quelque chose sûrement capable d'amoindrir ma douleur. Surtout que j'ai ouï dire lors de cette réunion que Kanae pratique l'alchimie, du moins, si j'ai bien entendu. Pour un mage de son niveau, c'est illégal, mais ça n'a pas l'air de la déranger. Je dois dire que je n'ai jamais trouvé ça normal qu'ici, un mage de bataille n'a aucun droit de pratiquer l'alchimie. On doit avoir une foutue licence, obtenue uniquement en pratiquant d'autres études, qui ne sont pas accessibles pour un mage de l'armée, justement... Quelle connerie, il y a de plus en plus de restrictions et de règles sur Élios...

Néanmoins, même si je suis dans cet état, et incapable de faire quoi que ce soit d'autre à présent, je suis contente que Kanae aille bien. Et maintenant que je la regarde, elle semble si paisible, on dirait un enfant qui dort. Elle est vraiment adorable. J'ai presque envie de lui faire un gros câlin, mais je n'ai malheureusement plus la force de bouger. Je crois que je ne me le pardonnerais jamais, s'il lui arrivait quelque chose ici. C'est une raison de plus qui fait que je ne mourrais pas sur ce monde. Pas après la promesse que je lui ai faite avant qu'on parte... Je la ramènerai chez elle, quoi qu'il arrive. Ce n'est pas une blessure comme celle-ci qui va me tuer. Certes, elle fait mal, mais cela reste tout de même supportable. Je vais simplement attendre que Kanae se réveille, qui je suis sûr, pourra m'aider. En attendant, je crois que je vais fermer les yeux et me reposer un peu... Je n'arrive plus à les garder ouverts... J'ai la tête qui tourne et mes pensées qui s'évadent... Tellement fatigué... Je vais dormir... dormir... juste un petit.. moment...

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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Lun 3 Aoû - 13:56

Épisode 4, la promesse

Soin d'urgence

27 avril 2212

11h34
Aincrad, district 6

Une désagréable odeur me chatouillait les narines, en plus de ressentir une douleur inconfortable au niveau du coccyx. Si en plus de cela j'ajoutais un léger mal de crâne, il était clair que ma situation n'était pas enviable. C'est donc difficilement que j'ouvrais lentement les yeux, comme si je venais de passer une nuit fort désagréable. Une fois semi-ouvert, je me frottai les yeux dans l'espoir d'y voir plus clair. Ceci fait, ma vision était enfin plus ou moins nette, ce qui me permit d'observer en premier lieu ce qui se trouvait devant moi. La première chose que je repérais était ce fin cours d'eau qui semblait longer ce long tunnel. Je ne mis d'ailleurs pas longtemps pour me rendre compte que c'était de là, que venait l'odeur nauséeuse qui envahissait mon odorat. Cependant, mes idées n'étant pas encore tout à fait en place, j'étais dans l'incapacité de me souvenir ce que je pouvais bien faire ici. Après quelques secondes à me masser légèrement la tempe du côté gauche, et mes esprits commençant à revenir à eux, je me souvins soudainement pourquoi j'avais mal au crâne. Même si c'était assez flou, je me rappelle que j'étais en train de combattre ces espèces de robots, puis qu'ensuite j'ai combattu une femme qui me parlait dans une langue inconnue. Après cela, je me souviens juste d'une explosion, d'Erza qui venait de me sauver encore une fois d'une attaque, et le noir complet. J'ai dû perdre connaissance à ce moment-là, je pense. Cela dit, en parlant d'Erza, j'eus comme un déclic qui me fit soudainement paniqué. Avant que je perde connaissance, elle combattait ce type d'un niveau bien trop élevé pour un être humain. De ce que je pouvais observer, le combat était rude et Erza n'avait pas l'avantage. Et j'avais justement dans l'intention de l'aider, avant que tout devienne noir. Mais si je me suis évanouie, ça veut dire que j'ai laissé Erza toute seule face à ce type... Cette simple pensée me rendit quelque peu nerveuse et inquiète, quant au devenir d'Erza. Non pas que je n'avais pas confiance en ses capacités, mais le type face à elle était vraiment fort.

Ceci dit, mes inquiétudes se dissipèrent assez rapidement, lorsque mes yeux se posèrent sur mon amie, qui au vu de sa position, me fit comprendre d'où me venait ce mal de coccyx. Sauf que son état ne me rassura pas réellement. Sa tête était penchée en avant, son visage transpirait, et en observant plus précisément, je pouvais observer de légers tremblements. Ayant quelques connaissances en soin magique, et donc les divers états d'une personne, je remarquais très vite qu'elle n'allait pas bien du tout, au vu des symptômes. Et pour cause, lorsque mon regard descendit vers son abdomen, je pus observer qu'elle avait sa main posée sur la partie gauche de son estomac. Mais ce n'est pas ça qui m'inquiétait, c'était surtout le fait que c'était ensanglanté, à tel point que sa main virait au rouge vif. D'ailleurs, en baissant les yeux un peu plus, jusqu'à apercevoir le sol, je constatais que du sang s'écoulait, formant une belle flaque sous Erza. Sans plus attendre, je me redressais légèrement, tout en restant accroupie à hauteur de mon amie. Je n'avais pas le temps de me demander ce qu'on faisait ici, ou le comment elle a subi cette blessure. Tout ce qui importait sur le moment était que je m'occupe de cette blessure. Je retirais donc avec délicatesse sa main, pour ensuite défaire le tissu - rempli de sang - qu'elle avait placé sur la plaie. Ceci fait, j'avais une vue très nette sur ce qui la faisait souffrir, et ce n'était clairement pas beau à voir. Elle avait un trou d'environ un centimètre, d'où s'écoulait toujours plus de sang. Je me demandais comment la peau d'un mage-lame a pu être à ce point traversé, eux qui ont la plus grande résistance de Zénithrias. Cependant, ma réponse ne se fit pas attendre, lorsque je me rendis compte qu'elle avait activé son bracelet. À ce moment-là, je compris un peu ce qui a dû se passer après ma perte de conscience. Erza a sûrement été blessée par ce type, mais l'a sans doute vaincu quand même, vu notre position. Ensuite, elle a dû activer nos bracelets, dans le but de nous rendre invisibles de nouveau. Le point qui me gêne du coup est qu'elle m'a certainement transporté, tout en étant touchée... Et avec le bracelet d'activé, notre organisme est privé de magie... Je comprends mieux pourquoi cette blessure est aussi sévère à présent. Sans résistance magique, elle est aussi vulnérable qu'un Elympien, ou un mage amoindri, comme ma sœur... D'ailleurs, en pensant à ma sœur, je me rappelle soudainement qu'il faut constamment que je fasse attention que ce qu'elle attrape ne s'infecte pas. D'où les soins réguliers que je dois lui donner, qui sont une des raisons pour laquelle j'ai étudié la médecine magique - donc l'alchimie - illégalement.

Il fallait que je soigne cette vilaine blessure au plus vite, pour éviter que ça ne s'infecte. D'autant plus que cela devait faire pas mal de temps maintenant qu'elle l'avait subi. Le fait qu'elle ait fait des efforts en plus n'arrangeant rien à la situation. Je me devais de la soigner, mais... comment ? J'ai quelques bandages et autres solutions curatives dans ma sacoche - par précaution -, mais vu la blessure, il faut que je lui applique un sort de soin avant toute chose... Cependant, le bracelet m'empêche de faire cette action, et si je le désactive, ils vont sûrement nous repérer... Bon sang, qu'est-ce que je peux faire ? Plus les secondes passent, plus cela empire. Bon, déjà en premier lieu, il faut que je me calme et que je réfléchisse à la situation. Même si la situation est déjà toute réfléchie... Peu importe la solution, je ne peux simplement pas la soigner, si je n'applique pas un soin mineur avant ! Partant de ce principe, il faut que je me décide entre la laisser mourir, ou désactiver mon bracelet pour la soigner, quitte à risqué de nous faire repérer. Sans blague, le choix est tout indiqué ! Il faut que je prenne le risque de la soigner... Cela dit, je n'ai pas besoin de pratiquer un soin entier. Je pense qu'un soin mineur de quelques secondes sera suffisant pour déjà stopper l'hémorragie. De ce fait, je n'ai besoin de désactiver mon bracelet qu'une dizaine de secondes... Ils ne vont quand même pas nous repérer en si peu de temps quoi... Mais le risque est pourtant bien là, et je n'ai pas envie de tomber sur un de ces types avec Erza dans cet état ! Le mieux serait donc que je la soigne en 10 secondes, que je réactive mon bracelet, pour ensuite continuer les soins avec ce que j'ai dans la sacoche. Une fois tout ceci fait, je me débrouille pour déplacer Erza de cet endroit, et nous trouver une autre cachette, pendant sa convalescence. Après tout, elle l'a bien fait pour moi tout en étant blessée !

Parfait ! Tout était réglé, il fallait à présent que je passe à l'action, et que j'entame le plus délicat : la désactivation du bracelet et l'application du soin. Je pris donc une grande inspiration, puis désactivais ce dernier. Sans attendre, je plaçais ma main sur sa plaie et commençais à lancer le soin. Ce soin que j'ai appris via l'alchimie est assez basique, mais demande déjà une concentration énorme. Comparé à la magie standard, pour utiliser la magie curatrice, il faut réussir à équilibrer parfaitement son énergie, et la garder telle quelle pendant tout le long de la procédure. Un tel équilibre est assez compliqué à atteindre dans un délai aussi court, mais heureusement, j'ai toujours eu une aisance assez étonnante, à maîtriser mon énergie. À croire que je suis née pour être alchimiste. Même si à présent, je ne pourrais plus du tout faire carrière là-dedans. Quoi qu'il en soit, je pense que le soin est suffisant, il est temps que je réactive mon bracelet. Ce dernier activé, je pris mon petit sac, et en sortie dans un premier temps un flacon. Rapidement, je versais le contenu sur la plaie à présent nettement moins moche et surtout, refermée. Ensuite, après avoir versé quelques gouttes, je me dépêchais d'appliquer une feuille de laurier. Le laurier pousse sur Zénithrias, et possède des capacités curatives souvent sous-estimées. En effet, le limbe de cette plante, une fois sur la peau, se colle à cette dernière et dégage une fine couche d'énergie spirituelle. De ce fait, elle se complète parfaitement avec la solution de mon flacon, qui a pour effet de cicatriser et soulager la douleur. J'utilise donc cette feuille comme bandage, comme ça, même pendant que je transporterais Erza, elle continuera d'être soignée. La convalescence risque de durer un peu de temps, mais au moins, quand elle se réveillera, elle sera en pleine forme ! ... En théorie.

Maintenant que j'avais terminé de soigner Erza, il fallait que je me dépêche de la transporter ailleurs, histoire de ne pas avoir une rencontre que je préférerais éviter. Je n'étais cependant pas sûr de pouvoir la soulever, mais bon, il fallait pourtant que je le fasse. Je le répète, mais parfois je me dis vraiment que j'aurais dû naître mage-lame, vu mon train de vie quotidien ! Sur ce, il était temps qu'on s'en aille d'ici. Je m'abaissais donc, dos à Erza, puis commençais à la faire glisser sur mon dos. La bonne nouvelle, c'est qu'elle n'était pas aussi lourde que je le pensais. La mauvaise, c'est qu'elle l'était suffisamment pour moi et ma faible force physique. Ceci dit, je n'avais de toute façon pas le choix que de faire un effort, donc me plaindre était inutile. C'est donc après une assez longue respiration, que je me redressais avec Erza sur le dos, dans l'intention de me mettre en route, à la recherche d'un endroit sûr. Je ne pense pas pouvoir aller bien loin cela dit, vu que là, j'ai déjà l'impression d'avoir les vertèbres brisées.

- Awn... m'exprimais-je déjà à bout de souffle. La nature s'est vraiment trompée de voie pour moi...

11h47

Finalement, je ne ressens presque plus le poids d'Erza sur mon dos - sans doute parce que je n'en ai plus - maintenant que ça faisait plusieurs minutes que j'avançais dans ce district complètement vide de vie. C'était presque angoissant ce silence aussi morne qu'un enterrement. Mais ce qui m'angoissait encore plus, c'était d'apercevoir de temps à autre des yeux furtifs m'observer à travers un rideau, ou autre habitation. Je ne pense cependant pas qu'ils nous fuient, vu qu'ils ignorent sûrement à quoi ressemble un magicien. Mais si j'en crois ce que j'ai pu voir plus tôt dans la matinée, la présence de l'armée semble installer une certaine crainte chez ces gens. Toutefois, me sentir observer commençait sérieusement à me stresser. Je m'arrêtais donc quelques secondes, dans le but de faire un tour d'horizon. J'eus rapidement une idée de l'endroit où l'on allait se cacher en levant la tête. La zone où je me trouve possède d'assez grandes constructions, et les toits semblent couverts. C'est un excellent endroit pour éviter d'être observé, mais également pour se cacher. Je repris donc mon avancée, jusqu'à arriver devant cette construction. Je déposai quelques secondes Erza sur le sol, pour reprendre ma respiration, puis une fois de nouveau prête, je m'engageais dans cet endroit. L'intérieur était sombre, en plus d'être délabré. Je me demande presque comment ce truc tient debout. Mais le plus gênant, c'est l'odeur absolument infecte qui y règne. Tout est immonde dans cet endroit ma parole. Cependant, cela devint le cadet de mes soucis, lorsque j'arrivais devant un escalier. Évidemment, pour monter sur un toit, j'allais forcément devoir emprunter un escalier, mais ça ne m'avait pas traversé l'esprit, sur le moment. Du coup, c'est avec dépit que je me mis en marche pour gravir cet obstacle infernal. Une fois au sommet, je déposais de nouveau Erza au sol – comme toutes les cinq marches - quelques instants pour reprendre mon souffle. Je crois que je n'ai jamais été aussi essoufflée de ma vie. Ce n'est vraiment pas une condition pour une jeune femme ça ! Enfin, la bonne nouvelle, c'est que le calvaire était bientôt terminé, vu que j'étais arrivée sur le toit. Je soulevais donc une dernière fois Erza, jusqu'à me diriger sur le toit extérieur, pour ensuite rejoindre une sorte d'alcôve dans un des murs. L'endroit parfait pour y déposer mon amie et mes fesses.


12h08

Cela devait faire quelques minutes à présent que j'avais rejoint cet endroit. J'avais posé délicatement Erza sur le sol, sa tête légèrement surélevée par mon petit sac, et je l'avais couverte avec ma cape habituelle pour qu'elle n'ait pas froid. Quant à moi, j'étais assise sur un rebord servant parfaitement de soutiens pour mes petites fesses. Puis surtout, mon coccyx ne souffrait pas dans cette position. Même si maintenant, c'était mes épaules que je ne sentais plus. Quoi qu'il en soit, il ne me restait plus qu'à attendre le réveil d'Erza. Je ne pense cependant pas qu'on va pouvoir bouger avant quelques heures, même si elle se réveille. Avec le bracelet activé, il faudra bien plus qu'une heure ou deux pour que sa blessure ne s'ouvre pas de nouveau. Je pense que je vais devoir lui changer la feuille de laurier dans peu de temps, vu que leur effet ne dure que jusqu'à ce qu'elle n'a plus d'énergie. Heureusement que j'en ai pris pas mal avec moi, on n'est jamais trop prudent, puis ça ne tient pas de place ! Malheureusement, j'ai beau connaître la durée de cette feuille, je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est, et aucun moyen de le savoir. J'imagine donc que je vais devoir faire cela au hasard, quand je le sentirais.

12h36

Le temps me paraît affreusement long, c'est horrible. Si j'avais su, j'aurais amené un bouquin avec moi en partant ce matin. En même temps, je ne pouvais pas savoir que j'allais attendre bêtement sur un toit pendant des heures. Mais cela ne change pas que je trouve le temps vraiment long. Quand je pense que tout ça, c'est la faute de Saber... Je ne la connais pas très bien, et je n'ai pas du tout envie de la connaître. Je n'arrive toujours pas à croire qu'elle ait fait cela à Erza, et qu'ensuite elle nous a abandonnés. Elle n'a vraiment aucun scrupule cette femme. Il est clair que celle-là, je ne l'inviterai pas à l'anniversaire de Sayoko ! D'ailleurs, je ne peux m'empêcher de penser à ma petite sœur depuis quelques minutes. Qu'est-ce qu'elle peut bien faire ? Qu'est-ce qu'elle s'est fait à manger ? Est-ce qu'elle va bien ? Je ne l'ai quitté que depuis quelques heures, et elle me manque déjà. J'ai l'impression que ça fait une éternité que je ne l'ai plus vu. Je suis tellement loin d'elle, dans ce monde. Quand je vais à l'académie, je ne la vois pas pendant une journée aussi, mais je sais qu'elle est à la maison, pas loin. Mais là, je suis tellement éloignée d'elle, que je ne peux m'empêcher de me sentir mal. Je sais qu'elle doit être à la maison, à m'attendre comme d'habitude, pour me souhaiter la bienvenue le soir venu... Mais cette fois, je ne suis même pas sûr de la revoir un jour... J'aimerais qu'elle soit à mes côtés là, tout de suite. Je sais que ce n'est pas digne d'un mage de bataille, mais je ne peux pas retenir les quelques larmes qui tombent sur le sol depuis quelques secondes...

- ..Hum..

Je crois qu'Erza reprend connaissance. Il est temps que j'arrête d'être mélancolique, et que je sèche ses larmes. Je n'ai pas envie qu'elle voie que je suis qu'une faiblarde qui est morte de peur au fond d'elle... Je passais donc rapidement ma main sur mes yeux, pour essuyer les larmes, puis me dirigeais vers Erza. Je m'accroupis à nouveau une fois à sa hauteur, pour l'aider à reprendre ses esprits.

- Erza ? Tu es de retour parmi nous ?

- … Kanae.. ?

- Oui, je crois que c'est moi ! lui répondis-je en esquissant un sourire. Comment te sens-tu ?

- Fatigué...

Après sa réponse, je la vis glisser sa main vers sa blessure. Puis une fois avoir tâté le terrain quelques courtes secondes, elle redressa son dos assez rapidement, puis m'adressa de nouveau la parole.

- Ma blessure... C'est toi qui l'as soignée, Kanae ?

- Hum hum, acquiesçais-je, mais tu n'es pas encore totalement guérie ! Alors, ne fais pas de mouvements brusques pour l'instant, d'accord ?

- Héhé, ria fébrilement Erza. Je savais que tu allais me soigner...

- Ha bon ? Comment as-tu su ?

- Parce que j'ai confiance en toi, voyons...

- Ho, je.. enfin.. balbutiais-je, tout en rougissant. M-merci...

Je ne sais pas pourquoi, mais savoir qu'Erza me fait à ce point confiance me comble de joie. J'ai toujours tellement l'impression d'être inutile, qu'entendre cela d'une personne comme elle m'est précieux. En fait, je me retenais de pleurer - pour changer - et de la serrer dans mes bras, tellement j'étais contente qu'elle aille bien, grâce à moi pour une fois. Si seulement je pouvais en faire autant pour ma petite Sayoko... Malheureusement, même si j'étais du niveau de Celica en magie curative, je ne pourrais toujours rien faire. Car, une telle opération n'est pas possible pour un seul magicien, ça demande bien trop de magie et de concentration. Néanmoins, ma petite sœur a une chance au moins. Il n'y a pas si longtemps que cela, on n'aurait jamais imaginé pouvoir soigner tant de choses avec la magie. Mais tout cela a un coût...

- Tu devrais te rallonger, Erza, tu guériras plus vite...

Je ne sais pas si c'était mon air mélancolique, ou ma voix fébrile qui faisait qu'Erza me fixait depuis quelques secondes, mais en tout cas, elle semblait pensive, tout en m'observant. J'ai beau cacher mon inquiétude, mais je ne peux pas camoufler ma façon d'être. Puis de toute évidence, je ne doute pas une seconde qu'Erza doit sûrement savoir que je suis mal, depuis notre départ de Zénithrias.

- Dis-moi, Kanae, pourquoi avoir accepté cette mission ? s'enquit Erza, en me fixant toujours de ses yeux noisette.

- C-comment ça ? répondis-je, assez gênée par cette question.

- Hier, tu te souviens que je t'avais proposé de t'évincer de la mission, n'est-ce pas ? Ce à quoi tu as répondu de façon enjouée que ce n'était pas la peine. Cependant, tes yeux disaient le contraire, ça se voyait facilement. Tu n'avais qu'une seule envie, c'était que j'annule ta participation, mais tu as quand même insisté. Pour dire vrai, je pensais que tu ne viendrais pas ce matin, j'étais persuadée que tu aurais réfléchi, et que tu te serais défilée. C'est ce qu'un mage de bataille de ton niveau aurait fait, c'est ce que moi j'aurais fait. Mais pas toi... Toi tu es venu, et ce, sans même hésiter, malgré que tu vives avec la peur au ventre depuis ce matin... Alors, réponds-moi franchement Kanae, pourquoi es-tu là ?

Finalement, Erza me posa la question que je redoutais. Mais pouvais-je vraiment jouer la surprise ? Il est évident que j'allais devoir me justifier un moment ou un autre. Après tout, comme elle le dit, ça saute aux yeux. Je pense que ce n'est pas utile que je mente à Erza, et que je devrais lui révéler une fois pour toutes ce qui me motive. Elle connaît l'état de Sayoko, mais ignore les détails, comme tous ceux qui m'entourent. À vrai dire, j'ai toujours eu du mal à me confier aux autres, préférant la plupart du temps rester toute seule avec mes livres, ou ma sœur. Ce n'est pas que je n'aime pas la compagnie des gens, au contraire, c'est juste que je n'en trouve pas l'utilité. Je n'ai jamais ressenti le besoin d'échanger ou de me rapprocher du monde autour de moi. Mais aujourd'hui, je me dis que c'est cet isolement qui me rend si peu confiante. C'est cet esprit, qui me bloque de plus en plus dans ma vie, à mesure que les années défilent. Si seulement j'étais moins sauvage, moins distante, peut-être que je serais plus forte, plus confiante, plus heureuse... J'aimerais vraiment nouer une relation forte avec Erza, je l'admire tellement, mais c'est si compliqué pour moi...

- Je... hésitais-je, détournant mon regard légèrement sur le côté, d'un air gêné. Sayoko...

- Sayoko ?

- Oui, c'est la raison qui fait que je suis ici... C'est pour elle que je suis devenue mage de bataille, et que j'ai fait tant d'efforts... dis-je d'une voix fébrile, tout en arborant un air fataliste. Depuis cet incident il y a cinq ans, je ne cesse de m'en vouloir de ne pas avoir pu la protéger... Même si je me réjouis qu'elle soit en vie, le fait qu'elle est perdue quatre de ces sept terminaisons rend sa vie infernale... Je sais qu'elle souffre de sa situation, elle souffre, mais le cache sous sa fausse bonne humeur... Mais moi, je ne peux plus la voir souffrir comme cela, alors quand j'ai appris qu'il existait une opération pouvant lui redonner l'usage de ses terminaisons, je me suis mise en tête de tout faire pour la sauver. Mais, le prix est bien trop élevé pour moi... Alors, j'ai décidé d'intégrer l'université, dans le but d'intégrer l'armée, pour pouvoir réunir la somme nécessaire... J-je.. je déteste me battre ou ma position dans l'armée... Mais je ne peux plus la voir souffrir sans rien faire... Je veux simplement lui permettre de vivre normalement, et qu'elle soit fière de sa grande sœur...

Sans m'en rendre compte, des larmes commençaient de nouveau à couler, tandis que je continuais de vider mon sac.

- … Je.. J-je m'en veux tellement de ce qu'il lui est arrivé... Même si je t'en suis éternellement reconnaissante de ce que tu as fait.. Je ne peux m'empêcher égoïstement de me dire que c'était à moi, de la sauver... Je me sens tellement inutile... Alors, j'ai pensé qu'en la soignant, j'arriverais peut-être plus à m'accepter et à me pardonner... P-pour ça, je suis donc prête à tout... Et je sais que les missions sur Elympios ça paye beaucoup... Du coup, je me suis dit que c'était une occasion d'enfin avancer dans mon objectif. M-mais... Mais finalement, c'était stupide... Je ne suis qu'un boulet... J'ai tellement peur.. Je ne veux pas mourir... Si je meurs, je ne pourrais jamais la soigner... J-je.. balbutiais-je, les larmes m'empêchant à présent de parler convenablement. Je suis désolée d'être un boulet... Désolé de te forcer à faire attention à moi.. Je voulais.. simplement aidez Sayako... J'en peux plus de la voir dans cet état... Mais si je meurs... ce sera encore pire... J-je.. je ne veux pas qu'elle souffre encore plus... concluais-je, à bout, mes larmes ne s'arrêtant plus de couler. Je voulais simplement l'aider...

Un long silence s'installa, tandis que j'étais inconsolable. Cela ne me ressemble pas de craquer comme cela devant les autres, mais cette mission, et le fait que j'ai tellement peur, a forcé cette situation. Je ne sais pas ce qu'Erza pensera de moi à présent, mais pour l'instant, je m'en fiche, c'est comme si je devais absolument vider mon sac. Peut-être que ce besoin vient du fait que je garde tout pour moi depuis cinq ans. Le fait que je réalise finalement que je suis sur une voie que je déteste. Je ne suis pas un mage de bataille, je voulais être alchimiste. Je suis une érudite, pas une combattante, je n'ai rien à faire sur le terrain. Je préfère mes livres aux armes, et ma tranquillité à la bataille. J'en ai assez de porter constamment ce masque, ce n'est pas moi, ce que je deviens. J'ai tout sacrifié pour Sayako, et je ne regrette pas, mais cela n'aura servi à rien, si je meurs bêtement ici... Je suis si naïve, d'avoir pensé pouvoir être ce que je ne suis pas. Il était évident qu'un mage de bataille doit être fort mentalement, bien plus que physiquement. Tout ce que j'ai fait, c'est de me fourvoyer et de me cacher la réalité, la réalité que ce que je faisais était stupide...

- Hum, imbécile héhé... s'exclama soudainement Erza, d'une voix enjouée, mais tremblante, qui indiquait clairement qu'elle avait les larmes aux yeux. Ce n'est pas malin, moi aussi je pleure maintenant, j'ai l'air de quoi là, hein ?

- J-je... d-désolé...

- Haaa... soupira-t-elle, tout en essuyant ses larmes. Ça va, calme-toi Kanae... Tu n'as pas à être aussi sévère avec toi-même. J'ignorais tout cela, et je suis contente que tu me l'aies dit... Mais ne pleure plus, ça va aller. Si tu ne peux pas combattre, alors je le ferais à ta place. Si tu as peur, alors je serais ton bouclier, c'est tout. Et quoi qu'il arrive, tu reverras ta sœur, je te le promets. Peu importe ce qui arrivera, ou ce qu'il adviendra de moi... Je te ramènerai sur Zénithrias. Tu ne mourras pas ici, je te le promets, tu seras de nouveau réuni avec ta sœur...

- Erza...

- Moi je te trouve très courageuse d'avoir fait tout cela, Kanae. Tu ne te rends pas compte de ce que tu as accompli par amour pour ta sœur... Non vraiment, tu devrais en être fière, et je suis sûr que c'est déjà le cas de Sayoko. Puis tu te trompes, je suis sûr que tu es bien plus douée que tu ne le penses, tu manques simplement d'expérience pour le moment... Tu sais, pour te dire la vérité, j'ai quand même demandé au conseil de te retirer de la mission hier, mais j'ai eu une réponse négative. Tu comprends ce que ça veut dire ?

- J-je... je n'avais pas le choix ? lançais-je, tout en m'essuyant les yeux à mon tour, légèrement calmée. Mais, pourquoi.. ?

- Je l'ignore... Mais le conseil nous cache quelque chose, ça, j'en suis certaine... Donc, malgré ton inexpérience, ils ont quand même décidé de t'envoyer ici sans te demander ton avis. Je ne peux malheureusement rien faire contre une telle décision, alors je me suis dit que je veillerais à ce qu'il ne t'arrive rien. Et maintenant que je sais tout ce que tu m'as raconté, je suis encore plus déterminée à te ramener sur Zénithrias.

La détermination et le courage d'Erza ont toujours été une source d'inspiration pour moi. Quand j'ai vécu chez sa famille, elle ne lâchait jamais ce qu'elle entreprenait et allait toujours au bout de ses entraînements, même si elle n'en pouvait plus. Elle donne tout ce qu'elle a, pour accomplir ce qu'elle se fixe dans la tête. Bien que je ne serais jamais jalouse d'Erza, je ne peux m'empêcher de parfois envier cet état d'esprit... J'aimerais tellement être sûre de moi, de ne pas douter constamment de mes choix, de pouvoir me rapprocher des gens sans avoir peur de les ennuyer... Mais surtout, de pouvoir moi aussi, rassurer ma sœur avec un simple sourire, comme le fait Erza. Ses paroles et son sourire viennent encore une fois de calmer ces larmes incontrôlables, comme il y a cinq ans lorsqu'elle m'a soutenue. Ce sourire et ce regard qui me redonnent chaque fois de l'espoir et du courage, lorsque j'en ai besoin. Bien que je sache qu'elle n'est pas infaillible, et qu'elle ne fait que de me rassurer, c'est suffisant. Ce quelque chose qu'elle m'inspire depuis que je la connais me remonte toujours le moral. J'aimerais tellement lui dire que je l'admire et qu'elle compte beaucoup pour moi, mais je ne trouve jamais les mots, et ce, pour n'importe quoi dans ma vie... Tout ce que j'arrive à dire, c'est toujours la même chose...

- Merci, Erza...

- Mais non... C'est moi qui dois te remercier là. Tu viens de me sauver la vie, tu as oublié ?

- Ho.. C-ce n'était rien ! dis-je en rougissant de nouveau. Je n'ai fait qu'appliquer la base...

- Humpf, soupira Erza, tout en esquissant une grimace. D'ailleurs, je vais t'écouter et me rallonger un peu...

- Oui, il vaut mieux... Je vais en profiter pour changer la feuille de laurier comme ça.

À peine Erza avait reposé sa tête sur le sac, qu'elle s'était rendormie quelques secondes après. Comme je le pensais, sa blessure avait certainement dû s'infecter, en plus d'avoir perdu beaucoup de sang. Du coup, il va lui falloir plus de temps pour retrouver la forme. C'est pour cette raison que je lui avais dit à son réveil de ne pas se lever. Je me doutais qu'elle ne tiendrait de toute façon pas debout. C'est à moi de faire en sorte qu'elle se rétablisse complètement maintenant, je vais faire de mon mieux pour que la guérison ne tarde pas trop ! Pour commencer, je vais devoir réitérer la solution en flacon, ainsi que la technique via la feuille de laurier. Après ça, je veillerai sur elle jusqu'à son réveil...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Mer 12 Aoû - 0:00

Le devoir d'un chef

27 avril 2212

18h37
Aincrad, district 6

La lumière se faisait de plus en plus faible, à mesure que le temps défilait. Les faibles rayons du soleil qui filtraient à travers les fondations des secteurs supérieurs s'éteignaient, laissant place à la nuit et aux éclairages extérieurs. Erza était réveillée depuis d'assez longues minutes déjà, et m'avait rejoint sur le rebord fort confortable pour le coccyx. Le repos, ainsi que les soins que je lui aie prodigués lui ont permis un rétablissement assez rapide. Sa blessure la lance toujours un peu, mais elle peut de nouveau se mouvoir normalement. Cependant, bouger n'est pas utile pour l'instant. Se déplacer lorsqu'il fera nuit sera plus facile et plus discret. Avec un peu de chance, ils nous croient peut-être mortes. C'est ce qu'Erza a pensé - sans en être persuadée - quand on s'est rendu compte qu'aucune recherche n'a été faite dans ce secteur. D'ailleurs, l'absence de mouvements de l'armée a quelque peu ranimé les rues de cet endroit. Il n'y a pas si longtemps que ça, tout était mort. Tandis que maintenant, c'est blindé de monde. Je suis bien contente finalement d'avoir trouvé cet endroit en hauteur. Mais cela n'a pas que des inconvénients que la vie ait repris, car ce sera que plus difficile de nous retrouver, dans tout ce monde.

- Ah, avant que j'oublie, tu souhaiteras le bon anniversaire à Sayoko de ma part quand tu rentreras.

- Ho, répondis-je surprise, tu t'es souvenu de sa date ? Ça remonte à loin...

- Évidemment, et je me souviens aussi du tien, au cas où tu en douterais ! plaisantait Erza, avant de reprendre d'un ton plus sérieux. Tu sais, toi et Sayoko vous faites parties de notre famille indirectement. Même si vous n'êtes pas restés longtemps, ça ne remet pas en cause le fait que je vous apprécie beaucoup, Kanae.

- Hu-hum..j-je.. dis-je difficilement, tout en baissant les yeux et mordillant mon index. V-vraiment.. ? J-je n'ai rien de spécial pourtant...

Après coup, ma réaction me parut stupide, mais les paroles d'Erza m'ont tellement prise au dépourvu. Je ne vois pas ce que j'ai d'intéressant pour une personne comme elle. À l'académie, je pouvais aisément accepter le fait d'être appréciée, vu que de toute façon, c'était la plupart du temps pour mes notes ou mes fesses. Mais pour Erza, ces deux cas ne sont pas possibles, du coup, je me demande bien pourquoi elle semble si attachée à moi... Sayoko je peux comprendre, vu qu'elle parlait beaucoup avec la jeune sœur d'Erza, et est plutôt extravertie. Mais moi, pendant toute cette période j'ai vécu recluse sur moi-même, maudissant mon impuissance et passant mon temps à pleurer en cachette... Quoiqu'en y repensant, je n'aie pas changé depuis le temps finalement...

- Huum, soupira soudainement Erza, bien sûr que c'est vrai... Pourquoi ne le serait-ce pas ? Parce que tu n'as rien de spécial ? Et moi alors, qu'est-ce que j'ai de spécial dans ce cas ?

- J-je..

- Je sais que tu t'en veux pour ta sœur, de même que ton impuissance face au destin, mais ce n'est pas en te détestant que tu vas t'en sortir. Arrête de ne voir que tes défauts et tes fautes, et accepte de voir aussi la vérité. Tu sais, j'ai remarqué que tu me places sur un piédestal depuis qu'on se connaît, et j'imagine que tu ne te sens pas assez « spéciale » pour moi... Bien comme tu veux, c'est ton droit de me tenir en haute estime, mais alors accepte le fait que cela peut aussi te concerner. La vérité, c'est que « moi » je te trouve intéressante, courageuse et déterminée. J'ai un profond respect pour tout ce que tu as fait pour ta sœur. Même si c'était dangereux et naïf, je connais peu de personnes qui aurait fait cela. Alors, libre à toi encore une fois de me tenir en estime, mais sache juste que moi aussi, j'ai beaucoup d'estime pour toi, Kanae.

- ...D-désolé... C'est que.. j-j'ai.. balbutiais-je, les larmes plein les yeux.

- … Et pleurer n'est pas une honte, ni une faiblesse, mais une preuve que tu es bien vivante. Puis, quand tu as un proche à côté, tu peux même te permettre de pleurer sur son épaule, et vider ton sac... C'est cool ça... hein ?

Il ne me fallut pas longtemps, pour pleurer à chaudes larmes, tout en serrant Erza aussi fort que je pouvais. Je me mise ensuite à vider sans pouvoir me retenir tout ce que je gardais pour moi ces dernières années. De l'accident de ma sœur, en passant par la mort de ma mère, tout en racontant en même temps à quel point mon incertitude me fait souffrir. À quel point la solitude que cela cause devient insupportable. C'est sûrement pour cela j'imagine que je suis en train de pleurer comme un enfant dans les bras de sa mère. Car, même si c'est encore une fois des larmes, cette fois c'est vraiment différent d'habituellement. J'ai comme l'impression qu'elles sont libératrices, comme si ces dernières étaient coincées sans pouvoir s'évader, et qu'enfin, elles venaient de sortir. Un sentiment rassurant m'envahissait, en plus de sentir une chaleur corporelle qui me fait cruellement défaut, depuis des années. Peut-être que c'est ce dont j'avais besoin, d'entendre de telles paroles, et une épaule sur laquelle pleurer.

- Là, ça va aller, me rassura Erza, tu te sens mieux ?

- O-oui... répondis-je, tout en essuyant mes dernières larmes. M-merci.. Erza..

- Hum, ça sert à ça les amis. Tu n'es pas obligée de toujours tout garder pour toi...

Je ne vais certainement pas retrouver confiance ou changer du jour au lendemain, mais grâce à Erza, je comprends à présent que ma solitude est une faiblesse. Ce ne sera pas facile pour moi d'être extravertie, mais il faut au moins que j'y arrive avec Erza. J'ai vraiment envie d'être proche d'elle, et de pouvoir parler à quelqu'un sur qui je peux compter. Je parle bien à ma sœur, mais au grand jamais je me plains ou lui raconte mes angoisses. Il est hors de question que je lui donne une inquiétude supplémentaire, elle a déjà bien assez à faire avec son handicap... Je me dois d'être forte, je n'ai pas le droit de lui monter ma faiblesse. Il faut que je me reprenne, même si j'ai peur, je n'ai pas le droit d'être pessimiste. Sayoko a besoin de moi, et compte sur moi, je ne peux pas mourir ici. Si je suis arrivée jusque-là, c'est que j'ai les compétences pour m'en sortir. Même si j'ai honte de l'avouer, je compte beaucoup sur Erza, pour sortir d'ici... Je sais que toute seule je n'arriverai à rien, je n'ai simplement pas l'expérience et le niveau. Mais je ne peux m'empêcher de me sentir lâche et faible, de compter sur elle comme ça. Il faut que je fasse le maximum, au moins pour ne pas être un fardeau...

19h49


Les ténèbres de la nuit sont désormais tombées sur Elympios. Seul l'éclairage du district permet encore de profiter d'une source de lumière. J'ignorais depuis combien de temps nous étions ici, mais cela me paraissait une éternité. Heureusement, la présence d'Erza m'a permis d'échanger avec cette dernière, en attendant de pouvoir à nouveau bouger. Je pense que je n'aurai pas supporté d'être toute seule, maintenant qu'il fait nuit. Je n'ai pas peur du noir, et j'apprécie même plutôt bien le clair de lune en général, mais ici c'est différent. Il n'y a pas de lune, et la nuit me paraît malsaine. L'impression de malaise se faisant de plus en plus présent, au fur et à mesure que le district s'éveille. Il y a vraiment énormément de monde dans les rues maintenant, exactement comme ce matin quand nous étions arrivés. Erza pense que c'est le bon moment pour commencer à avancer, mais le problème, c'est qu'on ne sait pas où l'on est, vu que c'est Saber qui a la carte. Alors, on se contente de suivre notre instinct, ou plutôt celui d'Erza, vu que je ne fais que la suivre depuis quelques minutes. Pour ne pas être dérangé par la foule en contrebas, on a eu l'idée de passer par les toits. Ces derniers étant proches les uns les autres - au vu des constructions compactées entrent-elles - autant en profiter. Et bien qu'on doit parfois faire preuve d'agilité, il n'y a rien d'insurmontable. Même privée de magie, la structure corporelle d'un mage est naturellement renforcée, donc on garde quand même certains attribuent, comme notre endurance ou agilité. Le seul souci actuel, c'est la luminosité très faible qui nous sert de repère. Même s'il y a des lumières extérieures, ça n'éclaire pas des masses. Je remarque cependant qu'en levant la tête, les districts supérieurs bénéficient d'un éclairage consistant, vu la lumière qui s'en dégage malgré la hauteur. Je crois que je commence à saisir comment fonctionne cet endroit, et c'est assez cruel je trouve... Ces gens qui vivent dans les bas quartiers ne reçoivent aucune aide de ceux au-dessus, comme s'ils étaient condamnés à mourir. Je ne comprends toujours pas pourquoi Elympios agit de la sorte envers nous, ainsi qu'avec eux-mêmes...


- Stop ! m'ordonna soudainement Erza, tout en s'arrêtant brusquement. Cache-toi !

Sans vraiment réfléchir, je m'exécutais et me rendis au même endroit que ma partenaire. Une fois accroupi et visiblement en sécurité, je vis pourquoi nous avons dû nous cacher. Au-dessus de nous venait de passer une machine volante avec des hélices. Cette dernière éclairait la zone à son passage, grâce à ce qui semble être un projecteur lumineux. Je ne sais pas ce que c'est que cette chose qui venait de passer, mais je pense qu'il ne valait mieux pas qu'il nous voit. J'imagine que ce doit encore être un machin technologique d'ici, après tout, on a bien croisé des « robots » ce matin. Néanmoins, je me demande où ils trouvent toute cette énergie pour faire tourner tous leurs gadgets ? Je sais qu'ils utilisent nos frères d'armes, mais quand même, un seul mage ne peut pas fournir autant d'énergie... J'ai lu dans un livre qu'Elympios utilise l'électricité pour avoir de la lumière, ainsi que faire fonctionner d'autres appareils. Mais je serais incapable de dire comment ils font pour générer du courant, sans magie. Sur Zénithrias, tout fonctionne grâce à l'énergie spirituelle et la magie. Pour faire voler un zeppelin par exemple, on se sert de l'énergie magique pour le faire avancer. Alors que les modèles qu'utilisait Elympios à l'époque semblaient fonctionner grâce à une étrange énergie qu'ils appellent le « charbon ».

- Hum... Je ne pense pas qu'ils cherchaient quelque chose en particulier, mais plutôt que c'était une ronde habituelle.

- Tu sais ce que c'était ? demandais-je dans l'espoir qu'elle puisse satisfaire ma curiosité.

- Je ne suis pas sûr, mais j'ai vu un truc de ce genre dans les rapports. Ils appellent ça un hélicoptère, je crois. Ce doit sûrement être une évolution du zeppelin... Ils avancent vraiment rapidement niveau technologie, c'est effrayant.

- Hélicoptère... hélico... ptère... murmurais-je à moi-même, en pleine réflexion. Ça n'a aucun sens... Ils sont avancés niveau technologie, mais ils n'ont aucune logique pour ce qui est de trouver des noms !

- Heu... s'exclama Erza, en me regardant d'une façon étrange. J-j'imagine qu'on ne peut pas tout avoir... Hum, o-on devrait se remettre en route !

- D'accord, mais avant, il faut que je m'occupe de changer la feuille de laurier sur ta blessure. Avec l'effort qu'on a fait, je ne sais pas si tu as remarqué, mais tu saignes légèrement. Il ne faut pas que tu forces trop encore...

- Ho, en effet, je n'avais pas fait attention, merci Kanae...

Évidemment, son excuse ne tenait pas debout. Sa blessure saigne, très légèrement, mais ça saigne. Donc, à moins qu'elle soit insensible à la douleur - ce qui m'étonnerait - elle ment. Cependant, je vois très bien qu'elle ment uniquement pour une chose : ne pas être un poids. Je dois être fautive dans l'histoire, vu qu'elle veut certainement ne pas m'inquiéter, quitte à souffrir silencieusement. Si je n'étais pas aussi incompétente, elle n'aurait pas besoin d'être forte pour deux... Alors, le moins que je puisse faire, c'est veiller à ce qu'elle soit en forme.

- Tu sais Erza, dis-je en même temps que je m'occupais de sa blessure. J-je ne t'ai jamais directement remercié pour ce que tu as fait pour moi à la mort de ma mère... Alors, merci...

- Ha, ce n'est rien, tu en aurais fait autant pour moi, inutile de me remercier. Mais si tu insistes, poursuivit-elle, tout en souriant, tu n'as qu'à m'inviter à l'anniversaire de Sayoko quand vous le ferez !

- Ho, d'accord, je t'inviterais, répondis-je d'un air joyeux, à l'idée de me rapprocher d'Erza. Sayoko sera sûrement contente de te voir, ainsi qu'Elesis si tu l'amènes.

- Hum hum, hocha-t-elle, elle sera ravie, elle me demande souvent des nouvelles de ta sœur. D'ailleurs, maintenant que j'y pense, toi et Sayoko n'avez qu'à venir à la maison pour le fêter. Vous êtes toujours les bienvenues ! Puis ça fait longtemps que tu n'es pas venu dire bonjour à ma mère, ce n'est pas poli !

- D-désolé ! rétorquais-je en me grattant le haut du crâne. M-merci de l'invitation...

- Arrête de toujours dire merci et d'être désolé !

- D'accord, déso.. ok !


20h34
Aincrad, district 7

L'architecture de cet endroit était fascinante, mais très labyrinthique. On a atteint le secteur suivant uniquement grâce à quelques panneaux encore à moitié debout. Cependant, on a dû se contraindre à avancer à travers la foule, car des toits, on n'avait aucune idée où l'on se dirigeait. Heureusement, il y a tellement de monde les uns sur les autres que personne ne semble prêter attention à notre présence. Néanmoins, on a fatalement dû ralentir notre course, pour ne pas risquer d'attirer l'attention, ou de rentrer par inadvertance dans une personne. Et autant heurter un beau prince ne me dérange pas, mais quelqu'un d'aussi sale que les habitants d'ici me répugnerait. Je ne sais pas pourquoi je réagis comme cela, mais depuis quelques minutes je ressens du dégoût pour ces gens. Je ne peux pas m'empêcher de les mépriser. Chaque fois que je pose mon regard quelque part, j'ai l'impression de voir des bêtes, oui c'est ça, on dirait des animaux. Je ne suis pas de ce genre habituellement, mais là c'est incontrôlable cette impression de supériorité. Il me suffit de me concentrer sur un événement, pour n'y voir que dépravation et immoralité. Les rues dans lesquelles on avance sont jonchées d'ordures en tout genre, tandis que sur les trottoirs on peut observer des femmes en tenue affriolante, limite insultante. Puis tout est tellement sale, que ce soit les gens ou notre route, tout est répugnant. Pourquoi ceux des étages supérieurs laissent-ils les sous-niveaux dans cet état ? Cela ne leur fait donc rien de voir ça ? C'est comme si cet endroit était une poubelle où l'on entrepose les déchets, sauf que c'est des humains, là. Y a-t-il autant de discrimination entre les rangs sociaux elympiens ? Ils vivent vraiment dans une autre mentalité que nous autres, mages. Sur Zénithrias, nous avons aussi des rangs qui définissent notre place dans la hiérarchie, mais jamais un tel rabaissement à lieux envers les plus démunies. Un citoyen ne sera par exemple jamais noble, mais il ne reste pas moins important qu'un magicien. Ici, c'est malsain et cruel cette façon de différencier les rangs hiérarchiques. Serait-ce parce que leur monde est livré au chaos qu'ils agissent ainsi ? Cela n'a aucun sens, c'est justement dans ce genre de cas qu'il faut se soutenir les uns les autres. Décidément, je ne comprends vraiment rien aux elympiens.

La foule s'intensifie à mesure qu'on avance, et on a bien failli se perdre deux ou trois fois de vue, avec Erza. On a visiblement atteint une sorte de grande place, où nombre d'échoppes de fortunes avaient pris place. La voix des marchands criant les valeurs de leur boutique couvrait l'endroit d'un son agaçant. On était loin d'un marché hebdomadaire comme on en trouve sur Zénithrias. Ici, les marchandises en ventes n'étaient visiblement pas des fruits et des légumes, mais des choses dont je n'ai pas vraiment envie de savoir la provenance. Par subconscient, j'avais d'ailleurs la main posée sur ma dague, que je porte toujours à la taille. Je ne voulais pas qu'elle disparaisse soudainement, subtilisée par un type de cet endroit. D'ailleurs, Erza aussi semble avoir la main proche de sa lame, preuve qu'elle est aussi mal à l'aise que moi au milieu de tous ces gens. Je commençais à me sentir assez mal pour dire vrai, les regards nous croisant de plus en plus, au fur et à mesure que la foule s'amenuisait à cause des échoppes. J'avais beau avoir relevé la capuche de ma cape, ma tenue vestimentaire ainsi que celle d'Erza sont à mille lieues des standards de cet endroit. C'est donc difficile de passer inaperçu très longtemps. J'ai tout de même l'impression que les gens s'écartent à mon passage, dès qu'ils me regardent, comme si j'avais la peste. Cela pourrait aussi être le cas d'Erza, mais que nenni, elle se fait accoster quelques fois - même si elle ignore les tentatives – tandis que moi je n'ai aucun problème. Pourtant, j'aurai bien plus peur d'une femme avec une longue lame à la taille, qu'une femme encapuchonnée, portant une petite dague. J'en déduis donc que je dois avoir quelque chose qui les effraie, et tout ce qui me vient à l'esprit, c'est mes yeux. Après tout, je ne sais pas ce qu'ils pensent des Néphilims sur ce monde. Je peux confirmer cependant qu'ils en ont bien ici, car la blonde que j'ai battue plus tôt ce matin avait les yeux vairons. Erza m'avait dit que Zénithrias se doutait de l'existence des Néphilims en Elympios, mais rien n'avait été confirmé. Cette mission - si l'on en revient - sera l'occasion de notifier cela. Dans un sens, malgré notre échec, tout cela n'aura pas été vain. Donc ici, l'énergie noire n'agit pas pareille que chez nous, de ce que j'ai retenu du briefing. Ça semble directement modifier la structure génétique de l'hôte. Ce qui veut dire qu'en l'absence de lobe de mana, cette énergie se manifeste de façon physique, à l'instar de nous autres magiciens, où elle est de nature spirituelle. C'est fascinant !

Erza semble avoir remarqué que j'ai un effet répulsif sur ces gens, vu qu'elle vient de me rejoindre, en marchant juste à mes côtés, se synchronisant à ma vitesse. Elle veut sans doute montrer qu'elle est avec moi, et ça porte ces fruits, vu que plus personne l'approche. Je peux la comprendre, depuis tout à l'heure entre ceux qui la poussent et ceux qu'elle doit elle-même envoyer balader, cela peut quelque peu irriter à force. Finalement, notre tenue n'est pas vraiment à notre avantage ici... Mais on ne peut guère se calquer sur le style vestimentaire de l'endroit, vu la dépravation des tenues du coin. Il est hors de question que je porte des choses aussi sales et dépourvues de style, en plus d'être sans doute inconfortables. Et j'imagine qu'Erza est du même avis, vu qu'elle n'a pas non plus proposé l'idée, qui a certainement traversé son esprit à elle aussi.

20h53


Maintenant qu'on avait quitté la grande place, la foule était bien moins envahissante, ce qui nous permettait d'avancer plus rapidement. Mais comme tout à l'heure, les indications ne couraient pas les rues.

- Quel calvaire sans carte, s'exclama ma partenaire visiblement irritée, cette ville est vraiment gigantesque...

Je devais admettre qu'elle était dans le vrai, cet endroit est vraiment immense. J'ignore si c'est aussi grand dans les étages supérieurs, mais ici en tout cas, c'est très étendu.

- On devrait peut-être reprendre de la hauteur maintenant, suggérais-je, non ?

- Hum, semblait-elle réfléchir, pourquoi pas, mais je doute que ça nous avance davantage. Les toits ne sont pas assez hauts dans cet endroit, du coup on n'aura pas une bien meilleure visibilité qu'ici. Le seul avantage, c'est qu'on sera plus obligé de supporter le spectacle affligeant des rues principales, ce qui est un bon point, je l'admets.

- C'est vrai que je me sens assez mal à l'aise ici, et j'ai l'impression qu'eux aussi semblent mal à l'aise en me voyant...

- Cela doit sûrement venir de tes yeux, il suffit de voir leurs regards. Déjà chez nous, les Néphilims ont longtemps été craints, alors j'imagine qu'ici c'est pareil. Puis, vu l'état de ces gens, je parie qu'ils ne sont tenus au courant de rien, donc l'ignorance amène la crainte.

Il était vrai que ces gens n'ont pas l'air de savoir grand-chose, je me demande même s'ils savent que les magiciens existent ? Après tout, il faudrait être aveugle pour ne pas remarquer deux femmes armées de lames, portant des tenues inhabituelles pour ce monde. Donc, soit ils ont une image erronée des magiciens, soit ils sont ignorants. Dans les deux cas, ce n'est qu'un plus pour nous. Pour ce qui est de ma race, je ne préfère pas relever le fait que si nous ne sommes plus craints, c'est parce que nous avons quasiment tous été exterminés. Heureusement que je suis née après tous ces massacres...

- La crainte hein... dis-je d'un air pensif.

- Ho, désolé, je ne voulais pas...

Visiblement, Erza avait compris ce qui me laissait pensive depuis quelques secondes. Même si je ne suis pas aussi atteinte que cela finalement. J'ai passé le plus clair de mon temps avec des magiciens normaux, plutôt qu'avec ma race, hormis ma mère et ma sœur. Donc, je ne me sens pas directement concernée par tout cela, et ma mère insistait toujours pour qu'on pense qu'à notre avenir avec Sayoko. Cependant, ce qui me laisse le plus pantoise, c'est la réaction des gens face à l'inconnu. Pourquoi depuis toujours, craint-on ou détruit ce qu'on n'explique pas ? En quoi le fait d'avoir de l'énergie noire en nous fait-il de notre race des monstres ? C'est si compliqué d'en apprendre plus sur les choses, avant de les exterminer ? Même si en ce qui concerne les Néphilims, j'ai plutôt l'impression qu'on a été massacré par haine, sous prétexte qu'on représente le mal qui a frappé Zénithrias. C'est d'ailleurs selon mon savoir, les fidèles qui ont foi en l'Eldrit, qui ont perpétré le plus d'assassinats, en nous désignant comme l'incarnation du péché. L'Eldrit, c'est le nom de l'énergie spirituelle qui parcourt Zénithrias. Et vu que l'énergie spirituelle - l'Eldrit donc - est ce qui nous fait vivre, il y a de ce fait plusieurs écoles. Il y a les indifférents - dont je fais partie - et les croyants. Les fidèles vouent un culte à l'Eldrit, en lui vouant prières et fidélité. Je n'ai rien contre ces gens, mais comme dans toute croyance, il y a le fanatisme. Les fanatiques eux ne se contentent pas de prier, mais pratiquent rituels, sacrifices, et autres stupidités aveugles. Du coup, pour eux, tout ce qui est magie noire est condamné de façon radicale. Donc nous, Néphilims, représentons le mal absolu pour ces gens, ce qui les a conduits à nous éliminer. Car, ce sont eux qui sont en premier lieu responsable de ce massacre, étant donné que l'église avait énormément de pouvoir à l'époque sur les gouvernements, la plupart des rois d'antan étant de fervents croyants. Heureusement, à l'heure actuelle, l'église et les croyants sont en minorités, et souvent chassés. La guilde noire étant constituée de fanatiques de l'église, il est naturel qu'après la dissolution de cette dernière, les croyants aient été très mal vus. La plupart des églises ont été abattues, en plus d'avoir perdu toute l'influence dont elle pouvait se vanter.

- Erza ? Je peux te poser une question... ?

- Oui bien sûr, de quoi s'agit-il ?

- Es-tu croyante ?

- Non, affirma-t-elle sans hésitation. Je n'apprécie guère les méthodes de l'église, ainsi que leurs règles. Je trouve cela assez perché de croire qu'en priant l'Eldrit, on va avoir quoi que ce soit. Nous autres mages de batailles, n'avons pas de temps à perdre à la croyance. On doit s'entraîner à maîtriser l'Eldrit, et ce n'est pas des prières qui vont nous protéger des dangers, tu ne penses pas ?

- Héhé, souriais-je, oui, je pense la même chose.

Je ne saurais dire pourquoi, mais savoir qu'Erza n'est pas croyante me rassurait. Et visiblement, cela concerne aussi les mages de batailles en général. Même si ça ne changerait rien à ce qu'est Erza, je ne sais pas, mais c'est juste ce que je voulais entendre.

21h08


Finalement, nous avons décidé de remonter sur les toits, plus pour être tranquilles qu'autre chose, mais c'était plus agréable. Nous étions vraiment très différents de ces gens, à tel point qu'être proche d'eux nous avait perturbés. C'était peut-être un effet naturel lorsque deux êtres d'un monde totalement différent se rencontrent. Après tout, nous sommes des êtres vivants, mais complètement différents, tant au niveau spirituel que génétique. Peut-être que nos mondes n'auraient jamais dû se rencontrer. Ce voile naturel qui nous séparait d'Elympios n'était pas là par hasard, c'est même certain. Mais ce qui est surprenant, c'est qu'il a disparu de lui-même, révélant donc l'existence d'un autre monde. Si nous pensons que la fracture qui a libéré l'énergie noire a été provoquée par nous - intentionnellement ou non - il n'en est rien du voile. La disparition de ce dernier reste un mystère, et il a été prouvé que ce n'est pas un accident. Donc, d'un côté nous n'étions pas censés nous rencontrer, mais de l'autre, le destin en a décidé autrement.

« Habitant des districts inférieurs, ce qui va suivre est un message exécutif du Capitole. » prononça soudainement une voix forte et résonante, comme si elle était proche et lointaine en même temps. Alors, en plus d'absolument ne rien comprendre à ce que la voix venait de dire, je ne comprenais pas non plus d'où elle venait.

- Erza ! J'entends la voix d'un géant qui parle une langue inconnue dans ma tête ! m'exclamais-je, tout en portant mes mains sur mes oreilles.

- Ce n'est pas dans ta tête, chut, attend j'écoute, je t'expliquerais après.

Erza semblait savoir d'où venait cette voix et surtout comprendre ce qu'elle disait, vu qu'elle écoutait attentivement la suite du discours.

« Aujourd'hui, le 27 avril 2212, à 06h38 heure matinale, un groupe de magiciens a infiltré l'Aincrad. Ils sont armés et extrêmement dangereux. Étant dans l'incapacité de les retrouver et de les maîtriser dans de brefs délais, nous instaurons donc une loi martiale prenant effet immédiatement, vous priant de bien vouloir rejoindre vos domiciles, afin de ne pas gêner nos troupes. Toute forme de désobéissance ou entrave à l'armée - quelle qu'elle soit - sera punie de mort. Néanmoins, nous vous prions de ne pas céder à la panique, nous avons déjà repéré et pris en chasse un des magiciens au douzième district. Quant aux autres, nous savons de sources sûres qu'ils se situent entre le sixième et le septième district. De ce fait, dans exactement 4 heures et 30 secondes, une purge sera lancée dans ces districts, si les recherches n'ont toujours rien donné. Cependant, ces deux districts étant actuellement fermés, il est inutile de chercher à fuir. Nous vous demandons donc de bien vouloir rester calme, et de faire confiance à notre armée, qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter une telle mesure. Enfin, un nouveau message vous avertira en cas de résolution, dans le cas échéant, un autre message - 10 minutes avant la purge - vous préviendras au cas où vous voudriez prier. Merci de votre compréhension, bonne soirée. »

- Hum, réfléchissait Erza, tout en murmurant quelque chose, qu'est-ce que ça veut dire ?

- Heu, lançais-je avec hésitation, dans l'espoir de ne pas être trop intrusive. Erza ? Qu'est-ce que le géant a dit ?

- Le géant.. ? me fixa-t-elle de façon curieuse. Ho, désolé, je vais t'expliquer, j'étais juste un peu pensive. En fait, c'était un message vocal en elympien, sûrement lancé depuis des haut-parleurs. C'est un peu comme leur système de discussion à distance, ils ont pas mal de cette technologie ici, de ce que j'ai appris. Pour te donner une idée, c'est le même principe que les cristaux d'échos sur Zénithrias, qui nous permet de porter notre voix bien plus loin, ou d'enregistrer un message qui pourra être répété un autre moment.

- Hoooo, d'accord, je comprends mieux. Je me disais qu'un géant qui parle une langue inconnue était un peu gros.. héhé... dis-je, tout en me grattant le haut du crâne.

- Haha, ria-telle, tu as une sacrée imagination.

Les minutes qui suivirent le message, Erza m'expliqua en détail ce que ce dernier racontait. Ce qui a finalement retenu notre attention, c'est le fait que Saber soit visiblement au secteur douze, et prise en chasse. Enfin, c'était surtout le seul détail que l'on comprenait réellement, le reste étant assez obscur. Qu'est-ce que c'était cette purge ? Mon instinct et celui d'Erza nous font dire que ce n'est pas quelque chose de très bon augure. Après tout, purge pouvant très bien être synonyme de vider, ou nettoyer. Et vu qu'on se trouve exactement dans un des districts cités, je pense de plus en plus qu'ils veulent nous nettoyer. Je n'ai aucune idée de comment ils vont lancer une telle chose, mais ce qui est clair, c'est qu'ils comptent décimer tous les habitants d'ici, uniquement pour tuer deux magiciens ? C'est complètement fou. Du coup, on en arrive à la conclusion avec Erza qu'il s'agit d'un bluff pour nous forcer à sortir. Déjà, ils n'ont aucune raison d'indiquer la position de Saber, hormis pour qu'on aille l'aider. Deuxièmement, la menace d'une purge - donc visiblement nettoyage global - a sûrement pour but le même effet que le précédent. Maintenant, reste à savoir quoi faire, et quelque chose me dit qu'Erza va vouloir aller aider Saber.

- Hum, il est clair que c'est un piège, mais j'imagine qu'on va quand même aller en plein dedans, hein ?

- Ha, soupira Erza, je sais très bien ce que tu penses Kanae, et j'aimerais que tu arrêtes. Je n'apprécie pas plus Saber que toi, mais n'oublie pas qu'elle reste une magicienne, et que je me refuse de partir d'ici sans mon équipe complète. Aussi antipathique qu'elle soit, je ne peux me résoudre à rester ici sans rien faire. Même si c'est évidemment un piège, je sais qu'ils n'ont pas menti et qu'elle doit réellement être dans le pétrin. Alors, oui, j'ai l'intention de foncer en plein dedans... De toute façon, on ne peut pas rester ici indéfiniment avec l'annonce de cette purge. Et entre nous, je n'ai pas franchement envie de savoir ce que c'est, cette purge.

Erza avait vu juste, l'idée d'abandonner Saber à son destin traversait mon esprit depuis quelques minutes. Mais elle avait raison, c'était indigne de penser comme cela. Je ne fais que me mettre à son niveau en abandonnant une partenaire. J'ai dû décevoir Erza avec cette façon de penser aussi cruelle... Mais même si je savais que c'était mal de penser ainsi, je ne pouvais m'empêcher de continuer à me dire qu'on ferait mieux de laisser tomber. Même si je vais me contenter de hocher la tête et suivre Erza en silence, je serais toujours frappée par ce sentiment de rancune envers cette Saber. Le sentiment de risquer ma vie bêtement, pour une personne qui m'aurait laissé mourir en situation inverse. J'ai beau être calme et souvent dans mon coin, un autre de mes défauts latent est la rancune. J'en ai toujours une tenace, à partir du moment où j'en ai envers une personne. Et Saber est justement de ces personnes que je n'ai pas envie de connaître, et que je serais prête à laisser mourir que ça ne me ferait ni chaud ni froid. Mais bon, je préfère garder ça pour moi, et tenter d'enterrer cette façon de penser que je trouve écœurante...

- Désolé, m'exprimais-je assez gênée, tu as raison...

- Inutile de t'excuser, je te comprends, tu sais... Bref, on y va ?

- Hum... d'accord. Mais tu as un plan ?

- On avisera une fois sortie des districts inférieurs, ça te va ?

- Je te suis, Erza.

On était sûrement encore loin d'atteindre les districts supérieurs, mais cela n'allait pas changer grand-chose à la motivation d'Erza. D'ailleurs, ils ont visiblement annoncé que les districts où l'on se trouve étaient verrouillés. J'imagine qu'Erza a donc dans l'idée de forcer les barrages ? Awn.. Je savais que cette journée allait vraiment être nulle en me levant...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Sam 10 Oct - 0:11

Épisode 5 : Vérité dérangeante

Un capitaine mystérieux


27 avril 2212
21h01
Aincrad, Capitole, infirmerie

La sensation agréable d'une douce chaleur me maintenait dans un demi-sommeil fort confortable. Je ne savais pas d'où venait cette sensation, mais elle m'était familière et rassurante. Les yeux toujours fermés, j'étreignis de ma main plus fermement cette chose qui me procurait cet agréable sentiment. Je pouvais à présent ressentir comme un pouls, puis une chaleur bien plus précise. Il s'agissait sûrement d'une main qui serrait la mienne, mais était-ce un rêve ? Bien que j'étais dans un état de semi-torpeur, cela semblait pourtant si réel. Cette douceur me quitta cependant instantanément à mesure que j'ouvris progressivement les paupières. Ce n'était peut-être qu'un rêve, finalement... Une fois mes yeux définitivement ouverts, la première chose que je pouvais voir était un plafond d'un blanc immaculé. J'avais la désagréable impression d'avoir déjà vécu cette situation, il y a deux ans exactement, tout juste avant que je rejoigne l'armée. Je jetai un œil autour de moi, après avoir relevé légèrement la tête. Comme je m'en doutais, c'était bel et bien cette foutue pièce où je m'étais déjà réveillée. Mais il y avait quelque chose de différent. Déjà, la lumière qui éclairait la pièce était douce et agréable, baignant cet endroit d'origine froid, d'une chaleureuse ambiance. Puis, finissant mon tour d'horizon, je le vis lui, le capitaine Kuzanagi. Il était sur ma gauche, assis tranquillement sur une chaise à mon chevet, visiblement en train de feuilleter un livre intitulé « Le rêve d'un ange ». Si mon attention avait été portée sur ce livre, c'était parce qu'il s'agit de mon ouvrage préféré. Surprise de la présence du capitaine ici, elle fut doublée lorsque je compris qu'il lisait également ce roman. Cependant, il ferma soudainement le livre, puis après avoir tourné la tête vers moi, il m'adressa la parole.

- Bienvenue parmi nous, lieutenant.

Soudainement, je me souvins des événements qui m'ont amené ici. Comme si mon esprit rembobinait une vidéo, je visualisais distinctement ce qui s'était passé. Cela s'arrêta au moment où je fus abattu par cette magicienne aux cheveux écarlates. Sur le moment, je me souviens avoir pensé que j'étais morte, mais il semblerait que je sois finalement bien vivante. La magicienne m'a donc épargnée, malgré le fait que je l'ai touchée. Mon esprit se perdit légèrement, maintenant que je réalisais que les magiciens n'étaient peut-être pas ce qu'on m'avait raconté. Décrit comme froid et sans pitié, j'ai eu une tout autre impression, lorsque je me suis retrouvée face à ces deux femmes. Et le fait que je sois en vie à l'heure actuelle, renforce mes doutes et ma curiosité au sujet de ces êtres. Mais, je me souvins aussi d'une autre scène. Celle du capitaine Kuzanagi vaincu par la magicienne. J'ai le souvenir concret du coup, ainsi que de la chute qu'il a effectué, et j'étais persuadée qu'il était mort. Pourtant, il se trouve à mes côtés en ce moment, visiblement en pleine forme, et sans même une égratignure. Bien que cela me rassurait au plus haut point, je ne pouvais empêcher mon esprit de m'envahir de questions. Je pouvais lui demander directement le comment du pourquoi, mais ce n'était pas la seule chose étrange, depuis mon réveil. Ce qu'il faisait à mon chevet était sûrement ce qui me procurait le plus de questionnements. Alors, lorsque je pris la parole, ce fut pour demander combien de temps j'avais été mise hors-jeu.

- J-je... J'ai dormi longtemps... ?

- Toute la journée, oui. Il est 21h.

En effet, en tournant légèrement la tête, la petite lucarne visible sur ma gauche était baignée par la lumière des éclairages extérieurs, indiquant clairement la soirée. J'avais donc profité d'une bonne sieste, pendant que la zone est attaquée par les mages... Génial. Une autre question me vint cependant en tête, tandis que je réalisais mon inutilité.

- Vous êtes resté ici toute la journée, à veiller sur moi... ?

- Oui.

- ..V-vraiment.. ? dis-je, surprise par une réponse aussi étonnante.

- Cela vous étonne ? me demanda-t-il, tout en me regardant furtivement. Vous êtes mon lieutenant, il est normal que je reste à vos côtés, non ?

- O-oui.. C'est vous alors qui m'avez amené ici ? J'ai pourtant le souvenir que par ma faute vous avez été battu... Je suis désolée de ne pas avoir été à la hauteur, capitaine...

- Je n'attendais rien de vous, lieutenant. Je savais pertinemment que vous ne seriez pas de taille, pour votre premier affrontement. Je suis même plutôt satisfait de votre performance contre un ennemi inconnu. Quant à moi, je vais très bien, j'ai connu pire.

Mon ressenti suite aux paroles du capitaine était au-delà de la surprise. Je ne savais pas quoi penser d'un tel discours. D'habitude si antipathique, il dégage actuellement une étrange impression que je ne pourrais décrire. Même si à bien y réfléchir, le capitaine n'a jamais été vénal envers moi de façon directe. Je passe mon temps à tout faire de travers, arriver en retard, et j'en passe... Pourtant, maintenant que je remonte dans le temps, je n'ai pas souvenir qu'il m'ait une seule fois engueulée ou même sanctionnée. Si j'en arrive à ce constat, c'est parce qu'il est justement indifférent et agressif, envers le reste de l'armée. J'ai même appris en regardant quelques dossiers que les lieutenants qu'il avait eus avant moi sont tous morts... Et que son plus long partenariat avait duré un mois... Moi, ça fait deux ans que je suis sa partenaire, et on ne peut pas dire que je sois très compétitive. Peut-être que je ne voulais pas le reconnaître, mais de plus en plus, je sens qu'il tient à moi. Je ne saurais dire pourquoi, ni comment, mais il y a des signes qui ne trompent pas. Souvent, je l'ai par exemple déjà surpris en train de me regarder longuement, tout en restant pensif. Mais le point le plus pertinent, c'est qu'il ne me lâche jamais. Je prenais cet attachement pour de la sévérité au début, ou alors pour me faire chier, mais plus le temps passe, plus je sens que c'est volontairement pour être proche de moi. Finalement, je pense souvent qu'au fond, il est peut-être amoureux de moi. J'en suis presque certaine, ne serait-ce que par ses regards furtifs qui sont très explicites. Puis maintenant que cela me revient, ce n'était peut-être pas un rêve, cette chaleur que je ressentais il y a quelques minutes. Et si c'était sa main, que j'avais sentie ? Cela expliquerait le fait qu'il l'a retiré dès que j'ai ouvert les yeux. Je n'ai malheureusement aucun moyen de confirmer tout cela, et je me vois mal lui demander dans le blanc des yeux. Bien qu'il ne m'agresse pas verbalement, il est expert dans l'art du silence. Il ne me répondra sûrement pas, ou changera de sujet. Peut-être que sous cette carapace se cache un timide qui n'ose pas faire sa déclaration. Cette simple pensée le rend soudainement trop mignon. Je dois avouer que moi aussi, je ressens quelque chose pour lui, pour ne pas dire carrément que j'ai des sentiments. Malheureusement, toutes mes tentatives d'approche tombent toujours à l'eau. Que ce soit une invitation au restaurant, ou encore de se voir après notre travail, rien n'y fait. Il me répond toujours négativement. C'est pour dire, cela fait deux ans qu'on est ensemble chaque jour, et je ne sais même pas dans quel district il habite. Il ne parle jamais de lui, et n'a pas l'air prêt à le faire... Il est tellement mystérieux... Un tel degré de mystère, que j'ignore réellement ce qu'il ressent pour moi, ou en général.

- Au fait, capitaine, dis-je avec hésitation, puis-je vous poser une question... ?

- Hum ? fit-il, tout en ayant les yeux replongés dans son livre, récemment rouvert.

- Bien, je me demande si les mages... sont vraiment nos ennemis.. ? Je veux dire, du peu que j'en ai vu lors de notre intervention, je n'ai pas ressenti le danger, comme je m'attendais... Et le fait d'être vivante à cette heure me perturbe encore plus sur notre vision de ces magiciens...

- Il est parfois nécessaire de se créer un coupable, lorsqu'on ne veut pas réaliser que notre pire ennemi est nous-même, venait-il de lancer tout en continuant de garder les yeux fixer sur son livre. Nous n'avons jamais eu besoin des mages et de cette fissure, pour nous autodétruire. Donc à partir de là, à chacun d'accepter la fatalité ou non. Pour mon cas, je me fiche complètement des magiciens, de leur existence, et d'où ils viennent. Je me contente d'exécuter les ordres, rien de personnel.

Je ne comprends plus rien. Cette réponse me laisse complètement dubitative et dans le noir. Ce qu'il dit est en totale contradiction avec ce qu'il me raconte d'habitude. Il est le premier à m'avoir vendu les magiciens comme nos pires ennemis, et là, il me raconte tout l'inverse ? Ça n'a aucun sens ! Je ne vois que deux possibilités : soit il a pris un sérieux coup sur la tête lors de son dernier combat, soit il a joué le jeu ces deux dernières années. Mais dans ce cas, pourquoi... ? Quel intérêt avait-il à me mentir sur cela ? Et pourquoi me l'avouer aujourd'hui ? C'était peut-être risqué, mais cela ne me coûtait rien de lui demander directement. Pour une fois qu'il semble coopératif et agréable, peut-être que j'ai une chance d'obtenir une réponse. Dans le pire des cas, il me lâchera un vent de toute façon.

- Je vois, mais si je peux me permettre, hésitais-je, pourquoi m'avoir vendu un tout autre discours, lorsqu'on s'est rencontré il y a deux ans ? Vous êtes le premier à m'avoir mis en tête que les mages sont nos ennemis et notre « seul » objectif... Alors, pour..

- C'était les ordres. répondit-il, avant même que je termine ma question. Chaque nouvelle recrue doit garder en tête comme unique objectif que les mages sont nos ennemis, c'est tout, je n'en sais pas plus, je ne fais qu'obéir...

Les ordres ? Alors, l'Aincrad vend à son armée un faux ennemi ? C'était ça que je devais comprendre ? Bon, après je m'avance peut-être trop vite, car les mages viennent quand même ici pour une raison... Mais visiblement, ils ne semblent pas être si dérangeants que ça pour l'Aincrad... D'ailleurs, maintenant que j'y pense, bien que je n'ai fait absolument aucune intervention dangereuse ces deux dernières années, je suis au courant des missions qui consistent le plus généralement à aller abattre ce qu'ils appellent les « résistants ». Je ne sais pas vraiment qui sont ces gens, mais visiblement ils vivent à l'extérieur, et ont une sévère dent contre nous. Mais encore une fois, je n'en sais pas plus, vu que le capitaine ne me dit absolument rien, et qu'étrangement, je ne décolle jamais d'ici. Donc, ça revient encore une fois à ce que je pense sur son cas : il me surprotège. J'ignore pourquoi, mais plus ça va, plus il devient étrange. Cela ferait aussi partie de ses « ordres » ? J'en doute fortement pour le coup, il est bien trop proche, pour que ce ne soit pas de son propre chef... Cependant, je ne suis pas plus avancée avec cette réponse, et je suis certaine qu'il cache bien des choses. Je suis peut-être amnésique, mais loin d'être naïve... Mais j'imagine qu'insister ne servirait à rien dans l'immédiat. Au vu de sa dernière réponse, il est clair qu'il n'a pas l'intention d'en dire bien plus à ce sujet.

- D'accord, je comprends... dis-je, légèrement déçue, avant d'enchaîner sur un autre sujet. Sinon, les magiciens ont été retrouvés depuis le temps ?

- Non, ils sont toujours en liberté dans l'enceinte.

- Et... vous restez ici, à veiller sur moi.. ?

Je ne sais pas ce qui m'a pris de lancer ça, mais s'est sorti tout seul, comme si mon subconscient était choqué de la situation. Si les mages courts toujours, j'étais carrément curieuse de savoir pourquoi le capitaine était en train de ni plus ni moins glander, tranquillement en train de lire ?

- Il est inutile que j'intervienne, tout simplement. J'ai été blessé, je vous rappelle. Il faut bien que je me repose, non ? Puis, de plus, intervenir où ? On ne sait même pas où ils se trouvent pour l'instant, donc je reste ici.

Je ne sais pas s'il se foutait de moi ou pas, mais il n'avait pas l'air de vraiment souffrir... Il n'a plus aucune égratignure, comme s'il n'avait même jamais combattu. Ceci dit, moi de même je ne ressentais aucune douleur. Alors que je m'étais bien cassé quelques côtes lors de ma première chute, et que la douleur était bel et bien là. Sans compter qu'après le coup que m'a foutu cette magicienne pour m'assommer, je m'attendais à avoir un mal de crâne absolument affreux. Enfin, j'imagine que c'est encore une fois inutile que j'insiste, puis de toute façon, pour une fois que j'ai un moment aussi intime avec le capitaine, j'avoue avoir envie d'en profiter un peu... C'est mon occasion d'en savoir un peu plus sur lui, vu qu'il a l'air pour la première fois, plutôt agréable. Le problème, c'est que je n'ai aucune idée de quoi discuter, pour engager la conversation. Je pourrais en profiter pour lui demander de me raconter la vérité sur mon passé, vu que je sais pertinemment qu'il en sait plus qu'il ne le dit, mais il va éviter la question, ou alors m'envoyer sur les roses. Du coup, si je mets de côté les questions à mon sujet - histoire d'éviter de l'énerver – il me reste d'essayer d'en savoir plus sur lui. Et ça tombe bien, le livre qu'il lit est un de mes ouvrages préférés, peut-être qu'on a cette passion de la lecture en commun.

- Vous aimez la lecture, capitaine ? Je vois que vous lisez une œuvre que j'adore particulièrement. Vous appréciez aussi cet ouvrage ?

- Il m'arrive de lire, oui. Quant à l'ouvrage, j'apprécie surtout l'homogénéité que raconte l'auteur entre la vie et la mort. Le message qu'il cherche à faire passer est intéressant, sur la notion de sacrifice et de vengeance, de bien et de mal. Je trouve son point de vue fascinant, et vous ?

- Oui, j'apprécie aussi beaucoup le point de vue de l'auteur, c'est intéressant en effet... Mais, je trouve quand même la conclusion assez triste et sombre, bien que j'adore ce livre. Le protagoniste ne méritait pas un tel destin, même si ses choix laissaient à désirer, et qu'il avait causé d'innombrables victimes dans sa quête de vengeance. Bien qu'il finisse mal, l'auteur veut nous montrer que finalement, on ne peut pas le juger, et c'est ce message, que j'apprécie dans cette œuvre.

L’œuvre en question raconte l'histoire d'un ange qui avait été banni, car il entretenait une relation avec une succube. Mais cela ne suffit pas à les séparer, et ils décidèrent de s'aimer, malgré les menaces des démons. Mais suite à une action lâche de la part d'un assassin envoyé par les démons, la succube décida de se sacrifier pour protéger son bien-aimé. Abattu et sans rêves, il ne pense même pas à la vengeance, et finit par penser au suicide. Mais un jour, il découvre par hasard que ce n'était pas les démons qui ont organisé cet assassinat, mais les anges, qui étaient de mèche avec les démons. Cela le rendit fou de rage, de savoir que ce qu'il croyait « pur » était en vérité aussi vil que la « succube » qu'il aimait. La suite raconte donc la croisade d'un ange déchu, qui provoque de lui-même la colère de ses pères. Pour cela, il massacre des milliers de personnes, détruits des villages entiers, dans le seul but d'énerver les divinités. Finalement, après tout cela, il finit par se faire tuer par les humains, avant d'atteindre son objectif. L'histoire se conclut de façon à montrer que la victime est finalement devenue la cible principale. Et que bien qu'il soit un ange, il était devenu un vrai démon assoiffé de vengeance. Et tandis qu'il n'accomplira jamais son objectif, les anges - déclencheur de toute cette souffrance – s'en sortent avec les honneurs. Un genre de message de l'auteur qui veut montrer qu'il n'y a aucune justice dans ce monde. Bref, j'adore cette œuvre, qui visiblement date de presque deux siècles. Ce qui est dommage, car j'aurai bien voulu voir d'autres œuvres de cet auteur, mais visiblement il n'y a que celle-ci, ou alors les autres n'ont jamais été retrouvés, je ne sais pas.


- C'est vrai, c'est incroyable ce qu'on peut faire par amour... murmura le capitaine, m'empêchant de comprendre ce qu'il venait de dire.

- Hm ?

- Non, rien, je pensais juste à haute voix.

- Ho, d'accord...

- Ho fait, tenez, vous devez avoir faim, non ? Je n'ai trouvé que ça, et tout le monde aime les friandises, hum ?

Le capitaine Kuzanagi me tendait soudainement une friandise. C'était une délicieuse barre chocolatée, enrobée de chocolat au lait, avec en son centre, des noisettes. Si j'étais dans un dessin animé, mes yeux seraient remplis d'étoiles. Cette chose est tout simplement ma friandise préférée ! Avec son tendre chocolat fondant, ses noisettes croquantes... Woh, je tuerai pour ce petit plaisir. Mais pour redevenir sérieuse, le fait que le capitaine me tende ça me perturbe de nouveau. Était-ce réellement le fruit du hasard qu'il me donne spécialement cette friandise et pas une autre ? Il a été fouillé dans mon frigo ou quoi ? Enfin, je rigole, mais il en serait capable en fait... Même si ce n'est pas la première fois qu'il semble connaître mes goûts, voir mes mensurations. Car oui, après réflexion, ma tenue actuelle a visiblement été faite sur mesure, et... je n'ai pas le souvenir d'avoir donné mes tailles à ce type, ni mes goûts vestimentaires. Donc, à moins qu'en un coup d’œil il y a deux ans, il a réussi à jauger à la perfection mes mensurations exactes, il y a anguille sous roche. Surtout que son regard pointait surtout au niveau de ma poitrine, et ça, je m'en souviens très bien, même s'il disait le contraire ! Mais bon, je n'allais pas jouer les rabat-joies, et donc je saisis la barre qu'il me tendait, dans l'intention de savourer ce moment de plaisir.

- Hum, merchi, lui dis-je, la bouche à moitié pleine, c'hest vraiment chympas.

- Hm, il y a pas de quoi...

J'ai peut-être rêvé, mais je jurerai qu'il venait d'esquisser un sourire. Si c'est le cas, ce serait le premier depuis que je le connais. Je commençais à croire qu'il ne savait pas comment faire à force. C'est vrai, au fond, j'ai l'impression qu'il est toujours triste. Sous son air sérieux et impassible, je vois très bien qu'il cache quelque chose de lourd. Je ne sais pas quoi, et cela ne me regarde pas, mais je me doute que ce doit être ce secret qui l'a rendu ainsi. J'aimerais l'aider, mais je n'ai pas l'impression qu'il est décidé à se confier... Néanmoins, de mon côté, j'ai toujours quelque chose dont je voulais m'assurer depuis mon réveil. C'est donc d'un mouvement hésitant, que je ne pus m'empêcher de faire glisser ma main dans la sienne, qui était posée à côté comme pour dire « attrape-moi ». Sa réaction fut celle que j'avais prévue, et il retira immédiatement sa main d'un geste rapide, comme surpris par mon action.

- Humpf ! Qu'est-ce qui vous prend ?

- Hm.. euh.. balbutiais-je, je voulais juste voir quelque chose, héhéhé...

Son air était plus qu'intrigant, je m'attendais à ce qu'il me sermonne un peu plus, à la place, il semble gêné. Mais surtout, il a l'air embarrassé, comme si ce que je venais de faire l'avait foutu dans une merde pas possible. Mais peu importe, j'avais eu ce que je voulais : la confirmation de ce que je pensais. Cette chaleur, c'était bien la sienne que j'avais senti pendant que j'étais endormie. Bien que bref, j'ai eu cette même sensation de douceur en le touchant... Cependant, ce n'est pas le seul à être surpris du coup, car désormais, j'ai la tête pleine de questions. Car, comme tout à l'heure, ce sentiment, je l'ai déjà ressenti. Je ne sais pas quand, ni comment, mais cette familiarité que je partage avec cette sensation... je sais que je la connais. Quoi qu'il en soit, en attendant, je devais m'excuser, histoire de rattraper mon geste.

- Désolé, je ne voulais pas.. dis-je, n'osant pas le regarder, c'est juste que je vous apprécie plutôt bien... Et je pensais que nous pourrions.. peut-être.. enfin.. hésitais-je à continuer, mon teint virant au rouge, se rapprocher...

- J-je...

Mes paroles semblaient l'avoir pris au dépourvu. Il était comme paniqué, c'était la première fois que je le voyais hésiter à parler.

- Non ! J-je..je.. s'emmêla-t-il, ce n'est pas possible ! Ne vous faites pas de films ! Arrêtez de délirer lieutenant ! Je ne ressens rien pour vous, alors arrêtez avec vos avances... Ça commence à devenir agaçant. Suis-je clair ?

- Oui, désolé, capitaine...

Il a changé radicalement de ton avec moi, mais il est clair qu'il cache quelque chose. Son hésitation l'avait trahi. Sans parler du fait qu'il venait de baisser les yeux, et de serrer les poings, après m'avoir remise à ma place. Ce que j'en déduis, c'est qu'il ne peut pas se permettre une relation avec moi ? Mais pourquoi ? Et la vraie question c'est : cela concerne toutes les relations, ou juste moi.. ? Serait-ce parce que je suis une « bâtarde » ? Risque-t-il quelque chose, si on le voyait avoir une relation avec moi ? Ça fait deux ans que je suis dans l'armée, et j'ai l'impression d'ignorer absolument tout de cet endroit...

« Habitant des districts inférieurs, ce qui va suivre est un message exécutif du Capitole. » prononça une voix forte et résonante, venant d'un des nombreux hauts-parleurs disséminés ici et la dans l'Aincrad.

- Un message du Capitole ? demandais-je plus à moi-même, sans réellement attendre une réponse.

« Aujourd'hui, le 27 avril 2212, à 06h38 heure matinale, un groupe de magiciens a infiltré l'Aincrad. Ils sont armés et extrêmement dangereux. Étant dans l'incapacité de les retrouver et de les maîtriser dans de brefs délais, nous instaurons donc une loi martiale prenant effet immédiatement, vous priant de bien vouloir rejoindre vos domiciles, afin de ne pas gêner nos troupes. Toute forme de désobéissance ou entrave à l'armée - quelle qu'elle soit - sera punie de mort. Néanmoins, nous vous prions de ne pas céder à la panique, nous avons déjà repéré et pris en chasse un des magiciens au douzième district. Quant aux autres, nous savons de sources sûres qu'ils se situent entre le sixième et le septième district. De ce fait, dans exactement 4 heures et 30 secondes, une purge sera lancée dans ces districts, si les recherches n'ont toujours rien donné. Cependant, ces deux districts étant actuellement fermés, il est inutile de chercher à fuir. Nous vous demandons donc de bien vouloir rester calme, et de faire confiance à notre armée, qui fera tout ce qui est en son pouvoir pour éviter une telle mesure. Enfin, un nouveau message vous avertira en cas de résolution, dans le cas échéant, un autre message - 10 minutes avant la purge - vous préviendra au cas où vous voudriez prier. Merci de votre compréhension, bonne soirée. »

- Qu'est-ce que...

Si je n'étais pas assise sur le lit de l'infirmerie, je crois que là, j'aurai perdu l'équilibre, tellement le message était incroyable. Absolument toute l'annonce était du grand n'importe quoi. Déjà, je ne trouve pas qu'ils sont si dangereux que ça, ces magiciens. Mais le pire, c'est qu'ils vont réellement purger deux districts consécutifs ? Ils vont tuer des milliers de personnes pour deux mages ? Ils ont complètement pété un plomb !

- Prier ? Ils sont sérieux ? Le capitole va...

À peine eus-je le temps de tourner la tête pour parler au capitaine, qu'il s'était déjà levé en toute hâte, visiblement autant dans l'embarras que moi. D'ailleurs, il ne perdit pas de temps pour se retourner vers moi et m'adresser la parole, en me jetant ma veste dans les bras.

- Aller, fin de la pause ! Venez, et vite.

- Mais, on va où ?

- Il faut intervenir et attraper cette blonde, alors en route, allez !

- À vos ordres...

Attraper la magicienne ? L'armée ne pouvait pas s'en occuper ? Pourquoi le capitaine tenait absolument à lui-même s'en occuper ? Enfin, je n'ai pas le temps de me poser de questions maintenant, vu qu'il va partir sans moi si je continue à traîner. J'enfilais donc rapidement ma veste, et emboîtait le pas du capitaine.


21h12


On était à présent sur le toit du bâtiment, et c'est toujours aussi pressé que le capitaine m'adressa à nouveau la parole.

- Tenez, disait-il tout en me tendant des clés, dirigez-vous vers l'hélicoptère et posez vos fesses dedans, j'arrive.

Je ne discutaillais pas plus que cela, et me contenta d'exécuter l'ordre qu'il venait de me donner. Je rejoignis donc ce moyen de transport fonctionnant à l'énergie magnétique. Cependant, comme tous les véhicules de l'armée, ils ne fonctionnent que dans l'enceinte de l'Aincrad. Cela grâce à un système générant une sorte de magnétisme, permettant à ce genre d'engin de voler. On manque peut-être d'énergie sur Elympios, mais heureusement, ce n'est pas les particules chargées, ainsi que les conducteurs qui manquent. Du coup, l'électricité est notre source d'énergie principale, et on arrive encore à en produire grâce au nucléaire, et à l'énergie solaire. Enfin, encore heureux, sinon, l'Aincrad ne tiendrait même pas debout, si l'on n'avait pas d'électricité.

- Bon, en route.

Finalement, le capitaine arriva quelques secondes après moi, puis démarra l'hélicoptère. Je ne sais pas ce qu'il a fait pendant ce laps de temps, mais il a visiblement donné des ordres par son oreillette, j'ai pu observer rapidement à travers la fenêtre. Il pouvait très bien les donner devant moi ses ordres... non ? Enfin, ce qui m'intrigue le plus reste son attitude depuis quelques minutes. Il ne semble pas énervé, ni surpris, mais je dirais plutôt dans l'embarras. Il a l'attitude d'une personne qui doit absolument faire quelque chose ouais... Cette magicienne est si importante que ça.. ? J'imagine qu'il ne me répondra pas quand il est comme ça, puis de toute façon, nous voilà en route...

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Kira
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MessageSujet: Re: [Fiction] Rift   Sam 1 Oct - 16:25

Mensonge

27 avril 2212
21h17
Aincrad

Voilà quelques minutes à présent qu'on survolait les districts en direction de la position indiquée par le capitole. Le capitaine était silencieux et n'avait toujours pas dit un seul mot depuis notre départ. Il semblait surtout anxieux et inquiet. De mon côté, je me demandais ce qui pouvait bien le rendre ainsi. Était-ce la magicienne ? Mais pourquoi ? Cela sonne plutôt comme une bonne chose pour lui et l'Aincrad, qu'elle soit repérée. Alors, pourquoi se précipite-t-il à ce point ? J'imagine que si je lui demande, je n'aurai aucune réponse de toute évidence. Pour ne rien arranger, j'ai le vertige, donc dans cet appareil volant autant dire que je ne me sens pas vraiment à l'aise. Étant donné mes choix actuels, je n'avais pas beaucoup de solutions pour amoindrir cette mauvaise situation. Donc, pour penser à autre chose, je décidais d'allumer l'écran intégré à l'hélicoptère, afin d'en voir un peu plus sur la situation. Et, à ma grande surprise, l'image diffusée actuellement sur l'écran était la course poursuite avec cette magicienne. Mais finalement, après réflexion, j'aurai dû m'en douter qu'on aurait en direct la poursuite. Après tout, on est dans un hélicoptère de l'armée, donc relié directement au centre de commandement. Il est donc logique qu'on ait la course poursuite comme programme. Cette technologique est d'ailleurs très utile en cas de poursuite. En fait, l'armée a créé des sortes de micro caméras volantes, qui une fois la cible repéré, ne la lâche plus. Et donc, cela permet de filmer le criminel sous plusieurs angles et de le rediffuser à toutes les unités militaires de l'Aincrad, afin de ne jamais perdre sa position. Pour faire clair, dès que ces micros caméras sont fixées autour d'un individu, c'est clairement un piège qui se referme lentement, car il ne pourra plus jamais échapper à l'armée. Car, évidemment, ces caméras ont été spécialement fabriquées pour être presque indestructibles et invisibles. Selon mes sources, elles sont faites en titane, puis possèdent un alliage au mercure, afin d'être insensibles aux vibrations et surtout indétectables. Quoi qu'il en soit, cela me permet d'avoir une vue globale sur la situation actuelle, mais surtout la magicienne.

Tout comme sa copine la rouquine, elle porte une armure, mais sensiblement plus lourde à première vue, en plus de posséder une lame assez impressionnante. Pour sûr, je n'aimerais pas me retrouver en face de cette dernière. C'est donc elle, la troisième magicienne ? Je me demande pourquoi elle est seule et pas avec la rouquine et l'autre ? Si c'est une stratégie de leur part, elle est inefficace, vu la situation actuelle. Puis de mon avis, ce n'est jamais une bonne solution de se séparer de son groupe, à plus forte raison lorsque l'on est que trois. Ce que je peux dire en observant la course poursuite, c'est qu'elle est agile et rapide, pour quelqu'un qui porte une sorte d'armure qui me semble vraiment lourde, à vue d’œil. Cette femme arrive à repousser les quelques unités qui se mettent en travers de sa route, ou les évitent tout simplement. Je remarque d'ailleurs que peu importe les coups qu'elle porte à nos unités qui tentent de l'intercepter, ils ne sont pas létaux. Pourtant avec cette lame qu'elle porte, elle pourrait faire un vrai génocide pour le coup. Encore une fois, ça me fait penser à cette rouquine qui ne m'a pas tuée précédemment. Tout cela commence réellement à me faire penser qu'ils ne sont peut-être finalement pas nos ennemis. Mais dans ce cas, dans quels buts, et pourquoi, une telle haine contre ce peuple ? J'imagine que je n'obtiendrai encore une fois aucune réponse immédiate. Je commence sincèrement à penser que je ne sais en fait absolument rien de l'armée que je sers depuis deux ans. Si je rajoute à cela les récentes paroles du capitaine, qui m'ont pour le moins perturbée, au vu de son avis sur la question, et sur notre a priori besoin de « créer » nos ennemis, je peux dire qu'il y a quelque chose de louche qui se trame ici... D'ailleurs, cela me rappelle le dernier message du capitole, il y a quelques minutes, et qui fut le déclencheur de tout cela. Ce communiqué était complètement dingue et incroyable. Je savais bien que la vie des habitants des districts inférieurs comptait très peu pour l'armée, mais à ce point ? Au point de purger deux districts abritant des milliers de personnes, pour deux magiciens ? C'est purement de la folie. Une telle folie que je ne peux y croire...


* * *

21h20
Aincrad, district 12

- Wind Blade !

Bon sang ! Mais combien sont-ils ? Cela fait je ne sais combien de minutes que je cours comme une dingue à travers cette putain de ville, et ils sont toujours sur moi ! Ça n'en finit jamais ou quoi ? C'est pire que des cafards ! Plus j'en écrase, plus ils sont nombreux, la poisse ! Quand je pense que tout cela a commencé à cause de cette stupide gamine qui a trahi ma position... Néanmoins, je n'arrive pas à comprendre comment ils font pour me suivre à la trace, peu importe où je vais. Bien qu'ils soient d'une faiblesse pathétique, cela reste fatigant et peut devenir dangereux si je n'arrive pas à les semer très vite ! Je sens ma magie se vider de minute en minute au fur et à mesure que je les repousse.


- Blade's art : Vorpal storm !

Cette fois, j'ai dû lancer un véritable art, qui consiste à créer une large onde de choc à partir de la lame. L'onde est normalement mortelle et tranchante, mais j'ai lancé cette technique du plat de mon épée. On ne pourra pas dire que je ne fais pas dans la dentelle, là, ou que je ne respecte pas les ordres !? Cependant, ils semblent bien moins nombreux à présent, c'est le moment de les semer une fois pour toutes ! J'aperçois une ruelle assez étroite, cela peut-être une bonne idée de longer cette dernière, afin de pouvoir souffler un peu. Sans hésitation, je m'engage rapidement dans cette ruelle qui pour le coup me sert d'échappatoire. Comme prévu, l'absence de poursuivant me donne l'occasion de ralentir légèrement ainsi que de souffler, tandis que je longe cette ruelle. C'est d'ailleurs assez rapidement que j'atteignis le bout, et que je m'adossais immédiatement à un des murs, juste avant la sortie, afin d'observer les alentours. Je pouvais y observer une grande place, donnant sur plusieurs rues. Cela ne m'enchante vraiment guère de devoir traverser cette dernière, mais vu l'absence de soldats et de monde pour l'instant, le risque se tente. Puis de toute façon, ce n'est pas comme si j'avais le choix. Ni une ni deux, je m'élance rapidement hors de la ruelle. J'arrive rapidement au milieu de la place que je me dépêche de traverser, afin d'atteindre la rue de droite qui me semble la plus étroite des options, donc la plus logique. Malheureusement, je fus instantanément stoppée dans ma course, lorsque des lumières aveuglantes venaient d'illuminer ma position comme un sapin de Noël. C'était comme si j'étais au milieu d'une scène de spectacle, et que j'étais la vedette, bon sang, quelle poisse. Je réalisais très vite que cela ressemblait trop à un piège pour ne pas en être un. Et très vite, ces satanés soldats envahirent la place, formant un cercle autour de ma position, avec leurs armes pointées dans ma direction. Cette fois, je n'avais plus d'échappatoires possibles, il allait falloir que je me batte sérieusement. S'ils veulent jouer avec une magicienne de mon rang, ils vont comprendre leur douleur ! Il n'était plus question de se retenir, c'était évident qu'à partir de maintenant, j'allais devoir les calmer pour de bon, même si cela m'amène à tuer. Je préfère tuer, qu'être tuée, question de principe. Le conseil comprendra que ce n'était que de la légitime défense.

- Déposez votre lame, m'ordonna un soldat qui s'était avancé, et agenouillez-vous les mains bien en évidence ! Si vous n’obtempérez pas immédiatement, nous devrons utiliser la force.

- Pfff, bonne chance...

Ces types comprirent très vite en me voyant me mettre en garde, ma lame devant moi, la garde serrée de mes deux mains, que je ne me rendrais pas. Je n'attendis pas qu'ils ouvrent le feu, je n'avais pas envie de voir si cela faisait mal ou pas, je pris donc l'initiative en commençant à lancer une nouvelle fois mon art précédent - vorpal storm - qui faisait plutôt bien le ménage sur 360° en cas de besoin, et là, ces abrutis alignés comme des dominos étaient disposés parfaitement pour bouffer mon onde de plein fouet ! Ma lame s'illumina, l'énergie s'accumulant en masse sur cette dernière, après mon incantation. Et d'un mouvement rapide, je déclenchais donc mon art. Comme prévu, cela fit une nouvelle fois le ménage en envoyant valser une bonne dizaine de soldats. Très rapidement, ceux encore debout ouvrirent le feu, mais ma vitesse et mes déplacements étaient bien trop rapides pour qu'ils arrivent à suivre ma position. D'ailleurs, je pouvais noter qu'ils visent atrocement mal, c'est dingue. J'ai presque l'impression que même en restant immobile ils ne seraient pas foutus de me toucher. Puis, le peu de projectiles qui m'atteignent quand même ne fait que ricocher sur mon armure. Moi cependant, je ne rate pas mes actions, et je me débarrassais sans trop de mal de ces soldats les uns après les autres, sans qu'ils puissent recharger ou comprendre ce qui leur arrive. Au moins, vu la facilité déconcertante avec laquelle je m'en débarrasse, et leur résistance, je n'ai pas besoin de passer en mode létal. Mes coups et ma force suffisent visiblement à faire en sorte qu'ils ne se relèvent pas après avoir été percutés par mes mouvements de lame. Mais visiblement, les nouveaux soldats qui arrivèrent allaient me donner un peu plus de fils à retordre. Maintenant, en plus de ces soldats en armure complète, j'avais quatre soldats plutôt rapides qui venaient d'arriver. Je remarquais rapidement qu'ils avaient un équipement assez avancé et qu'ils savaient utiliser leurs armes. Ils possédaient des bottes qui, je pense, sont à l'origine de leur vitesse de déplacement. Pour l'arme, ils utilisaient des sortes de bâtons avec de l'électricité qui en sortait. J'ignore si je serais vulnérable à cela, mais je n'ai pas envie de satisfaire ma curiosité ou de tester mes limites pour vérifier...

* * *

21h27

Cette magicienne est vraiment très forte, bien qu'elle soit prise au piège, elle arrive encore à nous humilier. Bien que la plupart de nos soldats soient de simples citoyens en armure engagés pour survivre, sans formation, ça reste un exploit de résister à tant d'unités. Cependant, depuis quelques secondes, quatre lieutenants sont arrivés en soutien et semble lui donner bien plus de mal. Comparé aux soldats, nous autres les lieutenants, sommes entraînés au combat pour faire face à toutes les situations. Enfin pour mon cas, la situation magicien, j'aurai préféré éviter, vu comment je me suis fait démolir. Et rien que de penser que j'aurai pu faire face à cette magicienne, j'en ai des frissons. Ce qui ne semble pas le cas du capitaine, qui depuis que les lieutenants sont arrivés, a passé la vitesse supérieure pour se rendre sur place. Déjà que je ne me sentais pas bien dans les airs, maintenant je dois aussi me rassurer quand le capitaine frôle un immeuble. Je regretterais presque les bottes aéro glisseuses. En tout cas, si je survis à ce vol de nuit et cette longue journée, je me fais la promesse de ne jamais plus reporter les choses au lendemain ! Pour en revenir à la magicienne, il semblerait qu'elle venait de réussir à mettre à terre un lieutenant, qui ne se relevait plus, ainsi qu'un autre qui venait juste de faire un vol planer d'une dizaine de mètres. Les deux restants suivirent leurs copains dans l'échec quelques secondes après, évidemment. Sauf que pendant qu'elle s'occupait des lieutenants, deux capitaines venaient d'arriver sur les lieux. Là, ça plaisantait plus. Les capitaines sont clairement les unités les plus entraînées et puissantes de notre armée. La plupart de ces types ont subi nombre d'améliorations, allant des membres robotiques en passant par le dopage aux drogues militaires. D'ailleurs, le capitaine Kuzanagi est le seul capitaine que je connais qui n'a pas d'amélioration, qui est parfaitement normal, et qui n'utilise absolument aucun équipement de l'Aincrad pour se battre, hormis les bottes. C'est aussi le seul à utiliser encore des lames basiques, en plus de deux pistolets tirants des « balles ». Il m'a toujours parût étrange, et puis il semble bien plus fort qu'un capitaine, malgré son faible équipement. Il n'y a qu'à voir la scène actuelle qui se déroule sous mes yeux. La magicienne arrive à tenir tête et repousser les assauts de ces deux capitaines, sans vraiment forcer j'ai l'impression. Tandis que le capitaine Kuzanagi lui, a tenu en échec la rouquine un long moment et a vaincu sa copine, ce matin. C'est carrément dingue quand j'y pense. Plus j'y pense, et plus je suis certaine qu'il est bien plus haut qu'un capitaine. La seule chose qui me fait douter est que tout le monde le nomme par son rang de capitaine.


* * *
21h29

Ça n'en finit pas. Quand j'en envoie un au tapis, deux autres débarquent. Toute la cité est militaire ou quoi ? Je n'ai jamais vu autant de cafards au même endroit, une vraie colonie. De plus, des plus gros cafards sont arrivés maintenant, pour couronner le tout. Les quatre précédents n'étaient pas de la tarte, mais ces deux-là, c'est vraiment des durs à cuire. Je remarque cependant qu'ils ont quelques parties de leur corps pas naturelles, comme si c'était des morceaux d'armures de la même sorte que celles portées par les soldats, qu'on avait placées là à la place de leurs membres originaux. Merde, c'est franchement dégueulasse ! Ces elympiens me semblent de plus en plus timbrés. Timbrés, mais pas incompétents, au vu de ces deux types qui m'oblige à parer. Mais rien qui ne peut m'inquiéter pour autant, après tout, je ne fais que m'entraîner là. À force d'en rétamer, ils finiront bien par arrêter d'arriver. Comme je dis toujours, si la force ne suffit pas, c'est que tu n'as pas tapé assez fort. En attendant, je crois qu'il est temps que je me débarrasse de ces deux guignols, avant que d'autres n'arrivent. D'un mouvement rapide avec ma lame, je surpris comme prévu un des deux adversaires qui ne s'attendait sûrement pas à ce que j'accélère la cadence. Ils avaient beau jouer les acrobates autour de moi afin de me surprendre, ils restent des escargots. C'est donc sans mal qu'après avoir mis à terre le premier, j'attrapais le bras du deuxième pendant son assaut, afin de le désarmer, pour ensuite l'envoyer valser d'un coup du plat de ma lame. Mais comme d'habitude, d'autres soldats de bases arrivèrent encore et encore. Sauf que cette fois, un objet volant venait d'arriver au-dessus de moi, m'éblouissant avec un projecteur. Et tandis que je faisais le ménage sans trop m'en préoccuper, ce truc me tira des projectiles. La poisse ! Il manquait plus que ça, un truc volant, je déteste les trucs volants ! Quoi qu'il en soit, cet engin mécanique volant était bien plus dangereux que ces soldats, il fallait que je m'en débarrasse, et vite. Malheureusement, alors que je tentais une approche en déviant ses projectiles, je fus violemment repoussée lorsque deux énormes projectiles explosèrent non loin de ma position. Si je n'avais pas mis ma lame en garde, j'aurais subi des dégâts conséquents. Quelles bandes d'enfoirés ! Combien de trucs ils ont en stock à m'envoyer ? Humpf, peu importe, je les éliminerai jusqu'au dernier !

- Art of blade master : Spiral blast !


* * *
21h31

Alors que cette magicienne essuyait les rafales de cet hélicoptère, un énorme flash de lumière apparut soudainement. Suite à ce flash, une énorme gerbe de flammes, semblable à une grosse vague de lave éjectée de son épée, alla finir sa course à la vitesse de l'éclair droit sur l'hélicoptère. L'explosion qui s'en suivit était titanesque, à tel point que ça avait légèrement brouillé la transmission, les micros caméras ayant certainement été secouées par ce truc complètement fou. J'étais déjà encore sous le choc de la boule de feu de la magicienne aux cheveux mauve, alors là, c'était carrément incroyable. En fait, j'étais presque tétanisée cette fois, rien qu'à voir ce que peut réellement faire un magicien. Et, évidemment, l'hélicoptère était en miette, seule une carcasse carbonisée s'écrasa sur un immeuble adjacent, créant une autre petite explosion. Cette fois, la magicienne venait de faire ses premières victimes. Ce que je trouve étrange, vu qu'elle n'avait tué personne visiblement depuis le début. Peut-être ignorait-elle que cet engin était piloté par des soldats... ? Quoi qu'il en soit, malgré l'alliage en titane de nos unités aériennes, et leur blindage, elle venait d'exploser d'une seule attaque cet hélicoptère de combat. C'est de la folie, de la folie ! C'est impossible, c'est complètement fou ! Notre technologie, nos avancés, nos entraînements... Tout cela est inutile face à une telle puissance ?! Comment peut-on lutter contre quelqu'un qui peut carrément façonner des flammes avec une simple lame ?! Cette rouquine pouvait le faire aussi ? Elle aussi était en réalité aussi forte ? Je commence sincèrement à me demander qui chasse qui pour le coup, eux, ou nous ? On devrait gentiment les laisser partir, vraiment. Mais j'imagine que cela n'est possible que dans mes rêves. Après tout, malgré la chute de notre engin, les deux capitaines précédents sont retournés à l'assaut après avoir repris leurs esprits, accompagnés par toujours plus de soldats. Bon sang, mais fuyez ! À force de pousser à bout cette femme, elle va finir par réellement s'énerver, et attaquer pour tuer. Cependant, quelque chose d'autre attira mon attention soudainement hors de l'écran. C'était le capitaine Kuzanagi qui, d'une voix pressée et la main à son oreille, donna un ordre à une personne, via son oreillette.

- Je n'arriverai pas à temps, interviens, maintenant !

Ma curiosité me disait de lui demander à qui il avait donné cet ordre, mais je savais que c'était parfaitement inutile, et qu'il me répondrait négativement. Même si je pense que cette personne est la même avec laquelle il a échangé avant de monter dans l'hélicoptère. Mais je n'avais pas le temps de penser à ça maintenant, que l'écran attira de nouveau toute mon attention lorsque quelque chose apparut de nulle part, forçant la magicienne à parer avec sa lame cette chose. Je ne sais pas ce qu'était ce projectile qui venait d'être dévié, mais ça ressemblait fort à un humain. Et j'avais raison, maintenant que cette silhouette était immobile, face à cette magicienne, je distinguais parfaitement l'individu. Et c'était... une gamine ?! Je ne sais pas qui est cette femme, mais elle ne doit pas avoir plus de 16 ans. Elle porte une tenue blanche, reliée par des coutures rouges, assortie à ses gants et botte, complétée par des bas noirs. À sa taille, une ceinture retenant un fourreau était visible, mais la lame était dans sa main droite. C'était une sorte de lame assez fine et visiblement tranchante. Un katana, je crois, qu'ils appellent ça. Elle possédait aussi une chevelure noire, mais surtout, elle avait les yeux de différentes couleurs ! C'était un sang-mêlé ?! Je pensais être la seule dans ce cas dans les districts supérieurs, mais visiblement une autre fille possède ce détail. Néanmoins, le plus intrigant pour l'instant était surtout qui est-elle ? Je ne suis pas assez stupide pour penser que c'est une civile, vu son katana, et en plus, je remarque que le symbole sur sa tenue est l'emblème de l'Aincrad. Elle fait partie de l'armée ? Pourtant, elle n'a pas du tout la tenue basique des lieutenants ou capitaines. Peut-être un cas à part comme le capitaine Kuzanagi... ? Et si c'était elle, avec qui il avait échangé ? Mais alors, qui est-ce ? En tout cas, je ne saurais l'expliquer, mais bien qu'elle était toute mignonne, son regard noir donnait froid dans le dos, pour une gamine de son âge.


* * *

21h33

C'est quoi le problème avec ces élympiens ? Maintenant, ils envoient des gamines pour combattre ? Enfin, je ne vais pas la sous-estimer pour autant, au vu de son premier assaut bien plus dangereux que tous ceux de ces autres types depuis le début. De plus, c'est une Néphilim elympienne visiblement. On n'a pas beaucoup d'informations sur ce genre d'elympien, car on n'en a encore jamais réellement rencontré à travers nos interventions sur ce monde. En tout cas, voir une gamine avec un katana presque de sa taille c'est amusant et presque déconcertant. Mais bon, maintenant je sais qu'elle sait s'en servir et qu'elle est plutôt rapide. Cependant, à la vue de son premier assaut, je ne pense pas qu'elle soit un danger, tout comme ses copains. Sans l'effet de surprise, sa vitesse n'est pas si impressionnante, même si je ne vois pas de bottes spéciales ou autres sur cette dernière. Cela veut dire qu'elle a naturellement une telle vitesse et force ? Humpf, peu importe, elle va finir comme ses copains. D'ailleurs, les soldats sont tous en retraits, depuis qu'elle est apparue, comme s'ils n'osaient plus intervenir. Je ne sais pas si elle compte réellement m'affronter toute seule, mais ces elympiens ne manquent pas de prétention. Ils pensent sûrement que je suis du niveau des magiciens habituellement envoyés ici... Ils vont vite regretter leur erreur. Néanmoins, cette gamine commence à m'énerver, à rester immobile à me regarder de son regard vide et sans crainte. J'ai l'impression qu'elle me prend de haut, ou alors qu'elle se fou de moi. Je déteste ce sentiment... Je hais ce genre de personnes qui se pensent supérieures, en me regardant de haut. Saleté de gamine, elle me regarde comme Erza, et comme tous ceux qui m'entourent et me jugent depuis la mort de ma mère... Assez ! Je me suis juré que je ne laisserai plus personne me prendre de haut, plus jamais !


Je redressais ma lame de mes deux mains, solidement serrées sur la garde, prête à en découdre de nouveau. Que ce soit une gamine ne change en rien ma combativité. Si elle veut me faire face, elle subira le même sort que les autres. Tandis que j'avais mon épée tendue devant moi, cette fille n'avait toujours pas réagi, et restait comme un pantin, la pointe de sa lame encore au sol. Je jurerai qu'elle me provoque, mais son air neutre et sans émotion me fait plutôt penser qu'elle est concentrée. De plus, elle n'a pas une seule fois clignée des yeux depuis qu'elle me fait face et me fixe. Bordel, mais c'est quoi son problème à cette fille ? On dirait presque qu'elle n'a aucune âme, juste une coquille vide. Cela en deviendrait presque déstabilisant, une telle attitude. Mais peu importe, libre à elle d'être un lampadaire, je n'ai pas de temps à perdre davantage ici ! Il est clair qu'elle n'allait pas attaquer, et vu sa garde absente, prendre l'initiative est la meilleure option. Je positionnais mes jambes de sorte à me lancer à l'assaut, puis d'un geste rapide, je préparais ma lame pour envoyer un art, histoire de la prendre par surprise.

- Art of...

Je ne m'explique pas ce qu'il venait de se passer, mais à peine avais-je levé ma lame, qu'une douleur atroce me frappa, suivie d'une effusion de sang, mon sang. Je me rendis compte avec stupeur que j'avais à présent une profonde entaille à l'abdomen, mon armure ayant été tranchée comme du beurre. Puis, je remarquais que la fille n'était plus en face de moi, mais dans mon dos, venant de lancer une attaque. Après une gerbe de sang, et un gémissement de douleur, je repris mes esprits, et décida de relancer un assaut en envoyant un coup de lame derrière moi. Cette fois je sentis une deuxième douleur, et une nouvelle effusion de sang eut lieu. À présent, c'était une deuxième entaille formant une croix, qu'il y avait sur mon abdomen...

- Q-qu'est-ce... que..


* * *

21h33

Impossible, c'était impossible ce que je venais de voir. Tout ce qui était visible sur l'écran était la magicienne, et son sang giclant hors de son abdomen. Puis, cette fille positionnée derrière cette dernière, prouvant qu'elle avait lancé un assaut. Je ne l'ai même pas vu bouger, et la magicienne non plus visiblement. Même lors de l'ultime tentative vengeresse de cette magicienne, une nouvelle effusion de sang eut lieu, encore une fois sans que je puisse voir le mouvement de cette gamine, à part après son assaut. À présent, elle était debout, juste devant la magicienne qui semblait tétanisée, avant de finalement tomber à genoux, puis de s'écrouler aux pieds de son adversaire. C'était fini. C'était réellement terminé. Alors que depuis le début de la poursuite, cette femme nous humiliait les uns derrière les autres, cette gamine l'a abattue en deux coups. Et je n'ai pas l'impression qu'elle s'est fatiguée, comme si c'était un vulgaire insecte qu'elle se contentait d'écraser. Bien que je n'avais pas subi l'assaut, j'étais sans voix et paralysée par ce que je venais de regarder. J'étais presque triste pour cette magicienne, qui s'était farouchement battue, pour finalement se faire humilier par une gamine n'ayant même pas la majorité. En fait, cette fille me paraît tout simplement capable de m'humilier tout autant, et peut-être même mon capitaine ? J'ai pu l'observer en combat face aux magiciens, et il semblait se donner à fond. Là, c'est presque parodique, tellement tuer cette magicienne semblait facile pour cette fille. Peut-être était-ce la férocité et l'agressivité de ses attaques, qui me faisait penser qu'elle était si forte ? Du plus loin que je m'en souvienne, je n'ai jamais vu le capitaine aussi agressif et meurtrier. Maintenant que j'y pense, c'était comme s'il ne combattait pas pour tuer, contre cette magicienne... Je fus cependant sortie de mes pensées, lorsque le capitaine m'adressa la parole.


- Restez dans l'hélico.

Je me contentais de le regarder d'un air béat, sans vraiment réagir, me contentant inconsciemment de hocher la tête en guise de compréhension. C'était d'ailleurs l'occasion pour moi de me rendre compte qu'on était arrivé, sinon il ne serait pas descendu de l'hélicoptère... Je pouvais à présent voir à travers le pare-brise du cockpit une large foule sur le lieu du drame. Surtout des soldats, et plusieurs civils habitants ce district qui sortaient par curiosité. Moi-même, ma curiosité commençait à me titiller, et bien que j'obéisse sans broncher habituellement, quelque chose me disait de désobéir et de sortir de cet engin. Je sortis donc de l'hélicoptère, sans même une once d'hésitation, comme possédée par ma curiosité, puis essaya de m'approcher de la scène. Grâce à ma silhouette, je réussis aisément à me glisser à travers la nuée de soldats en armures, et autres habitants, pour enfin arriver au premier rang. Je pouvais finalement voir en face de moi ce que j'observais via l'écran il y a quelques minutes. Il y avait cette fille, toujours debout, avec à ses pieds cette magicienne abattue, puis le capitaine Kuzanagi, un genou à terre, prenant le pouls de la victime. Sur le coup, je me demandais s'il y avait vraiment besoin de prendre son pouls, vu ce qu'elle avait mangé. Enfin, après son examen, il s'adressa à la fameuse fille. Je n'entendis rien de ce qu'il lui disait, déjà parce que j'étais assez éloignée, mais également à cause du bruit de la foule. Cependant, mon attention se porta rapidement sur un type à côté de moi, qui semblait assez embêté.

- Fait chier, pourquoi Julia a-t-elle buté cette femme ? Les ordres étaient de la capturer vivante putain, saleté de gamine timbrée..

Je ne comprenais pas vraiment ce que ce type voulait dire, mais son apparence m'interpella. Il était grand, habillé d'un jean et d'une chemise moitié ouverte, avec un pendentif à son cou. Il était brun et les cheveux en bataille. Mais le plus intrigant était son bras gauche. C'était le même genre d'amélioration que possèdent certains capitaines, donc un membre synthétique, sauf que lui c'était différent. Cela semblait bien plus poussé niveau technologie. Quoi qu'il en soit, il était imposant, et lui aussi, je n'aimerais pas l'avoir comme adversaire. Néanmoins, ce qu'il avait dit titillait une nouvelle fois ma curiosité. Que voulait-il dire par : capturer en vie ? Au moins, je savais maintenant qu'elle s'appelait Julia, mais je ne savais toujours pas qui c'était, bien que ce type semblait la connaître. Et bien qu'il ne m'a pas l'air très commode, je décidais tout de même de satisfaire ma curiosité une nouvelle fois, en lui adressant directement la parole.

- Excusez-moi, dis-je d'une voix désolée, que voulez-vous dire par capturer vivante ? Je n'ai pas souvenir d'avoir reçu de tels ordres...

L'homme cherchait rapidement qui venait de le déranger, pour finalement baisser légèrement la tête, pour me fixer. Il faut dire qu'il faisait bien 1m90, tandis que moi du haut de mes 1m68 je paraissais petite. Le capitaine Kuzanagi n'était d'ailleurs pas non plus d'une très grande taille, comparé à certains capitaines. Il faisait dans les 1m75 je dirais, ce qui est plutôt convenable et de mon point de vue, parfait pour moi. Mais l'heure n'était pas à mes fantasmes sur le capitaine, mais plutôt à l'écoute de cet homme qui me répondit de sa voix toujours aussi autoritaire.

- Vous êtes nouvelle ou quoi ? Les ordres sont toujours de capturer les magiciens vivants, ça n'a jamais changé.

- J-je, je ne savais pas...

- Vous êtes lieutenant et vous ne savez pas ça ? Mais on vous apprend quoi de nos jours à l'école militaire ?

Bien que j'étais légèrement humiliée de paraître si ignorante, je me devais d'en savoir plus. De toute façon, je ne pouvais pas être plus enterrée qu'actuellement...

- P-pourquoi, hésitais-je, on les garde vivants ?

- C'est pas vrai, même ça il faut vous l'apprendre maintenant ? À ton avis ma jolie, comment fonctionne notre technologie et nos armes ? Par l'intervention du Saint-Esprit ? C'est grâce à l'énergie des magiciens qu'on capture. Et pour pouvoir profiter de cette énergie qu'on extrait de quelque chose se trouvant dans leur cerveau, on a besoin qu'ils soient vivants. C'est pourtant évident, tu crois qu'on les attire sur Elympios pour quelle raison sinon ?

Un frisson glacial me traversa à l'entente de ces paroles. Je ne savais plus quoi répondre, et de toute façon j'étais dans l'incapacité de parler. Mon état de choc était si tétanisant que j'avais l'impression de n'entendre plus aucun bruit. Il n'y avait plus que moi, seule, au milieu de cette place. J'étais seule, à me repasser ces paroles en boucle résonnantes dans ma tête...

- Bon, il faut que je trouve les deux dernières avant cette Julia... Mais bon sang, qu'est-ce qui lui prend de désobéir aux ordres ? Je l'ai toujours dit que cette timbrée n'est pas une valeur sûre... Tsss.

Je ne réagissais même pas quant aux dernières paroles de ce type, qui partit juste après cela. Je me contentais de rester là, immobile, observant devant moi telle une âme sans vie. Je ne savais pas ce que je ressentais, c'était indescriptible. Je subissais l'assaut de plusieurs sentiments tels que la trahison, le mensonge, le dégoût et j'en passe. La seule chose qui me sortit de ma semi- inconscience était le capitaine qui venait de m'adresser la parole.

- Qu'est-ce que vous faites ici ? Je vous ai pourtant dit de rester dans l'hélico. Bref, en route, me lança-t-il après m'avoir sermonnée, on doit rapidement trouver les deux dernières.

Tel un zombie, je me contentais de le suivre machinalement jusqu'à l'hélicoptère. Cependant, une fois arrivée devant, je m'arrêtais net, et prit la parole. Je ne pouvais plus me taire, je devais évacuer ce que j'avais sur le cœur.

- Pourquoi m'avez-vous menti... ?

- Hum ?

- Pourquoi, continuais-je d'une voix fébrile, m'avoir caché la vérité ? Vous saviez ce qui se passait ici, n'est-ce pas... ?

- Mais de quoi parlez-vous, me répondit-il en se retournant, qu'est-ce qui vous prend ?

- Vous savez très bien de quoi je parle ! dis-je d'une voix haute non contrôlée. Les magiciens, hein ? Ça ne vous dit rien ? Je connais la vérité ! Vous attirez les mages ici pour leur soutirer leur énergie ! C'est ça la vérité ! Vous êtes dégueulasse ! Comment pouvez-vous faire une chose pareille ?! Pourquoi m'avoir caché tout ça ? Pourquoi m'avoir fait entrer dans cette armée si c'est pour me cacher une vérité que tout le monde semble connaître ? Hein ?! POURQUOI ? Pourquoi vo..humhumm..

Suite à mon énervement, le capitaine m'attrapa par le bras, et m'emmena dans une ruelle adjacente, loin du monde. Après m'avoir mis dos à un mur, il mit soudainement sa main devant ma bouche pour me faire taire. Mais moi, je n'avais pas fini de parler ! Cependant, là je ne pouvais plus l'ouvrir, donc je n'avais pas le choix que de l'écouter, le fixant avec colère.

- Ça suffit, arrête de hurler, s'exclama-t-il en me tutoyant pour la première fois comme s'il n'avait pas fait exprès, tu vas nous faire remarquer ! Tu peux me laisser parler, et te calmer ? Ou faut-il que je laisse ma main sur ta bouche pour que tu te taises ?

Suite à sa question, je me contentais de hocher la tête, en guise d'affirmation. Il attendit ensuite quelques secondes après avoir enlevé sa main que je me calme, pour reprendre la parole.

- Hum... soupira-t-il, qui vous a dit ça ?

- U-un type avec un bras synthétique bizarre, répondis-je légèrement calmée, il m'a raconté ce qu'on faisait aux mages, comme si j'étais censée le savoir...

- Nagato... Quel con celui-là...

- Un con ? Parce qu'il m'a dit la vérité ? Vous me dégoûtez !

- Hey, m'arrêta-t-il, on n'est pas tous d'accord avec cette pratique. Pourquoi pensez-vous que je m'attelle à trouver ces magiciens et les tuer ? C'est pour éviter qu'ils subissent ce destin, une fois capturé...

- Génial ! m'exclamais-je sarcastiquement. Ils ont le choix de finir en cobaye ou mourir. Vous attendez une médaille ?! Vous les attirez ici en premier ! Ils n'ont jamais été nos ennemis, hein.. ? HEIN ?

- Bon sang, et après vous me demandez pourquoi je n'ai rien dit... Bon, que ce soit clair, ils sont pris au piège en venant ici ! La seule chose que je peux leur offrir, c'est une mort rapide... Vous savez contre combien d'ordres je passe pour pouvoir les tuer ? Ils sont condamnés dès qu'ils posent le pied en Elympios, c'est comme ça...

- P-pourquoi ne m'avoir jamais rien dit alors... ? Pourquoi m'avoir menti... ?

- J-je, hésita-t-il soudainement, je ne faisais qu'obéir aux ordres... Mais j'ai tenté de vous faire utiliser autre chose que la technologie de l'Aincrad. Vous vous souvenez quand je vous avais proposé d'utiliser deux pistolets classiques, au lieu de ceux de l'armée ? Vous avez répondu que ce n'était pas assez « cool » le classique... Je n'use aucun équipement qui utilise l'énergie de ces magiciens, ce n'est pas pour rien...

Maintenant que le capitaine le dit, c'est vrai qu'à mon entrée dans l'armée, il m'avait proposé d'utiliser des pistolets classiques. C'était deux magnifiques desert eagle argentés, tirant des cartouches .357 magnum. De quoi faire un trou dans n'importe quoi, m'avait-il dit à l'époque. Mais moi j'avais évidemment préféré la technologie, et ces maudits pistolets qui tiraient des balles énergiques trop « cool »... Quelle conne, j'aurai presque envie de me faire violence, tellement j'ai la haine contre moi soudainement...

- Bon, reprit-il, je n'ai pas le temps de m'occuper de vous et de ceci maintenant... Je dois encore trouver les deux autres magiciennes, que ça vous plaise ou non... Cependant, je peux me débrouiller seul, allez vous reposer chez vous, ça vaut mieux pour ce soir...

Le capitaine n'attendit pas ma réponse, puis partit en direction de l'hélicoptère, décidant de me laisser seule. Au moins, il savait lire en moi, car là, je n'avais plus aucune envie de le suivre pour ce soir, ni envie de rien faire en fait. C'était comme si mes deux dernières années ici n'avaient été que du vent, et que je venais tout juste de le réaliser. Je suis partagée actuellement entre dégoût et colère, sans pouvoir réussir à trouver un juste milieu. Je ne sais même pas à qui je dois en vouloir, moi ou l'Aincrad ? Le capitaine ? Et le dégoût, envers qui le ressentais-je ? Finalement, tout en longeant la ruelle par automatisme, la sortie donnait sur une rue, donnant sur une rivière, crée grâce à la technologie, évidemment. Mais au moins, celle-ci est une technologie naturelle... Je décidais de m'approcher de la rambarde et d'observer l'eau s'écouler. Puis, je remarquais à ma ceinture ces deux maudits pistolets que j'avais choisis il y a deux ans. J'en dégainai un de son étui, puis le lança avec colère au loin, de toutes mes forces. Il tomba finalement dans l'eau de la rivière et coula rapidement... Suite à cela, je me laissai tomber à genoux, puis commença à pleurer sans pouvoir me retenir...

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